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Réalisme/Historique
Balek : Le bal des grotesques
 Publié le 08/09/09  -  10 commentaires  -  3983 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Des amis à la dérive se retrouvent pour fêter le nouvel an.


Le bal des grotesques


Mimi est arrivée la première déguisée en Bunny. Deux cent cinquante kilos dans un collant résille, un justaucorps noir et des oreilles en poils roses qui semblaient toutes petites sur sa grosse tête de lune.

Je me suis demandé, serrée comme elle était dans ses résilles, si la cellulite n'allait pas se mettre à suinter de sa peau. Mais elle avait l'air plutôt content. Contente de retrouver son Max, son mec.

Lui, il est arrivé déguisé en concombre. Enfin, c'est ce qu'il a dit.


J'ai trouvé que ça ressemblait plutôt à une grosse chaussette verte, avec un trou pour laisser passer un orteil. Son nez en vrai. Un pif pas possible sur un type d'un mètre cinquante, aussi maigre que sa nana était obèse.

Et puis il y a eu Grodjo le marin, Momo l'extra-terrestre et Sophie la putain.

Elle était jolie Sophie. Même déguisée en pute. Surtout déguisée en pute. Je lui tournais autour depuis quelques semaines, et je me serais coupé un doigt pour la mettre dans mon lit.


Mais je ne savais pas trop comment m'y prendre. Elle était sauvage, et je craignais qu'en m'approchant trop, elle se tire loin. Très loin de moi.

J'avais pas de costume. Pas de fric pour en louer un. Comme tout le monde.

Alors je m'étais déguisé en sac poubelle.

Un collant de mon ex, et un sac poubelle dans lequel j'avais fait quatre trous pour les bras et les jambes, une boîte de conserve et un vieux chat en peluche ficelés sur le cou, histoire d'ajouter une note de réalisme.

C'est comme ça qu'on avait décidé de fêter le premier de l'an cette année-là.

Tout le monde devait venir déguisé avec un plat et au moins une bouteille.

J'ai mis la musique à fond et les deux filles se sont mises à danser pendant que les mecs picolaient.

Mimi se tortillait dans sa résille. On aurait dit un éléphant de mer pris dans un filet de pêche. Max la trouvait très sexy. Il ne la lâchait pas des yeux avec un air salement libidineux.

Grodjo et Momo s'arquebusaient consciencieusement au whisky.


Je matais Sophie très consciencieusement aussi. Elle était vraiment canon.

À minuit, on s'est tous sauté dessus pour se souhaiter la bonne année.

Et c'était sincère parce que nous n'avions que nous ici et ailleurs.

Les années avaient fait de nous une sorte de famille improbable et grotesque. Sophie était la petite nouvelle du groupe.

Mimi s'était prise de pitié pour elle quand elle l'avait vue, paumée dans le hall de la gare centrale.

Elle lui avait proposé de l'héberger quelques jours chez elle et Max. Il y a trois mois de ça.

Personne ne connaissait son histoire et on ne lui posait pas de question. C'était une des règles de la famille. On était comme on était et ça nous allait bien.

Voilà tout ce que je savais de Sophie.

À minuit donc, j'ai sonné la charge, et j'ai embrassé Sophie. Sur la bouche. J'ai senti sa langue caresser mes lèvres puis mes dents.

Je lui ai proposé de sortir pour être tous les deux. Rien que tous les deux. Il faisait bon pour un mois de décembre. On s'est assis sur le banc, dans le jardin. Elle en pute et moi dans mon sac poubelle avec sur le cou ma boîte de conserve et mon chat pelé.

Je l'ai prise dans mes bras. Elle est venue s'y nicher. Pas un mot, mais on était bien. On se comprenait physiquement.

Quand nous sommes rentrés Grodjo et Momo refaisaient toujours un monde qui se tortillait de plus en plus bizarrement sous l'effet du whisky. Ils parlaient d'un monde où toutes les cuisines seraient écologiques et surtout équipées d'un robinet à whisky. Un monde où tout le monde aurait pour obligation d'adopter un furet ou un renard, parce qu’y en avait marre des poules.

Mimi et Max avaient disparu mais on les entendait baiser furieusement dans une des chambres.


- Tu viens te coucher ?


Sophie a dit oui.

Nous nous sommes déshabillés. Nous nous sommes lovés l'un contre l'autre sans rien dire, sans rien faire.

J’ai passé le reste de la nuit à l'écouter dormir en pensant à tout ce que nous avions de grotesque.

De grotesque et d'heureux.



 
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   widjet   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ils sont peut-etre grotesques, mais il me semble que malgré tout l'auteur témoigne une petite tendresse pour ses personnages même si c'est vrai qu'on aurait aimé en savoir plus sur eux. Cela reste succint, comme le sont souvent les tranches de vie (une part autobio?).

L'écriture et sobre et moderne, plaisante et quelques bonnes idées et tournures amusantes ("On aurait dit un éléphant de mer pris dans un filet de pêche") montrent que l'auteur en a probablement encore sous la plume.

L'ensemble est loin d'être déagréable.

J'attends le prochain opus pour me faire une idée plus précise.

Welcome !

W

   brabant   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai aimé.
C'est propre, c'est net, précis, concis, pas éparpillé.
C'est chirurgical mais chaud, sale mais clean, caricatural mais fouillé, tendre et profond.
Blazé et "cocooné".
J'aurais aimé rester plus longtemps... mais vous aviez à faire...
Ce texte est une alliance de contraires, une suite de contrastes... et vous nous prouvez que les contraires sont complémentaires, que les contrastes se fondent.
J'ai craint un moment que vous ne fassiez de Sophie une tordue, une névrosée, quelqu'un de pas net. Mais non, c'est tout simplement une fille aimante. Merci pour elle. Merci pour nous.
Très sain finalement, pittoresque aussi.

Au plaisir de vous lire...

   jaimme   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Beau (?), doux-amer, tendre.
Mais beaucoup trop court. Une constatation en même temps qu'un compliment.

   Anonyme   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

ça tient plus à mon sens d'une esquisse que d'une véritable nouvelle. On sent une vraie humanité dans la description de ces paumés, mais tout cela reste trop superficiel, inabouti, pas assez fouillé. J'imagine que c'est un choix, mais je trouve ça dommage. On s'arrête juste à une description physique qui, certes, en dit long (pas trop caricatural tout de même ce couple unissant les extrêmes ? le grotesque passe-t-il forcément par l'apparence ?), mais ces personnages méritaient plus à mon avis.

le mot "monde" est un peu trop répété en l'espace de trois phrases et les temps me semblent parfois à revoir (j'aurais par exemple mis "il y avait trois mois de ça"). La répétition de "contente" aurait mieux fonctionné si le mot conservait le même genre (féminin ou masculin) les deux fois.
J'attends le prochain texte, plus construit et plus long sans doute. Bonne continuation.

   Manuel   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Celà fait penser "au père Noël est une ordure" ce chef d'oeuvre cent fois rediffusé; même ambiance et mêmes paumés.
Mais c'est léger et amusant, la saint sylvestre des SDF...
J'en redemande

   Selenim   
8/9/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Une petite soirée prise sur le vif servie par une écriture simple mais énergique.
J'ai par contre eu la désagréable impression de lire un résumé tant les ellipses sont nombreuses. Je trouve vraiment dommageable que l'auteur n'ait pas développé plus son histoire. En effet, ce genre de soirée est toujours le lieu d'anecdotes inavouables. Les protagonistes sont certes très colorés mais malheureusement creux.

Mention spéciale pour la phrase : On se comprenait physiquement.

Une carte postale littéraire plus qu'un véritable nouvelle.

Selenim

   wancyrs   
9/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Balek !
un assez beau texte, court mais dosé comme il faut pour m'accompagner dans mon sommeil... j'ai retrouvé l'ambiance des romanichels des quartiers mals famés de Douala ( Capitale économique du Cameroun) où je déambulais avant que la providence ne me mène ailleurs, plus civilisé ?
jsute un petit souci : Je l'ai prise dans mes bras. Elle est venue s'y nicher... je crois que " elle est venue s'y nicher." est de trop.
J'aurais plutôt vu : J'ai ouvert les bras. elle est venue s'y nicher.
merci pour ce texte

bonne continuation

Wancyrs

   poupoune   
9/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Tiens donc, vous ici ?
Pour ma part, ce texte, je l'aime toujours, hein... Autant pour son style enlevé et fluide que pour le fond, plus tendre que grotesque.

Au plaisir, donc, de te lire encore ici ou là.

   BAMBE   
9/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un court mais intense moment, une scène de vie bien écrite, un peu grisante très souriante, une fluidité du texte qui en rend la lecture savoureuse.

   florilange   
11/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Où le grotesque va-t-il se nicher? Partout. Parfois il cache des tonnes de tendresse, c'est ce que nous dit ce texte d'1 façon simple, dans 1 style moderne, direct, net.
1 lecture agréable, donc, malgré son goût de "trop peu" noté par les commentaires précédents. La description du début nous laissait en effet espérer des anecdotes amusantes, contées d'1 ton amusant/amusé mais pas méchant.
Merci balek, à la prochaine lecture,
Florilange.


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