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Fantastique/Merveilleux
singuriel : Métamorphose de l'ancêtre
 Publié le 22/04/16  -  13 commentaires  -  3242 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

En chacun de nous il y a un animal qui sommeille.


Métamorphose de l'ancêtre


Les rideaux étaient tirés. Dans la pénombre, elle semblait plus petite, la grand-mère, comme avalée par son fauteuil. Son châle brun, en laine peignée, l’enveloppait et le surplus pendait de chaque côté, recouvrant partiellement les accoudoirs. Elle paraissait subir un affaissement général, traversée par quelques soubresauts surprenants. Cette agitation faisait plisser ses bas en coton qui coulaient en accordéon pour finalement se vautrer sur ses charentaises, découvrant des tibias fins dorés.

Je cherchais son regard pour m’assurer que je ne rêvais pas mais je ne vis que deux petits cercles rouges qui me fixaient par-dessous. Son cou semblait se flétrir encore plus, comme enrobé d’un sautoir de tripes.

Je subissais cet envoûtement sans réaliser ce qui se passait. Je n’étais pas encore vraiment là.

C’est le bruit qui provoqua mon premier frisson de dégoût. Des mouvements spastiques soulevaient le tricot dans un bruissement surréaliste comme le fait un feuillage sous le vent. Une énergie désordonnée fit apparaître des bras ridicules, presque atrophiés, couverts de singulières plumes, qui s’échappaient du couvert laineux, s’étiraient au-dessus des accoudoirs en projetant la poussière. Son abdomen enflait, écartait les pans du lainage puis déformait sa camisole en faisant lentement remonter à l’horizontale ses jambes-baguettes, jaunes et sèches, terminées en étoiles crochues, laissant les pantoufles orphelines sur le tapis.

Dieu que c’est laid ! Mon sang se retira et ma vessie me lâcha.

Sa tête s’élevait au-dessus de cet amas en gestation, tel un gyroscope, faisant disparaître ses épaules voûtées. Le menton s’était estompé comme par sortilège, cédant sa place à une proéminence cornée, transformant son faciès en tête de pioche. Je crus entendre un gloussement. Mon regard vacilla. Il me semblait voir tomber ses oreilles qui finalement restèrent accrochées à la base du cou, comme deux langues mortes sur un tuyau de chair écarlate.

La nausée me fit tousser ce qui provoqua chez elle un cri strident. J’en eus la chair de poule. Pétrifié, je relevai la tête et vis la sienne qui terminait sa poussée par de brusques mouvements latéraux. Un lambeau de viande couvrait à présent son bec, car c’en était un, et se prolongeait dans le vide comme une altération pendouillant prête à se détacher. Ses joues avaient viré au bleu, faisant ressortir son crâne glabre et blanc fripé comme une figue. Elle grandissait en poussant son abdomen en avant, gonflait son poitrail qui s’éventait en couches serrées faisant tomber son châle au fond du fauteuil. Le dossier disparut derrière une roue de plumes qui trancha l’espace telle une scie circulaire prête à me découper. Elle se tenait en équilibre précaire, lacérant le placet pour garder sa superbe.

Tétanisé, ma tête n’envisageait même pas de battre en retrait. Pantin impuissant, j’endurais cette réincarnation qui ne semblait pas la faire souffrir, bien au contraire. Un tel déploiement d’énergie lui donnait des ailes.

Puisant dans ce qui me restait de courage, j’affrontai son regard fixe et méprisant, la seule chose qui n’avait pas changé chez l’ancêtre. Mon cerveau disjoncta car ma dernière pensée fut « trop vieille pour être fourrée » puis je m’évanouis.


 
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   carbona   
27/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai bien aimé cette métamorphose. De la vieille dame au paon. La fin est agréable car je ne pensais pas qu'on se retrouverait dans une véritable réincarnation, ça donne un plus au texte qui me plaisait déjà assez avec la description d'horreur de la vieille dame que j'ai trouvée certes poussée à l'extrême mais en même temps incroyablement réaliste. Une description qui m'a plu et qui revêt selon moi un certain aspect cinématographique, quelque chose en tout cas d'extrêmement lent et visuel.

Merci,

Carbona

   hersen   
27/3/2016
 a aimé ce texte 
Pas
A mon grand dam, je n'ai pas compris cette histoire.

j'ai supposé que le narrateur est soit un malade alité que la grand-mère veille, soit un animal, comme par exemple un chien.

je suis complètement larguée et donc la description de la grand-mère ne me séduit pas du tout. Je suppose que c'est pour amener la métamorphose, mais je ne comprends rien à celle -ci.

Il arrive parfois que nous soyons complètement hermétique à un texte. c'est ce qui se passe pour moi aujourd'hui.

j'aurais grand besoin d'explications de l'auteur !

   Perle-Hingaud   
1/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est très drôle ! J'aime beaucoup l'inventivité, le burlesque, la finesse aussi dans cette description. On est amené tout doucement à comprendre... et traiter l'ancêtre de dinde, c'est iconoclaste à souhait !
(la dernière phrase est une réussite).
Je ne regrette qu'une chose: le présent de "Dieu que c’est laid !", qui rompt la continuité dans la lecture.

   Pouet   
22/4/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Un clin d’œil à Kafka et à son cafard...

Là c'est une dinde. Ok.

J'aime assez la description de la métamorphose, bien écrit.

En revanche la fin... Vraiment cliché le coup de "fourrer la dinde" (entendu mille fois) en plus d'être assez trivial.

Un petit texte qui, sans être désagréable, souffre selon moi de cette fin sombrant dans la facilité.

Edit: je constate après coup que le commentateur précédent apprécie cette fin, comme quoi les goûts et les couleurs...

   Robot   
23/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte m'a intrigué en première lecture et puis cette métamorphose par le regard posé sur l'autre me semble dire plus qu'il ne paraît superficiellement. Et si le regard du narrateur était objectivement suscité par l'homme et son "moi", par sa propre animalité ? La vieille dinde n'étant que son singulier révélateur ? ce qui me semble validé par la phrase: "Je subissais cet envoûtement sans réaliser ce qui se passait. Je n’étais pas encore vraiment là."

   lala   
23/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour singuriel,
En écrivant votre pseudo pour vous saluer, je me dis qu'il est conforme à votre texte !
J'ai vraiment ressenti le très grand âge de la grand-mère, la transformation imposée au corps par le temps, une forme de dégoût qu'il inspire, malgré tout l'effort d'empathie qu'on peut tenter.
Après, j'ai été intriguée et emportée par la suite, est-elle en train de mourir, de se battre contre un malaise, un cauchemar ? Et j'ai lâché prise pour recevoir sa métamorphose en sortant du réalisme spontané qui m'aurait empêché d'apprécier.
Les commentateurs ont vu en général une dinde, l'un a vu un paon, et moi, j'ai eu la certitude que cette femme devenait une autruche, avec une tête en gyroscope, des jambes-baguettes, un crâne blanc, et le cou comparé à un tuyau !
Peu importe finalement, la transformation est réussie, et le regard "fixe et méprisant" rappelle qui était l'original !

   GillesP   
23/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour singuriel,
J'ai beaucoup aimé votre court récit. Bien sûr, on pense à kafka et à son Grégoire transformé en vermine; mais votre originalité consiste à traiter la métamorphose avec distance et légèreté. En ce sens, la dernière phrase tombe plutôt bien, je trouve. Même si l'expression "fourrer une dinde" est triviale et forme un cliché rebattu, elle prend un nouveau sens appliquée à cette affreuse grand-mère.

   aloccasion   
24/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un peu larguée au début, j'ai tenté tant bien que mal de rattraper les wagons. Au final j'ai bien aimé la description de cette métamorphose, même si j'ai un peu moins accroché à la plume (style d'écriture, oiseau. Haha.) quelquefois "ampoulée". J'ai trouvé que la description ne rendait pas bien compte de la terreur du narrateur que vous expliquez en quelques phrases disséminées ici et là.

M'enfin. A part ces quelques détails, j'ai aimé cette nouvelle. Merci pour la lecture.

   Sylvaine   
24/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Courte nouvelle qui traite avec un certain brio le thème séduisant de la métamorphose, ici dépeinte par un narrateur horrifié. Les détails du processus sont bien rendus, on "voit" vraiment la très vieille femme, qui inspire déjà un certain dégoût, se transformer progressivement en quelque chose qu'on identifie mal, avant que l'image de la dinde ne s'impose à l'esprit, avant même la "chute" du texte. On peut voir aussi dans cette nouvelle une métaphore sans complaisance de la deshumanisation physique qu'entraîne parfois l'extrême vieillesse.
Il y a quelques petites négligences, mais dans l'ensemble l'écriture est de bonne tenue. Une question : l'adjectif "spastique" existe-t-il ?

   Marite   
25/4/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Je termine cette lecture avec une sensation étrange mais c'est purement subjectif car jusque là je ne percevais de la métamorphose qu'une transformation vers le " merveilleux" ...
En fait j'apparenterais davantage ce récit à un cauchemar et dans cette optique j'aurais mieux apprécié une conclusion avec le réveil du narrateur et la remise en ordre de ses pensées après ces moments inconscients de terreur.

   Solal   
28/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

Sur un plan technique votre texte est bien réalisé. Bon rythme, des images évocatrices.
Vous trouverez peut être ma prochaine remarque étrange. (J'hésite moi-même à l'écrire). Je m'en excuse et précise qu'il s'agit là de mon expérience de lecteur face à votre texte.
Voilà, Kafka m'a sauté au visage. Votre texte se révèle donc une bonne description qui manque cruellement de substance.

Le petit plus, la fin, une touche de second degré qui a désamorcé ma frustration.

   Blitz   
1/5/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Cela rappelle bien entendu Kafka, ou "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" lorsque la jeune fille doit faire la lecture à l'horrible vielle voisine... C'est bien emmené, il n'y a rien de fantastique pour moi.
La vessie qui se vide, c'est peut-être un peu trop par contre.
La fin et "trop vieille pour être fourrée" m'a surpris car cela casse le genre de l'histoire. Mais c'est peut-être là qu'est le coup de génie!

   Alcirion   
3/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Une description effrayante qui a plus à voir avec l'Epouvante qu'avec le Merveilleux. Il y a une certaine tension romanesque qui s'écroule sur une chute pour moi malheureuse. D'une manière générale, je n'aime pas trop le mélange des genres et l'aspect grotesque de la fin place le lecteur devant un jeu de mots qui détruit les effets horrifiants du texte.


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