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Sentimental/Romanesque
embellie : Une tranche de vie
 Publié le 12/02/26  -  6 commentaires  -  7542 caractères  -  24 lectures    Autres textes du même auteur

Un petit épisode de la vie à la campagne, telle que l'a connue l'auteure, aujourd'hui une dame âgée, hélas !


Une tranche de vie


Un reportage animalier à la télé, sur les animaux de ferme. On y voit une jolie chèvre espiègle, dressée sur ses pattes arrière, pousser une congénère à petits coups de corne pour mieux atteindre une branche épineuse qu’elle se met à brouter.

À voir cette malice, j’éclate de rire et en même temps me revient en mémoire une chèvre que mes parents avaient quand j’étais petite alors qu’on habitait à la campagne.

Elle n’avait pas vraiment un nom, on disait « la Biquette » quand on parlait d’elle.

Elle était toute blanche et ressemblait comme deux gouttes d’eau à Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin.


Comme Blanquette, elle avait la même barbiche de sous-officier, les sabots noirs et luisants, des cornes zébrées et de longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande ! Son corps dégageait une fraîche odeur de lait et d’herbe coupée. Quand je la caressais, elle tournait vers moi sa tête et son regard, très doux, semblait me dire merci.

Mes parents étaient bienveillants et n’avaient pas voulu l’attacher à un piquet comme cette pauvre Blanquette. Je la surveillais sans cesse, de peur qu’elle se sauve et rencontre le loup ! Mais ma mère disait : « Pourquoi partirait-elle ? Elle est chez nous comme un coq en pâte ! » En pensant à notre coq, dans notre basse-cour, je me demandais ce que pouvait bien vouloir dire « en pâte ».

Comme on avait vu qu’elle léchait avec gourmandise le salpêtre sur les vieux murs burinés du pigeonnier, on lui tendait une poignée de sel et c’était chatouilleux de sentir cette langue chaude nous lécher le creux de la main.


Notre Biquette avait fait un petit chevreau. Il m’amusait beaucoup quand il sautait, très haut, et savait s’allonger en l’air pour frapper le mur de la ferme de ses quatre sabots à la fois. Mon père me disait :

« Tu vois pourquoi on dit : sauter comme un cabri. »

Elle avait beaucoup de lait et son petit ne tétait pas très fort, alors on la trayait un peu tous les jours, et moi j’aimais boire ce lait frais tiré, tiède et mousseux… Une fois, ma mère dit : « C’est curieux, il y a de moins en moins de lait. » Elle a compris pourquoi le jour où elle a vu la chèvre se téter elle-même. C’est incroyable mais vrai, je l’ai vue aussi. Elle écartait ses pattes, pliait son corps sur le côté jusqu’à ce que son museau arrive à ses mamelles, et elle se tétait, goulûment.

Pourtant, elle était bien nourrie, libre d’aller brouter tout autour de chez nous, et on lui donnait en plus les épluchures de nos soupes.

Pour essayer d’empêcher sa mauvaise habitude, ma mère avait fabriqué un petit sac en tissu, un soutien-gorge en somme, dans lequel elle enfermait les mamelles, resserré en haut par un élastique.

Mais pour décourager Biquette, bernique ! Elle saisissait le tissu avec ses dents, tirait sur l’intrus pour s’en débarrasser et continuait à téter son lait.


Son petit a quand même réussi à grandir, et quand mes parents ont jugé qu’il était assez rondelet, ils ont voulu le tuer pour le manger, mais ne se sentaient pas capables de faire eux-mêmes cet acte monstrueux. Mon père a dit : « Je vais aller chercher l’oncle Charles ; comme il est chasseur, il a l’habitude de tuer des bêtes. » Et moi de pousser ma voix de gamine : « Je viens aussi », car je voulais supplier l’oncle Charles de laisser vivre ce pauvre chevreau.

Nous voilà donc sur l’autoroute, papa et moi. Au bout de quelques kilomètres, la circulation ralentit peu à peu, puis s’arrête tout à fait. Il faut patienter. Commence alors un concert de klaxons. Comme toujours, des voitures nous doublent, essayant idiotement de forcer le passage, ce qui provoque le plus gros embouteillage jamais vu par ici. Beaucoup d’invectives et de noms d’oiseaux sont lancés par les chauffeurs surchauffés.

Tandis que l’incident prend des proportions inimaginables, mon père, avec ses petits hochements de tête impatientés et ses doigts qui tapotent le volant, me donne envie de rire, mais je n’ose pas.

Tout à coup, il explose :


‒ Mais c’est pas possible, enfin ! Une route à trois voies !


Il m’a fait sursauter ; j’essaie de le calmer :


‒ C’est peut-être un accident, il faut le temps de dégager la route.

‒ Un accident, un accident… s’ils roulaient moins vite aussi !

‒ Pourquoi tu t’impatientes papa, on n’est pas pressés, tonton Charles ne nous attend pas, il ne sait même pas que nous allons chez lui.

‒ Heu… Ouais, t’as pas tort fifille, cool… cool.


Et moi je pense au petit de ma Biquette ; il est si mignon, joueur, innocent, inconscient du sort qui l’attend. Je me dis : « Il faudrait que la route soit barrée, ou défoncée, qu’on ne puisse plus passer, ou bien que l’oncle tueur soit mort, enfin pas mort quand même, mais au moins malade, couché au lit… » Je ne peux pas croire qu’on va tuer mon ami, et en plus pour le manger ! Ce n'est pas possible ! Si je pouvais empêcher ça…

Après quelques longues minutes de stationnement imposé, la circulation reprend, lentement. Les voitures glissant en file indienne font penser à un fil de laine se déroulant de la pelote que forme l’embouteillage.

Nous arrivons enfin.

Tonton n’est pas malade. Je subis la traditionnelle et énergique pincée de joue par sa grosse main velue :


‒ Oh, mais c’est qu’elle grandit vite la pitchoune !


Je grimace, il me fait mal chaque fois, mais malgré tout je l’aime bien tonton Charles.

Ce petit homme aux cheveux très noirs, aux joues rouges et aux yeux rieurs a l’accent et le ventre rond du bon vivant méridional. Une sorte de Tartarin. Il aime rigoler et faire rire ; il raconte toujours des blagues.

Il aime les animaux. Il a trois chiens, deux chats ; je n’arrive pas à comprendre ce qui le pousse à tuer les animaux de la nature.

Je revois, avec dégoût, ses trophées de chasse exposés sur les murs de l’entrée, dans son bureau, jusque dans la salle à manger où les repas se prennent sous les regards réprobateurs des têtes de cerfs et de biches naturalisées. Quelle horreur !


Mon père explique le but de notre visite.


‒ Tu sais, Charles, notre chèvre a si bien allaité son petit que le voilà prêt à passer au tournebroche. Si tu pouvais venir faire ce que je suis incapable de faire et que toi tu fais si bien, ça nous rendrait service et bien sûr, toi et ta femme serez du festin.


Cette phrase me fait frissonner.

Mais tonton répond :


‒ Dis donc, son petit à ta chèvre c’est une chevrette je crois, non ?

‒ Oui, une femelle. Pourquoi ?

‒ Parce que j’ai rencontré hier, au marché aux bestiaux, Augustin le métayer du comte de Capoul. Il se plaignait de n’avoir pas trouvé pour son maître une chevrette sevrée à finir d’élever pour commencer la constitution d’un troupeau.


Je vois mon père froncer les sourcils, caresser le lobe de son oreille droite, signes d’une réflexion accélérée, puis lâcher :


‒ Bon, ça peut pas mieux tomber ! Je vais le contacter dès demain.


Je crois que les parents ont des antennes invisibles qui leur permettent de comprendre leurs enfants sans qu’ils aient à parler, parce que mon père dit, se tournant vers moi :


‒ Alors, fifille, te voilà rassurée ?


Je ne peux pas répondre. Une bouffée de gratitude m’envahit, me serre la gorge, mouille mes yeux. Et tonton, tout confus :


‒ Ah, non ! Ne va pas pleurer maintenant !

‒ Charles, je connais ma fille, ce sont des larmes de bonheur.

‒ De bonheur ? Alors, à la bonne heure !


Et sur ce trait d’esprit, qu’il doit trouver très fin, Tartarin conclut l’entretien par un éclat de rire.


 
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   Cristale   
1/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ouf ! J'ai eu peur pour ce pauvre chevreau… heureusement que la nature l'a fait chevrette ^^
Voilà une mignonne histoire qui se lit comme une comptine.
L'atmosphère est bien rendue, le suspens va crescendo dès que le père prend sa voiture et se retrouve dans un embouteillage.
L'écriture est agréable, le vocabulaire accessible, les scènes bien posées ne font pas d'esbrouffe, pour moi ça a marché.

   Pattie   
3/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai beaucoup aimé cette tranche de vie. J'ai trouvé l'anecdote curieuse, le ton du récit agréable, primesautier, et j'aime beaucoup le personnage de Tonton Tartarin. En piste d'amélioration, je verrais bien la suppression du passage sur l'embouteillage, pas vraiment utile, à remplacer peut-être par le décor rural, ou des pensées qui divaguent ? Et un allongement du passage chez le tonton. Et ces trophées de chasse ? J'aimerais bien avoir peur avec la narratrice, avec elle être fêtée par les trois chiens, même celui qui fait un peu peur parce qu'il est vraiment grand, et chercher du regard les deux chats. Entrer et sentir la bonne odeur de la tarte aux pommes forcément préparée pour le goûter de la nièce et qui refroidit sur la table de la cuisine.

   Donaldo75   
4/2/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Well, je ne suis pas client de ce type de texte, je m’en rends encore plus compte après cette lecture. Okay, des souvenirs champêtres, racontés de façon appliquée. C’est une manière de raconter que d’adopter ce ton placide, ouaté. Où est le relief, le nerf, le rythme du récit ? Pour ce qui est du style, il est daté, descriptif, bardé de détails anecdotiques qui ne délivrent pas une atmosphère ou un chemin dramatique mais encombrent la page. J’ai eu l’impression d’une série de souvenirs placés sur la page parce que tout devait être conservé. La nostalgie se décline sous la forme de bons sentiments sans mise en exergue, incidente ou que sais-je de plus emballant. Les personnages eux-mêmes sortent d’un catalogue : le père impatient mais gentil, la mère douce et ingénieuse, l’oncle méridional jovial, un peu lourd, mais bon vivant, l’enfant sensible et pure. Ceci étant dit, au moins c’est synchro avec la bonté des parents, la gentillesse de l’oncle, la mignonnerie du chevreau qui habillent la tendresse de l’enfance. Ce sont des archétypes, jamais mis en tension, jamais révélés autrement que par des clichés, restant dans une vision simplifiée du monde rural. Quant à la structure narrative, elle manque de cohésion ; ça commence par un reportage animalier, bifurque vers des souvenirs, s’attarde longuement sur des anecdotes domestiques, puis glisse vers un épisode d’embouteillage, avant de revenir à l’oncle et à la chèvre. Pas de fil conducteur, juste des scénettes. De l’inertie, en fait. L’énergie potentielle ne s’est pas transformée. En résumé, j’ai trouvé ça gentil, propre sur lui, sans souffle, juste des souvenirs. Je sais, c’est un genre que j’ai déjà lu ailleurs sur Oniris mais autrement plus incarné, moins convenu. C’est ce que je reproche à cette nouvelle, du sage, du prévisible, du mièvre, sans émotion ni surprise.

   Boutet   
12/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Tout est bien qui finit bien pour la petite chevrette. Le final n'est pas une surprise et j'oserais dire tant mieux. Ce souvenir d'enfance n'en est pas moins agréable et bien écrit. Une belle histoire qui plairait aux enfants.

   Luron   
13/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Cette gentille histoire m’a rappelé beaucoup de souvenirs similaires vécus à la campagne lorsque j’étais enfant : l’attachement à un animal voué à la mort. Mes parents le vendaient lorsque je m’absentais. J’ai gardé le souvenir de quelques-uns, de leur nom, de l'attachement. Surtout, ce récit pose le problème de la relation des humains avec les animaux, problème qui est toujours latent surtout avec la concentration de la population citadine.
A la campagne, les éleveurs d’aujourd’hui traitent bien mieux les animaux qu’autrefois sans sentimentalisme inutile, les bovins ont un numéro accroché à l’oreille et sont bien nourris. La mise à mort évite mieux les souffrances. L’élevage va dans le bon sens.
Les citadins adoptent de plus en plus d’animaux domestiques. Le chiffre d’affaire annuel serait de 6 milliards d’Euros. Des milliers voire millions de chiens et de chats enfermés dans des appartements avec quelques sorties au bout d’une laisse sont pour moi l’image d’une maltraitance institutionnalisée par la société. De plus cette relation humain-animal me semble souvent pathologique. Je ne vais pas citer ici des exemples de "témoignages d’affection" choquants dont j’ai été témoin dans des salles d’attente par exemple ... Le pauvre animal est devenu un jouet sur lequel on projette des fantasmes. Triste fonction.
J’ai pris le risque de heurter car j’adore les animaux.
Merci pour cet agréable récit.

   Babefaon   
14/2/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Bonjour embellie,

Désolé de ne pas avoir accroché avec cette « tranche de vie ». D'une part, la transition entre le reportage télé et le début de la narration me semble trop abrupt. D'autre part, j'ai du mal à croire que, vu les années qui se sont écoulées depuis cette expérience (même marquante), les souvenirs soient à ce point détaillés.

L'écriture est un peu scolaire et le langage employé ne me paraît pas être celui d'une dame âgée. Hormis l'histoire, à laquelle je n'ai pas été très sensible, peut-être serait-il intéressant, un jour, d'envisager la narration sous un autre angle pour donner plus de corps au texte.

En espérant que ce commentaire vous aura été utile.


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