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Sentimental/Romanesque
maria : Petit frère [Sélection GL]
 Publié le 22/07/19  -  14 commentaires  -  4813 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Le dernier jour de vie d'un certain Zé Fernando.


Petit frère [Sélection GL]


Et vint ta chute, cet après-midi-là. Je n'en n'ai pas le souvenir, je n'y étais pas. Je buvais cette nuit-là.

Tu t'es levé avec la hâte d'attendre que Priscilla se réveille ; cette amulette maléfique que tu présentais comme ton amour nécessaire. Tu es descendu dans la cuisine, épaules en dedans, tête en bas, lèvres scellées. Tu t’es contenté de préparer un riz au poulet, une bière à gauche, le café oublié. Tu couvres le faitout, poses la cuillère en bois en équilibre sur le couvercle, façon mère. Tu t'empresses d'aller aux toilettes, car tu as fini ta bière. Puis, d'un sursaut, tu t'engouffres dans la douche. Tu ne négliges aucun repli, tu as toujours le corps instruit pour l'effleurement. Tu caresses ta barbe du troisième jour, tu ne t'attardes pas devant le miroir. Tu te sais beau. Ça va. Tu reviens dans la cuisine et tu prends la dernière bière du frigo. Tu t'assois sur l'accoudoir du canapé pour téléphoner à Sylvain. Tu lui murmures d'envoyer un message à Priscilla l'informant qu'il lui a ramené le Cacharel d'Andorre. Et tu attends, dans cet air déjà trouble. Tu t'inquiètes du temps qu'elle va mettre à se lever. Tu sniffes, alors, ton premier Subitex. Tu râles en profondeur, puis tu décides de remplir un verre de jus d'orange. Tu l'entends te héler, enfin. Tu enjambes les marches, trois par trois, un plateau serré entre tes mains. Tu entres et lui tends son paquet de cigarettes et le briquet allumé. Doucereux et assoiffé, tu lui promets d'en racheter et de te dépêcher, car Sylvain vous attend, t'a-t-elle dit. Tu marches le long de l'avenue Jaurès, dégingandé. Tu pousses la porte du PMU, tu comptes tes euros, tu commandes un café et un Marlboro lights. Tu achèteras plus tard un pack de Kronenbourg au Huit à Huit. Tu as la clé du club de billard. Stéphane y est et se prépare à jouer. Il te montre du doigt ta canne, toi, la bouteille de Ricard laissée là, la veille au soir. Vous trinquez. Attentif et heureux, peut-être, tu vises la première boule. La serrure de la porte de l'appartement te résiste ; tu penses à la graisser ce soir, avant manger. Priscilla est sortie de la douche, tu te ravis de son corps mince et de son odeur propre ; elle n'est pas encore maquillée. Tu ne lui montres pas ton impatience, mais tout en la caressant, tu loues les bienfaits de l'onguent attendu.


Vous montez dans la Golf, tu cales une canette contre la portière et tu accélères. Vous êtes cinq pour cet après-midi barbecue. Le mari de Justine vous rejoindra plus tard et te surprendra reluquant sa femme et confiant à Sylvain des privautés. Il te désapprouve. Priscilla, elle, jalouse. Tu la rassures, tu insistes sur son irrésistible taille de guêpe et de l'adorable arrondi de ses fesses. Discrètement, tu singes l'allure d’échelle de Justine et ses seins ballants. Attentionné, tu ressers une tournée d'apéritifs ; tu te rappelles du verre de chacun. Tu retournes les pavés de bœuf, les assaisonnes avec parcimonie. Tu décantes le vin en étayant chaque bouteille entre tes genoux, l’œil vicieux vers Justine. On est dépité de ta goujaterie ; tu ricanes, tu ne penses pas à mal. Priscilla s'installe en bout de table, tu te tiens près du feu ; tu as chaud et tu t'en fiches. D'un coup de maître, tu lances "no women no cry". On ne te plébiscite pas. Sylvain sert le vin, toi, la viande. Tu te frottes à Justine en passant derrière elle. Complices malgré eux, Priscilla et le mari te surprennent. Tu t'assois sans te servir en steaks ; tu lèves ton verre, le sourire torve, l’œil ailleurs. Tu es mal sur la chaise, tu retournes près du grill.

Tu ne t'assoiras plus jamais.


Le rouge et le blanc s'épanchent, le soleil passe vite, le crépuscule se lève, les paroles se brouillent et les gestes s'infantilisent.


– Alors quoi ? fanfaronnes-tu à la cantonade.


Lassés et ivres, tous gagnent les chambres. En partant, Priscilla te subtilise tes clés de voiture. Tu restes seul, cocooné dans ce soir d'été mature, où il fait bon vivre. Tu ne trouves pas tes clés. Tu as envie d'uriner. Par politesse, tu préfères t'éloigner. Tu as marché pendant une minute, peut-être plus, en toute discrétion, sans laisser la moindre trace.

Et tu tombes dans le Salagou. Comme ça, sur le ventre, les bras libres. Tu étais trop chargé pour te faire revenir. Un plaisancier a alerté les gendarmes peu avant midi. Je n'ai pas cherché les détails. Je voulais être comme toi, le noyé de ce lac sans éclat, à part.


L’alcool s'est cristallisé sur cette plaque métallique au cimetière, au vu de tous.

Est-ce cela, l'absurde ?

Face à elle, s'est tendue une chaîne de cœurs et de sang ; une seule fois. Tu as laissé une fille inachevée, une mère vieillie à jamais, un frère cadet, une sœur, un dernier frère, et moi l'aînée.

Tu n'as pas eu le droit. L'alcool prévalait contre toi.

Adieu, petit frère.


 
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   plumette   
21/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
je suis contente de retrouver ce texte dans un format plus digeste que lors de ma première lecture.
un texte dont je n'ai pas tout compris dans tous ses détails ( Est-ce que Fernando et Pricilla habitent ensemble? Et si oui pourquoi faut-il que Sylvain lui passe un message de sa part? ) mais qui dans l'essentiel m'a beaucoup touchée.
La narratrice que j'ai prise pour un narrateur jusqu'à la quasi fin ( et moi l'aînée) reconstitue les dernières heures du frère dans des détails intimes qui disent beaucoup de lui.

Et puis au détours de la description de cette soirée barbecue bien arrosée, ce " Tu ne t'assoiras plus jamais" qu saisit le lecteur !

Noyé dans le Salagou en allant pisser. Quel destin! A quoi tient la vie? Et en effet quelle absurdité.

Merci pour ce partage

   hersen   
3/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est une nouvelle assez curieuse.

En effet, la mort du frère par noyade parce que trop ivre pour se relever est racontée par la soeur qui rapporte les faits, précisant qu'elle n'y était pas car elle...buvait.

Ce texte me donne plus l'impression d'un article que d'une nouvelle. Je ne saisis pas la finalité, je ne vois pas en quoi il y aurait un message.
Pas de chute, mais une évidence : c'est l'enterrement et tout le monde est triste. Forcément, allais-je dire.

C'est une écriture factuelle. Rien, pas une ligne, ne prête à une réflexion qui serait initiée. C'est en cela que ce texte me gêne, il ne donne pas à réfléchir sur ce qui nous est relaté. A part à le prendre comme un témoignage de ce qu'il ne faut pas faire ?

C'est une histoire bien malheureuse, certes, et je ne sais que dire de plus.

   STEPHANIE90   
3/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

une nouvelle qui ne peut que faire réfléchir, évidement. Chacun connait un proche qui, alcoolique, fait passer son addiction avant toute chose et se détruit peu à peu entraînant parfois sa famille dans ses tourments. Alors évidement, j'ai été tout spécialement touché par cette nouvelle très bien écrite.

Merci pour la lecture...

   Tiramisu   
22/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,
Texte bien écrit, j'aime bien la façon de s'adresser au "petit frère" avec ce "tu" qui annonce un drame. Un texte en forme d'épitaphe. Ceci dit, c'est plus un constat qu'un épitaphe.
La façon de boire sans arrêt est bien rendue, car ce n'est pas forcément évident de ne pas lasser le lecteur pour faire comprendre ce taux d'alcoolisme extrême sans compter les autres drogues.
Il y a des phrases que je ne comprends pas : "cette amulette maléfique que tu présentais comme ton amour nécessaire " Amulette maléfique", c'est Priscilla ? Bénéfique quand elle lui prend ses clefs de voitures, dit en passant. Cela n'a pas suffit on est d'accord. Et sans doute qu'elle ne le fait pas pour lui éviter de conduire, mais parce qu'elle en ras le bol de ce mec, elle se tire seule. Cela peut se comprendre, il drague ouvertement une femme devant elle toute la soirée, la femme d'un pote qui plus est. Elle l'abandonne. Mais en même temps, encore une fois, on peut comprendre.
En fait, tout le monde boit, même la narratrice qui buvait tandis que son frère chute, et n'a donc aucun souvenir. Priscilla fume dès le réveil. C'est un monde désespéré et désespérant qui nous est présenté là. Un monde déchu, un monde malheureux, où le sens n'existe plus qui ressemble à la partie sombre de notre société.
Mourir en allant pisser... Quoi de plus absurde !
Il me manque d'autres choses, au delà du constat froid et objectif, une ouverture sur un autre possible pour faire sortir ce frère de son enferment mortifère, car avec un tel taux d'alcool dans le sang, le risque était éminent, une explication quant à cet alcoolisme, un déclic pour la narratrice etc ...`
Bref, un minimum de sens serait bienvenu dans cette absurdité pour sortir du simple constat objectif.
Bonne continuation

   poldutor   
22/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Maria,
Petite nouvelle curieuse, je n'ai pas trop aimé le partit pris du : "tu" répété tout le temps...

La description dans l'ordre des actions du principal protagoniste rappelle toutes proportions gardées, la chanson de Claude François : "comme d"habitude"

Je me lève et je te bouscule
Tu n’te réveilles pas
Comme d'habitude
Sur toi je remonte le drap
J'ai peur que tu aies froid
Comme d'habitude
Ma main caresse tes cheveux
Presque malgré moi
Comme d'habitude
Mais toi tu me tournes le dos
Comme d'habitude

Et puis je m'habille très vite
Je sors de la chambre
Comme d'habitude
Tout seul je bois mon café...
..."

Il est vrai qu'il ne se passe pas grand chose dans cette histoire.

Cordialement
poldutor

   Robot   
22/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Qu'une nouvelle se contente de raconter une histoire n'est pas un défaut. Je ne pense pas qu'il soit absolument nécessaire de chercher le deuxième ou le quatrième niveau de lecture. Un récit linéaire peu tout à fait me convenir.

Ceci dit j'avoue n'avoir pas été "pris" par la lecture. Bien sûr, je compatis aux déboires (sans jeu de mots) de ce frère miné par son alcoolisme mais Je n'ai à aucun moment pu m'assimiler à l'un ou l'autre des personnages. Le récit est cependant bien introduit par la phrase d'ouverture.

Si je cherche la raison de cette mise à distance je crois que c'est l'emploi du "tu" qui au lieu de me rapprocher du frère ou de la sœur met une barrière entre eux et moi. Voilà, je me sens exclu de ce dialogue. En tant qu'extérieur je ne pénètre pas cette intimité fraternelle. Cette histoire se passe en dehors de moi et me laisse voyeur.

Je ne sais pas si je parviens à faire comprendre cette impression de lecteur mis à l'écart.

Je ne rejette pas à priori des textes écris à la deuxième personne, mais pour ce récit il aurait peut être été bien de varier, d'amener l'expression du "je" de la sœur, de faire participer le "ils" des autres personnages pour donner du corps à leur détresse.

Le seul moment ou le sentiment s'exprime pleinement et m'a touché, c'est hélas à la toute fin: "Je voulais être comme toi, le noyé de ce lac sans éclat, à part."

Je regrette mais je vous fais part de mon ressenti de lecteur lambda qui ne remet pas en cause le rédactionnel mais le manque d'intensité qui ne m'a pas permis de "vivre" le récit de l'intérieur.

   Davide   
22/7/2019
Bonjour maria,

Un petit texte sur le dernier jour de la vie d'un homme raconté froidement par sa sœur aînée.

Le registre narratif, avec ce "tu", instaure une distance qui, pour ma part, empêche toute connivence ou sollicitude avec la narratrice et le sort de son petit frère.

On ne doute pas de la tendresse qui unit ces personnages, non, certainement pas, mais ce regard "voyeuriste" me dérange, car il dépeint cet homme comme un coureur de jupons, drogué, noceur et alcoolique. J'aurais aimé connaître Zé Fernando - aussi - autrement.

Ce "monologue" (puisque le "tu" n'attend pas de réponse) est quelque peu monotone, mais l'écriture est agréable, simple et soignée, tristement réaliste.
D'ailleurs, je ne suis pas spécialiste en littérature, loin de là, mais je ne comprends pas sa classification en "Sentimental/Romanesque".

L'auteur(e) aura compris mon avis d'ensemble, non pas franchement négatif, mais plutôt mitigé, très mitigé même.

Merci ! Et au plaisir de vous relire, maria !

Davide

   senglar   
22/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour maria,


Bien oui, une belle tranche de mort en fait. Mais je ne crois pas que ce gars-là ait laissé "une fille inachevée, une mère vieille à jamais, un frère cadet, une soeur, un dernier frère" et son aînée. Il les avait laissés bien avant cela... et il est mort heureux puisqu'en buvant une dernière tasse.

vous me direz qu'il aurait peut-être choisi un autre breuvage...

La première étape du Purgatoire sans doute :)

Ceci dit c'est bien fait votre drunk movie.


senglar

   ClaireDePlume   
24/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Je ne vais pas être très originale en ajoutant mon commentaire à ceux déjà très fournis qui balisent votre texte Maria.

Je trouve moi aussi qu'il y a une trop grande mise à distance du lecteur par l'utilisation du pronom personnel "Tu". La sœur ainée se montre spectatrice du lent déclin de son frère et de sa propension à l'auto-destruction mais sans l'affect attendu d'une sœur.

D'autre part, le parti pris de faire des phrases courtes par juxtaposition tout au long du texte est un ^procédé qui, personnellement, m'a lassée.

Le sujet de l'alcoolisme, qui plus est chez un proche, doit être particulièrement délicat à aborder, mais à être trop dans la distance, on passe me semble-t-il à côté de l'essentiel, la souffrance, réelle, de la victime de ce fléau et de celle, par ricochet, de l'entourage.

   wancyrs   
29/7/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Salut Maria,

pour un texte qui doit susciter l'empathie du lecteur, je n'ai pas été touché, et ceci à cause du choix de narration. c'est assez original d'écrire à la deuxième personne du singulier, mais le piège à éviter c'est de ne pas saouler le lecteur avec la grande quantité du pronom personnel dans le texte ; cela, vous n'avez pas su faire, je le regrette. Pourtant le texte commence bien, mais très vite la répétition des "tu" me fait décrocher.

Une autre fois !

Merci pour le partage

   Donaldo75   
29/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Je suis mitigé sur ce texte.

La narration à la seconde personne du singulier est une bonne idée mais pas vraiment bien réalisée. L'impression de lecture se résumerait à des polaroids juxtaposés.

La fin est réussie, par contre.

   rosebud   
30/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
J’admire les auteurs qui suscitent les émotions sans se préoccuper du lecteur. Ils ont quelque chose à faire d’urgence et rien ne les arrête. Maria, ta nouvelle est exceptionnelle parce qu’elle ne ressemble à aucune autre et qu’elle sait convoquer des démons très inquiétants.
Cette nouvelle m’a évoqué la chanson de Dominique A dont je ne parviens pas à me souvenir du titre et qui parle (je crois) de son frère alcoolique, et aussi à ce terrible et vénéneux roman de Malcolm Lowry : «au-dessous du volcan ». Geoffrey Firmin tombe dans le ravin comme le héros tombe dans le lac du Salagou.

J’aimerais savoir écrire comme toi, Maria.

   thierry   
15/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Comme il est difficile de porter un jugement sur ce texte qui allie le factuel glacé et une des plus grandes douleurs brulantes. Mais c'est peut-être son plus grand intérêt.
Pour autant, l'intrigue de l'alcool ne me parle pas plus que ça.

Il y a des prises de risques dans le style, tels "tu as toujours le corps instruit pour l'effleurement" à la limite de la description ampoulée mais bon mille petits détails, de la clef du billard au "tu sers la viande", ces petites choses qu'on aurait vite oublié qui prendront ici la forme importante des dernières traces d'une vie.
C'est très bien vu, très bien dit.

Pour autant il est impossible de dire du mal devant la souffrance d'autrui et c'est ce que je reprocherais à ce texte dans son histoire, sauf s'il ne s'agit pas d'un témoignage. Nous sommes pris en otage mais peu importe finalement. C'est à lire

   Philo   
18/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Tranches qui tombent, coupées par un couteau bien affûté. J'ai aimé les phrases courtes, l'engagement de l'auteur qui ne se distancie pas, même si elle affecte une apparente neutralité. On sent la vie, le texte est crédible.


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