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Réalisme/Historique
carbona : Maîtresse
 Publié le 30/04/16  -  12 commentaires  -  11592 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Sophia prépare ses affaires en salle des maîtres, la boule au ventre, comme tous les matins depuis plusieurs semaines maintenant.


Maîtresse


Sophia prépare ses affaires en salle des maîtres, la boule au ventre, comme tous les matins depuis plusieurs semaines maintenant.


Aurore la rejoint. Elle lui propose une sortie. Le thème de la virée : une visite à la ferme. Ça a l’air vraiment chouette avec une belle découverte du métier d’agriculteur, une approche des animaux, de la vie à la campagne et en bonus un repas typique avec les produits fermiers. La parfaite excursion pédagogique pour petits citadins.


Mais Sophia hésite. Elle repense à la dernière sortie au cinéma. Abdoulaye et Jena avaient tenté de s’enfuir. Gregory avait insulté l’ouvreur, et Titouan et Mehmet avaient craché sur les fauteuils. Le technicien avait même dû interrompre la projection pour demander le silence. Sophia n’ose pas lui dire son appréhension et tente de garder un air enjoué. Elle inventera un mensonge pour se défiler le moment venu.


Katia, la directrice, arrive en trombe dans la salle des maîtres. Maquillée à outrance, habillée comme pour une tenue de gala et coiffée d’un chapeau, comme tous les jours. La seule à pouvoir se permettre un tel accoutrement. On voit bien qu’elle ne s’apprête pas à passer six heures au rouleau compresseur. Sophia l’envie.


Elle s’apprête à lui parler d’Abdoulaye – la situation devient très problématique avec cet élève et elle aimerait que la directrice lui file un coup de main pour convaincre les parents de la rencontrer – mais la cloche sonne. Ce sera pour plus tard.


C’est l’heure d’aller chercher ses élèves dans la cour. Sophia inspire un grand coup pour se donner du courage. Ils ne sont pas rangés mais forment un troupeau. On est au mois de mai alors elle s’est fait une raison. Le plus dur étant pour elle de subir les regards réprobateurs des collègues.


Noémie et Fathia lui offrent des bracelets en pâte Fimo, elles ont dû dépasser la cinquantaine depuis le début d’année. Sophia les remercie en essayant d’y mettre toujours la même sincérité même s’ils passeront à la poubelle comme tous les autres.


Une fois rentrés en classe, Sophia ferme la porte. Ils se retrouvent à 29 dans 20 m2. Elle ouvre les fenêtres. Seul moyen de donner un peu d’air à tout ça. Elle pourrait aussi laisser la porte ouverte mais ça gênerait les classes voisines, à cause du bruit.


Abdoulaye est déjà debout, peut-être même ne s’est-il pas encore assis. Faire tenir Abdoulaye dans une salle de classe c’est comme faire rentrer un éléphant dans une cage à lapin. Ça ne fonctionne pas. Sophia lui demande de s’installer.


Ils vont commencer par la lecture. Sept élèves n’ont pas leur manuel. Cinq d’entre eux l’ont oublié à la maison alors que les deux autres l’ont définitivement perdu. Sur les vingt-deux élèves restant, cinq ne participent pas à la séance de lecture, ils apprennent la langue française avec une institutrice spécialisée qui les emmène avec elle une bonne partie de la matinée. Cinq de moins, ça laissera un peu plus d’air pour les autres. Il reste donc dix-sept élèves prêts pour la lecture. Sophia fait les regroupements nécessaires dans un brouhaha général pour que tout le monde puisse suivre.


La séance débute. Sophia s’assied, respire enfin. Ça fait moins d’une heure que la classe a commencé, mais elle a déjà les nerfs en pelote. C’est au tour d’Abdoulaye de lire, le déchiffrage est difficile. Sophia vient l’aider à découper les mots. C’est plus le même quand il lit, Sophia a l’habitude, mais pourtant, à chaque fois, ça lui fait bizarre. Il n’a plus l’assurance et la voix forte qui le caractérisent tant mais un timbre fluet, timide, craintif, de bébé presque, qui s’aventure en terre inconnue. Quand il est comme ça, Sophia a envie de le prendre dans ses bras.


Son tour est terminé, c’est à Jena de prendre la suite. Abdoulaye se moque d’elle, pousse des cris, l’empêche de lire. Sophia lui demande de se taire mais il ne s’arrête pas. La colère monte. Elle lui demande de venir s’asseoir vers son bureau pour se calmer. Il y va, tourne le dos aux élèves, baisse son pantalon et montre ses fesses. Les autres s’esclaffent, tout le monde rit fort et y va de son petit commentaire quand la maîtresse de la classe d’à côté ouvre brusquement la porte mitoyenne.


— Vous allez arrêter de faire tout ce bruit. On ne s’entend pas réciter nos poésies.


Et elle claque la porte. Sophia lui foutrait des gifles à cette connasse. Pour qui elle se prend de débouler ainsi dans sa classe et démonter son autorité devant les gamins ?


Sophia demande à Abdoulaye de retourner s’asseoir. Elle le menace de l’envoyer chez la directrice. Abdoulaye continue à faire le pitre, les élèves rient de moins en moins car la situation devient pesante. Abdoulaye se sent un peu gêné. S’arrêter ou continuer ? Il rigole et se balade dans les rangs.


— Tu as entendu ce que je viens de te dire Abdoulaye ? demande Sophia d’une voix calme.

— Ta gueule, toi ! répond le garçon.


Sophia se rue sur lui. Elle le chope par le col, le soulève et le plaque violemment contre le mur.


— Plus jamais, plus jamais tu me parles comme ça, tu m’entends ?


Abdoulaye ne répond pas. Il a peur. Les autres élèves aussi.


— Tu me comprends comme ça ? Tu m’entends cette fois ? insiste Sophia en le secouant.

— Oui, répond Abdoulaye d’une voix penaude en baissant les yeux.


L’heure de la récréation met fin à l’incident. Les élèves sortent dans une ambiance relativement calme – totalement inhabituelle. Sophia les accompagne pour descendre les trois étages qui les séparent de la cour, les jambes en coton et les mains tremblantes. Elle se sent vidée, complètement vidée. Avant de sortir, Noémie vient lui parler.


— Maîtresse, t’as tapé Abdoulaye ? Tu vas aller en prison ?

— Ne t’’inquiète pas Noémie. On parlera de tout ça après, va t’amuser.


Sophia retourne dans sa classe. Inutile d’aller voir des collègues en salle des maîtres. Ici, c’est chacun sa merde et elle le sait très bien. Ça fait des mois qu’elle essaie de parler de ses difficultés, mais n’obtient pas d’aide. La maîtresse qui a eu cette classe l’année dernière la comprend mais jubile tant de ne plus les avoir qu’elle en oublierait presque d’être humaine. Et le collègue qui s’apprête à les récupérer l’année prochaine ne se prononce pas. Il appréhende, mais se persuade que tout vient de Sophia, qu’elle n’a pas assez de poigne. Les autres collègues se montrent soit compatissants, mais en ramenant tout à eux « c’est pas facile, je sais, si tu savais les gamins que j’ai déjà eus », soit indifférents « vivement les vacances, hein ! ». La directrice quant à elle fait les gros yeux quand elle les croise dans le couloir, tout en savourant sa chance de ne pas être confrontée à l’enfer de ce type de classe.


Sophia s’assied donc seule à son bureau, contemple les chaises vides et prend la tête dans ses mains. Elle se retient de pleurer et il faudra encore se retenir jusqu’à ce soir. Elle sait ce qu’il lui reste à faire. Elle appelle l’inspection et leur explique ce qu’il s’est passé. On lui a toujours dit que c’est ce qu’il fallait faire en cas de dérapage.


Puis elle retourne chercher ses élèves, toujours fébrile. Elle ne se sent pas de continuer, mais n’a pas le choix.


Sophia voulait être instit depuis toujours. Son premier poste avait été un véritable conte de fées. Fière d’y être arrivée, elle pensait avoir accompli son rêve. Et qui peut se targuer de faire un métier qu’il aime ? Ce n’est pas si courant. Elle pensait avoir beaucoup de chance et du mérite aussi car il avait fallu batailler pour avoir le concours. Rapidement, la fatigue s’était installée, mais sa détermination ne fléchissait pas. Elle ne comptait pas les heures passées à préparer sa classe toujours en recherche d’idées innovantes et attrayantes pour parfaire les apprentissages. Elle courait après le temps, à la maison pour préparer, en classe pour avancer dans les programmes, mais ça lui plaisait et elle le faisait avec passion. Puis d’années en années, la passion s’était effritée, elle avait envie de penser à autre chose, de recadrer ses priorités et de mieux gérer son emploi du temps en ne se laissant pas envahir par le travail jour et nuit. Car une instit pense toujours à sa classe. Quand on lui faisait remarquer qu’avec des horaires comme les siens et des vacances à rallonge, elle avait la belle vie, elle ne cherchait plus à se défendre, elle devenait blasée. Puis était arrivée cette mutation en ville dans une zone en difficultés…



De retour en classe, elle met un terme aux divers commentaires et questions qui fusent.


— Abdoulaye m’a insultée et il n’a pas le droit de faire ça. J’ai empoigné Abdoulaye et je n’ai pas le droit de faire ça.


Sophia refuse toute discussion sur le sujet. Elle poursuit le programme de la matinée dans un calme qu’elle n’avait jamais connu et qu’elle apprécie à regret.


À midi, elle intercepte Katia et lui raconte ce qu’il s’est passé. Elle partage ensuite son déjeuner avec d’autres collègues qui restent sur place comme elles. Ça parle, ça cancane, ça jacasse. Sophia n’entend que du bruit. Ils la dégoûtent. Elle n’en peut plus de se retrouver avec ces tronches d’instit pour partager un sandwich ou une salade autour d’une table en formica dans un local éclairé par une demi-lucarne. Elle manque d’air.


En début d’après-midi, Abdoulaye franchit les grilles de l’école, accompagné pour la première fois de l’année par ses parents. Le garçon les conduit au bureau de la directrice. Cette dernière va chercher Sophia qui est de service dans la cour et la fait remplacer.


Sophia les rencontre pour la première fois. Elle aurait tant de choses à leur dire au sujet de leur enfant, mais ils ne sont pas venus pour parler de lui. Elle le sait. Le papa d’Abdoulaye est très en colère, il parle fort. Son épouse lui parle dans une langue que les deux femmes ne comprennent pas. Elles ont l’impression qu’elle lui demande de se calmer. Sophia explique ce qu’il s’est passé et demande à Abdoulaye de donner sa version. C’est la même. Le père d’Abdoulaye colle une gifle à son fils et menace la directrice avec son index. Abdoulaye ne retournera plus à l’école.


La directrice insiste pour lui expliquer la nécessité et l’obligation de scolarisation de son enfant. Il ne veut rien entendre. Elle lui donne le numéro de l’inspection. L’après-midi, Abdoulaye n’est pas là. La classe se déroule comme d’habitude, dans le brouhaha et les cris. Sophia regarde souvent par la fenêtre. Elle voit Abdoulaye devant les grilles.


Après trois jours passés devant les grilles, Abdoulaye a bravé l’interdiction de son père et a regagné les bancs de l’école. L’inspection attend toujours la visite de ses parents qui ne se sont pas présentés et ne se présenteront jamais. L’affaire est close. Officiellement, il n’y a pas eu d’affaire du tout.


Le dernier jour d’école, les collègues se quittent, sourire aux lèvres et cernes aux joues et se souhaitent de bonnes vacances.


Sophia quitte l’école, pour de bon cette fois. À presque trente ans, il était temps. Elle ne sait pas où elle va, mais elle ne reviendra pas. Elle n’en a parlé à personne car tout le monde lui aurait dit que c’était de la folie, qu’on ne quittait pas une place au chaud comme celle-ci, que c’est trop précieux, que c’est une aberration de quitter l’Éducation Nationale… Sophia ne sait pas ce qu’elle va faire mais une multitude d’idées se bousculent dans sa tête. Elle est prête à aller jongler dans la rue pour gagner un peu d’argent s’il le faut, tout mais plus ça. Elle sait qu’elle va s’en sortir, bien mieux même à présent. Elle se sent exister.


 
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   Lulu   
7/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Aïe aïe aïe, comme je compatis face à ces instits qui ont la vie dure... Je les comprends et comprends parfaitement le personnage de Sophia que j'aurais pu être si j'avais suivi ce chemin quand je voulais enseigner chez les petits. Fort heureusement pour moi, j'ai choisi des plus âgés. Mais j'ai une admiration vive pour les instits, sachant combien le métier est difficile qu'ils soient dans une zone urbaine sensible ou ailleurs.

Le choix du personnage de Sophia de passer à autre chose, en définitive, est rarement pris dans la réalité. Bien souvent, on subit plus qu'on ne vit et on râle... Je connais tout ça.

Pour ce qui est de la nouvelle, n'étant pas étrangère à ce monde-là, je dirais que je l'ai trouvée très réaliste. Rien n'y est exagéré, pas même le chacun pour soi des profs que je trouve déroutant dans le métier, surtout qu'il s'agit d'un travail social où l'autre a toute son importance... Mais c'est ainsi, souvent, quand on subit des difficultés, chacun en ayant, c'est un peu chacun "sa merde", comme c'est dit dans le texte.

Très bien vu, aussi, la considération qu'ont les autres des vacances scolaires. Elles sont si indispensables, mais cela n'est pas toujours bien perçu des autres, de ceux qui sont en dehors du système. Le personnage de Sophia est blasé face à ça... C'est qu'il y a de quoi.

Quant à la réaction de Sophia face au garçonnet, elle témoigne d'une réelle fatigue de l'enseignante. Mais cela justifie-t-il son comportement ? Là, je ne répondrai pas, même si je sais que l'on peut être facilement excédé.

Ce qui m'a surprise, dans l'histoire, c'est le retour du garçon. Cela m'a semblé invraisemblable qu'il puisse revenir sans le consentement des parents... mais c'est aussi une fiction, alors pourquoi pas ?

En tout cas, j'ai lu cette nouvelle comme un véritable témoignage d'un métier que l'on pratique difficilement de nos jours... et dis merci à l'auteur(e) de l'avoir écrit.

   hersen   
11/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime dans cette nouvelle la façon dont sont abordées les difficultés de la profession de prof des écoles.

C'est à la fois simple, sans appel, mais d'un autre côté, il y a cet enfant qu'on a envie de prendre dans ses bras quand il lit, quand il dévoile toute sa vulnérabilité.

Peut-être que rien que pour ça...

"Qui peut se targuer de faire un métier qu'il aime ?" La question mérite très largement d'être posée.

L'écriture coule toute seule.

Merci de cette lecture

   Robot   
30/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce que j'ai apprécié dans cette lecture c'est que les faits sont exposés sans esprit de revanche, avec amertume certes mais avec une forme de sollicitude envers cet enfant perdu, (ses parents ne viennent pas rencontrer l'instit). Enfant perdu mais institutrice abandonnée par l'institution jusqu'à l'acte d'exaspération: Les collègues qui se défilent, la directrice qui ferme les yeux, l'académie heureuse que l'affaire soit close sans avoir à intervenir et pour qui le renoncement ne posera pas de problème car un autre ou une autre viendra la remplacer.
Un récit qui sonne vrai.

   aloccasion   
30/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle. Une belle plume, une histoire intéressante. Vous avez su rendre compte de l'angoisse de cette institutrice, de ses sentiments.
Pas d'arguments très développés (désolée), l'appréciation tient surtout à des sentiments inexplicables.
Merci pour cette belle lecture.

   Anonyme   
30/4/2016
Bonjour carbona

Texte lu avec grand intérêt. Beaucoup de choses à dire mais aucune qui ne soit politiquement correcte ou dans l'air du temps, je m'abstiendrai d'étayer. Un coup de chapeau aux instits, toutes et tous. Merci pour cette lecture. Le ton est juste même si la fin me parait un peu trop irréelle. Le concours est tellement difficile, c'est con de le jeter à la poubelle... Mais pourquoi pas s'il s'agit de sauver sa peau.
Merci

   Blitz   
1/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une belle virée dans la tête d'un instit' de Zone d'Education Prioritaire. Pour ceux qui ne saurait pas combien ce métier est difficile (et pas rémunéré à sa juste valeur). C'est très réaliste et bien mené.
Petite remarque: "ce N'Est plus le même quand il lit".

La décision de Sophia de quitter l'Education Nationale aurait mérité un peu plus de développement, çà arrive un peu vite à la fin. Une réflexion sur les avantages et inconvénients d'un départ aurait donné plus de poids au texte.

Merci pour cette lecture sur une tranche de vie quotidienne

   Bidis   
1/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Par moment, souvent même, j’ai une impression de compte rendu, dans le genre « Les histoires extraordinaires » de Bellemaere. Ça se défend, bien entendu et c’est une écriture absolument correcte et très agréable à lire. Mais, pour moi, ça fait tout de même style impersonnel (quoique ce soit peut-être mieux qu'un style ampoulé ou lourd).
De toute façon, le thème est très sensible et c’est extrêmement bien et utile d’en parler.
Quelques petites remarques :
- « C’est plus le même quand il lit, Sophia a l’habitude, mais pourtant, à chaque fois, ça lui fait bizarre. Il n’a plus l’assurance etc... » : si la négation est zappée une première fois (c’est plus le même), elle devrait l’être aussi la seconde fois (« Il n’a plus l’assurance » ). Et ce qui me choque un peu, c’est que le point de vue du narrateur ne semble pas être celui d’un ado. Donc, pour moi, la première négation manquante est une erreur.
- « plus jamais tu me parles comme ça, » : Pour une instit, cette personne parle vraiment mal. Encore une négation de zappée.
- « c’est pas facile » : décidément, ce corps enseignant me semble devoir être… enseigné.
- « et prend la tête dans ses mains » : ici, ce pourrait être la tête de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas comme dire « elle a mal à la tête », là on sait que ce n’est pas la tête d’un autre. Mais ici, on pourrait dire « et prend la tête de X dans ses mains » donc il faut spécifier et à mon avis écrire : « et se prend la tête dans les mains ».

   MissNeko   
1/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Carbona,

Je suis comme Sophia maitresse d'école (depuis 15 ans maintenant) et j'ai malheureusement retrouvé un quotidien que j'ai pu connaitre lorsque je travaillais en ZEP. j'ai été remplaçante une année (ZIL qu'on appelle ça) et j'ai tourné dans de nombreuses écoles où on ne m'adressait même pas la parole. J'ai souvent mangé ma salade, seule dans une classe inconnue et ça n'a pas été facile tous les jours. Je trouve ta nouvelle très réaliste... bon j'enseigne toujours à 40 ans vu que je ne sais pas jongler lol !
les affaires classées je connais ça aussi...
La nouvelle est très bien écrite et on a envie de savoir ce qu'il va arriver à cette Sophia !!
merci pour ce récit si réaliste

   melvin   
3/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Carbona,

Vous nous livrez un texte désillusionné qui cadre, pourtant si bien, avec le quotidien de nombreux enseignants : doutes, peur parfois, angoisses, avec toujours cette solitude face à l’institution, aux collègues, aux élèves.

Il y a pourtant ces lueurs, ces gestes attentionnés d’élèves, ces failles révélées qui donnent à votre personnage des élans de tendresse -forcément contenus-, mais qui ne suffisent plus à contenir sa lassitude et ses reniements.

Sophia et la trame de votre récit sont certes désenchantés –même s’il existe, heureusement, nombre d’enseignants épanouis dans leur métier-, mais votre texte a le mérite de présenter une réalité bien trop répandue que beaucoup, dont l’institution, balaye souvent d’un revers de manche ; vous évoquez d’ailleurs « en creux » leurs principaux arguments.

En partant du ressenti de Sophia, vous dressez, le constat d’une école en souffrance qui renvoie, au-delà des questions personnelles, à un pacte républicain malmené dont l’éducation est un des principaux piliers.

   Pouet   
4/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bjr carbona,

Je connais assez bien le sujet, travaillant avec des enfants autistes dans une classe spécialisée. Cette classe se trouvant dans une école classée REP (on dit plus ZEP) dans un quartier de Vénissieux.

Donc des petits comme l'Abdoulaye de votre histoire, j'en vois tous les jours. Dans une école de 300 élèves il y en a en général 3 ou 4 mais ça suffit amplement je vous l'accorde.

Ce qui est certain c'est qu'il faut être costaud mentalement et que tout le monde n'est pas fait pour enseigner de nos jours.

Votre nouvelle relate bien ce que peut être ce quotidien lorsqu'une une classe échappe à l'autorité. Le "dérapage" que vous évoquez est parfaitement crédible, on en constate régulièrement.

Peut-être que votre texte manque un peu de nuances car les enfants des écoles de REP ne sont pas tous irrécupérables bien au contraire. On a un peu le sentiment que tout est foutu en vous lisant, ce que je ne pense pas.

Cordialement.

   Anonyme   
4/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Je trouve que cette nouvelle est globalement réussite. L'ambiance est très bien décrite, les personnages ont-en général-, une profondeur psychologique qui est appréciable et globalement l'écriture est très réussit.

Cependant je pense qu'un vocabulaire un peu plus riche serait pertinent dans les dialogues de l'institutrice. Sauf si l'objectif était de montrer une certaine pauvreté intellectuelle de sa part, mais alors c'est raté.

Je trouve aussi que le père d’Abdoulaye est trop stéréotypé. En plus on comprend mal comment son fils puisse s'enfuir et revenir à la sortie de l'école s’il est si autoritaire avec lui.

   silvieta   
12/1/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai que trop connu ce métier ingrat et nerveusement éprouvant compte tenu des petites bombes prêtes à exploser à tout moment et ayant tous les droits qui s'y trouvent. En cas de conflit avec un élève ou un parent d'élève, le système étant vérolé jusqu'à la moelle c'est rarement l'élève que l'administration blâmera, élèves et parents ne le savent que trop. Métier dévoreur de temps. Le personnage principal a eu raison d'avoir le courage de quitter, jeune cet univers kafkaïen pour embrasser ses passions artistiques. Il fallait du courage pour en prendre le risque.
Pour autant je me suis un peu ennuyée. Est-ce parce que de telles situations n'ont pas pour moi l'attrait de la nouveauté ? certes elles doivent être dites. Je pense que c'est plutôt le paragraphage qui m'a lassée. Les textes aux paragraphes effectués régulièrement toutes les deux ou trois lignes rendent les lectures presque aussi ardues qu'un texte qui n'aurait pas du tout de paragraphes. Une refonte du texte dans ce sens (faire de vrais paragraphes) serait aisée à effectuer puisqu'il n'y a pas besoin de changer quoi que ce soit dans les phrases ou les choix lexicaux ou grammaticaux pour y parvenir.


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