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Science-fiction
bluebird : Autopsie de l'autre
 Publié le 01/09/07  -  7 commentaires  -  6376 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

Rencontre entre le rêve et la réalité avec Ummo venu de la planète Ummite....


Autopsie de l'autre


Je ne sais plus exactement dans quelles conditions je suis partie, mais je suis bel et bien partie. De mes bijoux d’ancêtres, aux photos souvenirs jusqu’à la cuisine qui était encore le seul endroit où la création m’était possible, j’ai tout laissé. J’ai cédé toutes ces années accumulées, tous ces comptes bancaires bien garnis qui ne demandaient qu’à profiter du temps qui leur restait.


J’ai tout quitté, tout donné, tout délaissé.


Tout droit venu d’une planète qui m’était inconnue, UmoBong est venu me chercher.


UmoBong appartient à cette peuplade avancée qui n’a pas besoin de penser pour agir. Il vient d’une communauté qui, d’un claquement de doigts, traverse des années lumières d’espace temps pour visiter nos civilisations. Pour venir, il a choisi une de leur création intemporelle appelée générateur de temps ou plus communément connu chez nous comme « soucoupe volante ». Tout le monde connaît leur invention source d’inspirations pour de nombreux écrivains, réalisateurs, dessinateurs ou scientifiques.


C’était un 25 juin 2012 à 05h55. Un jour précis pour une heure précise.


Il s’était porté volontaire comme ceux qui se portent volontaires pour expérimenter la vie… un volontaire bien choisi que je pouvais observer comme une gourmandise, prête à tout dévorer. Des volontaires comme lui ? J’en ai connu plus d’un, en particulier mon meilleur ami qui a préféré le parachute à ses amis. Un jour, en pleine évasion, il en a payé le prix.


Ma mère, elle aussi, était une adepte du volontarisme. Elle donnait de sa personne, de son temps, distribuant sourires, bribes d’espoirs à souhait pour aider ces visages qu’elle ne connaissait pas. Elle donnait son cœur à des corps en transit. Elle donnait ses mots à des ombres, à des organes à fleur de peau.


Mon frère s’est lui aussi ouvert aux autres. Il a sacrifié sa propre personne pour aller dans la peau de l’autre, dans la peau de celui qu’il voulait être l’espace d’un instant. Un texte, un visage, une image, la caméra et hop le voilà se lançant corps et âme dans une nouvelle vie pour quelques jours ou quelques heures… le temps de figer son autre dans l’objectif.


Et il y a eu Stéphanie Stendhal ma conseillère financière, Guy Cartouche mon meilleur ami spécialisé dans les redressements judiciaires, Laurent Wolf mon compagnon de vie et policier et Guy mon fils. Tous ont choisi d’être quelqu’un d’autre jusqu’au jour où l’image qu’ils reflétaient dans la glace ne leur plaisait plus. Rongés par la vie, ils ont fini par abandonner leur façade et apprendre à être eux-mêmes.


Moi ? J’ai passé ma vie à avoir peur de l’autre, des autres. J’ai passé mes journées à autopsier tous les mots, tous les souffles, tous les gestes, tous les regards, toutes les démarches qui se dessinent dans la rue. Je ne voulais surtout pas prendre le masque de l’autre, celui qu’on demande de porter en société.


Un tort, me disaient certains : « tu ne comprends pas que la vie c’est toi, c’est lui, c’est moi et que nos vies passent leur temps à se chercher dans le mensonge, l’envie et la vérité… »


J’ai lutté. J’ai résisté. Et j’ai fini par me fermer comme une huître, comme une forteresse blindée à plein nez. Je me suis vue mourir à petit feu. Je n’avais plus personne, plus aucun ami autour de moi. Je me suis mis le feu toute seule et, il s’est répandu aussi vite qu’un éclair.


Le feu ? Ne m’en parlez pas ! Mon père en a fait sa passion. Enfant, disait-il, je m’amusais souvent à dompter le feu, parce que les autres en avaient peur, parce que les autres craignaient ses étincelles qui, en une fraction de seconde, dévastaient tout. Il a fini par faire la une des journaux avec une médaille de l’honneur qu’il n’a jamais eu l’occasion de porter.


Depuis cette fâcheuse journée, chaque année, le 28 juillet on évoque sur la grande place St Charles son courage, toutes ses grandes actions et toutes ces familles nombreuses qui auraient pu finir définitivement englouties.


Et toi, papa ? Que serais-tu devenu si tu n’avais pas passé toute ta vie à te chercher dans le regard de l’autre ?


Et moi, qui serais-je, si je n’avais pas vécu tout ça ?


Je ne serais peut-être pas liée à ce fauteuil roulant, aujourd’hui.


Mathilde ne me dirait pas tous les jours que je pourrais progresser si je ne passais pas mon temps à dépenser le peu d’énergie qui me reste. Mathilde ne me dirait pas que si je continue de faire la course avec mes vieux camarades, elle sera contrainte et forcée d’en référer au médecin chef, parce que les fauteuils roulants ça coûte cher… Mathilde ne me dirait pas qu’elle en a assez. Mathilde ne serait pas Mathilde et ce serait tant mieux pour moi !


Eh bien maintenant, elle n’aura plus ce plaisir, parce qu’UmoBong est là.


Il me regarde. Ses yeux lagon bleu m’emportent en moins d’une seconde dans un cyclone de bonheur réveillant toutes mes envies, toutes mes folies comme un premier baiser au petit matin. Il me voit, il sait qui je suis. Il me tend la main. Un sourire aux lèvres, l’air serein, il propose que je ferme les yeux. Il dit que ce sera plus facile pour moi.


Il dit qu’il est venu me soulager, qu’il sait que je vais enfin devenir une autre, que mon autre m’attend déjà et qu’elle a hâte de me connaître. Chouette, j’aurai bientôt une nouvelle conscience et une nouvelle âme. Je vais croiser des ondes radios imperceptibles à l’œil nu, entendre les vents orphelins, voir toutes ces vies sans attaches et tous ces corps éteints qui ont leur place dans l’autre monde. Comme d’autres, je vais voir des choses que les autres ne voient pas. Comme d’autres, je vais murmurer à l’oreille de celles et ceux qui suivent mon chemin, les visiter pour nourrir leur curiosité.


Je vais retrouver l’âme que j’étais au tout début, à la naissance. Le parfum de la fragilité et de la pureté se souviendront et reviendront.


Je vais retrouver ma famille et oublier tout ce que j’ai vécu ici-bas. Au fil du temps, je verrai des choses, j’apprendrai des choses.


Au fil du temps, j’attendrai toujours que quelqu’un m’attende quelque part. Jusqu’au jour où UmoBong sera au rendez-vous.


Et UmoBong est là. Il m’attend.


- On y va ? me dit-il

- C’est l’heure ?

- Oui, Anna. C’est l’heure.


Son générateur de temps s’active. Les portes s’ouvrent. Main dans la main, on franchit l’entrée. Les portes de l’ascenseur se referment et moi avec.


 
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   Anonyme   
1/9/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
voilà un texte de sf bien écrit qui se lit facilement, bien construit et bien écrit

   pupuce   
3/9/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le recours à la science-fiction est loin d’être ici l’essentiel. J'y ai ressenti pour ma part le mal être des individus. J'y ai surtout entrevu la mort/Umobong qui vient un jour nous chercher tous et qui « propose que je ferme le yeux ». C’est un texte fort, remarquable dans lequel j’ai également apprécié des phrases du genre "je me suis mis le feu toute seule.." ou mieux encore « que serais-tu devenu si tu n’avais pas passé toute ta vie à te chercher dans le regard de l’autre ? » . Merci bluebird.

   Anonyme   
3/9/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Chaque mot de cette nouvelle ouvre une porte sur des questions d' "ailleurs" qui nous taraudent tous.


Je dis bien tous les mots. Et c'est ce qui en fait la magie.

Ne serait-ce que la dernière phrase (ce n'est qu'un exemple car tout le texte est ainsi):
"Son générateur de temps s’active. Les portes s’ouvrent. Main dans la main, on franchit l’entrée. Les portes de l’ascenseur se referment et moi avec".

Superbement écrit.

Subtilité de la pensée et poésie se côtoient ici.

   Bidis   
4/9/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout d’abord, cette nouvelle m’interpelle absolument car 2012 est une année de grands changements d’après les prédictions des Mayas…
Une petite chose : « ces comptes bancaires bien garnis », trop prosaïque dans un beau texte à mon sens.
Mais :
-« Elle donnait son cœur à des corps en transit »: j'aime comme une chose aussi complexe peut être si doucement et simplement exprimée
-« tu ne comprends pas que la vie c’est toi, c’est lui, c’est moi et que nos vies passent leur temps à se chercher dans le mensonge, l’envie et la vérité… » : c'est vrai et c'est bien dit

Un texte poignant.

   Kurnov   
20/10/2007
En un mot comme en cent je ne sais qu'ajouter à ce qui a été dit, sinon, ma foi, que cette nouvelle pleine de poésie qui sonde les mystères de l'âme comme un ange les méandres du monde des hommes aurait bien mérité une plume de plus.

   Ninjavert   
23/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Comme dit, l'usage de la SF est ici anecdotique. A la croisée des chemins entre l'intertextualisation et la métaphore, il nous permet de nous poser des questions, ou simplement de laisser notre esprit carresser chacune des nombreuses portes que nous ouvrent ce texte...

Poésie, sensibilité, élégance du style... Tout vient ici sublimer cette grande lassitude, pour en faire quelque chose d'infiniment plus riche.

J'ai particulièrement apprécié que la réflexion soit si ouverte. Les idées sont à peine effleurées, et chacun est libre d'y trouver ce qu'il veut : là où pupuce a vu la mort, j'aurais plutôt vu l'amour, et l'espoir de renaissance qu'il peut faire naître. (Et pourtant je suis assez peu culcul de nature ^^)

J'ai juste été gêné une fois ou deux par une chipouille de ponctuation, (qui n'est peut être que de l'ordre de l'appréciation personnelle), comme une virgule en inadéquation avec le rythme...

Bravo et merci encore :)

Ninj'

   Menvussa   
14/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est marrant mais je ne vois pas ce qu'il fait en SF, j'y vois un écrit sur une forme de folie, une psychose, plein de digressions comme autant de divagations d'un esprit torturé.


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