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Réalisme/Historique
Arthurhidd : La barbe à papa
 Publié le 27/04/08  -  7 commentaires  -  2808 caractères  -  35 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme se souvient de son enfance


La barbe à papa


Enfant lyonnais, ma grand-mère m’emmenait tous les samedis après-midi au Parc de la Tête d’Or, un nom qui me faisait rêver. Petite femme voûtée, elle tenait d’une main son cabas noir rempli des croûtons de pain qu’avaient descendus à sa loge durant la semaine tous les habitants de l’immeuble, de l’autre elle me donnait la main à moi, petit bonhomme sautillant du bonheur de cette sortie. Le pain c’était pour nourrir les daims, les miettes iraient aux cygnes et aux canards.


Quand la distribution était finie nous flânions dans les allées comme deux amoureux, la grand-mère et son petit-fils. Il y avait des stands où se vendaient des cacahouètes et de la barbe à papa. J’étais captivé par la fabrication de la barbe à papa. Jamais ma grand-mère ne m’en achetait mais je m’approchais autant que je pouvais du bol de métal. Je n’arrivais pas à comprendre comment, tout à coup, apparaissait cette ouate rose venue de nulle part ; au tout début rien, puis un fil à peine visible qui rapidement se transformait en quelque chose qui flottait dans l’air comme un nuage puis s’enroulait autour du bâton de bois que tendait la vendeuse. Plus je regardais et plus j’étais fasciné. C’était exactement l’histoire de la création à partir du néant de mon catéchisme.


En m’endormant le samedi soir, après avoir mangé la rituelle soupe aux pâtes en forme de lettres de l’alphabet et la tranche de jambon blanc, je revoyais la délicate couleur gris rosé des mufles humides des daims tendus vers le pain que je leur faisais passer à travers le grillage et aussi les batailles des canards et des cygnes pour attraper les morceaux qui flottaient sur l’eau verdâtre. Mais surtout je songeais aux mystères de la barbe à papa. Je n’avais même aucun regret de n’y avoir jamais goûté. Ma grand-mère m’avait dit que ça n’avait que le goût de sucre, j’ai compris plus tard que ses moyens ne lui permettaient pas de m’en offrir. Ce qui m’intéressait vraiment c’était de penser à cet insaisissable moment où quelque chose surgit pour la première fois, ce qui m’intéressait vraiment c’était de penser au moment de mon apparition. Je savais qu’il ne s’agissait pas de celui de ma naissance, car j’avais existé auparavant dans le ventre de ma mère. Pour ce qui avait précédé, pour le moment fondateur de mon existence, je ne savais rien. Je ne pouvais me figurer comment j’avais pu surgir de nulle part, comme le nuage rose.


J’ai mangé pour la première fois de la barbe à papa un samedi après-midi, le jour de l’enterrement de ma grand-mère. J’avais fait une thèse en physique des matériaux. Je savais tout de la fabrication de la barbe à papa et j’avais été la fierté de ma grand-mère. En mangeant la barbe à papa j’ai été déçu par le goût et la sensation de vide... Et tout d’un coup j’ai réalisé que je ne la reverrai plus.


 
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   strega   
27/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ah ben c'est malin Arthurhidd, c'est vraiment malin... Je pleure maintenant.

Bon autant prévenir que je n'ai pas la moindre critique objective pour ce texte. Pourquoi ? Parce que les histoires de petits enfants et grands parents, ça me fait toujours chialer, allez savoir pourquoi...

Bref, là c'est bien fait, les sentiments sont bien rendus, et en plus, très évocateur pour le lecteur même. Non mais c'est vrai, on a tous plus ou moins un souvenir de ce genre non ? Perso, c'était la foire Saint Michel, mais on s'en fout.

Bref, Arthurhidd, moi je te dis bravo, c'est court, mais ça en dit beaucoup je trouve.

   Tchollos   
28/4/2008
Une belle émotion. J'adore quand un simple détail, une sensation, un petit rien du quotidien se transforme soudain en quelque chose de crucial, de profond, et s'ouvre sur mille questions. Vraiment très joli.
Sur la forme, Les phrases sont belles, pleine de détails et de vérité, peut-être un peu longues parfois. Bravo.

   widjet   
30/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Comme quoi, on peut faire court et faire passer des jolies choses. Barbe à papa. Souvenirs d'adolescence sucrés d'insouciance, de joies simples et authentiques. Mignon.

Widjet

   Anonyme   
1/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Petit texte plein d'émotion. Particulièrement apprécié l'analogie entre le vide de la barbe à papa et le vide laissé par la disparition de sa grand mère

   Anonyme   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très joli texte.
Le sucre et l'absence. Frisson de l'énigme, connaissance et déception. Beaucoup de tendresse et de sincérité, nous nous retrouvons tous à travers ces lignes, en tout cas moi je m'y retrouve.
A toutes nos grands-mères...
Bravo.

   Nongag   
9/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Joli texte bien senti, sincère et touchant.

Bravo

   Anonyme   
4/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne connais pas l'auteur ou ce qu'il a écrit d'autre... Je lis ce texte sur les conseils d'un "modérateur" (enfin, je crois !) et je ne suis pas déçu ! Loin de là !

C'est simple et touchant, avec une fin inattendue !

Je l'ai lu rapidement et j'ai eu envie de le relire... Pour moi, c'est tout ce que j'aime !


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