Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Mikard : Cécité
 Publié le 10/02/26  -  4 commentaires  -  7447 caractères  -  24 lectures    Autres textes du même auteur

Que dire à ceux qui ne voient pas… Peut-on seulement les aider ?


Cécité


Cet affolement du cœur que l’on appelle coup de foudre j’avais cru le vivre bien souvent. À l’adolescence bien sûr à chaque fois qu’un garçon m’adressait la parole et plus tard aussi, au magasin, quand un nouveau arrivait et que l’on en parlait entre filles. À l’époque je me croyais amoureuse trois fois par semaine. Plus tard avec l’âge, j’ai appris à me retenir, à ne pas m’enflammer trop vite, pourtant quelques fois par an j’ai encore des émotions incontrôlées.


Seulement ce soir-là, j’ai bien compris que tout ce que j’avais vécu avant n’était rien. Car cette rencontre-là pourtant virtuelle m’a transportée dans un autre monde : le monde de l’amour absolu. Je m’ennuyais ferme ce soir-là devant Tinder. Toujours les mêmes situations, des hommes âgés cherchant une compagnie ou plus jeunes cherchant du sexe à bon compte. Je m’apprêtais à retourner à ma télévision quand un message privé m’a emballé le cœur : un certain Diego souhaitait établir un contact.

Ce qui m’a frappée d’emblée dans son message, c’est sa gentillesse, son humilité. Rien de douteux, seulement des mots agréables à lire. Et puis surtout, il me parlait de moi, me demandait des petits détails, comme un frère aîné bienveillant pourrait le faire. Au bout d’une heure, j’ai réussi à répondre. Il me fallait choisir mes mots, sans jouer l’intello ou la coureuse de service, pour ne pas briser ce fil.

Il m’a répondu aussitôt, j’ose à peine y croire. Depuis une semaine maintenant nous échangeons tous les soirs. Je lui raconte mes journées bien monotones presque avec gène car depuis hier j’ai appris sa profession : il est surfeur professionnel ! Toujours aux quatre coins du monde pour des compétitions, des exhibitions, des tournages de publicités.


Chacun de ses messages est un miracle. Le plus difficile pour moi est de répondre, sans fautes, avec classe et originalité. Pendant mes pauses au magasin, je griffonne des bouts de texte et puis je m’aide un peu aussi avec ChatGPT. Il m’a avoué quarante ans, sur les photos, je lui en donne dix de moins. Toujours sur mon nuage, j’ai lancé un truc comme ça sur la possibilité d’une rencontre et aussitôt il a accroché. Il pourrait faire un aller-retour à Paris pour un week-end. Tant pis il annulera une exhibition à Honolulu et peut-être devra-t-il rembourser des frais aux organisateurs, mais quelle importance, il veut tellement me rencontrer.


Tout cela prenait forme. J’avais trouvé une location de week-end sur Paris et réservé mon train Rouen-Saint-Lazare et ce matin la tuile.

Sur son dernier tournage de pub on l’a payé en dollars australiens et, il doit régler son annulation en dollars américains. En bref la cata, même son hôtel lui refuse cette monnaie. Je vois sur les derniers selfies à Hawaii qu’il est désespéré. Sans réfléchir une seule seconde, je cherche une solution pour l’aider. Je ne possède pas grand-chose, un petit pécule sur mon livret A et de quoi faire le mois sur mon compte courant, en tout peut-être cinq mille euros.

En essayant de trouver des mots sincères et mesurés et en toute modestie, je lui propose mon aide financière. Il est bien évident qu’un homme comme lui peut se passer de mes services mais j’ai tellement projeté sur cette rencontre.

J’en suis abasourdie : il accepte mon aide. Et non seulement il accepte mais il me donne aussitôt la marche à suivre pour le transfert. Je n’y connais rien mais finalement c’est simple, il suffit de faire un Western Union comme il dit. Le cœur en fête, à une employée de banque qui me regarde curieusement, je valide un transfert de quatre mille cinq cents euros.

Les jours suivants, j’attendais son message, mais rien. Pourtant le virement est fait, ma banque m’a alertée sur ce mouvement d’argent inhabituel. Ne voulant pas le harceler et paraître inquiète, je tente des envois d’émojis drôles ou impatients, mais rien.


Et puis un matin enfin, j’ai eu une réponse qui m’a déchiré le cœur.

Ses mots sont doux, apaisants, mais derrière ses gentillesses il cache un lourd secret. Il vit un drame familial et veut me tenir à l’écart. Sa pudeur est juste incroyable, comment est-ce possible ? Je me rends compte seulement aujourd’hui que je suis dans sa vie. Sans paraître trop insistante, j’arrive quand même à savoir ce qui le tourmente. Tout était prêt, son vol réservé, les détails d’argent réglés, quand un simple mail de sa sœur a tout bouleversé.


Sa sœur aînée qui vit en Californie est depuis plusieurs mois en attente d’une greffe de rein. Depuis toujours, Diego qui veille sur elle lui a promis qu’il tenait à être le donateur. Encore une fois, je reconnais mon Diego, sa droiture, son sens de la famille car non content de lui donner un organe, il tient à financer la transplantation. Tout en se renseignant sur la meilleure clinique de Los Angeles, il m’avoue ses problèmes car sa sœur adorée ne peut plus attendre.

À moins de trouver cette somme rapidement, il va devoir travailler beaucoup plus, surfer du matin au soir et cela va encore reporter notre rencontre à Paris. C’est cela qu’il ne voulait pas m’avouer, je m’en rends compte maintenant.

Pendant ma pause au magasin, j’essaye de faire le point. Depuis une semaine je vais à la salle tous les jours, j’ai programmé un soin d’esthétique et changé ma coupe de cheveux. Cette rencontre, je l’ai vécue cent fois. Ses photos sur mon mobile peuplent mes nuits et jours, si je ne le vois pas en vrai, je vais devenir folle.


Ce matin j’ai vendu ma voiture. Avec les transports en commun je vais m’organiser et certains jours une collègue me dépannera. Dans mon prochain message je vais le rassurer, sa sœur est sauvée. Cela m’ennuie un peu qu’il n’ait plus qu’un rein, mais comment évoquer cela quand il s’agit de sa famille.

Huit mille euros pour ma Clio presque neuve. Bien sûr qu’il va en manquer pour une opération aux US… Il faut que je trouve cet argent… À force d’y penser j’entrevois une solution…


Sur des forums consacrés à l’arnaque Internet, certains racontent que des brigands se font beaucoup d’argent avec l’escroquerie aux sentiments. Ces individus mal intentionnés en faisant croire qu’ils sont épris arrivent à soutirer de l’argent à des partenaires trouvés sur la Toile. C’est très malsain et j’en ai honte, mais ai-je le choix ? Mes amis, mes parents, personne ne veut plus m’aider. Seule, je suis seule avec mon Diego au bout du monde.

Alors tant pis pour eux, tant pis pour ces gens qui vont me faire confiance. Je vais mentir, jouer la femme éprise et puis après un moment de complicité, inventer des embrouilles pour leur soutirer de l’argent et aider mon Diego.

Je me suis lancée. Je viens d’écrire à un homme qui vit isolé dans les Ardennes belges. Il cherche de la compagnie j’ai l’impression. En me répondant gentiment il m’a demandé des photos. Il a bien précisé des photos au naturel, cela veut dire que je dois me déshabiller je pense. Cela me gêne car je n’ai jamais fait ce genre de photos, mais pour mon Diego, je ferais n’importe quoi.

Pour les premiers clichés je vais rester en culotte en demandant juste cent euros, cela le mettra en confiance, j’en garderai un peu pour manger et le reste ira à mon Diego.

On me dit irresponsable, à demi-folle, mes amis et ma famille se sont éloignés, peu m’importe. Cette passion que je porte en moi me tient en vie. Il n’y a qu’une vérité, c’est celle de mon amour pour Diego. Il est plus fort que tout et je souhaite à toutes les femmes de le connaître à leur tour.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   papipoete   
10/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
bonjour Mikard
Je ne sais pas si cette nouvelle remplit toutes les conditions, pour être appréciée mais de la première ligne à la dernière, dès lors que cette fille met un pied dans le piège, on sent que son prédateur l'a ferrée, elle est à point !
Et le pianissimo du début de la traque, va fortissimo, et chaque appât du chasseur est mordu, le collet se resserre... ( sa soeur opérable d'un rein... pas l'argent pour payer ? non problème, y'a une oie blanche pour raquer ! )
Et lorsqu'elle en arrive à poser nue pour un mateur, contre un billet...le beau surfeur est là dans son esprit, à dévorer son coeur !
NB pas compétent en matière de nouvelle, j'interviens quand même, pour peut-être amorcer une débauche de commentaires, plus flatteurs les uns que les autres ?
Tout y est, et nous montre que les campagnes de mise en garde contre arnaqueurs de plus en plus doués ( autant que salauds ) ne feront pas de quartier, et nulle prière ne les fera revenir sur leur funeste entreprise.
Ici, on voit hélas une pauvre victime, avec de la peau de saucisse devant les yeux, et le coeur...

   Boutet   
10/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Très belle lecture sur un sujet dont on entend hélas souvent parler : les brouters spécialistes des arnaques aux sentiments ayant pour seul but soutirer de l'argent. La narratrice manipulée se retrouve prise dans un engrenage amoureux virtuel. Combien se sont fait dépouiller et sont manipulé(és) chaque jour ? Certains finissent par découvrir la supercherie quand d'autres y croient encore au grand amour et continuent de se faire dépouiller, des étoiles plein les yeux, comme la narratrice.

   Babefaon   
10/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Bonjour Mikard,

Un sujet d'actualité sur les arnaques sentimentales (ou autres) qui deviennent de plus en plus récurrentes, hélas ! On se dit toujours que ça n'arrive qu'aux autres, mais force est de constater que ça peut arriver à nombre d'entre nous, même mis en garde, à en juger par les témoignages des victimes qui circulent (sans compter celles qui n'oseront jamais avouer, par honte). Il faut croire que les toiles sont très bien tissées.

La naïveté (qui confine à la sottise, pour reprendre une réplique culte !) de votre personnage est bien rendue et m'a amusé. C'est bien écrit et plutôt drôle. On y croit, elle est, pour moi, parfaitement incarnée. On se demande jusqu'où peut aller la supercherie, à quel moment elle va se rendre compte de son aveuglement.

Si j'ai « un peu aimé » seulement, c'est parce que j'ai été déçu par ce revirement. Je sais qu'il est difficile de terminer une nouvelle, de lui trouver une chute, ouverte ou fermée, surprenante ou non, mais je pense qu'il y avait matière à terminer votre récit autrement. J'ai du mal à croire que, étant dupée elle-même, elle puisse chercher à infliger le même sort à quelqu'un d'autre, sans qu'il y ait le fameux déclic à un moment donné. Désolé, mais ça ne me paraît pas ou peu crédible ! Ce n'est, bien sûr, que mon ressenti.

   Donaldo75   
14/2/2026
Salut Mikard, comme pour le texte que j’ai précédemment commenté, je vais utiliser mon cerveau gauche pour celui-ci.

L’arnaque : Une femme seule, employée dans un magasin à Rouen, croit vivre l'amour absolu après avoir rencontré un certain Diego sur Tinder. Ce dernier se présente comme un surfeur professionnel de 40 ans, beau, riche et voyageant aux quatre coins du monde. Cela me rappelle l’arnaque au faux Brad Pitt, à la différence près que l’arnaquée tente à la fin de devenir arnaqueuse, pour aider son arnaqueur. C’est là le twist. Du côté narratif, tu décris bien le mécanisme de l'emprise. Les détails ajoutent de la crédibilité à cette narration. Et la chute est intéressante dans sa nature, celle de la déchéance morale. Par contre, l'écriture est très linéaire, dans la narration pure, sans grande recherche d'images poétiques ou de style littéraire marqué. L'écriture est ici un simple véhicule pour la chute. Dès que l'on gratte un peu la surface pour chercher une voix, une esthétique ou une singularité, c’est compliqué car tout est sacrifié sur l'autel du dénouement, au détriment de la texture même du texte. Le style est scolaire : peu de rythme, pas d'aspérités, pas de métaphores originales qui viendraient bousculer le lecteur. De l’explicatif. De la psychologie traitée de façon utilitaire. La narratrice passe de la solitude au crime en quelques paragraphes avec une rationalisation qui manque de profondeur. Les personnages ne sont pas incarnés, ce sont des silhouettes destinées à illustrer un propos.

Bon, je dirais (c’est ce que j’ai déjà dit dans mon commentaire précédent sur une autre nouvelle) que l’axe de progrès réside dans le style d’écriture pour appuyer la narration parce que le narratif est excellent mais mal habillé. Je ne demande pas à Alain Delon jeune de s’habiller en Jean-Paul Gautier mais l’idée reste dans ce registre.


Oniris Copyright © 2007-2025