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Fantastique/Merveilleux
Liry : Une lune et deux soleils... Trois astres pour deux vies...
 Publié le 28/04/08  -  4 commentaires  -  20684 caractères  -  24 lectures    Autres textes du même auteur

Conte de Chine autour de la légende de Xihe et de ses fils, les dix soleils.


Une lune et deux soleils... Trois astres pour deux vies...


Illustration réalisée par l'auteur


Depuis la nuit des temps, la lune et les dix soleils, fils de Xihe, traversaient les cieux sans jamais se croiser. Il aurait dû toujours en être ainsi. Pourtant quelque chose allait venir troubler cet équilibre.


C’était très inattendu. Et lorsque cela se produisit, ce fut en plein milieu d’une sorte de jeu. Une simple et innocente plaisanterie entre les soleils.


Cela commença donc en fin de nuit. Oh ! Elle n’avait rien d’extraordinaire. C’était juste une nuit comme tant d’autres, perdue dans l’immensité de la course du temps. Une simple nuit de soie, douce et fraîche, magnifiée par l’éclat dansant des lucioles. Modestes étoiles terrestres se joignant aux chœurs de leurs cousines célestes pour saluer leur plus proche amie, la dame entourée de ses voiles argentés.


Malheureusement cette fois, trop de temps s’était écoulé et aucune d’elle ne put capter le plus petit de ses regards. Son attention toute entière avait dérivé vers les eaux encore dormantes de l’immense lac de l’Orient. Pourtant c’était bien loin, si loin du lieu où elle se dirigeait à chaque fois que l’aube aux doigts de rose approchait. Elle se pencha avec douceur et caressa d’un rayon diaphane la surface de l’onde. Puis, elle frôla du même geste léger l’écorce assombrie de Fusang. Xihe lui sourit du haut de son palais brillant. Jamais la mère de tous les soleils ne manquait ce rendez-vous unique.


Et jamais, quelle que soit sa forme, la lune n’oubliait de la saluer en retour avant de toucher avec délicatesse l’une des plus hautes branches de l’arbre de Fusang. Instant fugitif suspendu entre deux astres si différents.


Et ainsi, comme tous les matins, une lumière rougeoyante répondit à ce geste empli de sérénité. Lueur chaude à l’est, précédant l’envol imminent de l’astre du jour alors que la dame d’argent s’effaçait tout en douceur.


Ce matin particulier donc, ce fut le tour de Septième soleil. Un bon étirement, un œil à ses frères encore pelotonnés sous l’écorce éternelle et il s’éleva avant de se mettre en route. Pourtant quelque chose ennuyait leur mère. Depuis quelque temps, Xihe ne cessait de les guetter mais elle se rassura en le voyant partir dans un léger bruissement de feuilles. Il avait bien hésité un bref moment avant de s’en aller, pas grand-chose, juste quelques secondes, faisant mine de s’amuser avec les eaux miroitantes du lac de Tanggu.


Septième s’éloigna très vite de son immense demeure perdue au milieu des eaux. Il aurait voulu jeter un œil à Dixième, à la fois son plus jeune frère et son jumeau. Seulement, il avait remarqué les soupçons de Xihe. Quoique lui et ses frères ne faisaient rien qui puissent l’inquiéter à ce point. Juste un jeu…


En fait, ils ne souhaitaient simplement qu’une chose toute simple : sortir un jour ensemble, ou au moins à deux. Mais cela ne se pouvait, ne devait arriver. Toujours, leur mère le leur rappelait. Un seul soleil devait traverser le ciel d’est en ouest. Pourquoi ? Elle seule le savait.


Seul un soleil devrait briller par jour. Un seul ! Toujours. Sinon, trop de lumière brûlerait la terre et… Non, Xihe refusait d’y songer…


Loin de penser à cela, Septième continua son voyage, montant toujours plus haut, vers le zénith. Il se détendit lorsque les eaux du lac Tanggu disparurent de son champ de vision. Aujourd’hui encore leur petit stratagème allait réussir. Dire que ça n’avait commencé que comme une sorte de défi. Et chose incroyable, tous les frères étaient dans la confidence et se soutenaient.


L’idée n’était pas de lui mais de Dixième. Quoique n’importe lequel des dix aurait pu l’avoir. Il n’avait d’ailleurs eu aucune difficulté à les convaincre. Tous aimaient observer la terre vivre sous leurs rayons ou au travers de la soie des nuages. Mais ils étaient aussi tristes de ne pouvoir sortir qu’une seule fois tous les dix jours. Et puis, Dixième semblait préoccupé depuis ces dernières sorties. Il souhaitait juste obtenir une réponse à ses nombreuses questions et les autres avaient décidé de l’aider. Même les deux plus vieux.


Comme Septième approchait du lieu du rendez-vous, il s’intéressa de nouveau à ce qui se déroulait sous ses ailes. Des taches noires et blanches sous le jade et l’or des feuillages le tirèrent définitivement de ses réflexions. Il s’approcha des formes placides en train de ployer les tiges souples des bambous. Et les pandas le saluèrent d’un lent mouvement de pattes. Puis ce furent les oiseaux et tous les autres êtres. Seuls les hommes ne prenaient plus le temps de le saluer. Ils étaient encore bien trop occupés.


Un bref coup d’œil vers le sol et les cités humaines lui confirma ses pensées. Cette journée encore, du tumulte s’élevait des terres, accompagné de feux et de bancs de poussières. Cela faisait plusieurs jours qu’ils suivaient ensemble cette nouvelle bataille. Ils les voyaient tous ces guerriers avec leurs tentes sur les champs dévastés. Et parmi eux, un couple se débattait…


Enfin, c’était ce que Dixième lui avait raconté. Septième, lui ne pouvait les voir ni les entendre. C’était si intrigant. Dixième ne les connaissait pas et pourtant, ils avaient réussi à le toucher. Connaissaient-ils vraiment son nom ? Celui que lui avait donné Xihe ? Septième soleil se demandait toujours pourquoi. Pourquoi eux parmi tous les autres ? Tout ce qu’il savait c’est que malgré les neuf jours de distance, ils arrivaient toujours à retrouver Dixième. En plus, il était le seul d’entre eux à les entendre. Aussi, comme il craignait toujours de les perdre avec leurs neuf jours d’écart, il avait imaginé ce plan. Il put même en plus de l’aide de ses frères, compter sur celle d’amis de longue date, les dragons de l’air. Ces derniers le conseillèrent sans l’ombre d’une hésitation. Ils connaissaient toutes les courbes et les failles de la terre. Certaines de ses montagnes étaient si hautes et si grandes que Dixième soleil pouvait s’y cacher avant de se substituer quelques instants à l’un de ses frères. Puis, le jeune replongeait sous les terres avant de se faufiler de nouveau sous l’écorce de Fusang. Quelques instants avec deux soleils dans le ciel, juste quelques secondes, c’était si bref que personne ne voyait rien. Ainsi, ils ne craignirent rien, enfin, jusque maintenant.


- As-tu enfin trouvé ce que tu cherchais, Dixième ?


Lui demanda Septième une fois son périple achevé. Autour d’eux, les autres ne manquaient pas une miette de la discussion. Ce jeu commençait doucement à devenir long, les lasser. Et puis, Xihe finirait bien par les surprendre. Deux soleils côte à côte dans les airs, même très peu de temps, cela finirait bien par se remarquer.


- Pas encore mais quelqu’un m’appelle.

- Tu es sûr ?

- Oui ! Mais chaque fois que je m’approche, ça s’arrête !

- Il faudra bien que tu y arrives à leur parler avant que mère ne nous surprenne.


Deuxième soleil, qui n’avait rien perdu de la conversation, tapa rapidement sur la couronne ambrée de son cadet, lui indiquant la cime de Fusang. Xihe se laissait couler le long de l’arbre et arrivait vers eux. Des rives verdoyantes de Tanggu, ce fut magnifique. Fusang brillait de voir les neuf frères et leur mère réunis sur une seule branche. Et sur l’onde, les lotus s’ouvrirent tous en même temps, offrant leurs larges corolles aux rayons déclinants.


- Que manigances-tu mon fils ?

- Rien mère.

- Attention, n’oublie jamais que toi et tes frères devez toujours sortir seuls.


Dixième prit l’allusion très au sérieux. Leur jeu ne pourrait plus durer bien longtemps même si cette fois encore, les complices s’en étaient sortis. Après tout, Xihe aimait infiniment ses fils et les voir si proches la remplissait de joie. Elle se demandait juste à quoi rêvait donc le plus jeune d’entre eux.


Se sachant surveillé, Dixième soleil arrêta un moment son jeu. De toute façon, deux jours plus tard, c’était son tour. Ses frères l’avaient rassuré sur le sort des humains qu’ils suivaient. Et les voix semblaient s’être apaisées. Peut-être ne souhaitent-elles plus lui parler. Tout allait donc mieux. Malgré ces guerres perpétuelles.


Son tour vint vite et son voyage commença le mieux du monde. Il approchait lentement de ce lieu qui l’attirait tant. Soudain des cris de terreur vinrent stopper sa course en plein ciel. Immédiatement ses yeux furent assaillis par des colonnes de fumées, des volutes immenses qui montaient vers lui, chaudes, bien moins que lui bien sûr mais surtout elles étaient sombres, nauséabondes et sacrément irritantes. Alarmé, il se baissa vers la terre. Le village de ses deux protégés était en train de brûler. Des animaux, porcs et volatiles, fuyaient de tous côtés entre les dernières maisons et les champs de millets.


Dixième soleil savait qu’il n’était nullement le responsable même si lors de ses derniers voyages, il s’était parfois un peu trop rapproché. Et puis, pourquoi ferait-il ça ? La voix le heurta une nouvelle fois de plein fouet. Elle résonna furieusement dans sa tête. Sa souffrance était telle qu’il ne put reprendre sa course alors que le temps, lui, continuait de s’écouler. Ce qu’il lui était difficile de se détacher. Ce cri, cette voix féminine qui pleurait, c’était celle de la femme qui n’avait cessé de lui parler. Sans que jamais il ne lui réponde. Elle cherchait son amoureux, demandant toute l’aide possible, même celle du soleil, donc la sienne. D’après elle, son compagnon s’était perdu dans la nuit. Mais il ne put en savoir davantage car la voix s’éteignit, ramenant Dixième au jour qui s’achevait. Il s’empressa alors de rejoindre l’ouest.


Encore très ému par ce voyage, Dixième rejoignit sans un mot l’arbre de Fusang. Il entendait toujours cette voix triste même maintenant alors qu’il se reposait confortablement sur les branches. Xihe, surprise de voir son fils aussi tourmenté, s’approcha.


- Mon fils ?


Il lui répondit avant même qu’elle ne précise sa question.


- C’est à cause de mon dernier voyage. Quelque chose m’a touché. Une voix féminine. Elle pleure depuis la perte de son amour mais il est loin dans la nuit.


Xihe ne cacha pas sa surprise. Mais elle comprit vite.


- La magie ! Elle ne peut être qu’une magicienne pour réussir à te parler si facilement. Elle doit savoir ton nom et celui de la lune. Peut-être même celui de tes frères. Elle a sans doute voulu utiliser ses pouvoirs pour sauver son amour et les autres villageois.


Dixième n’avait pas besoin d’entendre plus pour la croire. Il avait vu les terribles combats de cette seule journée. Et ils avaient été encore pires que les précédents.


- Quelque chose a dû se passer avant qu’elle ne termine ses incantations.

- Oui ! Sans doute mais si elle a raté, ils seront séparés à jamais. Les humains ne peuvent revenir sans aide une fois partis dans la mauvaise direction

- Ce qui m’inquiète le plus, c’est que toi, tu entendes la femme. Alors que normalement, ce serait à la lune de l’aider. Elle y arriverait sans problème.

- Mais qu’est-ce qui va lui arriver. Si elle est perdue toute seule au milieu de toutes ces batailles ? Ces combats semblent ne jamais devoir s’arrêter.

- Les guerriers ne l’approcheront pas, mon fils. La magie l’a changée. Elle est devenue une sorte de fantôme. Ils ne la verront plus comme une femme normale. Et la fuiront…


Et l’homme ? Son amour ? Dixième ne savait ce qu’il était devenu. Ni même s’il vivait encore. Le jeune soleil se laissa retomber sur son lit d’or et d’argent. Et Xihe le veilla les jours suivants.


Dixième ne tentait plus de se substituer à l’un de ses frères. Mais il ne manquait pas non plus de les interroger. Malheureusement, ils ne purent rien lui dire. La femme continuait à errer sans qu’ils ne puissent l’entendre. Le temps passait ainsi mais il ne pouvait oublier les deux fantômes. Surtout celui de la magicienne qui ne cessait de l’appeler à chacun de ses voyages. Espérant trouver un début de solution, il demanda…


- Mère. Jusque quand ?

- Si elle ne vit plus normalement, cela risque de durer indéfiniment…


Mais Dixième ne pouvait se résigner à abandonner. Les jours s’écoulèrent et devinrent des mois et il essayait toujours de les retrouver et les ramener. Profitant du fait que la vigilance de sa mère avait baissé avec le temps, il reprit son jeu avec ses frères, enfin juste les trois plus jeunes, les autres refusant tous.


Par chance, il n’eut guère à attendre. Il venait juste de se substituer à son frère Huitième qu’une sorte de lumière aveuglante vint l’éblouir. Éblouir le soleil ? Voilà qui n’était guère courant. Intrigué, Dixième se pencha. Un autre magicien ! Il se sauva en remarquant un changement chez le jeune astre. Dixième se sentit démasqué. À croire que cet homme savait pour eux et pouvait même les distinguer.


Croyant enfin tenir quelque chose, il se pencha vers lui et son village. Un endroit comme tant d’autres. À la différence qu’il était entouré par un mur de flammes. Complètement cerné sans qu’elles n’atteignent ou ne viennent simplement lécher les maisons et habitants.


Voilà qui ne manqua pas d’intéresser un jeune soleil avide d’histoires à raconter à l’ombre de Fusang. Il vit les cavaliers courir tout le long des palissades. Puis les flammes se déchaînèrent de plus belle, les obligeant à reculer. Elles finirent même par monter droit vers Dixième. Trop subjugué par ce spectacle pour s’éloigner, il en oublia sa course. Quoique, pour l’instant, personne ne semblait s’en inquiéter. Normalement, il aurait déjà dû être plus loin, de l’autre côté des forêts, là où il devrait rendre sa place à Huitième.


Soudain, il crut voir le magicien.


À l’autre bout de la terre. Fusang tremblait. Que faisait donc Dixième en plein ciel ? Surtout que c’était Huitième qui s’était envolé à l’aube. Les sept autres soleils attendaient en plus de Neuvième. Xihe, elle-même, ne put retenir son inquiétude. Huitième avait dû se résoudre à continuer sa route puis s’était couché à l’ouest. Mais la lumière de Dixième, elle, rayonnait encore.


Une nuit avec l’un des dix soleils ! Cette fois, Dixième était allé trop loin mais il ne le savait pas. Il ne s’en était pas rendu compte. Il avait juste suivi le magicien jusque dans son antre, là où les montagnes atteignaient presque le ciel. Une vaste grotte. Le jeune astre aurait pu s’y engouffrer comme il le faisait déjà dans la grotte des dragons. Il allait d’ailleurs le faire lorsqu’il entendit une autre voix. Forte, puissante, celle d’un homme, un guerrier. Surpris, il se releva si brusquement qu’il en heurta presque la lune.


Confus, il se dirigea aussi vite que le lui permirent ses rayons vers l’ouest et s’y coucha non sans embraser le ciel. Une nuit rougeoyante s’ensuivit sans qu’il n’entende les paroles de déception de l’homme.


- Attends, je voulais juste que tu connaisses ce lieu. Puisque toi, tu peux les entendre et les sauver !


Entendre quoi ! Juste une voix forte. Celle d’un guerrier perdu quelque part dans l’infini mais cette partie du jour était réservée à la dame d’argent. Il ne pouvait rester davantage sans risquer les foudres de sa mère Xihe. Ce qu’il allait sans doute devoir bientôt endurer. Et il ne saurait quoi lui dire.


Et en effet, la colère de Xihe fut énorme. Encore un peu plus et le jeune soleil aurait détruit l’équilibre. Elle demanda ensuite à ses autres fils de l’aider à retrouver cet humain capable d’ensorceler l’un des dix soleils. Dixième aurait bien voulu les renseigner mais il ne savait pas grand chose. Juste que cet homme ne semblait pas être très âgé et était vêtu d’une simple robe sans le moindre ornement. Il avait aussi une longue chevelure noire et lisse ainsi qu’une fine moustache se terminant en pointe mais c’était tout. Il ne put leur en dire plus.


De son côté, l’homme regardait le ciel d’un air triste. Sans l’aide du soleil, les pleurs de la petite magicienne aux cheveux de soie ne s’éteindraient jamais. Il avait bien essayé d’user de son savoir pour retrouver le jeune couple mais rien n’y faisait. Seul Dixième pourrait les aider.


Mais c’était encore trop tôt. Il laissa plusieurs jours se passer. Du moins, c’est ce que Dixième pensait. Depuis ce fameux jour, il n’entendait plus rien, hormis la voix de la magicienne qui s’atténuait. Pourtant, le magicien finit par réapparaître. Là où Dixième ne l’attendait pas. Il l’avait simplement suivi à l’extrême ouest là où il devrait normalement se coucher. Aller jusqu’à la demeure de Xihe aurait été trop risqué mais le suivre jusqu’à l’ouest n’effrayait nullement l’homme.


Dixième le trouvant sur sa route, ne put que l’écouter. Que risquait-il ? Il crut même l’homme fou pour avoir osé le suivre sous les terres. Il eut d’ailleurs tout juste le temps de comprendre son message avant que les rayons rougeoyants ne le chassent à jamais. Mais au moins, il avait enfin sa réponse lorsqu’il rejoignit Fusang.


Le guerrier ne pouvait que le suivre lui, le soleil, et la magicienne ne pouvait que suivre la lune. Normalement, ils auraient dû les aider à se sauver et sauver les autres lors de la bataille. Mais le sort avait échoué. Pire, tout s’était inversé. Et pour que tout cela cesse enfin, ils devraient se retrouver tous les quatre ensemble. Faire luire le soleil la nuit ou apparaître la lune le jour. Et la magie ferait le reste.


De retour auprès des siens, Dixième leur apprit l’histoire que l’homme, le père du guerrier, lui avait contée. Xihe respira. Maintenant, elle savait qu’elle n’aurait plus de soucis à se faire avec cette sorte de magie. Il ne lui restait plus qu’à sauver cette femme pour que son fils retrouve la paix. Une dernière, ultime substitution et ce serait enfin fini…


C’est ainsi que le jour où deux soleils allaient briller arriva. Ce fut Septième que le sort désigna pour aider Dixième. Les deux jumeaux volèrent d’abord ensemble jusqu’à ce que Dixième atteigne la grotte du sorcier. Il se laissa glisser sous la roche, la teignant de rouge. Et il attendit là, seul, alors que Septième continuait tranquillement sa route. Il le fallait bien pour que la lune apparaisse à son tour dans le ciel.


Ce qui se produisit dès que Septième disparut à l’ouest après avoir embrasé un ciel sans nuages. Son voyage commença normalement, comme toutes les nuits précédentes jusqu’à ce qu’elle eut la surprise d’assister à un étrange lever de soleil. Alors qu’elle n’avait même pas fait le dixième du trajet.


Ce fut à ce moment qu’elle entendit pour la première fois la voix de Dixième. Il lui demandait juste de continuer. Elle arriva très vite près du jeune astre qui allait immanquablement croiser son chemin.


Et il choisit cet instant précis pour éclairer brutalement la terre. Aussitôt, la voix de la femme se fit entendre et il illumina cette voix de ses rayons. La lune approcha encore jusqu’à ce qu’elle soit bien devant lui, ne laissant plus voir que sa couronne rougeoyante depuis la surface de la terre. Elle allait lui demander quelques menues explications mais il la devança.


- Entends-tu le guerrier ?

- Oui !

- Montre-moi où il est.


Le rayon pâle ne tarda pas à frapper à son tour le sol. Et aussitôt, elle comprit ce que voulait le soleil en le voyant faire de même. Il n’eut même pas besoin de lui demander de l’imiter. La magicienne se retrouva ainsi à son tour doublement baignée par une lune étrangement sombre et un soleil presque invisible derrière elle.


La suite ? Les deux astres toujours l’un près de l’autre purent entendre les deux humains se parler, se retrouver. Puis la magie reprit le dessus et les deux êtres réapparurent entre les tiges de bambous. Leurs cris firent sursauter le soleil et la lune qui ne pouvaient demeurer indéfiniment ainsi, immobiles l’un devant l’autre en plein ciel. De nuit ou de jour ? Qui aurait pu vraiment le dire ? La dame d’argent reprit simplement sa course alors que Dixième s’enfonça de nouveau dans le sol, filant vers Fusang.


Le couple les regarda un moment. Ils avaient perdu toute leur magie dans cette aventure et ne pourraient plus rien leur demander jusqu’à ce que leurs vies arrivent à leurs fins mais qu’importe. Ils étaient sauvés et ensemble.


De leurs côtés, les soleils et la lune n’auraient plus besoin de se rencontrer. Ils ne le savaient pas encore mais les prochains sorciers n’auraient plus cette difficulté. Que ce soit au soleil ou à la lune qu’ils s’adressent, ils arriveraient toujours à leur parler.


Quant à Dixième et à la lune, ils n’oublièrent jamais cette nuit unique où ils s’étaient rencontrés. Mais qui sait si, dans l’avenir, les deux astres ne se recroiseront plus jamais ?



 
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   Tchollos   
28/4/2008
Je n'ai pas tout lu - me suis arrêté au milieu - mais je vais quand même mettre un commentaire. Ehm, ehm, ce n'est pas dans mes habitudes. Ce genre de récit ne correspond pas à mes goûts, sans doute parce que je manque de lyrisme et de sensibilité mais j'ai malgré tout trouvé les premiers paragraphes très beaux, très délicats. Tu écrits vraiment bien et ta plume a le grand mérite d'être à la hauteur de ton imagination. On peut être insensible à un récit et rendre hommage à son auteur, dont l'originalité et le talent sautent aux yeux. Je ressens un peu la même chose avec Tim Burton par exemple. Je n'aime pas ce qu'il fait mais je le trouve pourtant hyper talentueux et intéressant.

   Sanderka   
2/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cher Liry,
dire que j'ai failli passer à côté de ce texte. Un mélange de "Lady hawk" et "chinese ghost story". (plus ou moins)

Ce qui est remarquable, c'est que tu as réussi à capter l'esprit des contes orientaux (sauf que leurs histoires d'amour se finissent toujours mal).
J'ai d'autant plus apprécier qu'en ce moment je suis entrain de lire "légendes des terres sereines", contes célèbres du folklore annamite.(Vietnam)

Je cède au plaisir de citer le début de l'un d'eux :

L'ombre et l'absent.

Il était une fois une femme dont le mari avait été envoyé comme soldat dans un poste de frontière, au fond du "pays où l'on va en remontant les fleuves". En ce temps là, les communications étaient très difficiles et, depuis plus de trois ans qu'il était au loin, elle ne recevait que de rares nouvelles.

Un soir, elle cousait à la lampe, près de son enfant qui dormait, quand un orage éclata. Un coup de vent éteignit la lampe, le tonnerre se mit à gronder, et l'enfant s'éveilla. IL prit peur. La mère alluma la petite mèche qui trempait dans l'huile et, montrant sa propre ombre sur le mur, elle dit :
-"Ne crains rien, mon petit ; père est là, qui veille sur toi."(...)

Si tu veux connaître la suite, faudra me soudoyer. (et toc.)

Tout cela pour te dire que l'on retrouve dans ton texte la même finesse.

Et j'aurais presqu'envie de dire que si ton visage avait la beauté de ton esprit, on dirait surement de toi que tu n'es pas humaine. (et charmeur en plus)

PS : on attend toujours le chapitre trois des aventures de Maureen Lavernie.

   xuanvincent   
4/5/2008
Liry,

Ce conte, très bien écrit, à l'image de vos précédents textes, m'a enchantée. Pour un peu, je me trouvais transportée dans un de ces contes merveilleux qui ont bercé mon enfance... Bravo aussi pour votre coup de pinceau ! Qui est cette belle jeune femme au type oriental, la personnification de la lune ? Bref, j'ai beaucoup aimé cette histoire d'une lune et deux étoiles.

   xuanvincent   
8/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'hésite entre le 15 et le 16 pour ce très bon conte.... Qui, assurément, m'a beaucoup plu !


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