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Humour/Détente
Blitz : Légende urbaine
 Publié le 04/10/16  -  11 commentaires  -  15597 caractères  -  128 lectures    Autres textes du même auteur

Que se passe-t-il donc dans les cabines d'essayage de "La Parisienne" ?


Légende urbaine


La rumeur s’était répandue. Comme un égout qui déborde et dont les eaux nauséabondes s’infiltrent sous des portes pourtant bien calfeutrées. Rien ne pouvait l’arrêter. Le moindre interstice, la plus petite faille dans les murs se remplissait et laissait passer le flux immonde. Et même après que le liquide souillé ait été pompé par le camion d’aisance, il restait l’odeur de la rumeur. Écœurante et entêtante. On ne pensait plus qu’à l’odeur pendant des jours. Il n’était plus possible de se concentrer sur autre chose et on était convaincu qu’il en restait. Quelque part. Bien caché.

Ronan Queffelec, commerçant de Boulogne-sur-Mer, n’avait plus de client depuis deux jours. Ou du moins, plus aucun client qui osât franchir le seuil de sa boutique de vêtements pour femmes. C’était comme si l’odeur était maintenant sur lui, sur tout le bâtiment, sur toute la place Dalton. Et le pire restait à venir.

Jeanine remontait la rue Perrochel. C’était le jour des poubelles et les mouettes essayaient de percer de leurs becs couverts de verrues putrides les gros sacs jaunes entassés devant les immeubles. Elle passa devant le commissariat central. Par la porte ouverte, on pouvait voir le large guichet de formica brillant et deux fonctionnaires de police qui riaient. La jeune femme plissa les paupières d’irritation. Ils devaient se raconter une bonne blague. Ils feraient mieux de faire leur boulot, ceux-là ! Ils ne se doutent de rien ou quoi ? Toute la police aurait dû être mobilisée et être en train de fouiller les magasins, les sous-sols, les garages. Il y avait maintenant six disparues. Et on savait bien ce qu’elles étaient devenues. Jeanine accéléra. Ses talons claquaient maintenant comme les fers d’un cheval qui hésite à passer au trot et l’écho de ses pas rebondissait sur les murs proches de la ruelle. Il fallait qu’elle se rende compte par elle-même. Elle ne risquait rien à s’approcher des deux boutiques dont tout le monde murmurait les noms. Elle ne rentrerait pas à l’intérieur, c’est tout. Oh non, elle n’était pas folle, elle resterait devant la vitrine, comme un vigile silencieux.

Pour se donner du courage, elle se répétait qu’il fallait les empêcher d’aller plus loin ou de recommencer. Oui, elle irait et elle se tiendrait bien droite car elle sentait que c’était son devoir. Même si elle ne connaissait pas les disparues, elle se sentait tout de même solidaire. Cela aurait pu lui arriver à elle. Mais heureusement elle ne fréquentait pas ce type de magasin, bien trop cher pour son maigre salaire d’aide maternelle. Elle préférait acheter ses habits en grande surface. C’était bien plus abordable et on ne risquait rien dans un hypermarché. On ne risquait pas de disparaître et de se retrouver enchaînée dans une maison de passe au Liban. Voilà !

Au fur et à mesure qu’elle se rapprochait, Jeanine se sentait de plus en plus investie d’une mission. Elle allait faire quelque chose. On ne pourrait pas dire qu’elle avait détourné le regard et s’était enfuie, comme la plupart des quidams qui assistent à une agression dans la rue ou dans le métro. Elle traversa la rue Nationale et s’engouffra dans le passage de la rue Ancienne. Il était presque neuf heures du matin et elle s’aperçut qu’elle n’était pas la seule à avoir fait le déplacement.

Devant La Parisienne, une dizaine de personnes s’étaient déjà rassemblées. Pas vraiment devant. Un peu en retrait. Comme si c’était un groupe de touristes qui attendaient leur bus. Ils pourraient toujours prétexter être là par hasard et décamper si besoin. Et personne n’était obligé de faire le premier pas. Les hostilités n’avaient pas encore commencé. Et personne ne savait vraiment comment procéder.

Jeanine fut soulagée de voir qu’elle n’aurait pas à faire le premier pas. Elle ne se sentait pas de force à crier seule devant une boutique. On l’aurait prise pour une folle. Mais dans le groupe qui grossissait de minute en minute, il y aurait bien quelqu’un qui prendrait l’initiative et qui les mènerait. Jeanine n’était pas une meneuse. Elle n’avait pas ce caractère-là. Trop timide. Elle bafouillait quand il fallait prendre la parole à un baptême ou un mariage. Alors pour sommer publiquement un commerçant – bien connu de surcroît – d’avouer ses crimes et relâcher ses prisonnières, il fallait quelqu’un d’une autre trempe. Mais elle aiderait. Elle serait même juste derrière le ou les meneurs. Elle ferait sa part, c’était sûr. Elle aurait pourtant été rassurée de voir un visage connu. Quelqu’un qui habitait comme elle dans un des immeubles de La Liane.

Il n’y avait que des faces étrangères dans ce groupe. Pas vraiment étrangères en fait, car tout le monde avait le lourd et chuintant accent du Nord. Et les discussions étaient de plus en plus animées. Jeanine se colla au groupe et écouta les dernières révélations sur l’affaire de l’enlèvement des clientes de La Parisienne et du Frou-Frou. On avait retrouvé des seringues. Juste derrière les toilettes en béton qui bordaient la place. « Ils » avaient voulu se débarrasser des preuves. Quelqu’un demanda qui avait vu les seringues et où elles étaient maintenant. Sans doute dans les locaux de la police. Mais que faisaient-ils donc ceux-là ? Ils devaient sans doute faire des analyses. C’était leur truc, à la police, faire des analyses. Le temps que le laboratoire confirme ce que tout le monde savait, à savoir la trace d’un produit anesthésiant dans les seringues vides, et les criminels auraient disparu. Et on ne retrouverait plus les pauvres filles qui avaient été enlevées. Alors il fallait faire quelque chose de plus rapide et de plus efficace. Il en était de la vie de plusieurs personnes tout de même !

Est-ce que les familles des disparues étaient là ? Une femme corpulente et mal peignée affirma que les familles avaient été tenues à l’écart. Elles devaient même avoir interdiction de se présenter devant les magasins, sous peine de poursuites pour « entrave à la marche de la justice ». La justice ! Elle était belle. Il fallait des années pour faire condamner des petits voleurs, alors avant que la justice ne se mette en marche pour secourir des victimes de meurtriers, les bandits seraient loin. Tout le monde approuva. Un type tout maigre à qui il manquait les quatre incisives du haut parla même de complot, mais on ne comprit pas la fin de sa phrase. Les regards se tournaient maintenant sur la devanture de La Parisienne. Imperceptiblement, le groupe s’était décalé, centimètre par centimètre pour rentrer dans le champ de vision des deux mannequins sourds et muets qui décoraient la vitrine.

Les conversations étaient de plus en plus vives, d’un volume progressivement plus fort, comme si le groupe commençait tout doucement à s’affirmer dans son identité de communauté socialement responsable. Il y avait surtout des femmes. De tous âges. Certaines portaient de beaux manteaux, peut-être achetés dans le même magasin qu’elles toisaient maintenant de toute leur suspicion et leur assurance. Plusieurs des filles enlevées étaient peut-être déjà mortes. Les produits anesthésiants sont quelquefois dangereux, c’est bien connu. Et la chute par la trappe de la cabine d’essayage devait en avoir blessé plus d’une. Les corps étaient peut-être déjà enfouis dans la cave. Un moustachu en survêtement rouge se détacha du groupe et passa en courant devant la porte vitrée. Il alla mettre le nez devant la grille de la cave, au ras du sol. Puis fit un geste d’impuissance à l’intention du groupe. On ne pouvait rien voir. Tout était bien calfeutré. C’était bizarre pour une cave. Avait-on besoin de calfeutrer un soupirail ? À moins qu’il y eût quelque chose à cacher… On prétendait que la cave était reliée au port par un souterrain long de cent mètres au moins. C’était tout à fait possible quand on connaissait l’histoire ancienne de la ville. Il y avait des souterrains partout. Alors faire disparaître des personnes, consentantes ou non, depuis la place Dalton, ne devait pas poser de gros problèmes à quelqu’un de déterminé. Et ils étaient déterminés ces gens-là.

Une petite vieille fit remarquer en secouant la tête qu’« ils » n’étaient pas d’ici et qu’ils pouvaient disparaître facilement si les choses tournaient mal.

Un silence embarrassé se fit. Personne ne prononça le mot, mais tout le monde avait bien entendu pensé aux origines des commerçants. Il y avait celui-ci, Ronan Queffelec et l’autre, Yann Le Goff, dont la boutique était justement fermée depuis la veille.

« En tout cas, ce n’est pas une excuse ! » Jeanine rougit de sa repartie à haute voix. Mais la vingtaine de personnes qui maintenant l’entouraient hochaient vigoureusement la tête. Elle se sentit alors fière d’avoir exprimé un avis. Et surtout rassurée de voir qu’elle était en accord avec tout le monde. Elle ne se singularisait pas. Le groupe l’approuvait. Elle faisait partie du groupe.

Ils étaient maintenant bien en face de la devanture. Presque devant la porte vitrée. Attendant que quelqu’un se décide à faire quelque chose. Alors, pour se donner du courage et bien conforter leur détermination, ils continuèrent à énumérer les détails qui ne trompaient pas. Aucun d’entre eux n’était jamais rentré dans ce magasin. Heureusement, sinon ils ne seraient plus là aujourd’hui, lança quelqu’un. C’était un indice de plus. Jeanine parla alors de la rumeur du sous-marin. On avait vu quelque chose bouger dans le port. Mais elle se pinça les lèvres rapidement car tout le monde se mit à rire, embarrassé. Non, pas un sous-marin tout de même, c’était trop gros. Elle regretta aussitôt d’avoir sorti une telle absurdité. Mais un bateau c’était tout à fait possible ! Oui, c’était même probable car sinon comment emmener les captives en secret. Il y avait des dizaines de bateaux de toutes tailles dans le port. On ne fouillait pas les bateaux, ils venaient et repartaient on ne savait où. Une femme en talons hauts et robe à carreaux blancs et rouges raconta que son beau-frère était marin-pêcheur et qu’il était sûr qu’il y avait du trafic bien louche dans le port. C’était une vraie passoire depuis que les bateaux de pêche avaient été progressivement remplacés par des bateaux de plaisance. Tout « partait en couilles », fit-elle d’une voix criarde. Les quelques hommes présents sourirent à l’évocation des attributs masculins. Par association d’idées, quelqu’un fit remarquer que les bordels du Moyen-Orient devaient regorger de femmes blanches. Elles avaient la cote là-bas, c’était sûr. Tout le monde commença à imaginer des situations scabreuses, bien dégoûtantes. Ou bien émoustillantes.

Pendant ce temps, Ronan Queffelec regardait le manège depuis sa boutique. C’était un petit homme, un peu bedonnant, avec une barbichette blanche bien taillée. Il devait avoir la soixantaine et était installé à Boulogne-sur-Mer depuis une vingtaine d’années. Il avait remonté ses lunettes de travers sur son front et soupirait en pensant à sa réputation injustement ternie. Il fallait faire quelque chose et Ronan Queffelec n’était justement pas un homme à se laisser faire.

Il prit une grande inspiration, s’élança et ouvrit toute grande la porte de son magasin.


– Bonjour messieurs-dames. Alors, vous vous décidez ou non ?


Personne ne bougea. Un silence embarrassé se fit. Il n’y avait toujours pas de meneurs dans leur groupe. Personne pour prendre la tête d’une expédition de secours qui irait délivrer les six malheureuses enfermées dans la cave.


– Alors comme ça, j’enlève mes clientes quand elles sont dans la cabine d’essayage ? Je les endors avec une piqûre et je les fais disparaître dans la cave ?


Sa voix se fit joviale, comme quelqu’un qui commence à raconter une histoire drôle. Il ne marquait aucune colère. Il savait se contrôler. C’était un vieux commerçant rodé à toutes les situations.


– Et je les fais envoyer dans un bordel du Liban, c’est ça ? Et c’est sans doute deux associés à moi, deux prisonniers que j’ai fait évader, qui les emmènent sur mon bateau pendant la nuit ?


Il s’esclaffait maintenant en toisant le petit groupe qui s’était resserré sur lui-même. Personne ne savait plus quoi dire.


Ronan Queffelec sortit finalement sur le seuil et s’approcha du soupirail.


– Oh les évadés, en bas ! Vous pouvez y aller. Chargez le bateau avec la cargaison !


Quelques rires se firent aussitôt entendre. Des rires gênés qui provoquèrent un changement de température soudain devant le magasin. Le groupe vengeur, auparavant soudé, venait de se désagréger d’un coup. Devant l’assurance et le sourire engageant du commerçant, tout le monde commençait à douter et à se demander ce qui les avait bien poussés à venir jusque-là.


– Venez donc vérifier les cabines d’essayage. Allez-y, entrez, n’ayez pas peur. Vous madame !


Il désigna Jeanine qui devint subitement toute rouge.


– Allons, rien ne peut vous arriver. Je viendrai avec vous dans la cabine si vous voulez ! Mais non, que dis-je ? Pas moi, vous auriez trop peur. Le monsieur là, il viendra avec vous !


Il désigna le type aux incisives manquantes.


– Et après on ira tous visiter la cave. Mais attention aux araignées, mesdames car je ne fais pas le ménage là-dedans tous les jours.


Ronan Queffelec avait pris maintenant le ton et le rythme d’un bonimenteur de foire agricole.


Les badauds, redevenus simples individus sans aucun rapport les uns avec les autres, se balançaient d’un pied sur l’autre. Ceux du fond s’éclipsèrent. Les sourires embarrassés remplaçaient les mines outrées que tout le monde arborait quelques minutes plus tôt.


– En tout cas, je vais vous dire une chose qui n’est pas une rumeur folle. Écoutez bien : je fais 50% de ristourne à tous les clients qui m’achètent quelque chose dans les trente minutes qui viennent. Regardez votre montre. Il est 9 h 30. Vous avez jusqu’à 10 h pour profiter de ces soldes spéciales. Sur tout le magasin, j’insiste !


Un murmure parcourut l’assistance. Que fallait-il faire ? 50%, quand même, ce n’était pas rien. Surtout que les robes de La Parisienne n’étaient pas de vieilles fripes, c’était même des vêtements de luxe bien connus dans le Pas-de-Calais. Alors pour le prix de banales fringues d’usines asiatiques, on pouvait se payer un ensemble haut de gamme ravissant qui ferait mourir de jalousie les amies.

Jeanine était paralysée sur place. Elle ne savait pas trop comment c’était arrivé mais elle était maintenant face au vieux monsieur Queffelec. On avait dû la pousser devant et comme elle était somme toute une faible femme, elle s’était laissé faire. Mais de là à franchir toute seule la porte du magasin, sous les yeux des tous les autres, elle ne pouvait pas. Elle aurait eu l’air de trahir une cause, quand même !

La jeune femme aux talons hauts et jupe à carreaux se détacha finalement du groupe et annonça fièrement :


– Moi j’y vais. On verra bien si je disparais.


C’était le signal. Sur la vingtaine de militants rageurs qui voulait en découdre avec Ronan Queffelec quelques instants plus tôt, une quinzaine s’était déjà ruée à l’intérieur du magasin.

En moins de vingt secondes, ils commençaient à s’arracher les vêtements des mains. Les cintres bougeaient dans tous les sens et les habits s’envolaient par-dessus le comptoir.

Le magasin était littéralement dévalisé. Totalement inespéré pour un commerçant.

Ronan Queffelec, resté seul dans la rue, eut un petit sourire malicieux. C’était une bonne idée cette histoire de rumeur. Un seul appel anonyme au hasard dans l’annuaire et cela avait suffi. Un seul ! Heureusement qu’il avait eu le réflexe de doubler tous les prix ce matin.

La saison s’annonçait finalement bien.


 
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   socque   
9/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Que voilà une histoire bien menée ! J'avoue que je ne m'attendais pas du tout au renversement de la fin, vous avez su m'entraîner dans la logique du texte et désarmer ma méfiance de lectrice. Un renversement simple, pourtant, mais efficace.

J'ai aussi beaucoup aimé les premiers paragraphes, ceux de la description de la rumeur. Justes, prenants, une bonne accroche du chaland ; aussi habiles que Ronan Queffelec.

De même, la description de la foule au bord de l'émeute me paraît bien fichue, les réactions et pensées de Jeanine convaincantes à mon avis. Un bémol sur :
Elle ne se singularisait pas. Le groupe l’approuvait. Elle faisait partie du groupe.
Pour moi, ces phrases sont de trop : pour expliquer le phénomène, elles semblent faire accéder Jeanine à des profondeurs d'auto-analyse que je n'imagine pas du tout dans la situation.

Je m'étonne un peu aussi, au vu de la révélation finale, qu'un deuxième magasin soit livré à la vindicte, mais après tout on peut imaginer que Ronan, au départ, n'ait désigné que sa boutique, et que les "origines" communes des deux commerçants (métèques bretons chez les Ch'tis) aient entraîné l'autre...

Bref, à partir de la fameuse et fumeuse "rumeur d'Orléans" (cf.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rumeur_d%27Orl%C3%A9ans
), je trouve que vous avez monté une bien bonne histoire.

   plumette   
21/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien
je viens de passer un agréable moment avec cette histoire qui ménage bien son suspens jusqu'à la chute.

le retournement du groupe des curieux propagateurs de rumeur est particulièrement bien vu.

que le lecteur puisse appréhender la situation par les yeux de cette janine un peu falotte est aussi une bonne idée.

je suis plus réservée sur le début et sur la comparaison appuyée de la rumeur avec les égoûts. pourquoi ne pas entrer plus vite dans le vif du sujet?

Bonne continuation

   JulieM   
29/9/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai eu un peu de mal avec le premier paragraphe, ce n'est pas très clair : y a-t-il vraiment une odeur d'égout ou n'est-ce que la métaphore de la rumeur ? De même, je trouve mal choisi "écoeurante et entêtante" qui évoque plutôt un parfum lourd qu'une rumeur nauséabonde. Pour ma part, je le simplifierais ou le supprimerais.

La trame du récit (la rumeur) et le renversement de situation (les soldes) sontt bien trouvés. La construction est bonne, bien amenée jusqu'à l'épilogue.

Cependant je n'ai pas beaucoup aimé l'écriture :

- lourdeurs du phrasé, en cause, je pense, l'usage immodéré de l'imparfait, sans nuance (or ici il en faut, dans cette catégorie détente, humour). Il en existe d'autres qui conviennent aussi (passé simple, futur antérieur, voix passive...). Varier allègerait considérablement le récit et du même coup le rendrait plus vivant.
- des images excessives ("verrues putrides", le "sous-marin"...) qui n'apportent pas grand chose.
- pléonasmes (paralysée sur place, resserré sur lui-même...)

Donc, oui à l'histoire, originale et cocasse; et non pour la qualité d'écriture. Un peu de travail et le tour est joué !

A vous lire...

   Vincendix   
4/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Comme l'évoque Socque, ce récit rappelle l'affaire d'Orléans, une rumeur du même genre mais qui n'était pas un coup de pub, bien au contraire.
Un texte bien structuré, nous suivons Jeanne pas à pas, cette protagoniste conditionnée par une rumeur nauséabonde.
Je trouve la fin moins crédible, je n'imagine pas trop ces braillards dévalisant la boutique de mode, d'autant plus que les prix sont tout de même élevés ! Mais bon, il fallait une fin heureuse.

   MissNeko   
5/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Très divertissante histoire autour de cette celebre rumeur.
La plume est agréable à lire.
Merci pour ce partage

   Ora   
6/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Comme le lait sur le feu". C'est ce que m'évoque votre nouvelle fichtrement bien menée.
Elle met bien en lumière les phénomènes de groupe. Le ton est léger et l'issue positive mais elle rappelle des histoires de lynchage public effrayants et bien réels. Le personnage de Jeanine m'a aussi fait penser aux Expériences de Milgram qui montrent jusqu'où peut aller la cruauté d'une personne lambda sous la pression d'une figure d'autorité. Vous m'avez amenée sur un fil tendu, je suis heureuse du retournement de la fin. Même si lui-aussi met en lumière un aspect peu reluisant de la nature humaine. Que de messages dans votre texte! Bravo et merci :)

   GillesP   
8/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Cette nouvelle se lit bien et l'histoire est bien menée. J'ai un peu moins aimé l'écriture, un peu trop classique à mon goût, surtout pour ce genre d'histoire légère. J'aurais préféré un style un peu moins sérieux, quittant les sentiers battus, fonctionnant par sauts et gambades, qui aurait davantage collé à l'histoire racontée. Il me semble qu'il y a un décalage entre l'histoire, sans prétention, et l'écriture, plutôt sérieuse, voire raffinée par moments (notamment le premier paragraphe, centré sur une métaphore filée de l'eau).

   Raoul   
8/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout est assez bien vu, qu'on le veuille ou pas.
Les faits divers, qui ne sont pas les chiens écrasés, sont toujours une matière inépuisable et sont plus révélateurs de failles et choses qu'il n'y parait…
Bien écrit, bien mené, on se laisse embarquer. Beaucoup de justesse et de finesse dans la "description" des personnages, de leurs motivations, de leurs comportement en individuel et au collectif, ce qui n'est pas forcément la même chose.
Beau retournement cynique et commercial !
Je ne sais plus comment s'appelle cette étude qui montre comment dans une manifestation vous ne serez pas le premier à jeter un pavé mais peut être bien le second, ou le quatrième et/mais pas le dernier…
S'il fallait faire son bougon, je dirais que l'écriture est parfois un rien pesante mais comme je suis bien incapable de faire aussi bien, je me garderais bien de maugréer - en public ;-) -.
Merci pour cette lecture.

   Charivari   
8/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
une histoire inspirée d'une rumeur bien connue, les rumeurs d'Orléans... Mais avec une chute imprévue. J'avais déjà lu une première mouture du texte et dans cette seconde version, je trouve que c'est beaucoup mieux troussé, mieux calibré... Un bon texte, rondement mené, avec un rebondissement intéressant à la fin.

   jfmoods   
2/11/2016
Cette nouvelle me rappelle que j'ai laissé en plan, depuis un bon bout de temps déjà, "La rumeur d'Orléans" d'Edgar Morin.

L'histoire est bien menée, la réflexion sur le phénomène de bouche à oreille apparaît pertinente, crédible. Cependant, la chute - élément crucial du récit - laisse la désagréable impression au lecteur qu'il s'est fait... rouler dans la farine.

Je m'explique...

Dans le cours du récit, deux phrases nous donnent accès aux pensées du commerçant.

"Il avait remonté ses lunettes de travers sur son front et soupirait en pensant à sa réputation injustement ternie. Il fallait faire quelque chose et Ronan Queffelec n’était justement pas un homme à se laisser faire."

Par ces quelques mots, l'idée d'une manipulation est explicitement écartée. Dès lors, comment justifier la chute ?

"Ronan Queffelec, resté seul dans la rue, eut un petit sourire malicieux. C’était une bonne idée cette histoire de rumeur. Un seul appel anonyme au hasard dans l’annuaire et cela avait suffi. Un seul !"

Merci pour ce partage !

   lucilius   
25/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il m'arrive rarement de lire des nouvelles, soit parce que le texte me paraît trop court, soit paradoxalement parce qu'il me paraît trop long.
Cette légende urbaine est gouleyante à souhait, sauf son titre qui aurait très bien pu être "rumeur urbaine".
Je m'explique : une légende est par définition un récit à caractère merveilleux, qui s'embellit toujours avec le temps, alors qu'une rumeur, c'est tout l'inverse : en s'amplifiant, elle se déforme, devient de plus en plus laide. Plus elle s'étend, plus elle s'aggrave. Bien vu donc ce flux pestilentiel qui se répand comme la rumeur.
L'histoire est fluide, plaisante, même si l'on devine chez le boutiquier de mode féminine une tactique rusée. Merci pour cet agréable moment.


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