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Réalisme/Historique
Babefaon : Il n'y a plus de raison d'avoir peur
 Publié le 14/02/26  -  3 commentaires  -  14880 caractères  -  21 lectures    Autres textes du même auteur


Il n'y a plus de raison d'avoir peur


– Ida ? Ida ?? Vite, mon éventail ! J’étouffe…

– Voilà, voilà, j’arrive ! répondit la jeune femme qui venait tout juste de franchir le seuil du cabinet de toilette attenant à la chambre.

– Je crois que j’ai encore fait un mauvais rêve.

– Essayez de vous calmer, madame Klara, vous vous agitez inutilement. Voulez-vous que je rappelle le docteur ? lui demanda-t-elle en lui tendant l’éventail.

– À quoi bon ? Il va encore me donner de la morphine. Il n’a que ça à me proposer, de la morphine, toujours de la morphine !

– Ça vous soulagera un peu.

– Non, je n’en veux plus, elle ne me fait plus aucun effet, elle ne fait que m’embrouiller l’esprit. J’ai envie de garder les idées claires… jusqu’au bout. Vous avez prévenu mon petit, Ida ?

– Oui, tout comme votre sœur et Paula.

– Oui, Paula, ma chère Paula ! Merci, Ida. Oh, Ida ! que ce prénom est doux quand il résonne dans la pièce, et ce que j’aurais aimé l’entendre résonner depuis toutes ces années. Comme elle me manque, vous n’avez pas idée ! Vous avez les mêmes yeux qu’elle… et le même teint clair, aussi.

– Je sais, madame, vous n’avez cessé de me le répéter ces derniers jours.

– Ma petite Ida. Mon Ida chérie. Elle avait de si jolies boucles blondes et des yeux d’un bleu si pur. Vous vous rendez compte, elle n’avait même pas deux ans quand elle a été rappelée. C’est tellement injuste.

– Oui, je sais, je sais, vous me l’avez déjà dit. Essayez de vous reposer, cessez de parler et de remuer sans cesse le passé, ce n’est pas bon pour vous. Essayez d’économiser votre souffle pour tout à l’heure, pour quand vos enfants seront là !

– Vous pourriez ouvrir la fenêtre, Ida, s’il vous plaît, pour laisser entrer un peu d’air ?

– Je ne sais pas si c’est bien raisonnable, il fait trop froid dehors. La neige n’arrête pas de tomber depuis ce matin. Elle a déjà presque tout recouvert. On ne distingue pratiquement plus les toits.

– S’il vous plaît, Ida, un peu, juste un peu. Vous n’êtes pas obligée d’ouvrir en grand.

– Comme vous voulez, juste un peu alors !

– Oui… merci, Ida, merci.


La jeune femme s’exécuta et s’attarda un instant à scruter le trottoir d’en face, en quête d’un visage familier. Désespérant d’apercevoir la moindre âme en raison des flocons qui redoublaient, et pour se protéger du filet d’air froid qui commençait à s’engouffrer à travers les battants entrouverts, elle se résolut à revenir près du lit et s’installa dans le fauteuil à bascule au cannage fatigué, qui se trouvait à son chevet.


– Vous êtes sûre qu’ils ont été prévenus ? insista Klara.

– Oui, le docteur les a fait prévenir, mais la neige aura dû les retarder. Et puis votre fils vient de loin. Il faut lui laisser le temps d’arriver !

– Mon Dieu, qu’est-ce qu’il va devenir ? Je me fais tellement de souci pour mon petit garçon. Paula est forte, elle. Elle a la tête sur les épaules, même si elle est encore jeune… mais lui ! Il est si sensible. Il n’a pas eu beaucoup de chance, avec son père, vous savez ? C’était une brute, qui ne faisait que le taper à la moindre occasion. Il voulait le façonner à son image, et comme il ne lui obéissait pas, il le frappait avec tout ce qu’il trouvait à portée de main. Plusieurs fois, j’ai dû m’interposer, car je crois bien qu’il l’aurait tué si je n’avais pas été là. Oh oui, il aurait pu le tuer dans un de ses accès de rage, c’est certain. Si vous saviez tous les coups qu’il a reçus, le pauvre enfant. Avec les années, il s’est mis à détester son père et n’a cherché qu’à s’en éloigner. Son père qui voulait faire de lui un fonctionnaire, alors que mon petit garçon rêvait d’être artiste. Il avait de si belles mains, quand il est né, des doigts si fins, si vous l’aviez vu. Il aurait peut-être pu devenir concertiste, s’il avait continué le piano, qui sait !? Malheureusement, la persévérance n’a jamais été son fort ni son alliée dans quoi que ce soit !… Il y avait un monde entre lui et mon mari, ils étaient trop différents pour se comprendre, et aucun des deux n’était d’humeur à faire un pas vers l’autre. Chacun campait sur sa position. L’un était trop terre à terre, et l’autre trop tête en l’air. Et entêtés, en plus de ça. Aucun d’eux n’a jamais cédé pour apaiser les tensions.

– Comment vous sentez-vous, à présent ?

– Je respire un peu mieux, mais mes douleurs me reprennent. J’ai mal, Ida. J’ai mal et j’ai peur.

– Le docteur m’a promis de passer en fin de journée, il vous faut patienter.

– Je ne veux pas le voir. Dites-lui que tout va bien quand vous irez lui ouvrir. Dites-lui que je me repose et que ça va. Dites-lui qu’il repasse demain. Vous voulez bien ?

– Vous déraisonnez, lui répondit-elle en se saisissant du verre d’eau qu’elle venait de remplir pour le lui proposer. Tenez, buvez au moins une gorgée, vous devez avoir la bouche sèche à force de parler, comme ça, à force de raconter des bêtises.

– Merci, Ida, vous êtes bonne. J’aimerais tant que mon Adi trouve une femme aussi gentille que vous. Vous ne voudriez pas sortir avec lui, de temps en temps ? Aller au café, au spectacle, apprendre à le connaître…

– Allons, je suis bien trop vieille pour lui ! Je pourrais presque être sa mère !!

– Arrêtez de me faire rire.

– Je suis contente de vous voir plus détendue, vous semblez avoir repris quelques couleurs depuis tout à l’heure.

– Oui, c’est étrange, et la douleur aiguë que je ressentais ces derniers jours, au flanc gauche, vient de me quitter, elle aussi… J’ai peur, Ida.

– De quoi ?

– De les laisser seuls. Je sais que la fin est proche, je ne suis pas stupide. Je sais que je vais bientôt aller rejoindre mes petits anges. Vous vous rendez compte, Ida, aucun d’eux n’a survécu. Une véritable malédiction. Ma pauvre mère disait qu’on n’aurait jamais dû avoir d’enfant, parce qu’on était de la même famille, mon mari et moi. Elle devait certainement dire vrai.

– Taisez-vous donc ! Ils sont tous morts de la diphtérie, il n’y a aucun rapport, voyons !! Vos deux autres enfants ont survécu, eux, et ils se portent bien ; très bien, même, jusqu’à preuve du contraire.

– Oui, vous devez avoir raison. Il faut toujours qu’on cherche une cause au malheur, n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce qu’ils font, pourquoi ils n’arrivent pas ?

– Je vous l’ai répété, ils auront certainement été retardés sur la route, en raison de la neige.

– Tiens, je crois qu’on a sonné. C’est sûrement eux. Vite, courez leur ouvrir !


Ida quitta la chambre et longea l’étroit couloir qui menait vers la porte d’entrée. « C’est le docteur ! » cria-t-elle de l’autre bout de l’appartement.


– Entrez, docteur. Donnez-moi votre manteau. Vous semblez tout essoufflé, qu’est-ce qui vous arrive ?

– Je crains bien que toutes ces marches ne soient plus de mon âge, ma chère Ida…

– Allons donc, comme vous y allez !

– Comment va-t-elle ?

– Pas plus mal qu’hier. Elle est plutôt lucide, aujourd’hui, mais elle se refuse à prendre encore de la morphine. Tantôt, elle m’assure ne plus ressentir de douleur et quelques instants plus tard, elle m’affirme le contraire. C’est difficile de savoir.

– Bien, allons voir ça de près, dit-il en la précédant.


Alors que Klara tentait de se redresser avec peine dans son lit, le docteur Bloch s’approcha d’elle, affichant un air malicieux sur son visage rondouillard. Il l’aida à s’asseoir plus confortablement en positionnant un second oreiller dans son dos, avant de lui confier :


– Il va falloir que je fasse attention à mon embonpoint, Klara, sans quoi, il me sera sous peu difficile d’emprunter votre couloir.

– Rassurez-vous, vous n’aurez plus à l’emprunter bien longtemps !


Il ne trouva rien à lui objecter hormis un raclement de gorge, et lui saisit le poignet pour lui prendre le pouls, avant de poursuivre :


– Devinez qui je viens de croiser, près de la gare…

– Adi, mon Adi ?

– On ne peut rien vous cacher !

– Vous voyez, je vous avais bien dit qu’il finirait par arriver, ajouta Ida qui venait de les rejoindre.

– Oh, je suis heureuse, je suis si heureuse qu’il ait pu quitter Vienne pour venir me voir. C’est un bon fils, n’est-ce pas, docteur, que c’est un bon fils ?

– …

– Mais pourquoi il n’est pas monté avec vous, docteur ?

– Je l’ai aperçu qui s’engouffrait dans la pâtisserie, en chemin ; certainement pour vous apporter un de ces gâteaux à la crème de marrons que vous affectionnez tant. Mince ! Je crois bien que j’ai encore gaffé et que je vous ai gâché la surprise. Vous semblez lui être très attachée, Klara !?

– Oui, j’ai dû trop le couver quand il était petit. J’ai tant prié pour lui quand il est né, tant prié pour qu’il ne connaisse pas le sort de ses frères et sœur, si vous saviez !

– Dieu vous a entendue, madame Klara, rétorqua Ida.

– Oui, il a été bon et miséricordieux avec lui. Et mon Adi est si heureux depuis que j’ai bien voulu le laisser partir pour Vienne, étudier le dessin et la peinture, auprès de son August. Il deviendra un grand peintre, j’en suis certaine, il est promis à un bel avenir, si seulement il s’obstine à travailler et qu’il ne renonce pas à la première difficulté. Si seulement il veut bien mettre son orgueil de côté. J’aimerais tant aussi qu’il rencontre une jeune fille sérieuse, qu’il l’épouse et la respecte, qu’il lui fasse de beaux enfants et qu’ils vivent longtemps et heureux.

– Ça viendra, madame Klara, ça viendra. Il ne faut pas précipiter les choses. N’est-ce pas vous qui m’avez appris ça ?

– Oui, ma chère Ida, c’est vrai. Je souhaiterais me reposer, à présent. Je voudrais profiter du fait que la douleur me laisse un peu de répit pour essayer de dormir enfin. Je n’ai pas beaucoup fermé l’œil depuis ces derniers jours, n’est-ce pas ? J’ai du sommeil à récupérer. Ne fermez pas la fenêtre, Ida, je vous prie ! Je respire mieux ainsi.

– Comme vous voudrez, répondit-elle en jetant un regard fataliste au docteur.


Ils la laissèrent un instant pour aller discuter à l’écart. Bloch ne cacha pas son empressement de voir les enfants passer la porte d’entrée avant qu’il ne soit trop tard, car le temps semblait compté désormais. Il fut vite exaucé. C’est Paula qui arriva en premier, suivie de près de son frère aîné et, quelques minutes plus tard, de leur tante qui peinait à monter les dernières marches. Le frère et la sœur se jetèrent dans les bras l’un de l’autre et s’étreignirent longuement, à la recherche du réconfort qu’eux seuls semblaient pouvoir se procurer. Ces deux-là avaient toujours été proches malgré leur différence d’âge et l’éloignement. Ils s’empressèrent de se rendre auprès de leur mère, après avoir brièvement salué le docteur qui s’était avancé vers eux ; le coupant sèchement sur sa lancée lorsqu’il entreprit de leur parler. En pénétrant dans la pièce, Adi se libéra d’un geste brusque des bras de sa sœur pour aller refermer la fenêtre, pestant contre le froid qui commençait à se faire sentir et ne manquant pas d’incriminer, au passage, celle qu’il tenait pour responsable. Puis il alla s’asseoir sur le rebord du lit et, d’un geste timide, souleva la main frêle de sa mère, décontenancé par sa blancheur qui se fondait avec celle du drap de chanvre qui recouvrait le matelas, tandis que Paula se tenait en retrait, préférant ne pas s’immiscer dans leur intimité. Il s’allongea délicatement auprès d’elle, pour ne pas la réveiller, sans lâcher la main qu’il s’obstinait à vouloir réchauffer. Quand il comprit que, malgré ses efforts, sa tentative resterait vaine, il poussa un cri déchirant dont l’écho se fit entendre jusque dans la cage d’escalier, avant de se murer dans le silence, les yeux hagards. Tous accoururent et restèrent un moment sur le pas de la porte, autour de Paula, à le regarder s’envelopper dans les bras de sa mère et se recroqueviller en position fœtale, comme s’il avait voulu disparaître avec elle ou peut-être simplement repartir de zéro et réécrire le cours de cette histoire qui lui jouait un mauvais tour. Ils restèrent un long moment ainsi, immobiles et stupéfiés, se demandant quelle attitude adopter pour le ramener à la raison. Chacun tenta à tour de rôle de le réconforter par un geste ou une parole, mais il demeura impassible. Rien ni personne ne semblait pouvoir l’extirper de sa prostration. Personne, excepté Paula qui, face à l’impuissance des adultes et forte de sa légitimité, finit par s’approcher et s’agenouiller au pied du lit. Spontanément, elle lui caressa le visage et lui glissa à l’oreille : « Je sais que t’es triste, mais c’est mieux pour elle… c’est mieux comme ça… elle a plus mal, maintenant. Laisse-la s’envoler Adi, laisse-la s’envoler ! Faut être courageux. Et puis je suis là, moi… je suis là, tu sais. Allez, viens, viens avec moi, lui dit-elle en l’aidant à se relever après force insistance. »


Lorsqu’ils furent tous sortis, Ida s’approcha une dernière fois de la commode pour s’emparer du chapelet qui se trouvait dans le tiroir. Elle souleva d’un geste solennel les mains décharnées de la défunte pour le lui enrouler autour, et lui dit, en même temps qu’elle commençait à se signer : « Il n’y a plus de raison de vous inquiéter, à présent. Il n’y a plus de raison d’avoir peur. Tout va bien. Vous avez deux merveilleux enfants. Ils veilleront l’un sur l’autre, vous pouvez en être certaine, et vous continuerez à vivre à travers eux. Partez en paix, madame Hitler, partez en paix ! »


_____________________________________________________________________________________

Klara Hitler, née Pölzl, a rendu son dernier souffle à l’âge de 47 ans, le 21 décembre 1907 dans son appartement situé dans la banlieue de Linz, en Autriche. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, elle consent enfin à laisser partir son fils à Vienne pour qu’il y étudie les Beaux-Arts. Malgré son entêtement et ses aspirations à embrasser une carrière artistique, il échouera à deux reprises au concours d’entrée de l’Académie, et cachera ses échecs cuisants à son colocataire, August Kubizek, ainsi qu’à sa mère. Le docteur Bloch avouera, au sujet de la disparition de Klara Hitler, n’avoir jamais vu un fils aussi affecté par la mort de sa mère.

Pendant les années sombres de son frère, Paula entretiendra avec lui une relation plus ou moins suivie, n’hésitant pas, malgré tout, à profiter de sa position pour obtenir quelques faveurs. Après la capitulation allemande, elle sera arrêtée par les autorités américaines pour être interrogée. Elle déclara, à cette occasion : « Je ne crois pas que mon frère ait ordonné les crimes qui ont été commis contre toutes ces personnes dans les camps de concentration – ni même qu’il ait eu connaissance de ces crimes. Je dois dire du bien de lui, c’est mon frère, après tout. Il ne peut plus se défendre. » Elle mourra dans l’anonymat, en 1960, à l’âge de 64 ans.


 
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   Donaldo75   
14/2/2026
Salut Babefaon, je fais marcher mon cerveau gauche ce weekend. En plus, je suis le premier à commenter ta nouvelle.

L’intrigue tient franchement la route : Klara, une mère de famille épuisée par le cancer et les deuils passés (elle a perdu plusieurs enfants en bas âge), vit ses dernières heures. Elle est assistée par Ida, une aide ou une proche, et par le docteur Bloch. Tout est fait pour que le lecteur on éprouve de la compassion pour cette mère et ce fils artiste et sensible. Puis la chute : « Partez en paix, madame Hitler, partez en paix ! ». Le fils, c’est le célèbre Adolf. Le plus savoureux, c’est que le docteur Bloch est juif. Au niveau narratif, c’est bien vu, construit sur la chute mais de manière intelligente. Tu sèmes des indices qui sont historiquement exacts (le docteur Bloch, le fils à Vienne, la passion pour le dessin, le père violent, les enfants morts de la diphtérie) mais qui passent pour des détails mélodramatiques classiques aux yeux d'un lecteur non averti. D’ailleurs, cette précision historique va plaire aux afficionados du réalisme (certains en demandent même en science-fiction, sérieusement, oubliant au passage le terme « fiction ») et va aux confins du documentaire (Klara, cousine de son mari, le père d’Adi, le médecin juif…). Le contraste entre la douceur du petit Adi et l'atrocité du personnage historique qu'il représente crée un malaise puissant. C'est un procédé qui fonctionne toujours car il force le lecteur à relire le texte immédiatement avec un regard radicalement différent. Moi, je me suis fait avoir (mais c’est souvent le cas, c’est pourquoi je ne capte pas les enquêtes d’Hercule Poirot). Le style ne m’a pas autant convaincu que la narration. Le texte est très chargé. On y trouve des « visage rondouillard », « geste solennel », « mains décharnées », « geste brusque », « position fœtale » dont l’accumulation alourdit la lecture et manque parfois de subtilité. Tu montres peu mais expliques beaucoup. C’est un peu comme une pièce de théâtre dont les personnages sont désincarnés. D’ailleurs, cela se sent encore plus du fait des dialogues. Par exemple, Klara récapitule toute la biographie de son fils et de son mari dans une tirade qui semble davantage destinée à informer le lecteur qu'à parler à sa servante. Dans la réalité, on ne raconte pas l'histoire de sa vie à quelqu'un qui la connaît déjà (Ida). C’est un réel axe de progrès que de raconter différemment, de manière plus vivante. Du côté de la tonalité, tu as choisi de faire dans le larmoyant (« Oh, Ida ! que ce prénom est doux », « mon petit garçon rêvait d'être artiste »). C'est un choix délibéré pour accentuer le contraste avec la chute, je suppose et c’est une bonne idée. Je trouve cependant que ça tangente le cliché du roman de gare du XIXe siècle.

Donc, si je résume : basé sur la chute, ce texte tient surtout en tant que structure narrative ; du côté de l’écriture, c’est assez convenu. Ce qui signifie qu’une fois la chute accomplie, hormis pour les masochistes de mon genre qui souhaitent relire pour comprendre comment ils ont été piégés, il ne reste de la lecture qua ladite chute. « Bon sang mais c’est bien sûr ! » aurait crié un célèbre commissaire jadis parodié par Gotlib dans ses « Dingodossiers ».

   Mikard   
16/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Hello Babefaon
Tu racontes l’agonie d’une personne, elle refait le film de sa vie, se soucie de l’avenir de ses enfants, c’est assez classique et je ne voyais pas ou tu voulais en venir. J’ai commencé à entrevoir des pistes avec le médecin juif sans penser encore à Adolph.
Ce texte tient surtout à sa chute, exceptionnelle il faut bien le dire. Le contexte historique est bien rendu, Vienne, le penchant d’Hitler pour le dessin, la tyrannie du père. Comme il y a beaucoup de dialogues, la lecture est agréable.
En résumé un bon moment de lecture … j’ai pas trop compris le titre !
A bientôt
Mik

   ANIMAL   
19/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Une femme qui vit ses dernières heures, une mère qui revient sur certains épisodes marquant de sa vie en attendant de revoir sa famille pour la dernière fois… Entre les poussées de délire dues à la morphine, elle raconte, raconte ce que sa chère Ida sait déjà, mais lorsqu’on va mourir, on ne se soucie plus de ce genre de détail.

On y apprend que son garçon, son « Adi » était un enfant battu, trop attaché à sa mère et s’opposant à son père, un artiste refoulé, un velléitaire et peut-être victime de consanguinité. Ceci excuse-t-il cela ? Circonstances atténuantes ? On ne le saura jamais car le procès du "monstre Adolph" n’a pas eu lieu.

Ce récit de souvenirs familiaux apporte son éclairage sur la façon dont l’enfance façonne l’adulte… et aurait pu devenir une uchronie. Car si le mari de Klara avait tué son petit garçon en le rouant de coups, le monde aurait été différent aujourd’hui.

Et sa mère qui a tant prié pour que cet enfant ne meure pas en bas âge, comme ses frères et soeurs sauf une, tandis que le docteur voit en sa survie la main de Dieu… alors que d’autres, plus tard, le verront comme le diable…

C’est toute l’ironie de ce récit, plausible car s’appuyant sur des faits reconnus.

Bien vu.


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