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Humour/Détente
Cairote : Albert et Mileva
 Publié le 19/07/19  -  9 commentaires  -  6703 caractères  -  41 lectures    Autres textes du même auteur

Toute la vérité enfin révélée sur le rôle de la grande nation serbe dans la science du XXe siècle.


Albert et Mileva


Communiqué du ministère de la Pensée Positive, division des Sciences, république de Novo-Serbie


Le ministère de la Pensée Positive a l’honneur d’annoncer la solution définitive d’une controverse vieille de plus de cent cinquante ans sur la contribution de Mileva Marić, première épouse d’Albert Einstein, à l’œuvre scientifique attribuée à ce dernier. Les résultats spectaculaires de l’équipe du professeur Hvaloje Djordjevic, de la section Archéologie du XXe siècle, sur la reconstruction des artefacts auditifs, ont en effet mis en évidence la contribution essentielle du grand peuple serbe à l’élaboration de la théorie de la relativité.

Rappelons qu’une équipe de chercheurs de la division Science et Progrès du ministère de l’Intérieur avait découvert, en 2044, de subtiles traces que les ondes sonores (et autres) laissent dans la structure moléculaire de certains matériaux. Par la suite, diverses techniques d’analyse de ces traces avaient permis de reconstruire, dans certaines conditions favorables, les sons qui les produisaient ; leur atténuation progressive offrait en outre la possibilité de distinguer les sons émis à différents moments, et donc, en principe, de reconstituer une conversation, par exemple. L’amélioration de ces techniques avait d’ailleurs permis en particulier de reconstruire certains échanges tendancieux parmi de hauts fonctionnaires de l’État, une affaire qui avait fait grand bruit et mené à des sanctions sévères.

Les recherches n’ayant porté jusqu’alors que sur des ondes récemment émises, le but du professeur Djordjevic était d’améliorer suffisamment le procédé pour l’appliquer à des productions sonores plus anciennes, ouvrant ainsi la porte à des avancées spectaculaires dans toutes les branches des sciences historiques. Après des années d’effort, et suite à des essais aux résultats variables portant sur des faits historiques de la fin du siècle dernier, et d’intérêt relativement marginal, les chercheurs ont décidé, suite à une recommandation du ministère du Patriotisme, de s’attaquer à la célèbre controverse ci-haut mentionnée. L’appartement du couple Marić-Einstein étant éventuellement devenu un musée, et donc conservé en l’état à partir d’une certaine date, la chance a aussi voulu que le recouvrement d’un des murs de la cuisine, près du poêle, était fait d’un matériau idéal pour la préservation des traces sonores.

Voici le texte intégral de ce qui a pu être reconstruit de la conversation entre Mileva Marić et Albert Einstein qui a apporté la solution. Les chercheurs l’ont datée du mois de janvier 1904.


– Écoute Albert, rends-toi compte, c’est pas sérieux ta gyro-fourchette. Qui va vouloir manger avec un fil électrique qui sort du manche de sa fourchette ?

– Ça va faire un malheur en Italie, je te dis ; les Italiens, ils sont tous un peu [Déchiffrage incertain : poètes ?], ça va les émouvoir les spaghettis qui s’enroulent tout seuls.

– Ouais, c’est comme les Allemands avec ton caleçon anti-flatulence…

– T’es de mauvaise foi, Mileva, tu sais bien que c’est le syndicat des grandes filatures qui a tout fait foirer avec mes CAF. Tiens, passe-moi le sel plutôt ; il manque de sel, ton ragoût. Et puis [Indéchiffré].

– Pas la peine de t’exciter, je comprends pas quand tu parles la bouche pleine. Et arrête de fouiller dans ce chaudron, tu peux pas attendre que ce soit prêt ?

– [Indéchiffré]

– [Indéchiffré] … Pourquoi tu te remets pas à ton truc d’espace-temps, là ? Avec toutes ces formules mathématiques, ça faisait plus respectable tout de même.

– Je voudrais bien t’y voir, dans mon espace-temps. Tous ces allers-retours dans les ascenseurs pour y comprendre quelque chose, et avec ma claustrophobie en plus, c’était [Indéchiffré]. Et puis ces équations, tiens, parlons-en, un vrai cauchemar, j’en dormais plus tellement c’était compliqué. Tu sais les maths, moi…

– Mais ton copain, Grossmann, le matheux, ça semblait l’intéresser ton idée, pourquoi tu lui demandes pas de t’aider ?

– Marcel, il a toujours l’air intéressé comme ça, mais pour vraiment s’y mettre… Et puis, j’oserais pas trop lui demander, c’est déjà son papa qui m’a trouvé ce boulot au bureau des brevets, je te rappelle.

– Justement, c’est une mauvaise influence pour toi ce job, toute ces inventions farfelues !

– En tout cas, c’est pas l’espace-temps qui va payer pour le loyer et les saucisses. Et avec le petit qui s’en vient…

– Et c’est tes [Indéchiffré] chapeaux-paratonnerres, peut-être, qui vont nous renflouer ? Ou ta bicyclette bidirectionnelle ? Elles sont en train de nous couler, oui, tes élucubrations !

– Il faut être patient ; un jour, avec les pistes cyclables…

– On sera morts de faim avant que le monde soit prêt pour tes inventions ! À propos, ça vient ces pommes de terre ?

– Ça vient, ça vient… Comment tu veux éplucher une patate décemment avec ce truc. Tiens, je me demande si on pourrait pas l’améliorer en…

– Ah non, ne recommence pas !… Écoute, on va l’inviter à dîner, Marcel. Je vais lui mijoter un de ces petits plats de chez moi, tu vas voir !


La suite de la conversation s’est malheureusement avérée impossible à reconstruire, le couple étant vraisemblablement passé dans la salle à dîner, où non seulement les matériaux des murs étaient peu propices à la préservation des sons, mais dont il semble que le recouvrement ait été modifié par les locataires qui ont suivi. Pour la même raison, il n’a pas été possible de retrouver les traces sonores du dîner en question, mais des bribes de conversations ultérieures (dans la cuisine) ont convaincu les spécialistes que celui-ci a vraiment eu lieu, initiant ainsi la collaboration bien connue entre Einstein et Grossmann, et sans laquelle l’élaboration de la théorie de la relativité aurait été impossible. Fait notable, les historiens ont également pu déterminer que le « petit plat » de Mileva était sans doute le karadjordjva snicla ou/et des teleci sumadijski kotlets.

Les résultats spectaculaires des travaux de l’équipe du professeur Djordjevic démontrent avec force la contribution inestimable du génie serbe à l’avancement des sciences du vingtième siècle, due à l’intuition extraordinaire de la physicienne Mileva Marić quant à l’importance des travaux de son mari, ainsi qu’aux qualités intrinsèques de la gastronomie serbe.

En conséquence, le ministère de la Pensée Positive recommande que la médaille du Mérite Serbe soit attribuée au professeur Djordjevic, ainsi qu’à madame Mileva Marić, à titre posthume, et que la mention de leurs réalisations soit incluse dans les manuels d’histoire du ministère de l’Éducation.


 
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   Sylvaine   
26/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Texte vraiment plaisant, dont l'humour repose en grande partie sur le contraste entre la prose gourmée de la communication officielle et la familiarité des échanges verbaux. On subodore un état autoritaire, confit dans un patriotisme de convention et axé tout entier sur la glorification du pays, comme on a pu en voir et comme on en voit encore. Les caractéristiques stylistiques de la propagande sont épinglées avec justesse, de même que l'art de survaloriser un fait minime pour la" bonne cause", c'est-à-dire l'autosatisfaction chauvine. Les éléments qui appartiennent en propre à la science-fiction sont délicieusement parodiques, et la conversation entre Einstein et son épouse, où le grand homme avoue son allergie aux mathématiques et où se succèdent une série de possibles inventions drolatiques entre deux remarques triviales sur la cuisine est très amusante.
En résumé, un texte court mais pétillant à l'effet antidépresseur certain.

   hersen   
3/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je n'ai vraiment pas accroché à ce texte, que l'auteur me pardonne.

Même en considérant la catégorie choisie, je n'ai pas desserré les yeux. Le style ne se distingue pas spécialement, c'est un peu plat, et peut-être qu'une écriture plus truculente aurait donné un essor à ce texte. Car il me semble que dans cette catégorie, assez difficile, tout doit être mis en oeuvre pour que l'objectif, faire rire ou sourire, soit atteint.

j'ai très envie de dire que l'auteur devrait revoir ses ressorts comiques pour arriver à ce que, même si c'est loufoque, le lecteur ne soit pas en reste, ce qui est présentement mon cas.

   poldutor   
9/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Histoire très amusante où l'on apprend que Einstein avait inventé entre autre la "gyro-fourchette et le CAF :" caleçon anti flatulence"
J'ignore si "de subtiles traces que les ondes sonores (et autres) laissent dans la structure moléculaire de certains matériaux... ...permettent de reconstruire, dans certaines conditions favorables, les sons qui les produisaient"ce qui est sûr, c'est que l'idée de l'auteur(e) est excellente. Nous saurons peut être un jour ce que César disait à Cléopâtre...
L'histoire brève est bien écrite.

Cela étant dit :"Derrière chaque grand homme il y a une femme"

E.L

   Dugenou   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cairote,

Je connais peu Albert Einstein, aussi je vous remercie de m'éclairer sur un épisode de sa vie que je pense être fort méconnu...

Votre texte a été pour moi un bon moment de détente et de pensée positive, vous exprimez très bien la mentalité du Parti, euh pardon du gouvernement Novo Serbe.

Une incohérence toutefois : il me semble que la Gyro Fourchette ne soit en réalité que la version améliorée de la fourchette à enrouleur de spaghettis inventée par Léonard de Vinci dans un épisode de "L'histoire selon Dingo" issu d'un Super Picsou Géant de 1988.

Je note avec délectation que les avancées de la technologie que vous évoquez ont fait "grand bruit" lors de la reconstitution des conversations des hauts fonctionnaires dissidents, preuve que le gouvernement Novo Serbe sait se montrer à l'écoute !

Au plaisir de vous relire,

Dugenou.

   Robot   
20/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte décalé qui aurait pu rentrer dans le cadre du concours sur l'Uchronie. Quel dommage de ne pas l'avoir réservé à cette fin. Car les éléments sont bien présents:

La cause (une controverse) les modifications de l'histoire réelle, les actions supposées des personnages.

Et puis une certaine logique empreinte d'humour car il est bien permis de supposer que l'épouse du génie avait une influence sur les méditations de son "Albert".
J'ai souri au dialogue trés naturellement relaté.

Peut-être même que de temps à autre, il lui tirait la langue !!!

   senglar   
20/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cairote,


Que dire ? Qu'écrire ? Inénarrable ! C'est l'histoire d'un mec... qu'a contribué à la mort de l'Humanité...

Pas vrai ?

Ce seraient ceux qui se sont emparé de son invention... 5 ans de plus ou de moins... la science est là qui avance ou détruit ; Suffit d'être du bon côté du manche...

Et de construire et de ripoliner ses icônes, jadis Maximilien ! Aujourd'hui Albert qui tire la langue...

Ô mosaïque en éclats de bombe H

au haut lieu des papilles !


Senglar

   jfmoods   
24/7/2019
La nouvelle met en scène une contre-utopie. Dans un monde orwellien, totalement sous contrôle ("Le ministère de la Pensée Positive", "la division Science et Progrès du ministère de l’Intérieur", "ministère du Patriotisme"), l'état se livre à un exercice de manipulation des masses par le ressort, classique, de la gloriole (entête : "le rôle de la grande nation serbe dans la science du XXe siècle", "la contribution essentielle du grand peuple serbe à l’élaboration de la théorie de la relativité", "la contribution inestimable du génie serbe à l’avancement des sciences du vingtième siècle, due à l’intuition extraordinaire de la physicienne Mileva Marić quant à l’importance des travaux de son mari", "la médaille du Mérite Serbe"). Jusqu'ici, rien que de très banal, me direz-vous...

Ce qui l'est moins, c'est le virage parodique que prend rapidement le texte.

La découverte scientifique qui aurait permis de capter cette archive sonore vieille d'un siècle et demi apparaît pour le moins improbable, capillotractée ("la reconstruction des artefacts auditifs", "de subtiles traces que les ondes sonores (et autres) laissent dans la structure moléculaire de certains matériaux. Par la suite, diverses techniques d’analyse de ces traces avaient permis de reconstruire, dans certaines conditions favorables, les sons qui les produisaient ; leur atténuation progressive offrait en outre la possibilité de distinguer les sons émis à différents moments, et donc, en principe, de reconstituer une conversation, par exemple."). On comprend alors qu'il ne s'agit pas d'une découverte scientifique, mais bien d'une arme redoutable destinée seulement, à l'origine, à éliminer les opposants de l'intérieur ("L’amélioration de ces techniques avait d’ailleurs permis en particulier de reconstruire certains échanges tendancieux parmi de hauts fonctionnaires de l’État, une affaire qui avait fait grand bruit et mené à des sanctions sévères."). Plusieurs mots de cette dernière phrase sont sujets à caution : "reconstruire" pourrait aisément être remplacé par "inventer de toutes pièces", "sanctions sévères" apparaît comme un doux euphémisme pour qualifier l'élimination pure et simple de tout individu qui ferait mine de lever un sourcil ou bouger l'ombre d'une oreille. Étrangère à toute forme de progrès scientifique, cette "invention" n'est rien d'autre que l'exécutrice des basses oeuvres d'un état policier.

L'autre parodie, c'est celle de l'archive elle-même. Le célèbre couple de scientifiques est saisi non pas au travail, dans les hautes sphères de la pensée, mais pendant un repas, dans le langage trivial, convenu, de la table ("passe-moi le sel", "je comprends pas quand tu parles la bouche pleine"). On fait ici d'Einstein un personnage aux compétences passablement limitées ("Et puis ces équations, tiens, parlons-en, un vrai cauchemar, j’en dormais plus tellement c’était compliqué. Tu sais les maths, moi…"), un individu englué dans le quotidien ("En tout cas, c’est pas l’espace-temps qui va payer pour le loyer et les saucisses."), incapable de consacrer son intelligence à autre chose qu'à des inventions aussi loufoques qu'inutiles ("gyro-fourchette", "caleçon anti-flatulence", "bicyclette bidirectionnelle") et à des spéculations oiseuses sur la réussite de ses entreprises ("les Italiens, ils sont tous un peu [Déchiffrage incertain : poètes ?], ça va les émouvoir les spaghettis qui s’enroulent tout seuls.", "tu sais bien que c’est le syndicat des grandes filatures qui a tout fait foirer avec mes CAF.", "un jour, avec les pistes cyclables…"). Quant à l'héroïne du peuple, on lui confie le rôle de mère valeureuse et moralisatrice qui tente de montrer à son rejeton trop besogneux le véritable chemin vers la réussite sociale ("Pourquoi tu te remets pas à ton truc d’espace-temps, là ? Avec toutes ces formules mathématiques, ça faisait plus respectable tout de même", "Mais ton copain, Grossmann, le matheux, ça semblait l’intéresser ton idée, pourquoi tu lui demandes pas de t’aider ?", "Écoute, on va l’inviter à dîner, Marcel. Je vais lui mijoter un de ces petits plats de chez moi, tu vas voir !"). Cette manipulation de l'opinion est tellement infantilisante qu'elle en devient caricaturale.

Cette nouvelle, fine et drôlatique, dénonce, dans la lignée de "1984", la falsification méthodique de l'histoire, moyen d'asservissement particulièrement efficace des dictatures...

"Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé." ("1984", Première Partie , Chapitre III, George Orwell)

Merci pour ce partage !

   Cairote   
29/7/2019
Modéré : Commentaire de l'auteur sous son texte (si besoin, ouvrir un sujet dans "Discussions sur les récits").

   Donaldo75   
29/7/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Cairote,

Cette catégorie "Humour/Détente" est probablement la plus difficile parce que les ressorts humoristiques qui fonctionnent sur le lecteur sont différents pour chacun. J'avoue que ça n'a pas fonctionné avec moi, à aucun moment. L'écriture est pourtant de bonne qualité mais elle correspond plus à une nouvelle sérieuse, autour d'un sujet grave ou historique, qu'à de la littérature d'humour. Et les dialogues manquent de décalage; ils semblent bien trop écrits.

Bref, ce n'est pas pour moi cette fois-ci.


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