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Réalisme/Historique
calouet : La chignole
 Publié le 26/04/08  -  25 commentaires  -  21317 caractères  -  297 lectures    Autres textes du même auteur

Des trains de vie...


La chignole


La grosse chenille tressaille de peur, sa carcasse métallique tremble en un long craquement, multiple et rassurant. Je ne connais que ce bruit-là, ou presque. Tout mon putain d’univers résonne de cette façon-là. Depuis tout petit il m’accompagne dans mes rêves, mes réveils ou mes pensées. J’ouvre un petit peu la fenêtre, ça couine, ça grince comme les genoux d’une vieille bonne femme bouffée par l’arthrite. Une vague odeur de ferraille chaude envahit la chambrée, au loin déjà le grincement formidable s’étire en faiblissant.


Il est tard, deux heures vingt et une, sûrement.


Je me pelotonne un peu mieux sous la grosse couverture. En face de moi roupille René, le poilu. Ce type est presque une bête. Ses sourcils ne sont qu’un, les poils de son torse montent si haut qu’il ne saurait pas où s’arrêter, s’il se rasait. Même son nez est velu, même sa voix grave et profonde semble parfois sortir d’un antre encombré par un écheveau inextricable… C’est un cas le René, et il ronfle comme un TER. Et puis ses panards, quand il aura cassé sa pipe, faudra penser à les léguer à la science. C’est inhumain de cogner comme ça. C’est un animal, René.


Je suis né là, il y a pas mal de temps déjà, à l’époque où ce wagon au rebut roulait encore. Je suis né là… mal, parce qu’on n’avait plus le temps. Qu’est-ce que j’ai dû gueuler… À l’époque, ma mère commençait tout juste à entamer sa métamorphose. Aujourd’hui ça fait belle lurette que son cocon s’est éclaté, pour laisser filer une grosse mouche à merde aux ailes tronquées, qui n’a jamais fait que ramper alors qu’elle, elle espérait sûrement finir par s’envoler… Un jour qu’elle arpentait le trottoir elle a terminé de se vautrer, et est morte en quelques heures, de froid ou de chagrin. Un gars de passage lui avait refilé le cancer des putes, et faut croire que c’est ça qui a fini d’achever la course poussive de ma pauvre génitrice dans les méandres foireux de l’existence…


Un peu plus loin dans la piaule, un autre habitué, qui prépare sa prochaine virée. Je les connais depuis toujours, son outil et lui. Lawrence. Un genre d'artiste, un pionnier solitaire, un Panurge sans troupeau. Un grand malade, Lawrence… Au début je me marrais, parce qu’il avait un nom de gonzesse. Mais depuis j’ai grandi, et je voudrais pas qu’il m’en colle une ! Lawrence, il fait des dizaines de pompes tous les jours, il a toujours une balle de tennis à torturer dans une de ses grandes paluches. Il est sec comme un coup de trique, avec des avant-bras épais et noueux comme des branches de marronnier… Il travaille sa forme, faut dire. Juste les bras. Parce que la chignole, ça fatigue salement et que lui, ben il est toujours occupé à percer un trou quelque part.


Assis sur ma banquette usée, je l’observe en silence peaufiner la finition de l’embout. À l’aide d’une toute petite lime demi-lune, il accentue l’agressivité potentielle de son foret, de façon à limiter au minimum le risque de voir son obsession perforatrice frustrée, le jour où sa route rencontrera celle d’un ennemi vraiment redoutable, une de ces parois d’apparence inattaquables comme on en fait beaucoup maintenant… Je me roule une tige plutôt mal fagotée, dans un morceau de journal, il relève un instant la tête.


- Tu ne devrais pas fumer la nuit, petit gars. Faut que ton corps fasse une pause, la nuit.


Je l’ai quand même allumée. Ses yeux m’ont balancé un bref éclair protecteur, puis il s’est de nouveau attelé à son ouvrage. Lawrence, il dit que faire des trous, c’est une façon de décloisonner le monde, de donner de l’air à la vie. C’est sa phobie ça, à Lawrence, de manquer d’air. C’est pour ça qu’il perce sans arrêt, tout et n’importe quoi. N’importe qui même : une fois qu’il avait chopé la crève, il avait une fièvre de cheval à tuer n’importe quel canasson, c’est René qui m’a raconté, mais il est costaud Lawrence. Eh ben il en bavait, et il délirait tellement qu’il a essayé de se faire un trou dans le gras du bide, là où il n’a que du muscle et des nerfs, juste à l’endroit où ça lui faisait mal. Il a failli crever, et finalement René a profité que Lawrence était inconscient pour aller chercher des secours. C’était une péritonite, il aurait bien pu crever… Des fois je me demande si c’est pas grâce à cette drôle de cicatrice ronde en bas du ventre qu’il est encore en vie. Il avait peut-être juste besoin de se donner un peu d’air. C’est un malade, ce gars.


Ce soir, on n’est que tous les trois. Il fait vachement froid, mais ça va, on a de quoi se couvrir. Quand on est nombreux, il arrive qu’on n’ait pas assez de couvrantes pour tous, mais ce soir ça roule. J’en ai choppé deux rien que pour moi. Le Trois heures zéro six arrive, nous éclaire un instant de ses deux gros yeux jaunes imperturbables. La piaule où j’ai vu le jour tressaille un peu au passage du serpent corail… On n’est pas les plus malheureux, qu’elle disait ma vieille avant de claquer, voilà six mois, mais on en a la sale gueule.


Lawrence se lève, chignole au poing.


- C’est l’heure, Laurence ?

- Ouais… Ne prononce pas comme ça, dernier rappel… qu’il me balance avec un clin d’œil.


Il a cet air décidé et fier, comme à chaque fois qu’il part en virée.


- Et tu vas où ? Je peux venir ?

- Non petit gars, toi tu restes ici ce soir. Je vais en repérage, pas sûr de trouer quoi que ce soit… On verra bien… Je vais aller à l’entrepôt.


L’entrepôt, c’est là où sont garés les bus. C’est juste à deux ou trois cents mètres de la gare. Pas facile d’y entrer, même si, à part des bus, y a rien à chouraver là-bas. Pour Lawrence c’est pas un souci, sa chignole peut entamer la plupart des types de tôles qu’on trouve sur ce genre de hangar… Se faire les entrepôts, c’est son péché mignon : il adore l’idée de faire un trou dans un truc qui n’a même pas encore servi. Un dépucelage, qu’il appelle ça. Je me demande même des fois s’il ne se considère pas comme un ouvrier à part entière, le spécialiste unique, seul capable de fignoler la petite besogne des mécanos avant lui. Il apporte sa patte, une touche finale circulaire. Il amène un vent de folie à tout ça, un peu d’art. De l’air. C’est presque un poète, je me dis souvent. Un malade, mais un poète. Derrière sa couchette s’empilent ses trésors, des myriades d’objets troués, de tous genres. Des tortillons de fer. Personne n’y touche, personne n’a le droit, parce que Lawrence c’est toute sa raison de vivre qu’il étale au mur. S’il pouvait mourir très vieux en se perforant les yeux pour bouquet final, je crois qu’il aurait l’impression d’avoir bien vécu.


La porte coulissante se referme sans poésie aucune, elle, dans un sale bruit de caoutchouc comprimé. Le voilà parti, le fou à la chignole, me laissant seul au milieu de cette carcasse rouillée et des ronflements de grizzly de l’ami René. Un peu d’air glacial vient me fouetter l’épiderme, le genre de signal à double sens : soit je m’enfonce sous mon tas de couvertures et j’attends que le soleil et les bruits des cheminots me réveillent, soit je me lève et ma matinée commence de suite, avec quelques heures d’avance.


Je n’ai pas envie de dormir. Rien à foutre non plus. Deux raisons foireuses mais largement suffisantes pour enfiler ma veste et partir à mon tour à la rencontre des ombres nocturnes… Mes pieds habiles se posent sur le ballast, dans un savoureux bruit de clandestinité. Autour de moi s’élèvent immuables les silhouettes opaques d’une multitude de ces géants de ferraille réformés, monstres antédiluviens en grande majorité identiques à celui dans le ventre duquel nous passons le plus clair de notre temps, mes compagnons du pavé et moi. Ils me font presque peur cette nuit, tous ces wagons réformés, qui attendent sans entrain qu’un jour on les dézingue puis qu’on transporte leur squelette rouillé jusqu’au broyeur le plus proche. C’est un cimetière ici, la titanesque nécropole de quelques énormes témoins du passé…


Peu à peu, mes yeux las s’habituent à la pénombre. Mes dents cessent de jouer en cadence. Des détails m’apparaissent, quelques tags, des vitres brisées ; çà et là, de discrets trous circulaires viennent s’ajouter aux ornements ultimes des vieillards de ferraille. Il s’est fait la main sur eux, Lawrence, les a châtiés ou décorés, c’est selon. Moi je crois qu’il leur a donné un tout petit supplément d’existence en perforant leur épiderme inutile. Un dernier hommage en quelque sorte… Je ne sais pas où il est parti. Il m’a dit qu’il irait à l’entrepôt, mais connaissant le gaillard, il va bourlinguer des heures avant de daigner atteindre son but, comme un oiseau de proie qui tournerait jusqu’à s’épuiser avant enfin de se décider à fondre sur la vermine palpitante qu’il a repérée… Je tends l’oreille, les yeux, le nez. Au loin, vers le Nord, je perçois le ton agressif d’une sirène de police. Je pars au Sud ; sûr qu’il aurait fait pareil.


Un vieux slip traîne sur le basalte crade, au beau milieu des rails. Comme un misérable drapeau blanc brandi au milieu de ce chaos métallique, un inutile bout de vie passée, bien dérisoire à côté du grognement lugubre des tôles sous le vent de décembre. J’avance à tâtons, mes doigts passent et repassent sur les corps grumeleux des wagons rouillés. Je n’aperçois pas Lawrence, n’entends pas le chuintement caractéristique de son engin. Il connaît cette décharge comme sa poche. Mieux, même…


Il est sûrement loin, déjà.


Je sursaute en voyant un rat gros comme un clébard débouler de sous un châssis, me rappelant que ce monde-là ne m’appartient que de jour…


Je suis seul, il fait froid. La trouille pour compagne.


De gros flocons mouillants tombent à présent, s’écrasent au sol sans un bruit, je suis vraiment tout seul. Le vent est tombé, la sirène s’est tue… Seul… Seuls mes pas crissent sur le gravier sale du mouroir, dérisoires camarades dans la nuit qui m’avale. Je n’aurais pas dû sortir, je ne le retrouverai pas. C’était ridicule ! Il m’avait dit de rester, ne voulait pas de compagnon de cavale. Que je suis encore un gosse.


La neige ne tient pas, ou si mal. Le sol se transforme peu à peu en fange citadine, cette purée boueuse et sombre qui semble concentrer tous les reflux gastriques de nos vies polluantes. La neige est une éponge aveugle qui nettoie la poussière des corps inertes, la rassemble pour finir sous mes pieds qui hésitent, qui font floc. Je me surprends à craindre que Lawrence soit parti, vraiment parti.


- Hé toi ! T’aurais pas du feu s’te plaît ?…


Mon sang ne fait qu’un tour. Le type me jauge en silence, attendant une réponse tout en triturant un papillon rutilant. Ses deux potes se rapprochent, comme sortis de nulle part, m’entourent à présent de leurs yeux inquisiteurs. Je tends mon briquet à la voix nasillarde. La lueur de la flamme me dévoile son visage buriné, ses arcades entaillées de multiples gravures. Ses yeux me fusillent un instant. Je ne l’ai jamais vu par ici. Après deux longues bouffées, il passe le mégot à son copain de droite, me rend mon feu. Ma main tremble un peu.


- Il fait froid hein, me dit l’un d’eux…


J’ai presque envie de leur demander si j’ai le droit de partir. S’ils sont d’accord. J'en ai déjà pris, des coups dans la gueule, je sais ce que c'est de passer la nuit sur le carreau, les narines collées de résiné... Mais j'ai un drôle de pressentiment, que ces gars-là n'en feront pas, de sentiments. Que leurs coups feront mal. On a beau vivre dehors, encaisser sans arrêt, il est des habitudes que personne ne peut prendre. Des couches de l’individu qui jamais ne durcissent, où se love pervers le serpent de la peur…


- T’en veux ?

- Non, ça va… merci… Je…

- Tu peux te casser alors. Dégage ! dit le gars au couteau tout en se raclant la gorge en guise d’exclamation glaireuse.


Je ne demande pas mon reste, repars en vitesse dans n’importe quelle direction, la plus évidente sur le coup. J’entends leurs rires narquois et les quintes qui s’ensuivent, j’accélère encore le pas. Ils pourraient revenir, changer d’avis. Je trottine, il faut les laisser loin ! Les carcasses défilent, impassibles, complices de la scène. Je cours comme un fou dans le dédale nocturne. Mon souffle paniqué déchire mes poumons. Je ne sais plus où je suis, et je m’en tape. Je vais rentrer. Je ne sais pas comment, mais je vais rentrer. Ne rien dire à personne. Et dormir. Même les effluves de René me manquent à présent. Ici on ne sent rien, ici tout est mort, ou en sursis. Rentrer oui… Me voilà au milieu d’une sorte de clairière blanchâtre. La neige redouble, je grelotte. Face à moi se profile ce qui ressemble à un hangar, un vaste abri de tôle, très haut. Vide. Je m’avance un petit peu. Du mal à croire ce que je perçois. C’est infime, ça vient du fond. Ça couine, ça grince. Ce bruit sournois qui fait mal aux dents, presque insupportable parfois… On dirait bien que ça chignole là-bas, tout au fond.


Un bateau qui passe au loin. Oui en gros c’est ça, je suis un naufragé sans espoir qui a cru voir un truc à l’horizon, le genre de certitude vacillante mais largement suffisante pour me pousser dans l’enceinte. Le bruit s’est tu. J’avance encore un peu. Rien. Il n’y a rien à part des monceaux de traverses réformées, empilées à la hâte, comme un mikado géant. Un air glacial me pénètre jusqu’aux os, depuis la gueule béante du hangar.


- Qu’est-ce que tu fous là, bordel ?

- !!!

- Je t’ai posé une question petit gars… Je t’avais dit que je préférais être seul.


L’accent est à couper au couteau, un putain de rosbif me cause, enfin… Pétrifié, je tourne la tête de gauche à droite, sans parvenir à déterminer l’endroit d’où il m’a parlé. Comme je tente de l’appeler, le bruit de la chignole reprend, le grincement sourd des copeaux que l’on arrache au métal. Il est là, juste à mes pieds ou presque, le dos collé à quelques traverses.


- Lawrence…

- Attends… Une minute, je termine.


Quelques secondes plus tard, son œuvre achevée il se redresse. Comme un vieillard. Son dos m’apparaît non pas voûté comme à l’accoutumée, mais complètement déformé. On dirait que ses putains d’épaules n’ont qu’une envie, se planter au sol et ne plus en bouger. Il respire fort, autant que moi, mais moi j’ai peur.


- Allez, viens gamin.

- Tu rentres ?

- On verra.


C’est la première fois qu’il m’accepte à ses côtés, que j’entends ses pas auprès des miens sans me planquer, que je peux partager un peu de sa nuit, un peu de sa folie douce et solitaire. Nos chaussures crissent sur la neige qui atteint à présent une bonne épaisseur. On déambule sans hâte dans le labyrinthe de l’ancienne gare, à l’aveugle. Enfin c’est l’impression que j’ai, je suis complètement paumé. Je me tourne vers lui.


- Tu sais où on va ?

- Et toi ?

- Non…


Il regarde droit devant lui, les yeux grand ouverts, globuleux. Il a vraiment l’air d’un taré ce soir, mais bizarrement j’ai pas peur. Pas avec lui. J’ai presque l’impression qu’il sourit, un genre de truc crispé qui le défigure un peu… C’est alors qu’il s’arrête, pousse un grand soupir et s’assied par terre, à même l’éclatant tapis neigeux. Il se recroqueville un petit peu, pas assez vite pour que je ne remarque pas la large tache sombre qui lui barre le bide, au travers de sa veste.


- Tu me connais bien maintenant, petit gars… Je ne discute pas beaucoup. Mais t’avais déjà remarqué…

- …

- Et tu vois, ce soir on va causer tous les deux, ou plutôt ce matin, dit-il en levant un instant son regard douloureux vers les premières lueurs de l’aube… Je suis un drôle de gars, avec des manies à la con, mais je dis toujours la vérité quand je cause. Et là tu vois, j’ai envie de t’en dire parce que j’en serai peut-être plus capable après. Tu vas me poser une question. Une seule.

- P… pourquoi tu…

- C’est ça ta question ? Réfléchis bien petit gars, t’en auras qu’une, et c’est déjà beaucoup…


Je n’y comprends rien. Il se replie de plus en plus sur lui-même, de longues veines noirâtres se dessinent à présent sur sa main. Je comprends enfin ; sûrement les gars de tout à l’heure… Je commence à chialer, sans vraiment savoir si c’est de la peine, de la rage, de la panique…


- Lawrence merde ! Ils t’ont percé… C’est pas vrai…

- Ne chiale pas… Je l’aurais fait moi-même un jour, tu le sais très bien, répond-il, des trémolos plein la voix.

- On va rentrer, on va vite rentrer et…

- Ta gueule merde ! Je t’ai dit : une question, et après… Fais-moi plaisir, petit gars.


Pour la première fois depuis le hangar, il me regarde vraiment. Ses yeux trempés plongent dans les miens, comme s’ils voulaient me bouffer la cervelle. Y a plus rien à faire, il ne changera pas d’avis… Alors je pose ma question, la seule que je me sois vraiment posée dans ma courte existence, la seule qui compte. La plus taboue aussi ; sans trop contrôler je tente dans un effort minable de retenir les mots à mesure qu’ils s’échappent de mes lèvres glacées.


- C’est toi mon père ?

- Ah… C’est une sacrée bonne question ça. Je ne pensais pas que tu me demanderais ça. Je croyais que tu me parlerais de ma chignole, tu vois… Faut croire que je suis un sale con de rosbif, hein…Alors je vais te raconter.


Je m’assieds à mon tour, grelottant. Il passe une de ses larges paluches sur mon épaule, me serre un peu contre lui, et entame son récit… Il vivait dans une baraque avant, loin, en Écosse. Tout près d’un bled du Nord, Hivernesse ou un truc comme ça… Avec ses vieux. Ils avaient une baraque, qu’il me redit. Ils avaient une famille, de la thune… Là moi, je ne pense plus qu’à une chose, mais lui il s’en tape, tout ce qu’il veut c’est me raconter sa saloperie de vie de raté, le pourquoi-du-je-m’en-tape-de-ses-trous-de-malade… Je commence à chialer comme une merde, dans les bras d’un fou qui me serre contre lui, qui dégueule son sang de clodo, qui tache la neige de sa substance… je suis en colère, hors de moi et pourtant je ne fais rien, je ne bouge pas. Je pleure et c’est tout. J’ai posé la seule vraie question, mais il s’en tape Lawrence, il va crever alors il s’en tape, il se livre. Il est lâche, l’enfoiré… il sauve sa gueule. Et me caresse un peu les cheveux maintenant, et continue son discours de vieux connard…


- Mais tu te fous de ma gueule merde !!! Je m’en tape moi, de l’Écosse ! T’avais qu’à y rester dans ton sale pays de tarés !

- Rassieds-toi.

- J’en ai rien à cirer moi, de ta vie !… Je t’ai posé une question Lawrence, c’est toi qui m’as dit de…

- Rassieds-toi putain de petit con !


Et me revoilà par terre, un peu plus à l’écart. Et il reprend son sale monologue, d’une voix de plus en plus molle, essoufflée…


Et il me raconte le feu.


L’incendie qu’un jour il a foutu chez lui en voulant fumer en douce… Le feu. La fumée, alors que ses parents dormaient… Il se met à trembler, à pleurer comme moi, ou même pire. Sa voix se lézarde, on dirait presque une gonzesse. Il pleure en me disant que c’est depuis là qu’il fait des trous partout, qu’il en rêve tout le temps, qu’il est devenu fou pour de bon parce que ce jour-là ses parents sont morts. Par sa faute. Asphyxiés, brûlés, bloqués par les flammes. Dévorés sous les yeux de leur criminel de gosse… Lui il voulait aller taper à leur porte, mais c’était trop tard, le chemin était barré. Il a tapé après contre une fenêtre après, pendant longtemps, très longtemps, pour la casser. Pour sortir. De l’air. Il a cogné les murs. Encore la fenêtre. La chaleur commençait à lui bouffer la peau, il tapait. Il tapait si fort qu’il a fini par la traverser la vitre, s’est cassé un bras en tombant, et encore bien plus en s’en tirant…


- … et là tu vois, je suis resté comme un légume. Pendant presque deux ans. J’ai fini par remonter un peu la pente, parce qu’à douze ans on a de la vie plein la tête, parce qu’à douze ans, on est dur à briser complètement… Mais je ne suis jamais redevenu comme j’étais. On ne rachète pas son passé, tu sais… Je suis né une deuxième fois, moins bien, puisque coupable. C’est un malade qui est sorti de l’hôpital, c’est ce que je suis toujours : un malade qui perce des trous… Parce que j’étouffe tout le temps, nuit et jour. Je crèverais asphyxié moi aussi, si je ne le faisais pas… J’en suis sûr.

- Et mon père…

- Et après, je suis parti bosser en France, parce que je voulais vivre le plus loin possible de tout ce que j’avais vécu. Je commencerai par la France, puis après je ferai du fric, et j’irai de plus en plus loin, pour toujours… Voilà ce que je me disais. Et je suis tombé amoureux. J’avais ton âge à peu près… Une Française, évidemment. Mais ça n’a pas trop duré, on s’entendait pas si bien, finalement. On avait dû se tromper…

- Et alors ? dis-je plus par contenance qu’autre chose, percevant enfin la couleur du ciel où Lawrence veut m’emmener…

- Ben alors, je suis parti. Et je suis revenu, alcoolique et trois ans plus tard. Notre gosse avait deux ans… Il me ressemblait pas beaucoup, mais c’était le mien, je le sentais… Il était né dans un wagon, ce branleur. La Française était devenue une pute, parce que c’était la crise, le chômage, et puis elle n’avait pas eu de chance aussi. Moi non plus, je ne travaillais pas… Fallait que je reste tu comprends. C’était mon rôle, j’avais plus que ça pour ne pas tout rater…


Des sanglots reviennent, comme un reproche entre deux soupirs de mourant. Je prends ses mains dans les miennes, laissant la neige ensevelir la chignole. Je la laisserai ici.


 
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   studyvox   
27/4/2008
C'est bien, mais c'est vraiment très sombre et démoralisant!

   David   
28/4/2008
Bonjour Calouet,

Le p'tit gars sans baptême, sans nom dans ton récit et l'autre d'inverness, l'écossais à la chignole...je me dis que quelque soit la question posée par le gamin, il aurait eu la même réponse. J'ai adoré le théatre, l'époque, je dirais entre deux guerre, des voies de garage, le décor doit être blanc-neige et l'ambiance noir de charbon, l'histoire est trés belle : c'est un père qui s'occupe de son fils, qui font famille, c'est trés beau.

   Tchollos   
28/4/2008
Quel style! On aime ou on aime pas, perso j'adore. Parce que l'auteur ne sombre pas dans l'excès et maîtrise sa plume du début à la fin. J'avoue que pour moi l'histoire se recroqueville un peu derrière l'écriture qui s'empare aisément du premier rôle. C'est un régal de découvrir les tournures de phrases, les métaphores et de se laisser bercer par le rythme du récit.

   Anonyme   
28/4/2008
Comment réussir à coller de la poésie et du lyrisme dans un décor aussi sinistre ... fallait le faire. Ca grince ce récit, du début à la fin, comme les vieux wagons au rebut, mais on est pris et impossible de s'en défaire avant le dernière mot, et même après.
Difficile de décrire l'impression que ça me laisse ... lourd, étouffant, mais en même temps on ne peut qu'être emporté par l'écriture qui sonne juste jusque dans les moindres détails.

   widjet   
28/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
"le festin des oiseaux", "la pêche aux anguilles", "A l'ombre des épouvantails", "Mon pote Philou" (j'ai toujours pas lu Vorace idiot que je suis)....Calouet n'en est pas à son premier bon texte. Son dernier opus, la chignole montre une fois de plus, et de façon flagrante la profonde affection de l'auteur pour ce que j'appelle les "cabossés" de la vie. Les marginaux.

Cette nouvelle, tout à fait réussie, est aussi parmi les plus abouties...mais aussi parmi les plus frustrantes. Il y a beaucoup de choses à dire mais déjà on peut affirmer c'est très sombre, qu'il y a peu de place pour l'espoir, beaucoup de douleur, de souffrances. Vous voilà prévenus !

A l'image du décor, la vie des héros est noire, ténébreuse. Pas de lumière au bout de ce tunnel sans fin. Pas d'échappatoire.
Dès le début, le ton est donné avec l'histoire de la naissance du bébé (on pense rapidement au Parfum de Sundskind, c'est crasseux, ça pue bref c'est bien rendu). Beaucoup de descriptions aussi. Une des forces du récit. On est en immersion totale. Mais ce qui m'a surtout plu (et d'ailleurs ce qui me plait dans toute nouvelle) c'est l'humanité qui se dégage de ces personnages, de ces "coeurs cassés"....On voit, on lit beaucoup d'empathie. Je l'ai déjà dit mais je le répète : calouet aime ses héros, quels qu'ils soient, quoiqu'ils aient faits. Ils ne les jugent pas. Ca me plait beaucoup ça.

Une belle idée aussi, une belle métaphore que cette histoire de trous, de cet air si nécessaire (quand on connait l'histoire à la fin) même si je l'aurai souhaité mieux exploité.
L'histoire est globalement bien traités, (le style et le langage collent bien aux protagonistes) même si je trouve le final (l'aveu de Lawrence, son histoire) vite expédié (et son laissé aller trop soudain) et manquant de force, de relief, ne rendant pas complètement hommage au personnage lui même que l'auteur a brossé avec précision. C'est assez dommage parce que ce dénouement qui aurait du être porteur d'une grande émotion, bah moi il n'a fait que m'effleurer là où il aurait du me prendre par la gorge, par les tripes....C'est le seul véritable reproche que je peux faire à ce texte dont on sent - plus que n'importe quelle précédentes nouvelles - le travail et l'implication de son auteur.

Widjet

   Pat   
29/4/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
On essaie souvent d’écrire quelque chose d’original. Avec, cette vaine illusion de pouvoir raconter ce qui n’a jamais été écrit… Mais qu’importe le thème, finalement, tout (ou presque) peut faire l’affaire… Tout dépend du regard singulier qu’on lui porte et surtout, comment on va traduire ce regard en choisissant les mots, leur agencement, la composition, le point de vue, etc. Tout ce qui va faire, en définitive, qu’on va accrocher à une histoire, qu’on aura cette impression de jamais lu… Une rencontre de deux subjectivités qui se mettent à résonner. Par quel miracle ? Bien sûr, celui de l’écriture… et ici, j’ai vraiment apprécié le style. Je me suis dit, en lisant ce texte : voilà comment j’aimerais écrire ! J’ai presque eu l’impression que j’aurais pu écrire comme ça… (On a le droit de rêver, non ?)

Je trouve qu’il y a un mélange tout à fait réussi entre un langage familier, en harmonie avec le thème, et des images poétiques, sans que cela jure… Même si ces images peuvent être dures, eu égard à la réalité qu’elles décrivent (« Le sol se transforme peu à peu en fange citadine, cette purée boueuse et sombre qui semble concentrer tous les reflux gastriques de nos vies polluantes. »). Les objets, l’environnement sont personnalisés (ex : « La grosse chenille tressaille de peur, sa carcasse métallique tremble en un long craquement, » ; « il accentue l’agressivité potentielle de son foret, » ; « Le Trois heures zéro six arrive, nous éclaire un instant de ses deux gros yeux jaunes imperturbables. La piaule où j’ai vu le jour tressaille un peu au passage du serpent corail… » , etc.). Cette personnalisation humanise l’univers des personnages qui semblent ainsi se fondre dans ce qui constitue leur quotidien… Ce n’est pas très gai, bien sûr, mais c’est sans doute ce qui leur permet de donner du sens à leur vie. On ne sent pas, en particulier, l’envie d’un ailleurs, notamment chez le personnage principal qui n’a pas, par exemple, envie d’entendre l’histoire de Lawrence… parce qu’elle ne le concerne pas. Tout ce qui compte c’est cet univers clos dans lequel il a ses repères, univers dur et violent, mais avec lequel il a appris à faire et dont il parle même avec un certain humour. De ce point de vue, ce qui est décrit là est tout à fait juste. C’est une réalité difficile à admettre pour nous qui sommes mieux lotis. Un univers parallèle vis-à-vis duquel, nos bonnes intentions n’ont guère de prise. (Je connais un peu la question).

Cette idée de chignole me paraît tout à fait intéressante. D’une part, c’est original. Mais surtout, l’interprétation sur le sens de ce rituel, qui se tient, que je trouve plutôt belle ( « décloisonner le monde, donner de l’air à la vie… » ; « Il amène un vent de folie à tout ça, un peu d’art. De l’air. C’est presque un poète » ), comme une échappée symbolique à ce qui les enferme, a certainement d’autres significations qui lui échappent, mais qu’on peut facilement percevoir, notamment avec le terme dépucelage… laisser une trace, pénétrer cette ferraille… et donc mettre de l’humain dans le cœur de ce paysage de fer… Chignole qui sert aussi de lien entre l’enfant et son père (la fascination exercée par l’objet et son utilisation, le bruit qui le conduit jusqu’à lui… un objet définitivement lié au père).

Dans ce monde, une question essentielle se pose, comme partout : de qui suis-je né. Question universelle, par excellence, qui fait que cette histoire, malgré un contexte qu’on n’a pas forcément fréquenté et dont les descriptions sont saisissantes, peut nous toucher et nous rendre ces personnages attachants.

Comme j’aime bien chipoter un peu, je ferai juste une petite remarque concernant la syntaxe :

« N’importe qui même : une fois qu’il avait chopé la crève, il avait une fièvre de cheval à tuer n’importe quel canasson, c’est René qui m’a raconté, mais il est costaud Lawrence. Eh ben il en bavait, et il délirait tellement qu’il a essayé de se faire un trou dans le gras du bide, là où il n’a que du muscle et des nerfs, juste à l’endroit où ça lui faisait mal. »
Je pense qu’il y a :
- soit un problème de ponctuation (le point après Lawrence donne un effet d’anacoluthe à la première proposition… mettre un point virgule ?)
- soit une relative en trop : « qu’il avait choppé » pourrait être remplacé par « il avait choppé ».

Là aussi, la ponctuation pourrait, éventuellement être modifiée :
« Aujourd’hui ça fait belle lurette que son cocon s’est éclaté, pour laisser filer une grosse mouche à merde aux ailes tronquées, qui n’a jamais fait que ramper alors qu’elle, elle espérait sûrement finir par s’envoler… »
(un point après « ramper » ?)

Voilà, Calouet, il ne te reste plus qu’à continuer de nous raconter des histoires de cette manière-là, car j’ai vraiment bien aimé. Je suis à ta disposition pour développer davantage si tu le souhaites (tu peux éventuellement ouvrir un forum). Je dis ça, parce que j’ai toujours l’impression que je reste encore trop succincte par rapport à tout ce qu’on peut dire sur un texte. Faut pas se fier à la longueur du commentaire.

   aldenor   
1/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L’ambiance est bien créée, les personnages sont attachants, le thème original mais surtout quelle poésie et quelle maîtrise dans les descriptions ! Des moments sublimes.
Le dénouement mélodramatique me déçoit un peu. Beaucoup à la réflexion. Quel besoin ? Je ne cherchais pas tant d’explications à la noirceur du paysage.

   Pat   
1/5/2008
Un forum a été ouvert sur ce texte. Pour en prendre connaissance, y participer, c'est ici

   Anonyme   
1/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Chacun son style. Je ne pense pas qu'un jour l'envie me prenne d'écrire comme Calouet.

Ceci dit j'admire la présentation qu'il nous fait de ses personnages. Il sait nous emporter dans cet univers plus que noir, nous le faire partager comme peu savent le faire.

Ensuite il y a une façon d'écrire originale, personnelle. Il balaye les académismes, il a un style à lui. Du talent.

L'intrigue si je puis dire il l'amène par petites touches, mais d'accord avec un des commentateur, l'expédie un peu vite. Le seul bémol.

Enfin la trame de l'histoire montre une parfaite unité et une grande cohérence.

Un beau travail

   marogne   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Tout a été dit....

Pas d'analyse donc, mais simplement témoignage du plaisir que j'ai pris à lire ce texte inspiré. Un univers, proche et si éloigné néanmoins, se construit ligne après ligne, ainsi que le personnage qui va éclore à la fin (où plutôt les personnages qui vont éclorent); une fin pour une naissance.

   Togna   
12/5/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Lu d’une traite, ce récit a mis sous l’éteignoir mon esprit critique pour m’emporter dans sa folie. Parce que quand même, un type qui fait des trous partout pour respirer l’air qui étouffera ses remords, il fallait y penser !
L’atmosphère noire est parfaitement décrite, le langage est adapté, il y a du suspens, du sentiment, de l’émotion sur une fin tragique, tous les ingrédients pour faire une excellente nouvelle. À condition que l’écriture soit à la hauteur. Et c’est le cas. Bravo Calouet.

   Anonyme   
22/5/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel décor! Et le style de calouet que j'affectionne particulièrement... J'ai relevé deux phrases qui, à mon sens, caractérisent parfaitement la façon d'écrire de l'auteur. La première:
"Un gars de passage lui avait refilé le cancer des putes, et faut croire que c'est ça qui a fini d'achever la course poussive de ma pauvre génitrice dans les méandres foireux de l'existence..." La seconde:"[...] il dit que faire des trous, c'est une façon de décloisonner le monde, de donner de l'air à la vie." Ici un mélange de glaires et de poésie, calouet nous dévoile toute l'étendue de son talent, cette manière de décrire les sentiments, à la fois grossière et (très) sensible me touche particulièrement.
Bon, je pourrais déblatérer longtemps tel un dromadaire bourré mais je vais m'arrêter là, encore un peu perforé par cette chignole
de mots blessés...

   Olivier   
5/6/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ombragé, sinistre et très bien écrit.
J'ai beaucoup aimé.

   Anonyme   
2/8/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je n'irai pas dans les détails, mais c'est très fort. C'est trop brutal pour moi, mais c'est vraiment maîtrisé. Tant le fond que la forme. Terriblement maîtrisé.

   Flupke   
6/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'atmosphère sombre et glauque est vraiment très bien décrite. Belle réussite dans le genre.
Bravo.

   victhis0   
31/10/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
du trèèèèèès lourd ; ça à des accents de Céline, de Steinbeck. C'est magistral de maîtrise, de style. Tout est bien. je serai immensément fier de signer un texte comme celui.ci

   Menvussa   
11/4/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est noir et la neige n'est pas suffisamment blanche pour laver tout ça. Mais qu'est-ce que c'est beau, désespérément émouvant. Pourtant j'y vois une petite, toute petite lueur d'espoir, cette trace d'humanité qui perdure.

   xuanvincent   
11/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Merci Menvussa, pour ton commentaire qui m'a permis de découvrir cette nouvelle de calouet.

Beaucoup de commentaires pertinents ont déjà été écrits. Je dirai simplement que cette histoire, en dépit de sa noirceur, m'a bien plu, également le style et le langage (souvent familier mais maîtrisé) du récit.

Cette nouvelle m'a fait penser à la vie de personnes vivant aujourd'hui, pour des raisons diverses, dans de vieux camions réaménagés en vue d'une vie itinérante.

   Anonyme   
22/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Calouet
Un texte à savourer, à lire et à relire.
Une histoire d'hommes et de trains qui n'a pas besoin d'être commentée. Juste lue.
Un texte vrai, émouvant, où chaque mot est à sa place. Il pourrait être récité par Gabin, ou Lino et il y trouverait un accent, une gueule et une voix.
Chapeau bas l'artiste !

   Selenim   
22/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte superbe. Une écriture charnelle, viscérale.
Même pas vu arriver la fin, tout coule, les images pilonnent la caboche, les mots scandent. Il y a une telle identité dans cette écriture qu'elle arriverait presque à minimiser l'intrigue.
Mais non, le final nous transperce, sec et brutal. Une chignole qui laisse le lecteur inerte, exsangue.

Si j'avais un reproche c'est cette phrase : Parce que j’étouffe tout le temps, nuit et jour. Je crèverais asphyxié moi aussi, si je ne le faisais pas… J’en suis sûr.
Les non-dits sont si puissants au long du texte que je trouve dommage d'en dire trop sur Lawrence.

Cette rage et cette fatalité dans les mots, le récit semble taillé dans une masse de fer rouillé, rongé. l'œuvre peut paraitre monochrome mais il y a tant de nuances dans les gris qu'on a l'impression de voir des couleurs.

Un grand moment de lecture.

Selenim

   caillouq   
19/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle très bien racontée, au style adapté à l'histoire. Peut-être aurais-je encore plus apprécié l'écriture si l'auteur avait profité de l'accasion pour davantage jouer avec la langue. L'argot, le langage des rues prêtent tellement aux transformations et trouvailles diverses. Ah oui, et à chaque fois j'ai trouvé surprenant le choix de vocabulaire pour décrire le bruit de la perceuse: chuintement, couinement ... Pour moi ça n'évoque pas vraiment une perceuse. Mais je n'ai pas de contre-proposition, là tout de suite.
Le bémol de ce texte pudique et prenant ? Je me demande si, au long terme, je ne risque pas de le fondre plus ou moins avec d'autres histoires de marginaux à la vie rude (Echenoz, Jonquet ...). Peut-être lui manque-t-il le(s) détail(s), le petit truc qui le particulariseraient au sein de ce thème.
Bon, c'était histoire de pignocher un peu. J'ai quand même baucoup apprécié.

   Anonyme   
2/11/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
C'est le deuxième texte que j'avais lu après m'être inscrit sur O (le premier, déjà, était de Calouet).
Je reviens dessus aujourd'hui pour le commenter.

"Ses sourcils ne sont qu’un, les poils de son torse montent si haut qu’il ne saurait pas où s’arrêter, s’il se rasait."
Très amusant et très efficace pur décrire la "chose".

"Et puis ses panards, quand il aura cassé sa pipe, faudra penser à les léguer à la science."
Encore bien vu !

"Au début je me marrais, parce qu’il avait un nom de gonzesse."
"il a toujours une balle de tennis à torturer dans une de ses grandes paluches."
"Il est sec comme un coup de trique, avec des avant-bras épais et noueux comme des branches de marronnier"
Décidément, je prends des leçons.

... et puis, je continue à lire... et je n'ai plus envie de sortir du texte pour prendre des notes... le pari est gagné

On ne voit plus guère Calouet par ici, il me semble.
C'est fort dommage. Mais peut-être est-il publié ailleurs, aujourd'hui, sur papier ? Et vendu ? Mais où ça, ou ça ? Par pitié, dites-le moi !

   matcauth   
15/12/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

le titre est toujours important dans une nouvelle, là le titre est bien, il m'a donné envie de lire le texte mais c'est bizarre, je ne saurais pas dire pourquoi il est bien, ce titre.

J'aime beaucoup la métaphore du trou, le ton uniforme du texte, et les personnages, intenses, humains. ils nous attirent dans leur univers et nous font plonger totalement dans le texte, l'immersion est totale, et la narration est juste, elle ne juge jamais. Le ton uniforme du texte, il n'est pas évident du tout, surtout dans ce type d'écriture, car il est difficile de rester toujours constant dans le langage, et il faut prendre certains partis, comme celui de ne pas écorcher les mots, ou de les écorcher, pour sonner plus vrai encore, au risque de rendre la lecture moins agréable. Bref, un équilibre de la plume et de tous les instants, une réelle et lourde difficulté.

Le texte aurait pu être plus noir encore, plus étoffé dans son histoire, mais bon, on ne va pas bouder son plaisir.

   Anonyme   
16/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Joli texte. Il m'a fait penser à la bête humaine. J'ai bien aimé.

   Malo   
29/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est beau, c'est fort, ça vous emmène et c'est vraiment bien écrit. Par contre je mettrais un bémol sur la fin du récit. Je le trouve trop vite bouclé, comme si l'auteur était pressé de terminer son histoire.
Malo


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