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Sentimental/Romanesque
carbona : Ma belle, mon amour
 Publié le 12/03/16  -  10 commentaires  -  3362 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

Amour fou ou fou d'amour ?


Ma belle, mon amour


La voilà enfin. Vêtue d’une jupe en laine noire qui caresse des bas assortis et emmitouflée dans une veste qui s’arrête élégamment à l’aube de ses fesses. La courbe de ses jambes, légèrement floutée par la bruine, ondule sous les faisceaux de l’éclairage de la rue. Il est 19 h, il fait nuit, nous sommes au mois de novembre.


Cela fait une bonne demi-heure que j’attends, enfoncé dans le siège de ma voiture. Je déteste être en retard.


Hissé sur la pointe des pieds, son corps s’étire pour attraper le lourd rideau en fer de la pharmacie avant de le conduire au sol. Un mouvement qui accentue sa cambrure et souligne délicatement le creux de ses reins. Sans plier les genoux, elle se baisse pour sceller le loquet de la grille métallique. Sa jupe ainsi recourbée découvre le haut de ses cuisses et me laisse entrevoir de multiples possibilités.


Elle se tourne désormais face à la route, les deux mains sur les anses de son sac rabattu devant son sexe, telle une écolière qui attend, sans ciller, la permission de respirer.


Abritée sous la devanture de l’immeuble qui héberge l’officine, elle patiente. S’assure une dernière fois de n’avoir rien oublié en jetant un coup d’œil dans son sac. Elle fait toujours ça. Mais elle a tout ce qu’il faut. Et elle ne s’imagine pas à quel point.


Monsieur Michalec, qui promène son chien comme tous les soirs à la même heure, la salue machinalement. Elle lui adresse un sourire. Sincère et lumineux. Son sourire. Celui qui crie la vie. Celui qui m’a happé la première fois où je l’ai vu et qui ne m’a jamais libéré.


Elle ne me voit pas.


Enroulée autour de son index, une mèche de sa chevelure noire tombe sur sa joue et inscrit sur sa peau de lait le dernier coup de pinceau d’un portrait parfait.


Elle fait quelques pas. Les poupées de cire détestent l’immobilité. Je devine la mélodie de ses talons sur le bitume du trottoir. Sa cadence. Déterminée et sensuelle. Son rythme. Autoritaire et rassurant. Puis reprend sa place.


Au passage ralenti d’une voiture noire, l’écolière s’échappe dans un élan spontané, volette sur quelques mètres puis s’arrête net, déçue, trahie par une légère myopie. Quand alors un bus la frôle et l’éclabousse d’une grande volée de flaques qui ornent la chaussée. Elle peste, se pince la lèvre inférieure et affiche une grimace de colère puis, dans un mouvement de recul, laisse échapper quelques éclats de rire en observant sa tenue criblée de petites taches marron. C’est ce que j’aime chez elle, ce tourbillon d’émotions qui l’anime et m’emporte.


Elle plonge la main dans son sac pour chercher ses lunettes. Les rouges et carrées qui lui donnent un air strict, une allure d’institutrice pincée. Derrière ses carreaux mouillés, elle scrute tous les conducteurs qui défilent, plisse les yeux pour mieux voir, convaincue que ça décuple sa vision ; moi je trouve juste que ça lui donne un air enfantin très séduisant.


Elle efface d’un geste de la main la peine du ciel qui s’invite sur son front. Quelques gouttes s’installent dans les plis d’impatience et l’incitent à débuter le chemin à pied. Debout face au passage clouté, elle attend la possibilité de traverser. La voie est libre.


Je tourne la clé et appuie sur l’accélérateur, de plus en plus fort jusqu’à sentir le plancher. Je fonce… et hurle avant de la percuter. « Elena, pourquoi tu m’as quitté ? »


 
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   hersen   
19/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je peux tout admettre dans cette nouvelle, la description de la belle, on ne sait pas encore qu'elle a rompu avec le narrateur qui, à l'entendre, l'aime tant et la trouve si belle.

la scène est claire, on est cependant surpris par le tour que vont prendre les choses.

"La voie est libre" à interpréter de deux façons : pour la belle qui est piétonne et pour le chauffard qui peut enfin...

D'un point de vue narratif, tout va bien. Mais ça va un peu vite et le lecteur n'a pas vraiment le temps "d'être" dans l'histoire.

Ce serait pour moi une fraction de nouvelle; car je reste sur ma faim.

merci pour cette lecture.

   vendularge   
22/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Une narration des quelques instants qui précèdent, une description au pinceau, beaucoup d'amour dans ce regard. Personnellement j'aime assez les formes très courtes pourvu qu'elles claquent.

L'écriture est soignée, en effet on a l'exacte impression d'une toile.

J'aurais bien sûr enlever la dernière phrase, elle n'ajoute rien au contraire. Ne pas donner de raison, c'est aussi laisser le lecteur en suspension.

Merci

vendularge

   Lulu   
23/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

j'ai bien aimé lire ce texte dont je me demandais, au fil de la lecture, où il allait... Je ne voyais pas trop comment situer le "je". Je me disais que le conducteur devait retrouver la jeune femme...

Ce que j'ai aimé, ce n'est pas tant l'histoire que je trouve trop courte, mais l'écriture que je trouve intéressante. J'ai notamment aimé le rythme de vos phrases. Vos phrases, c'est pourtant ce "je" qui parle et renverse un personnage..., mais je ne m'attendais pas à une telle chute.

Cela dit, il y a une phrase que je n'ai pas aimé :
"Elle efface d’un geste de la main la peine du ciel qui s’invite sur son front."

"la peine du ciel"... Je me suis arrêtée à ce moment là dans ma lecture... gênée par une difficulté à comprendre ce que vous vouliez signifier. Cette image me semble incongrue par rapport au style de l'ensemble du texte.

   Mare   
13/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Jusqu'à la dernière phrase, je m'apprêtais à écrire que certains mots employés par le narrateur pour décrire la jeune femme m'avaient paru déplacés dans un portrait aussi doux. Et puis est arrivée la chute et j'ai compris ! Ces mots-là sont importants, car ils expriment le désir et la colère sous-jacente.

En une nouvelle aussi courte, vous avez créé tout une ambiance. Grâce à des phrases courtes, qui claquent. C'est très bien fait. Juste une petite remarque, c'est peut-être moi, mais je trouve le cri final un peu trop élaboré pour quelqu'un qui est en train de foncer comme ça sous le coup de l'émotion. Quelque chose de plus simple m'aurait paru plus réaliste. Mais c'est vraiment un détail.

Merci !!

   jfmoods   
16/3/2016
Construit sous le signe de l'eau, le texte illustre la noyade affective de l'amant éconduit.

Le véritable enjeu du texte est habilement dissimulé...

"Cela fait une bonne demi-heure que j’attends, enfoncé dans le siège de ma voiture. Je déteste être en retard."

Certains verbes laissent toutefois deviner une violence latente des sentiments...

" Celui qui crie la vie. Celui qui m’a happé la première fois où je l’ai vu et qui ne m’a jamais libéré."

Au fil du texte, des indices s'accumulent qui suscitent l'inquiétude...

" Mais elle a tout ce qu’il faut. Et elle ne s’imagine pas à quel point."

" ... une mèche de sa chevelure noire tombe sur sa joue et inscrit sur sa peau de lait le dernier coup de pinceau d’un portrait parfait."

"Les poupées de cire détestent l’immobilité."

"La voie est libre."

Le début de ce portrait en mouvement appuie ostensiblement sur le désir du locuteur, faisant du corps de l'autre un implicite objet de consommation sexuelle.

Plus loin, une certaine fragilité de la femme (sa myopie, le naturel de son caractère) renforce l'image de la proie confrontée à son prédateur.

Merci pour ce partage !

   MissNeko   
19/3/2016
Bonjour

J ai beaucoup aimé l atmosphère de votre nouvelle.
On ne s attend pas du tout à une fin tragique !
Merci pour ce moment de lecture

   carbona   
24/3/2016

   lala   
25/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Carbona,

J'ai beaucoup aimé m'installer petit à petit dans l'univers de cette jeune femme, ressentir ou rechercher, par les détails de sa silhouette, de son attitude, sa personnalité.
J'ai trouvé la chute, bien qu'inattendue, trop rapide, sans doute aussi du fait du contraste avec le récit poétique et lent.
Quelques expressions m'ont gênée :
- accentue sa cambrure et souligne délicatement le creux de ses reins (doublon) ;
- me laisse entrevoir de multiples possibilités (ordinaire et familier) ;
- les deux mains sur les anses de son sac (tenant les anses) ;
- la première fois où je l’ai vu (que je l'ai vu) ;
- une grande volée de flaques qui ornent la chaussée (une volée de flaques ?…).

   amethystev   
16/4/2016
Votre texte m'a inspiré un malaise certain. La description que fait le narrateur de la femme dès le début du récit, s'attardant sur ses fesses, ses reins ou encore ses cuisses, m'a tout de suite fait comprendre qu'on suivait le point de vue d'un prédateur. L'homme n'est pas seulement un amant déchu, mais un carnassier qui ne supporte pas qu'on le repousse. La fin est instantanée, comme une voiture nous percutant en moins d'une seconde.

Tout est dit en peu de mots.

Chapeau!

   mimosa   
27/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle avec une vraie chute, inattendue, foudroyante.
Dès le début, on s'interroge: j'ai cru à un fou d'amour voyeur du soir, au mari qui l'attend, amoureux comme au premier jour, et puis non, quelque chose dérange...
Un détail:
et me laisse entrevoir de multiples possibilités.
Je ne vois pas ce que cette expression apporte, je la trouve de trop!
Le style est agréable, imagé, on "voit" chaque personnage dans un moment de vie.
C'est bien!!


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