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Fantastique/Merveilleux
Cassanda : Le dictateur [concours]
 Publié le 03/12/09  -  16 commentaires  -  28281 caractères  -  99 lectures    Autres textes du même auteur

« Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. [...] 
Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l’avons oublié... »

Discours du barbier juif, extrait du Dictateur (1940)


Le dictateur [concours]


Ce texte est une participation au concours n°10 : 4x4 (informations sur ce concours).



Au cœur de la Forêt, se trouve Yggdasil, un châtaignier ancestral. Nul ne connaît son âge ; seul son tronc gigantesque laisse deviner le nombre de siècles qu'il a traversé. De son feuillage touffu, se diffusent dans l'air ambiant des musiques cristallines et les couleurs d'un arc-en-ciel changeant...

À mi-chemin entre ciel et terre, un personnage étrange est confortablement installé sur une branche, adossé au tronc millénaire. Un être sur qui le temps n'a pas de prise et dont les yeux malicieux renferment un monde incommensurable, une sagesse infinie.

Dans le monde sylvestre, chacun sait que l'habitant du châtaignier se nomme Aeryn et qu'il est l'un des rares elfes à être encore sur cette terre. Son rôle est trop important pour qu'il disparaisse. Une légende raconte qu'Aeryn est né sur cet arbre et n'en partira qu'à la mort du végétal. Instant invraisemblable tant la plante est vigoureuse et continue de croître, perçant un peu plus à chaque décennie la voûte céleste. À son pied, pousse une multitude de fleurs et de champignons à couvre-chef mamelonné, infundibuliforme ou encore convexe. Les animaux viennent souvent se réfugier sous cette arche naturelle, abrités ainsi, suivant les saisons, des poussières de pluie ou des perles timides de la neige silencieuse.

Aeryn est le gardien de la fagacée, le professeur bienveillant de ses fruits, les âmes des mortels. Il leur enseigne mille notions sur la botanique, l'histoire, l'art, la spiritualité, tout ce que les humains savent sans l'avoir appris et qu'ils nomment mémoire collective. Une fois installées dans leur corps de vie, certaines âmes se souviendront qu'elles ont un rôle à jouer, d'autres oublieront et se laisseront porter par le ressac de la vie terrestre. Chacune aura des réminiscences des paroles d'Aeryn : celles qui les ont marquées fortement et influenceront leur vie sur terre. Parfois, un acte les marque tout autant. C'est ce qui se passa cette année-là...



Le fil du temps se déroulait inexorablement, les âmes arrivaient puis partaient quelques décennies plus tard. En l'an mille huit cent quatre-vingt-neuf du temps humain, un événement inhabituel survint.


- Charlig, tu ne peux pas faire ça !!! Allez, reviens, Aeryn ne va pas être content, tu sais bien qu'on n'a pas le droit de descendre !

- Tu n'es qu'une poule mouillée, ça ne craint rien, personne ne vient jamais ici et je n'en ai pas pour longtemps... répondit l'intéressé, tout en continuant sa descente.

- Ce n'est pas vrai, je ne suis pas peureux !

- Si, tu ne veux pas descendre !

- Tu es vraiment pénible, tu ne peux pas faire les choses comme tout le monde et respecter un peu les règles ?

- Non parce que je ne suis pas tout le monde et que respecter les règles, c'est se priver de beaucoup de choses ! Je ne les transgresse pas uniquement par plaisir mais pour changer de point de vue... Tu n'arrives pas à comprendre cela mon ami, n'est-ce pas ?

- C'est vrai... mais je te suis quand même ! Et pourtant, je ne devrais pas, nous allons avoir des ennuis... Bon, tu as vu ce que tu voulais ? On y va maintenant ?

- Attends, regarde cette beauté ! La perspective n'est pas du tout la même, c'est vraiment intéressant, n'est-ce pas ?


Charlig était comme un chien fou à observer tel champignon à chapeau infundibuliforme, telle fleur au pistil surdéveloppé, les petites bêtes qui vivaient au pied de l'arbre. Il faisait partie, ainsi qu'Adorlphig, de la promotion qui partirait au cours de l'année. Ils étaient arrivés, petites âmes incultes et apeurées, voilà bien sept ou huit années humaines ; rapidement, ils avaient passé les différents degrés de leur formation, progressé dans leur compréhension du monde. Aujourd'hui, ils n'attendaient plus que le passage de Cyrth. Si Aeryn envisageait sans sourciller le départ de Charlig, celui d'Adorlphig, âme intelligente mais butée sur des points importants tels que l'acceptation de l'autre et de ses différences, la compassion, était nettement plus problématique. L'elfe savait que l'heure de leur départ approchait, le temps pressait... Ce jour-là, alors qu'il chantait une ballade sur les histoires de l'humanité, les deux âmes avaient décidé de faire l'école buissonnière – enfin l'une avait poussé l'autre.

Soudain, un petit homme tout cabossé sortit des broussailles. Les deux esprits remontèrent dare-dare sur les premières branches de l'arbre et observèrent la scène.


- Charlig, viens, il faut rejoindre les autres...

- Attends, je veux voir ce qu'il va faire... Tu crois qu'il va rester ici ?


L'homme posa son baluchon au pied de l'arbre, puis s'assit. Il sortit de sa poche une vieille poupée de chiffon tachée, par endroits décousue et lui dit : « Nous serons bien ici, qu'en penses-tu ? C'est un joli arbre et il y a plein de fleurs et de champignons. Nous ne manquerons pas de nourriture. Écoute la musique, c'est joli, n'est-ce pas ? Tu vas te plaire ici ? » Il fixait la poupée et semblait attendre une réponse, presque anxieusement. Aeryn, les sourcils froncés, le regardait faire tout en continuant sa chanson. Il aperçut par la même occasion les deux polissons en bas du châtaignier. Une moue d'agacement figea quelques instants ses traits fins. Ses élèves intrigués ne prêtaient plus beaucoup d'attention à la mélodie harmonieuse. Bientôt, des murmures d'interrogation résonnèrent de branche en branche, telle la musique d'un carillon. L'elfe se tut, soupira longuement. « Ainsi, le moment est arrivé... », pensa-t-il. Il regarda les petites âmes, cherchant laquelle serait à l'origine de la catastrophe humaine prédite en des temps ancestraux. Le sourire bienveillant contrastait avec les lueurs d'inquiétude que lançaient les prunelles aigue-marine. Il comprenait la surprise de ses apprentis, c'était après tout le premier humain qui s'installait sous les ramures depuis des siècles. Charlig et Adorlphig se glissèrent parmi leurs camarades ; ils étaient remontés dès que le chant de leur professeur avait cessé. Ce dernier fusilla du regard Charlig, le meneur, puis Adorlphig, cette âme forte et pourtant sous l'emprise à ses yeux rassurante d'un esprit plus équilibré. Le premier le regarda droit dans les yeux, le deuxième baissa la tête et s'éloigna de Charlig. L'elfe soupira de nouveau avant de se reconcentrer sur la scène au bas de l'arbre.

L'homme parlait toujours à sa poupée ; il sortit de son polochon un lé de tissu informe, aux couleurs salies par la terre, la poussière, la pluie, qu'il disposa amoureusement entre les racines. Une fois satisfait de son arrangement, il y posa délicatement la poupée et lui demanda son avis sur ce confort plutôt sommaire : « Tu es bien là ? Tu préfères ici ou là ? », en désignant un autre recoin. Il s'arrêta, fixa la forme, hocha la tête, reprit la poupée qu'il déposa sur son sac, le morceau de tissu qu'il déplaça plus à gauche entre deux monticules de champignons et remit la poupée sur son siège : « Tu as raison, c'est mieux. Tu te sens bien comme ça ?... Oh, écoute comme la musique est belle !... »

Chaque parole des âmes était une musique, un son enchanteur. Adorlphig s'intéressa au sujet, espérant ainsi faire oublier son escapade.


- Aeryn, qui est-ce ?

- C'est un homme, Adorlphig. L'un des représentants des humains.

- Comment se fait-il qu'il entende la musique ? Je croyais que les humains ne le pouvaient pas...

- Il semble que ce soit un simple d'esprit. Seul un homme aux capacités intellectuelles différentes de ses congénères peut nous entendre.


L'essence spirituelle contempla pensivement la scène qui se déroulait plusieurs mètres plus bas. Tous les élèves écoutaient attentivement. Charlig prit la parole à son tour :


- Pourquoi fait-il cela ? N'est-il pas étrange ?... Il ne ressemble pas à ce que tu nous enseignes des humains. Ils sont tous ainsi là où nous irons ? Oh... regardez la manière dont il cueille ces champignons, le geste est splendide ! Voyons voir... Ça donnerait quelque chose comme ça...


Et l'âme reproduisit le geste si lentement, en l'amplifiant à tel point que c'en était burlesque. Des éclats de rire se répandirent de branche en branche. Seul Adorlphig restait de marbre, toujours sous le coup du regard réprimandeur de leur mentor. Charlig était le spécialiste des mimes et autres amusements de tout genre pendant les cours, il ne tenait pas en place. Un rien pouvait se transformer en histoire avec lui. Aeryn en prenait son parti, sachant bien que ce n'était pas fait méchamment. De plus, il avait souvent recours à lui durant ses cours car ses talents lui permettaient de mettre en scène certaines notions, cela changeait agréablement.


- Charlig, arrête un peu de faire le clown ! Et ce n'est vraiment pas très charitable de se moquer de ce pauvre homme ! l'apostropha l'elfe.

- Mais... je ne me moque pas... J'apprends et je m'intéresse ! N'est-ce pas ce que tu nous enseignes ?

- Drôle de façon de l'exprimer..., dit le professeur d'un air dubitatif, enfin, passons... Pour répondre à ta question qui n'était pas dépourvue de sens, chacun a un comportement qui lui est propre, dicté par son cœur. Lui est un peu différent des autres : son âme était à votre place, fut un temps. Elle ne voulait pas grandir, se laisser prendre dans le tourbillon des responsabilités et des tracas que les humains nomment passage à l'âge adulte. Elle avait sans cesse peur ; elle est partie trop tôt malheureusement. Quelques mois ou années supplémentaires ici auraient certainement réussi à pallier cette phobie...

- Peur ? Mais de quoi ? Il n'y a pas de raison, Aeryn, n'est-ce pas ? questionna Emanualys, l'un des tout jeunes esprits arrivés à peine une semaine auparavant.

- Peur des autres, peur des événements, des actes qu'elle aurait pu réaliser et qui n'auraient pu influencer positivement le temps, les hommes... Elle n'a pas su voir le côté plaisant de la vie, comme l'amour, la générosité, et n'en a perçu que le fardeau : s'engager auprès des autres, s'engager pour une cause. Elle a choisi de ne rien faire et de se terrer au fond du corps qui lui a été attribué. Pour les humains qui l'entourent, cet homme est un simple d'esprit, une personne restée à un âge enfantin. Il vit dans le monde que son âme lui a créé. Un endroit qu'elle pense merveilleux mais complètement coupé des réalités extérieures.


Les petites âmes se turent un instant : elles réfléchissaient aux paroles de l'elfe et regardaient l'homme qui s'était installé à leurs pieds. Adorlphig, perplexe, brisa de nouveau le silence :


- Ce phénomène arrive souvent ?

- Plus que je ne le voudrais... Tu sais, tout est lié, programmé. Quand le moment pour vous viendra de quitter l'arbre des âmes, je ne pourrai m'y opposer, même si votre formation n'est pas entièrement achevée, même si vous n'êtes pas totalement prêts. C'est Cyrth qui appelle les âmes élues, puis qui les conduit jusqu'à leur corps. Il noue les fils entre corps terrestre et corps spirituel, appose son doigt sur leur bouche afin que tout ce que je vous enseigne soit scellé. L'humain ne peut tout connaître, tout ce que vous apprenez et vivez ici restera dans vos mémoires, influencera vos choix futurs, mais vous n'en aurez pas la vue claire dont vous bénéficiez ici. La plupart d'entre vous ne s'en souviendront pas vraiment mais sauront juste qu'ils veulent ou doivent accomplir tel acte, sans en connaître la raison réelle.

- Certaines n'essaient pas d'accélérer leur formation ?

- Franchement, Adorlphig, tu es pénible : tu n'es jamais content et veux toujours aller plus vite que la musique. Arrête un peu ! intervint Charlig en singeant leur professeur.


De petits pouffements amusés échappèrent à la plupart des élèves. Il fit donc mine d'ignorer l'intervention et se tourna vers Adorlphig qu'il regarda d'un air étonné. Ce dernier jetait des regards noirs à son camarade : s'il aimait beaucoup Charlig, en revanche, il détestait être le sujet de ses facéties. De plus, il était encore sous le coup de la semi-frayeur de leur échappée matinale et lui en voulait, refusant d'admettre qu'il avait eu le choix d'y aller ou non. Adorlphig pensait toujours que les événements arrivaient par la faute et la mauvaise interprétation des autres, il ne pouvait imaginer que ses propres actes avaient des conséquences parfois fort lourdes. « Ça, tu me le paieras, je me vengerai un de ces jours !... », pensa-t-il.


- Quel intérêt ? Votre formation n'est pas un bagne. Pourquoi vouloir rejoindre plus vite le monde d'en bas ? lui demanda Aeryn.

- Pour finir plus vite son cycle et rejoindre les autres mondes...

- Cela arrive bien plus vite que tu ne le penses et parfois bien trop vite pour certaines... Ne presse pas les événements, tout vient à point. De toute manière, tant que votre heure n'est pas arrivée, vous ne pouvez entendre Cyrth.

- Oh...


Il resta quelques instants silencieux puis reprit :


- Mais ces esprits... ces gens ne servent à rien dans le monde d'en bas, alors ? Ils ne font rien pour progresser, ni pour faire avancer l'humanité vers notre But.

- Si bien sûr ! Elles ont leur utilité : rappelle-toi, je vous contais il y a quelques temps que l'amour libèrera le genre humain. Ces âmes ont besoin de l'amour de leurs proches pour évoluer à leur manière, sinon elles se retranchent du monde et trouvent un catalyseur, comme ici, dans le cas de cet homme, une vulgaire poupée de chiffons. Si leur entourage accepte leurs différences, alors il y a plus d'amour et c'est un petit pas vers la libération humaine. Tu comprends ?

- Et le rire, Aeryn ? C'est important, n'est-ce pas ? Si je continue de faire rire, je pourrai aider à cette libération ? demanda Charlig d'un ton mi-sérieux, mi-comique, imitant ainsi Adorlphig par ses sempiternelles questions.

- Oui, bien sûr car il efface les sentiments de colère, de haine, les tracas. Le rire est le cousin de l'amour. Mais, Charlig, prends garde en l'utilisant : il est à double tranchant et peut être très blessant, c'est pourquoi il ne faut pas se moquer des gens, fais bien attention !


L'intéressé prit un air contrit... juste avant de mimer ce qu'il se représentait être un homme donnant de l'amour à une masse de gens. Les gestes étaient démesurés, les mimiques clownesques. Toutes les âmes se remirent à rire, certaines prises d'un fou-rire qui secouait les feuilles du châtaignier, créant ainsi une nouvelle musique verdoyante.


- Charlig...


Aeryn renonça, ses yeux pétillaient d'amusement contenu. Quoiqu'il dise, son élève n'en faisait toujours qu'à son idée. Seul Adorlphig ne riait pas, las de ces pitreries et énervé que l'attention ne se tourne pas en sa direction, lui qui avait des réflexions posées. Il ne comprenait pas que ses compagnons préfèrent les distractions aux choses sérieuses... Autant Charlig le faisait rire d'habitude, autant à ce moment-là, il ressentit une bouffée de haine. Aeryn observait les couleurs de son élève avec inquiétude, mais se tut par crainte d'attirer l'attention des autres sur leur camarade et ainsi d'empirer les choses. Il se concentra donc sur la répartie d'Adorlphig :


- J'entends bien ce que tu veux me dire, mais, Aeryn, l'évolution des hommes passe aussi et principalement par les inventions, l'intelligence. Il n'est pas vital d'avoir de telles personnes, d'autant qu'elles n'aident, si je comprends bien ce que tu nous as expliqué, ni au développement des technologies, ni à faire de nouvelles découvertes qui permettraient d'avancer vers la prochaine ère. Quant à l'amour, nous nous aimons tous ici... Cela change-t-il une fois que nous sommes en bas ?

- Adorlphig, lui répondit Aeryn avec paternalisme, cet homme est un bon sujet d'observation, tu changeras vite d'opinion. L'amour prend d'autres formes une fois que vous avez un corps, ce dernier est entouré d'un halo imperceptible pour des yeux non éclairés. Regarde-le, vois l'aura qu'il dégage ! Dans le monde humain, il peut être une source inépuisable d'émotions riches et pures si tu as la patience nécessaire pour l'approcher et t'occuper de lui. Certes, il ne t'aidera peut-être pas à découvrir l'homme parfait ou la manière de rejoindre la Lune, mais il t'ouvrira de nouvelles voies auxquelles tu n'aurais pas pensé pour t'élever. Tu ne dois pas le rejeter sous prétexte qu'en tant qu'âme, il n'était pas prêt à rejoindre le monde humain et qu'en tant qu'homme, il est différent, plus simple que les autres.


L'élève garda le silence et regarda au pied de l'arbre. L'homme entretenait une grande conversation avec sa compagne inanimée, lui désignait les différents végétaux et les intégrait dans une histoire de son invention. Il semblait heureux ainsi, totalement déconnecté du monde humain. Adorlphig percevait les couleurs chatoyantes qui l'entouraient. Aucune zone fuligineuse, alors que c'en est l'apanage d'un être normalement constitué. Il ne voulait pas voir que cet homme pouvait aider à progresser vers le But : lui aimait les idées brillantes, les grands hommes, il voulait changer le monde. Il ne voyait pas quelle place pourrait avoir un simple d'esprit dans un univers de technologies avancées où les hommes regorgeraient d'idées inventives, où les femmes mettraient au monde des génies intellectuels. Son plus grand désir était de marquer l'Histoire à la manière de ces âmes de légendes : le roi Arthur, Alexandre le Grand, César... « Je serai un grand homme, une grande âme qu'on admirera », décida-t-il.


Le manège des jours et des nuits tournait sans fin autour de l'arbre des âmes. Un hiver rigoureux s'était installé confortablement, nappant de chantilly les végétaux et la terre. Au pied du châtaignier immortel, l'homme à la poupée dormait, réchauffé par une vieille couverture tirée de son sac, abrité du froid par les racines et les branches. Il se nourrissait de baies, de racines, parfois des restes d'un gibier quelconque laissé à l'abandon par les prédateurs de la forêt. Il n'était point dérangé. Ce jour-là, il était las, transi... La poupée avait triste mine et semblait se disloquer avec le temps. Plus cette première se désintégrait, plus l'homme était mal, sans forces.


- Aeryn, pourquoi est-il si mal en point ? Nous ne pouvons rien faire pour l'aider, dis ? demanda Emanualys, toujours soucieuse d'apporter son aide aux autres.


Les deux habitants du bas de l'arbre faisaient fréquemment l'objet d'observations et de commentaires depuis leur arrivée. Charlig passait beaucoup de temps sur les branches inférieures du châtaignier : au fur et à mesure des jours, Adorlphig s'était éloigné sans qu'il ne comprenne bien pourquoi. Son ami lui manquait et il se sentait proche de cet être faible avec lequel il ne pouvait parler. Il observait, parfois mimait l'homme dans ses gestes tendres envers la poupée ou dans ses discussions avec cette dernière. Non pas pour se moquer mais pour apprendre. Il ne pouvait exprimer ses émotions que par cette forme instinctive de langage : la gestuelle d'un corps aujourd'hui évanescent et bientôt de chair.


- Je suis désolé, Emanuelys, mais nous ne pouvons intervenir dans les affaires terrestres. Quant au fait qu'il ne soit pas bien... Son âme s'est trop liée à cette poupée : au lieu de s'attacher à un être semblable, elle a choisi un objet et se meurt en même temps que ce dernier.

- C'est étrange quand même... Pourtant, tu nous as souvent répété que les liens devaient se créer entre âmes, comment est-il possible qu'elle l'ait oublié ?

- Cet homme vit dans le monde imaginaire qu'elle lui a dessiné. Elle-même y croit fermement, notamment parce qu'ils ne sont plus en contact avec le reste de leurs semblables. Cela arrive parfois, mais reste rare. Il est fort probable que ce soit dû au fait que l'esprit bloque l'intelligence rationnelle à l'âge enfantin...

- Il va bientôt mourir, n'est-ce pas ? Et elle, que va-t-elle devenir ?

- Son heure semble se rapprocher, tu as raison... Son âme va rejoindre les autres esprits au corps défunt, prendre un temps de repos avant de compléter sa formation pour retrouver un autre corps.

- Son passage en bas n'aura servi à rien ! s'exclama Adorlphig qui suivait l'échange avec attention. Pas de découverte, pas de liens humains, rien !

- Ne crois pas cela : elle aura apporté de l'amour aux âmes de ses parents. De petits pas, Adorlphig, de petits pas ! Il ne suffit pas d'une action éclatante pour bouleverser l'humanité, nous en avons déjà parlé maintes et maintes fois.



Un matin, l'homme ne se réveilla pas. Son âme affolée d'être libérée de son carcan de chair tournait autour du corps, allait et venait entre la poupée et la masse inerte à laquelle elle n'était désormais plus liée. Elle pouvait maintenant voir l'elfe et ses élèves, entendre leurs paroles, percevoir leurs couleurs lumineuses, ce qui l'inquiétait d'autant plus. L'elfe la regarda puis s'approcha de la lisière des branches. Il se mit à fredonner doucement un air que tous connaissaient. L'esprit terrifié se calma un peu. Aeryn continua. Enfin, l'âme monta le rejoindre. L'être immortel se tut, la regarda et plongea ses yeux dans la forme évanescente : « Il faut que tu y ailles maintenant Maryamanda, sois sans crainte... » Elle l'observa, sembla réfléchir à ses paroles et leva la tête, sans bouger pour autant. « Vas-y, tu ne peux rester ici, tu sais bien que ce n'est plus ta place... La poupée ? Nous veillerons sur elle. Tu n'as plus à avoir peur... » Elle hésita, puis commença lentement son ascension, regardant fréquemment vers le sol le corps qu'elle avait habité et cet amas de chiffons à qui elle avait donné un amour pur. « Au revoir Maryamanda... » dit doucement Aeryn en la regardant disparaître de leur champ de vision.


- Pourquoi n'a-t-elle rien dit ? demanda l'un des élèves.

- Cela peut paraître étrange mais si les âmes des corps défunts peuvent de nouveau nous entendre, faculté dont elles étaient privées pendant leur séjour humain, elles ne sont plus en mesure de nous parler pendant leur passage. Elles ne savent plus parler ni aux humains, ni à nous.


Adorlphig écoutait sans piper mot. Les couleurs qui l'entouraient avaient pris des teintes effrayantes, laissant entrevoir ses pensées. Aeryn se tourna vers lui :


- Adorlphig ? Pourquoi cette colère ?

- C'est du gâchis ! Imagine, cet humain aurait pu faire de grandes choses plutôt que de veiller sur un tas de tissu sale. Il aurait pu si son âme n'avait pas été aussi pleutre... C'est inacceptable ! Comment un homme débile peut-il changer son environnement, il ne sert à rien !

- Tu n'as pas le droit de dire cela ! C'est totalement immoral ! Nous sommes tous différents, ce n'est pas parce que tu es un peu trouillard que je ne te parle pas, alors accepte que cette âme, ces âmes soient différentes ! intervint Charlig.

- Je ne te permets pas de dire que je suis trouillard, ce n'est pas vrai, et c'est n'importe quoi une vie pareille, ça ne rime à rien !

- Si tu penses ainsi, nous n'avons plus rien à nous dire alors, je n'accepte pas que tu puisses imaginer un instant que nous n'avons pas tous notre place en bas. Notre future terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains, lança-t-il avant de se détourner vers son professeur : désolé Aeryn, mais là c'en est trop pour moi, il dépasse vraiment les bornes, je m'éclipse quelques instants...


La jeune âme était vraiment secouée par le départ de l'homme et par les idées terribles que celui qu'il pensait être son ami venait d'exprimer. Il savait que ce dernier avait des opinions bien arrêtées sur la manière dont devaient se comporter les âmes, mais il n'imaginait pas qu'elles allaient aussi loin. Son bouleversement était à ce point visible qu'il en affectait les branches de l'arbre, colorant d'un gris terne tout ce qui l'entourait. L'elfe reçut comme un coup au cœur en le regardant.


- Va faire un tour, va... Adorlphig, tu restes une fois de plus sur tes positions alors que nous en parlons depuis des mois... Elle a accompli ce qu'elle devait, certes, pas de la manière dont tu aimerais que cela soit, mais elle a apporté de l'amour, je te le répète encore une fois. Nous voulons tous apporter du bonheur à ceux qui nous entourent. C'est pourquoi nous sommes tous réunis ici dans un premier temps, puis là-bas ensuite. Essaie d'entendre ce que je viens de te dire et de voir les choses sous un angle différent, cela pourrait être intéressant, ne trouves-tu pas ?

- Je vais essayer...


Les couleurs qui émanaient d'Adorlphig se confondaient de nouveau avec celles de ses compagnons, tandis qu'il se lançait dans une longue réflexion. Peut-être était-il allé trop loin ? Il avait vraiment été outré par cette âme trop timide pour sortir de sa coquille et tenter de faire une action valable. Sa réaction n'avait été que le fruit de ses émotions et il avait ainsi perdu le seul qu'il considérait parfois encore comme son ami... « Tant mieux, il évitera de faire de mauvaises plaisanteries sur mon compte ainsi ! », pensa-t-il d'une manière revancharde.

Aeryn secoua lentement la tête en le considérant. L'intermède serait de courte durée. Il était inquiet : son élève faisait preuve de beaucoup de véhémence à l'égard des âmes d'hommes différents. De plus, la présence du simple d'esprit au bas du châtaignier avait exacerbé les sentiments de l'esprit apprenti. Il espérait qu'avant son départ, il aurait encore le temps de corriger cette idiosyncrasie dangereuse mais quoi qu'il dise, les opinions d'Adorlphig semblaient ancrées dans les fondements mêmes de sa création. Son impression lors de l'arrivée de l'homme à la poupée se confirmait de jour en jour et son appréhension grandissait en conséquence. La prophétie allait s'accomplir dans peu d'années maintenant... Plus que quelques semaines pour corriger Adorlphig et peut-être arriverait-il à éviter le pire, un délai bien trop court au goût d'Aeryn. Sa fonction de professeur lui pesait énormément tant il se sentait responsable de ces âmes et de leurs actions futures, même si celles-ci ne se souvenaient pas de tout par la suite. Il regrettait de n'avoir pu changer Néron et Caligula lors de leur passage ici, ou encore, plus récemment, Ivan que les hommes ont surnommé « le terrible ». Il savait que plusieurs âmes allaient ensemble changer le monde, marquer des générations par les atrocités qu'elles allaient commettre. Pour la première fois, il avait peur et ne se sentait pas à la hauteur de la tâche que les Anciennes lui avaient confiée.


Quelque temps plus tard, en ce mois d'avril mille huit cent quatre-vingt-neuf, Cyrth vint prendre sa moisson d'âmes. Il n'était pas perçu par les élèves tant qu'ils n'étaient pas prêts : son apparence, ses paroles se situaient sur un autre registre de notes afin de ne pas perturber le déroulement de la formation. Après un long échange avec Aeryn, il commença l'appel des élues et leur donna leur lieu de destination et leur nom d'humain. Ces dernières étaient alors attirées par une force immense à laquelle elles ne pouvaient résister, puis venaient se blottir au creux de ses bras. Charlig et Adorlphig se retrouvèrent ensemble pour la première fois depuis leur altercation... Leurs divergences s'estompèrent devant la nouvelle aventure qui commençait : celle de la vie humaine, leur vie.


- Tu vas où, toi ? demanda timidement Aldorlphig.

- En Angleterre ! Je rejoins un couple d'acteurs...

- Avec ton talent, c'était à prévoir... Tu es content ?

- Oui, très ! Je pourrai sans souci continuer à faire rire les gens ! Et toi ?

- Dans un petit village à la frontière austro-allemande...

- Ça n'a pas l'air de te ravir...

- C'est-à-dire que je ne sais qu'en penser. Je verrai bien, le couple n'a pas l'air très heureux. Cela ne promet pas un déroulement facile. De toute façon, je ne pourrai rester toutes mes années dans ce village, je veux devenir quelqu'un d'important, moi !

- Ah... Ben, tu verras bien...

- Et tu vas t'appeler comment ?

- Charlie... comment m'a dit Cyrth déjà ?... Ah oui, Charlie Chaplin ! Ça sonne bien, tu ne trouves pas ?

- Effectivement, c'est pas mal !

- Et toi ?

- Adolf Hüttler...


Cyrth prit son envol. Aeryn resta longtemps silencieux, observant les étoiles qui brillaient au-dessus de lui.


 
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   Lapsus   
3/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est une version "elfique" et charmante de la métempsychose. L'idée est joliment amenée et soutenue, les échanges sont légers, volontairement moralisateurs.
L'impulsion, la direction, la pente naturelle que reçoivent les âmes en formation laissent peu d'espace à la formation humaine et aux influences ultérieures. L'inné ou la pré-formation seraient donc plus forts que l'acquis.
Est-ce à dire que, quelque part, le film "Le Dictateur" était déjà les tuyaux du Temps ?
Cette nouvelle traite de la pré-existence et de la post-existence humaines, en cela elle fait preuve d'originalité.

   MissGavroche   
4/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'idée de la formation des âmes est originale, la nouvelle est d'une écriture agréable. Cependant je trouve le déroulement trop prévisible, peut-être le titre trop explicite comme le nom d' Adorlphig.

   Anonyme   
4/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Yggdrasil et non Yggdasil, est l'arbre-monde de la mythologie scandinave, c'était un frêne, et non un châtaignier.

Je trouve cette chronique elfique percluse de prévisibilités, néanmoins il y a de l'idée derrière. Le sujet s'essouffle rapidement. Le dénouement n'est pas convaincant.

N'empêche que l'écriture est intéressante, mais encore malhabile !

   Anonyme   
4/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Sur la forme :
De ... se diffusent : la construction me gêne
rares à être encore un peu maladroit..
Son rôle est trop important pour qu'il disparaisse: et là je me dis mais qui diantre veut le faire disparaitre
Fagacée ça m'énerve...de chercher

Sur le premier dialogue j'aurais préféré plus de punch : (ex quand il répète non parce qe je suis pas comme tout le monde...) je trouve inutile et ça alourdit le dialogue
Bon répéter infundibuliforme relève de l'obsession là non ? (surtout que perso je trouve ce mot laid)
Aujourd'hui, ils n'attendaient plus que le passage de Cyrth: là je suis larguée qui c'est celui là quel est son rôle ?

J'aime beaucoup l'arrivée du simple d'esprit et l'interprétation je trouve ce passage réussi (par contre j'ai une indigestion de champignons là)

APrès au vu des réactions d'Adormachin on s'attend un peu à ce qui va se passer, mais justement ses réactions par rapport à ce qu'on craint restent très nettement lisses.

Malgré ce que j'ai relevé ce texte est d'un bon niveau il y a des imperfections de style mais j'aime bien la grâce et l'ambiance qui se dégage. L'idée de fond aussi.

Bon effectivement pour la fin il n'y a pas d'effet de surprise mais avec un peu de punche ce serait un très bon texte

Merci

Xrys

   jaimme   
5/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
"tout ce que les humains savent sans l'avoir appris et qu'ils nomment mémoire collective":ce n'est pas la mémoire collective ça, plutôt une forme de réminiscence due à la métempsychose.
C'est un détail.
Surtout, d'une façon générale, le style est à retravailler car la lecture est très chaotique, peu fluide.
Et surtout je me suis fait violence pour arriver jusqu'au terme du récit; je n'ai pas été suffisamment intéressé par l'histoire. Et pourtant le thème aurait été intéressant.
Une autre fois sans doute.

   Anonyme   
5/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Alors quelques petites choses qui m'ont embêtée dans la formulation :

"De son feuillage touffu, se diffusent dans l'air ambiant des musiques cristallines et les couleurs d'un arc-en-ciel changeant..." le verbe diffuser manque de poésie dans cette phrase toute en douceur.

"chacun sait que l'habitant du châtaignier se nomme Aeryn et qu'il est l'un des rares elfes à être encore sur cette terre." J'aurais mis "à vivre" et non "à être".

"Aeryn, les sourcils froncés, le regardait faire tout en continuant sa chanson. Il aperçut par la même occasion les deux polissons en bas du châtaignier." l'enchainement de ses deux phrases ne me paraît pas idéale.

"L'intéressé prit un air contrit... juste avant de mimer ce qu'il se représentait être un homme donnant de l'amour à une masse de gens." Ce qu'il se représentait, cela plombe un peu la phrase. Casse le rythme. J'allègerai.

Les dialogue ne me convainquent pas tout à fait non plus, il manque de force, de vie.

Par contre l'idée de base est vraiment bonne. Beaucoup d'originalité.
Cette nouvelle a beaucoup de potentielle mais devrait être, à mon sens, un peu retravaillée pour être bien exploitée.

Bonne continuation à l'auteur !

Electre

   NICOLE   
5/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire belle comme un conte pour adultes. Une fable dont la morale tient en une phrase : "Le rire est le cousin de l'amour".
Un voyage initiatique avec une vraie chute, même si la surprise finale est un peu déflorée par le titre, trop explicite à mon avis.
J'ai passé un très bon moment, et je ne me suis pas ennuyée une seconde, malgré la longueur du texte.
Merci Cassanda, je reviendrai.

   Eric-Paul   
5/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Cassanda ,

L'idée est excellente et tu t'es affranchie magistralement des contraintes du concours ( en dehors du doublon "infundibuliforme" )

Chaplin et Hitler s'étaient déjà retrouvés dans "Le dictateur" ... Il est dommage que tu aies décidé d' offrir la chute de ta nouvelle dans son titre.

Le texte aurait pu être parfois plus concis pour plus de force et plus de rythme.

J'ai toutefois passé un bon moment tes Elfes et je suis certain que la sortie en salle de la seconde partie d'Arthur et les minimoys t'apporteront pas mal de lecteurs...

   florilange   
8/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Vraiment beaucoup aimé l'idée de ce texte. Mais pas le titre, qui casse la chute.
Selon moi, les dialogues sont inégaux, souvent répétitifs. Cependant j'ai lu avec intérêt, sans m'ennuyer.
Le style laisse souvent à désirer. Trop de verbe "être". Trop de "cette première", "cette dernière". On peut avoir recours aux pronoms "il", "elle" ou encore "celle-ci", non?
"Se reconcentrer" n'est ni très beau, ni très correct.
Des accords : "... siècles qu'il a traversé" - manque 1 "s".
Florilange.

   Menvussa   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Cassanda,

Un texte original, qui nous présente l’humanité et ses destinées sous un angle nouveau.

J’ai trouvé l’écriture un peu lourde par sa construction, phrases un peu longue, répétitions, texte peu aéré. Pourtant le ton employé rend assez bien ce côté aérien d’un monde invisible niché entre ciel et terre. C’est assez paradoxal.

Une légende, un conte, qui manque un peu de relief, peut-être pour insister sur un certain côté immuable, comme si les dés étaient déjà jetés avant la naissance.

Un texte somme toute assez curieux.

Au plaisir de te lire

   Meleagre   
11/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'idée est assez originale. Cette formation des âmes par un elfe avant la vie humaine est une invention intéressante : finalement, toutes les âmes, avant de vivre, connaissent les mêmes choses, mais elles en oublient beaucoup...
La chute est assez attendue : même si je ne savais pas précisément que Chaplin et Hitler étaient nés en 1889, je me suis vite douté que la nouvelle parlait de leurs âmes.
J'aime bien la manie de Charlig d'imiter les autres en amplifiant leurs gestes, pour faire rire, sans forcément se moquer... Mais la formulation en est un peu simpliste : " il est à double tranchant et peut être très blessant, c'est pourquoi il ne faut pas se moquer des gens, fais bien attention !"
Le style ne met pas assez en valeur ces idées originales : le style est simple, peut-être pour imiter celui des légendes, mais il est parfois poussif (Exemple : "Si Aeryn envisageait sans sourciller le départ de Charlig, celui d'Adorlphig, âme intelligente mais butée sur des points importants tels que l'acceptation de l'autre et de ses différences, la compassion, était nettement plus problématique").
La tirade d'Aeryn (qui comence par "L'amour prend d'autres formes une fois que vous avez un corps, ce dernier est entouré d'un halo imperceptible pour des yeux non éclairés.") est une leçon de morale bien pensante, un peu rebattue, et dont la formulation manque de saveur.
J'ai eu du mal à rentrer dans le texte, à comprendre le rôle d'Aeryn.
J'aurais bien aimé savoir quelle est cette "ballade sur les histoires de l'humanité" chantée par Aeryn, et quelle est la prophétie qu'il évoque.
Bref, une idée originale et intéressante, mais qui gagnerait à être mieux mise en valeur par un style plus fluide, plus travaillé.
Merci Cassanda.

   colibam   
12/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le sujet central de cette nouvelle est certes intéressant mais traité de manière trop poussive.
Les répétitions et l'abondance d'explications alourdissent le récit qui traîne en longueur.
Il aurait été sans doute judicieux de choisir un titre moins évocateur pour laisser au lecteur le plaisir de la découverte.

Il y a de l'idée mais le sujet n'est pour moi pas exploité de manière convaincante et efficace.

   jamesbebeart   
13/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Joli texte aux accents moralisateurs qui se laisse lire sans peine. Le style est fluide et l'écriture maîtrisée ; dommage que le titre déflore un peu le sujet en rendant le final prévisible. De jolies idées qui prennent l'allure d'un conte philosophique. Merci pour cette lecture revigorante.

   Anonyme   
16/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié le côté absolument féérique de cette nouvelle, ça m'a fait penser à l'Oiseau Bleu...

J'ai vite reconnu les protagonistes (soeur Emmanuelle?) et j'ai donc vite compris où tu voulais en venir, mais j'ai quand même aimé découvrir l'histoire, que j'ai lue doucement...
(tiens c'est une faute de frappe Hüttler ou c'est voulu?)

Une belle plume, un vocabulaire varié, un style tout en douceur et une maitrise du fil narratif assez agréable.
Je suis moins fan des longs paragraphes, généralement, mais ça ne me perturbe pas, ici.

J'ai trouvé que tu aurais pu nous laisser un peu plus de suspense en ne nous donnant pas des noms d'âmes si proches des finalités des prénoms humains, ça aurait pu accentuer l'effet... je pense.

L'insertion de la moralité via le vecteur du simple d'esprit est intéressante. J'ai moins aimé qu'infundibuliforme revienne deux fois. Pour moi, les champignons suffisaient. L'arbre est bien respecté, j'ai aimé l'image qui m'est venue à la lecture.

D'ailleurs, j'ai aimé me retrouver dans une ambiance un peu "Legend", vraiment... très visuelle, très douce, lumineuse, une nouvelle longue qui coule doucement...

Merci Cassanda et bonne chance pour le concours.

   Bidis   
18/12/2009
Je n’ai pas accroché du tout, du tout. Peut-être parce que j’attendais beaucoup du texte à cause du titre. L’écriture est agréable mais l’histoire ne me dit rien. Dès que je lis le mot « elfe », mon esprit se ferme de toute façon. En fait, je suis allergique au merveilleux. Donc, je n’ai pas continué ma lecture jusqu’à la fin et ne mets donc pas d’évaluation. Mais comme pour d’autres nouvelles, il s’agit de mon ressenti, je sais que ce n’est pas tout à fait objectif.

   Ninjavert   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ben moi j'ai plutôt aimé ce texte. Il a un côté rafraichissant, on se croit en pleine fable, le tout est très mignon, très onirique, et soudain, paf, le parallèle froid et dur nous arrive en pleine gueule.

L'écriture est simple, agréable. On va à l'essentiel, sans fioritures. Ça aurait pu être un peu plus riche, notamment lors des descriptions. C'est peut être un peu trop "simple", justement. Sans complexifier l'écriture avec des tournures à la noix ou des expressions compliquées, mais juste enrichir un peu l'ensemble, mettre un peu de vernis sur la peinture, de la crème sur la tarte tatin, quoi. Tu ne nous décris pas grand chose, notamment la forme de ces petites "âmes". Au début, tu les cites comme étant "les fruits" d'Yggdasil, puis on comprend que ce sont les âmes des futurs humains. Mais sont-elles humanoïdes ? Informes ? Ne pas "visualiser" les personnages m'a un peu dérangé.

Concernant l'histoire, la surprise a été un peu gâchée car j'ai compris très tôt qui serait Adorlphig. Les jeux de mots avec le nom des âmes est rigolo (Emanuelys est celle qui m'a définitivement mis la puce à l'oreille), mais la faute au concours et notamment aux fantômes de Brunau, l'effet de surprise a été spoilé. Pas ta faute :)

Dans cette esprit, je regrette que le personnage d'Adorlphig devienne si vite antipathique. J'aurai aimé qu'il soit plus ambigu, qu'on se dise moins vite que -même s'il n'est pas dramatiquement méchant- ça va être lui le con de l'affaire. Tu montres bien ses doutes, ses remises en questions, ses difficultés à s'intégrer. Mais ses prises de positions sont déséquilibrées. A part au début où il paraît sympathique (car on ne le connaît pas encore), dès que je suis entré dans l'histoire je n'ai pas réussi à le trouver attachant. Je ne sais pas si ça vient de moi ou si tu as un peu raté le dosage (selon comment tu voulais le faire paraître aux yeux des lecteurs), mais j'aurai aimé qu'il n'ait pas d'office la casquette de "méchant" (en devenir, ici).

Au final, j'aurai trouvé ta chute beaucoup plus forte si Adorlphig nous était justement présenté à l'inverse, comme quelqu'un de gentil, de soucieux de faire avancer les choses, de faire de grandes choses, mais sans cette dimension dure et inhumaine qui fait qu'on le soupçonne très vite. La nouvelle de Buzatti "pauvre petit garçon" tire sa force justement de ce contraste entre le petit garçon chétif, malmené, auquel on s'attache avant de comprendre qui il est.
Ici, n'étant pas attaché au personnage, la chute fait moins d'effet. Après, ça n'était peut être pas ton but de reprendre la même "structure" dans ta nouvelle...

J'aime bien le personnage d'Aeryn. J'aurai bien aimé en apprendre plus sur l'univers que tu nous dépeins. Que se passe-t-il au delà du feuillage d'Yggdasil ? Les contraintes t'obligeaient à ne pas quitter l'arbre et le propos de la nouvelle n'était pas de nous décrire toutes les étapes de la vie de ces âmes. Mais on devine qu'il y a d'autres choses lorsque l'âme du simple d'esprit s'élève. Ma curiosité aurait aimé en savoir plus sur les avants et les après de ces existences :) Dans une autre nouvelle peut être ?

En tout cas j'ai aimé la simplicité et la cohérence de l'ensemble. C'était agréable à lire et le contraste entre la légèreté du texte, son écriture simple, et la réalité lourde, pesante qu'on découvre a la fin est intéressante.

Un texte que tu pourrais facilement retravailler pour le rendre encore plus intense, plus contrasté, plus fort. Mais une belle réussite à mes yeux, et un très agréable moment de lecture :)

Merci Cass' !


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