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Réalisme/Historique
Brodsky : Jo contre les pigeons [Sélection GL]
 Publié le 01/09/14  -  8 commentaires  -  3839 caractères  -  133 lectures    Autres textes du même auteur

Jo est un alcoolique, une épave... Pour des raisons qui lui sont propres, il est devenu méchant. Qu'est-ce qui pourrait bien illuminer un peu sa vie ?


Jo contre les pigeons [Sélection GL]


Jo est assis sur un banc.

Personne ne le voit, ça fait bien longtemps que le monde l'a oublié et qu'il a oublié le monde. Les jours de soleil, il sort de son antre et s'assoit sur un des bancs du parc, toujours le même. Il n'est plus jeune, il n'est pas vieux non plus. Il n'est rien... Il a posé son pack de bières sur le banc à côté de lui, et il écluse tranquillement.

Jo est assis sur un banc, et il regarde les pigeons, et les pigeons se foutent de sa gueule. Il observe un mâle qui bombe le torse en courant derrière une femelle qui fait semblant de vouloir lui échapper. Ça fait bien longtemps qu'il n'a pas bombé son torse trop maigre, lui, pour personne. Les femelles l'ignorent, ne croisent jamais son regard, et quand parfois, grâce à la bière, il prend son courage à deux mains et en interpelle une, il la voit chaque fois froncer les sourcils, se pincer le nez et accélérer le pas...

Jo ressemble à un épouvantail. Un épouvantail qui n'effraie même pas ces maudits piafs qui baisent devant lui pour le narguer.

Ça fait quatre bières qu'il songe à tout cela. Il a la haine... Tous des minables, des sous-hommes, des sous-piafs, ET TOUS SE CONSIDÈRENT SUPÉRIEURS À LUI. Le soleil tape de plus en plus fort, la rage monte, la tête lui tourne... Il se lève d'un bond et se met à courir derrière ces vicelards de pigeons pour leur donner des coups de savate. Il tape dans le vide évidemment et se vautre comme une bouse sur les gravillons. Il entend les rires des gamins qui l'ont vu se ramasser... Il se met à hurler des obscénités dans leur direction et essaie de leur courir après. Les mômes s'enfuient aussi vite que les pigeons... en se foutant de la gueule de Jo.

La bière et l'exercice lui ont donné une furieuse envie de pisser. Il sort sa queue et va se soulager dans l'herbe, sous l'arbre à côté du banc. Il se sent soudain beaucoup plus calme, apaisé... Il retourne s’asseoir et décapsule une cinquième canette. Avec ce putain de soleil, elle est tiède, presque chaude.

Des souvenirs resurgissent dans l'esprit embrumé de Jo. Lui aussi a été un de ces sales gosses qui jouait dans un parc comme celui-là et qui lançait des cailloux sur le clodo qui venait boire sur un banc semblable au sien. C'était un temps où il était heureux. Du moins s'en souvient-il ainsi. Et puis il a grandi, et il est devenu pigeon. Le pigeon de son employeur qui l'a usé jusqu'à la moelle avant de le foutre dehors à 50 ans sous prétexte qu'il buvait trop, le pigeon de son ex-femme qui lui a pris la moitié du peu qu'il avait, le pigeon de l’État, du patron du bistrot, de la Française des jeux, des putes qui lui faisaient payer trop cher des services jamais remplis jusqu'au bout... Seule la bière ne l'avait jamais trahi songea-t-il en ouvrant la sixième...

Ils sont deux flics qui s'avancent vers lui...

Allez Jo, faut que tu rentres chez toi...

Pourquoi faire ?

Faut que tu rentres... Les gens se plaignent. T'as encore fait ton cirque et fichu la trouille aux enfants.

Ces morveux ? Mais c'est eux qui se foutent de ma gueule.

T'as qu'à moins picoler, Jo. C'est pas un exemple à donner aux mômes.

Pas question... J'ai rien fait... Z'ont qu'à aller se faire enculer...

Jo... Nous force pas à t'embarquer... On va encore être obligés de te confisquer tes bières...

Bande de bâtards... Vous m'entendez ??? C'EST RIEN QUE DES BÂTARDS DE MERDE !!!

Ouais c'est ça, si tu veux, t'as raison... Mais faut y aller Jo...


Les flics l'ont aidé à se relever. Jo a ramassé le reste de ses bières et s'est dirigé vers la sortie du parc. Il a croisé deux amoureux qui marchaient main dans la main. Le mec avait une bonne tête de con, et la fille avait des yeux et une bouche de salope... Jo s'est retourné et les a suivis du regard. Ils se sont allongés sur l'herbe, sous l'arbre, à côté du banc.


Jo a souri... Il était content.


 
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   socque   
31/7/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai eu un peu de mal à comprendre pourquoi Jo souriait à la vision d'un couple d'amoureux heureux : c'est parce qu'ils se vautrent bêtement dans sa pisse ! Jo est jusqu'au bout une Carmen Cru masculine (personnage de BD), aigri et méchant. Très bien, mais je l'eusse préféré plus marrant dans son genre, plus retors, prêt à faire des blagues bien calculées qui roulent dans la farine le chaland autrement que par hasard.
Tel est le cas de Carmen Cru, justement, et d'une manière telle qu'on ne sait trop si elle le fait exprès ou non... mais on a ses soupçons. Il faut dire que les histoires où on la met en scène sont plus élaborées, tout en restant je trouve très vraisemblables.

C'est ce que je reproche à ce Jo : il est trop ordinaire dans sa haine, méchant mais un peu bêtassou, ne sait guère qu'éructer. Alors, oui, c'est réaliste, mais où elle est la revanche, la subversion de l'ordre établi ? Le pipi sous les amoureux, pour moi, ça ne va pas bien loin.

   Pascal31   
2/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pas mal du tout, cette petite tranche de vie acide d'un des paumés que la société engendre.
Votre plume incisive parvient à faire naître l'émotion : on ressent la colère de cet homme, noyée dans les relents de bière. La fin est assez drôle, et toujours caustique.
Bref, un texte qui n'en fait pas trois tonnes mais fait passer un bon moment. Seul le titre, peut-être, est à revoir, ainsi que la ponctuation lors du dialogue entre le clodo et les flics (tirets, point d'interrogation...). Une dernière broutille, une petite faute ici : "essai de leur courir après" ("essaie") et là : pourquoi faire ? ("pour quoi").
Un texte sympathique, que j'ai pris plaisir à lire.

   fergas   
6/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ils sont sales, hirsutes, grossiers. Souvent on ne les voit même pas. Pourtant ils sont là, dans la rue, près de nous. Pourtant ce sont des hommes, des femmes moins souvent, avec leurs histoires, leurs envies, leurs terreurs. J’ai une tendance à aller vers eux dans les espaces publics, au moins pour dire bonjour. Cette tendance n’est pas naturelle, elle m’a été inspirée par un membre de ma famille, qui est tombé dans la déchéance.

Veuillez excuser cette digression, mais je remercie l’auteur de ce court texte d’avoir parlé pour l’un d’eux.

Le texte est facilement lisible, pas seulement en raison de sa brièveté. Les phrases concises, le langage populaire, le rythme soutenu.

Quelques typos : « il s’assoi(t) sur un des banc(s) ».
Et inutile d’écrire des phrases en capitales : un point d’exclamation à la fin aurait suffit à mettre l’emphase.

Un bon moment de lecture.

En mémoire de Gérard.

   bipol   
4/9/2014
Commentaire modéré

   humbaby   
4/9/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J ai apprécié la lecture de ce texte, tout d abord par rapport au thême choisi. Ensuite, le registre populaire et l utilisation de l argot permettent au lecteur de vite entrer dans cette atmosphère quelque peu glauque de ces squatters errants qui restent toujours une population indisociable de notre société. Il font parti de ce monde dont ils essaient de s affranchir... Pourtant ce sont les plus dépendants de notre système car ils sont plongé dans un tel désarroi et dans un tel isolement qu ils trouvent un sens à leur vie dans la haine de l autre et le dénigrement de ce système social qui les a anéanti. Cette haine est également ce qui va les faire s anesthésier dans la bière pour amoindrir leur douleur de vivre.
Je suis très touchée par ce Jo et par tous nos gardiens de bancs. l histoire est fluide. Une description de ce qu est leur vie. Quelques pensées négatives, de l humiliation, de la parano aussi. L alcool etant le premier moteur de celle ci... Et puis quelques sursauts de vie et de réjouissances un peu mesquines... J ai réellement aimé le réalisme de l écriture... Et l efficacité des mots. Merci.

   in-flight   
4/9/2014
 a aimé ce texte 
Pas
"Personne ne le voit, ça fait bien longtemps que le monde l'a oublié et qu'il a oublié le monde. " --> Je pense plutôt que tout le monde le voit mais veut l'oublier bien vite.

"Le soleil tape de plus en plus fort, la rage monte, la tête lui tourne... Il se lève d'un bond et se met à courir derrière ces vicelards de pigeons pour leur donner des coups de savate." --> L'unique scène d'action m'a laissé sur ma faim, je m’attendais à un moment de révolte, de grand chambardement mais non... il court derrière des pigeons. Bon.

"Le mec avait une bonne tête de con, et la fille avait des yeux et une bouche de salope... " --> Surprenant, le narrateur était plutôt neutre jusque là et d'un coup, il juge les passants... et de quelle façon!

Désolé mais sans moi du début à la fin pour ce texte.

   Robot   
6/9/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'homme exprime sa révolte et sa colère. Soumis aux flics mais anar malgré tout, pas résigné.
J'ai adoré ce passage:
"Jo est assis sur un banc, et il regarde les pigeons, et les pigeons se foutent de sa gueule. Il observe un mâle qui bombe le torse en courant derrière une femelle qui fait semblant de vouloir lui échapper. Ça fait bien longtemps qu'il n'a pas bombé son torse trop maigre, lui, pour personne. Les femelles l'ignorent, ne croisent jamais son regard,"...
Pourquoi n'aurait-il pas envers les autres le droit d'exprimer le mépris que beaucoup ont à son égard.

   Asrya   
23/10/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le début du texte est intéressant.
L'ambiance suggérée me plaît énormément. Des phrases concises, tristes, franches ; neutres.
Malheureusement, cette neutralité qui m'attire se dissipe au fur et à mesure de l'avancée du récit ; surtout la fin, qui se transforme en aversion gratuite contre le genre humain (que j'ai pourtant coutume de ne pas défendre)
Cette "tête de con" et cette "bouche de salope" n'ont à mon sens absolument pas leur place sous cette forme. Dans la bouche de Jo, cela passerait ; pour le coup, il s'agit de la plume du narrateur. Une erreur de cohésion selon moi.

Un peu moins fan également du passage expliquant la "descente" de Jo l'ayant conduit sur ce banc, assis, imbibé de bières. Les phrases sont un peu plus lourdes, question de goût.

La chute est "rigolote" même si je n'ai pas réussi à comprendre la raison qui le fait se réjouir. Se plaît-il à nuire aux autres ? Ou trouve-t-il simplement la situation cocasse ? Le terme "content" me dérange un peu ; terriblement sombre.

Dernière petite remarque, qui concerne uniquement une question de forme :"ET TOUS SE CONSIDÈRENT SUPÉRIEURS À LUI" ; "C'EST RIEN QUE DES BÂTARDS DE MERDE !!! " ==> pas sûr que les lettres capitales soient nécessaires.

L'idée est intéressante et le début est très séduisant.
Le déroulement qui suit m'a légèrement déçu mais reste sympathique.
La qualité d'écriture est au rendez-vous, ce fut plutôt agréable à lire.
Merci pour ce partage,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   cet   
23/3/2019
Modéré : Commentaire trop peu argumenté.


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