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Horreur/Épouvante
Catlaine : Une alliance destructrice
 Publié le 25/05/20  -  9 commentaires  -  6573 caractères  -  96 lectures    Autres textes du même auteur

Qui a dit que la randonnée, c'est bon pour la santé ?


Une alliance destructrice


J’écris peut-être mes derniers mots. Je me suis assoupie, je ne sais plus quels jours nous sommes…

Avec le groupe de marche, nous avons décidé de faire une balade en forêt ; le printemps s’est enfin installé, c’est le moment propice à ce genre d’activité. Après quatre heures de randonnée, nous nous installons en rond sur un plaid pour déjeuner. Nous avons respecté le temps imparti et redescendrons par l’ubac pour arriver à Beesville où notre bus nous attend.

Notre guide, Raphaëlle, ouvre la marche et nous amorçons la descente, c’est parti pour trois heures de dénivelé. Nous n’avons pas vraiment le temps d’admirer le paysage qui pourtant est magnifique, nous traversons les bois en suivant le murmure d’un ruisseau, les clairières sont en fleurs et des odeurs de miel flottent dans l’air.

Enfin, nous prenons le temps de faire une pause et Raphaëlle nous propose de visiter une ferme apicole avant d’entrer dans le village. Ravies, nous bifurquons sur la gauche, franchissons la rivière qui a enflé depuis notre départ ; nous jouons les équilibristes sur les pierres de gués, insouciantes.

Le bourdonnement caractéristique commence à nous parvenir et certaines d’entre nous ont un peu peur mais Raphaëlle les rassure, lorsqu’un homme en combinaison blanche se matérialise pratiquement sous nos yeux.

« Salut Vincent ! » lance Raphaëlle.

Vincent ne répond pas, il se contente de nous faire signe de le suivre. De sa démarche saccadée, il nous entraîne vers les premières ruches en bois. Il y en a une dizaine, alignées telles des petites maisons avec leur toit pentu. D’un nouveau signe de la main, il nous demande de nous mettre en cercle autour de lui. Il doit être muet. Nous nous exécutons, les plus flippées derrière, les plus courageuses ou inconscientes en première ligne. Son visage me paraît légèrement bouffi à travers son voile. Il actionne le soufflet de son enfumoir et une légère odeur de cire brûlée se répand dans l’atmosphère ; le bruissement des abeilles se fait de plus en plus puissant.

Je regarde un peu plus loin et je vois des ruches tels des cercueils en bois, à taille humaine, posés sur des consoles ; un frisson me parcourt l’échine et je réalise que je fais partie des… inconscientes.

Tandis que je me perds dans des supputations infondées, Vincent a enfumé la ruche suivante puis la suivante sans répondre aux interrogations de mes amies. Je m’approche de lui pour fixer son regard mais on dirait qu’il ne me voit pas, non pas qu’il soit aveugle cependant ses pupilles sont extrêmement dilatées. Je sursaute en voyant sa peau boursouflée bouger comme si une pustule allait éclater mais je suis distraite par un cri qui me fait me retourner.

En pénétrant sur le terrain de l’apiculteur, nous n’avions pas remarqué les arbres sur notre gauche ; des amas vibrants d’insectes mellifiques, accrochés aux branches tels des atomes d’un même corps, semblent vouloir se séparer et exploser en milliards d’éclats d’obus assassins.

Nous nous mettons toutes à courir dans tous les sens en hurlant, cherchant un refuge ou tentant de nous échapper vers la ville, vers Beesville.

Je cours vers ces ruches en forme de cercueil que j’avais repérées plus tôt, ne sachant où aller. Il m’a semblé que ce côté-ci étant éloigné, je risquais moins.

Imprudemment, je colle mon oreille contre le bois, je tapote, rien, j’en conclus que la boîte est vide. Je l’ouvre et me réfugie à l’intérieur en priant qu’il n’y ait aucune ouverture mais terrorisée, j’oublie que j’ai besoin d’oxygène. Je ferme les yeux, essaye de contrôler mon rythme cardiaque qui s’est dangereusement accéléré. J’entends d’horribles hurlements, je m’en veux… un peu… d’avoir abandonné mes camarades mais il me semble me souvenir que lors de ma formation aux premiers secours, l’instructeur a expliqué qu’il fallait se mettre en sécurité avant de pouvoir agir, eh bien, c’est ce que j’ai fait. Je me rassure.

Peu à peu le silence se fait, je ne sais pas depuis combien de temps je suis enfermée entre mes quatre planches mais je pense pouvoir sortir. Je pousse sur le couvercle, d’abord doucement puis de plus en plus fort, je suffoque mais impossible, il a dû être scellé, mais comment ? Je réussis à sortir ma lampe torche, celle que j’emporte toujours avec moi quand je vais marcher, la batterie est à moitié vide mais elle éclaire encore suffisamment. Je distingue alors le long des parois des coulées jaunâtres et légèrement pégueuses au toucher. Je m’aperçois alors que cette substance est présente tout autour entre le couvercle et la boîte. Je hurle à m’en rendre sourde, je tape à m’ensanglanter les phalanges et la terreur m’assaille, je me mets à trembler, à pleurer, peu à peu la torpeur m’entraîne et je m’évanouis.

Lorsque j’ouvre les yeux, il fait très noir, je suis engourdie, sans doute par le manque d’oxygène mais je ne suis pas morte, pas encore. Je ne peux prévenir personne, mon mobile est resté dans le car avec ceux de toutes mes partenaires mais je me promène toujours avec un cahier et un crayon pour croquer mes observations, pour y coucher mes pensées.

Je réussis à les attraper dans mon sac à dos et ma lampe éclaire toujours. Je veux laisser un message à ceux qui me trouveront, comme un testament ou mes dernières volontés.

Je m’assoupis sur mes écrits, à mon réveil, je sais qu’il fait jour, des rais de lumière pénètrent le cercueil où je suis enterrée vivante depuis des heures ? Des jours ? C’est grâce à ses petits trous percés dans le bois que je peux encore respirer mais pour combien de temps ? Je récupère mon crayon mais je me sens de plus en plus ankylosée, la mine de mon crayon se brise, j’ai sans doute écrit mes derniers mots.


***


Une équipe d’intervention dépêchée sur place en hélicoptère cherche les traces d’un ou plusieurs ennemis redoutables. Les militaires sont équipés d’épaisses combinaisons, de masques à cartouche, de bottes et sont armés de lance-flammes.

Des restes humains mangés par les vers jonchent le sol. Les abeilles ont attaqué et paralysé ou tué le groupe de marcheuses. Les hommes brûlent les ruches, ils ouvrent les cercueils, récupèrent les objets qui peuvent servir de témoignages, parmi eux le cahier d’une certaine Antophila (et oui, ça ne s’invente pas).

Après avoir scellé son cercueil avec de la cire, les abeilles se sont introduites à l’intérieur par les trous que les termites ont percés pour elles. Elles ont anesthésié la jeune femme puis les fourmis légionnaires ont grimpé et utilisé Antophila comme garde-manger.

« Toujours le même scénario », soupire un soldat.


 
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   ANIMAL   
25/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Eh bien, voilà une vraie histoire d'horreur qui se termine mal.

La nouvelle se lit d'une traite. Ecriture sans défaut et très visuelle, on imagine chaque étape, les paysages, les randonneuses, la visite apicole avec ce gars plus que suspect en tenue d'apiculteur. La plus maligne va-t-elle s'en sortir ? Non, aucun survivant et et c'est elle qui aura la mort la plus atroce.

J'aurais aimé en savoir plus sur le pourquoi du comment. Les insectes se sont-ils révoltés contre les humains? Que savent exactement les militaires ? Je lirai volontiers un texte plus long, avec une héroïne plus chanceuse.

Une bonne histoire.

   cherbiacuespe   
3/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Une alliance des insectes contre les humains? Ils veulent prendre le contrôle du monde! La guerre des mondes quoi!

Une bonne histoire d'épouvante, bien échaffaudée, bien pensée. Elle est assez bien construite si ce n'est que dans ce type de récit il faut transmettre toute la (les) frayeur au lecteur. L'auteur(e) est un peu passé à travers selon moi. Mais c'est un exercice difficile qui exige de trouver les mots et les bonnes formules. Je dirais que le sujet est bien traité mais qu'il franchirait un palier avec un supplément côté horreur.

Je n'ai pas noté de fautes, le plan de l'histoire est limpide, simple et efficace. Une nouvelle qui peut servir de base pour quelque chose de plus élaboré.

Cherbi Acuéspè
En EL

   Donaldo75   
5/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Voici une nouvelle qui m’a bien plu. C'est plutôt court mais le récit fonctionne. Bien entendu, j'aurais aimé en savoir plus sur le pourquoi du comment en passant par le qui du quand du que sais-je mais finalement n'est-ce pas le signe d'une histoire bien racontée que j’en demande plus ?

Bravo et merci pour le partage.

   thierry   
26/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Oui ça marche !
La construction est simple, la chute est sympa... Le style est un peu facile (je n'aime pas le "je risquais moins." par exemple).
J'ai l'impression que l'auteur avide de nous plonger dans la vision d'une mort particulièrement atroce et cruelle - c'est justement la narratrice qui se fait dévorer - se précipite dans l'épouvante. Tout l'art de ce type de récit est de nous faire attendre, languir, espérer une issue heureuse, nous faire hésiter, avant de décider.
Voilà donc de bonnes bases pour en effet aller plus loin, fut-ce à pied de randonneurs !
Merci pour ce moment

   plumette   
26/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La nouvelle commence par la fin avec cette première phrase énigmatique où le pluriel de "quels jours" prend un peu au dépourvu. Comme on repart en arrière, j'aurai vu du passé simple plus que du présent pour le récit? Mais en fait je comprends le choix du présent qui allège et rend le texte plus dynamique.
La description( brève )de la randonnée me laisse perplexe car je n'ai pas l'habitude de faire 3 heures de dénivelé uniquement en forêt.
le côté horrible du piège est très prenant mais j'aurais aimé avoir plus d'éléments de contexte sur ce monde où les insectes s'attaquent aux humains. je suppose que l'envahissement est déjà bien entamé, la ville s'appelle Beesville tout de même!

je suis un peu perplexe, car ce n'est pas mon genre de prédilection, mais la nouvelle est réussie dans ce qu'elle véhicule d'horreur.

Bonne continuation

   Malitorne   
26/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Je trouve qu’elle a un peu ni queue ni tête votre histoire. Ça commence avec une randonnée, une visite de ruches, des arbres mitrailleurs, la narratrice qui saute dans un cercueil et finit par se faire bouffer par des fourmis ! Pourquoi ? On n’en sait rien. Trop d’éléments disparates qui m’ont perdu et me font croire que votre récit souffre d’un flagrant manque de construction. J’accepte sans problème le fantastique – j’en fais moi-même – mais il faut au minimum une trame sous-jacente. Là vous nous balancez une histoire, courte au demeurant, sans prendre la peine de nous donner la moindre piste. Un procédé qui m’apparaît gratuit, trop facile, pas soutenu par un style commun et comportant des problèmes de temps.
Ce n’est que mon ressenti, ne le prenez pas plus qu’il ne vaut, vos autres lecteurs ont visiblement davantage apprécié.

   papipoete   
28/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Catlaine
Je sais que lorsque l'on croise un chien errant, il ne faut surtout pas lui montrer qu'on a peur ( facile à dire ! ) Ici, c'est d'abeilles que l'on pourrait avoir à craindre, mais le temps d'y songer et il est déjà trop tard ! Heureusement, il y a ces boites là-bas où se réfugier...
NB l'auteur nous enferme dans ce cercueil, où l'on put se sauver de la mort ; idée funeste que les sauveteurs ne pourront que constater : " toujours le même scénario " lâchera l'un d'eux, comme résigné !
J'aime bien le décor du frisson et la mise en page de celui-ci, et regrette de n'avoir rien vu qui put sauver l'héroïne...

   Shepard   
28/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Cette nouvelle tient sur un fil, une situation balancée à la figure et basta. Je suis plutôt adepte du court sans plus d'explications, mais je reconnais que c'est très difficile à faire. L'horreur est aussi un genre qui oublie souvent la logique au profit du choc (malheureusement), et c'est un peu le cas ici.

Lors du déroulement de l'histoire il y a deux points que je n'arrive pas à concilier : 1- pourquoi ce foutu apiculteur est incapable d'expliquer la situation (et que Raphaëlle ne sente rien de bizarre, elle emmène aussi tout le monde là, sans passer par la case protection et personne ne bronche ??) ; 2- se planquer dans un cercueil au lieu de se réfugier dans la ferme... m'apparaît comme une astuce pratique pour amener la scène finale.

Au final, je suis généralement prêt à passer outre ces d'accroches, si le personnage me suffit. Là, je n'ai pas trouvé grand chose pour m'investir dans la peur de cette femme inconnue.

En fait, une idée d'histoire qui mériterait un peu plus de consistance pour me plaire...

   hersen   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je comprends l'idée, celle d'aller bon train, de rester dans l'action, mais je pense que malgré tout, ça va un peu trop vite.
Beesville, c'est marrant. Surtout avec ces abeilles tueuses !

ce qui me chiffonne, c'est Raphaëlle : elle dit "salut Vincent ! et hop, elle disparaît. Il manque à mon avis une charnière, ou alors il ne fallait pas inventer ce personnage.
je reste avec un sentiment un peu frustrant. il me semble qu'en y travaillant un peu plus, ce texte pourrait avoir un bel impact.

Merci de cette lecture.


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