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Humour/Détente
PlumeD : Scipion au paradis
 Publié le 31/05/20  -  9 commentaires  -  7786 caractères  -  58 lectures    Autres textes du même auteur

Les tribulations d'un drôle d'oiseau… de paradis.


Scipion au paradis


Scipion ayant été un marin exemplaire, il était normal qu’à sa mort il se retrouvât au paradis. Exemplaire, le terme n’est peut-être pas tout à fait exact, car il ne manqua pas pour arrondir sa solde de se livrer à l’occasion à de menus forfaits relevant de la piraterie, rien de grave, c’était l’époque héroïque de la marine à voile, des glorieux conquistadores, et ma foi, un bon gros galion bien dodu qui piquait du nez dans les vagues sous le poids de ses pièces d’or, plus qu’une aubaine, c’était presque une bonne action que de le soulager quelque peu de sa charge. Dieu en avait sans doute jugé ainsi…

Bref, Scipion, suite à une joyeuse bordée un peu trop arrosée, se retrouva tout là-haut, à quatre pattes dans un champ de pâquerettes ; il y en avait jusqu’à l’horizon des pâquerettes et d’autres fleurs dont il ignorait le nom. Ça sentait bon certes, mais aux jolies fleurs des champs, il avait toujours préféré l’atmosphère enfumée des tavernes où se mêlaient des relents de sueur et de rhum… Bref, les pâquerettes ce n’était pas son truc.

Puis le décor changea, il se retrouva entouré d’une bande de joyeux drilles, (tous vêtus d’une tunique à la blancheur irréprochable) qui tout en se tenant la main dansaient au son d’une musique aigrelette, un rien nasillarde sans rapport aucun avec les soupirs puissants et mélancoliques des accordéons. En fait de joyeux drilles, à mieux y regarder, tout ce monde avait plutôt l’air de s’ennuyer, leur joie sonnait aussi fausse que leur musique, ce fut du moins ainsi que Scipion percevait les choses, le manque d’habitude sans doute…


— Excusez-moi, demanda-t-il très poliment à un petit groupe qui se tenait à l’écart, quelle est la direction du port ? J’aimerais réintégrer mon navire, mes camarades m’attendent.

— Mais nous sommes tous tes camarades ici, répondit avec un large sourire un beau jeune homme un peu guindé, bon chic bon genre, tout à fait la sorte d’individu qu’il détestait.

— Le port, vous comprenez ! reprit-il subitement en colère : les tavernes, les bordels, les odeurs de poissons pourris, les bittes d’amarrage, les cordages, les guindeaux, les mâts de misaine, les focs, les trinquettes… le port quoi !


L’autre reprit, sans se départir de son large sourire :


— Ha ! je comprends, vous venez d’arriver, gardez votre calme, tout va s’arranger, vous voyez là-bas la silhouette toute blanche qui touche à peine le sol, c’est Marcel, l’ange Marcel qui s’occupe de notre secteur. Il va vous conseiller.


Le personnage en question était en effet en train de voleter comme un gros papillon autour d’un massif de roses et d’immortelles. À la demande de Scipion il commença par se gratter les ailes en signe d’embarras, puis retira de celles-ci un plan du paradis.


— La mer, la mer, bredouilla-t-il, voyons voir, voyons voir…


Il chercha attentivement puis déclara péremptoire :


— Pas de ça chez nous. Nous n’avons que quelques mares disséminées par-ci par-là avec de jolis nénuphars, de paisibles grenouilles, un peu plus au nord un ruisseau aux eaux cristallines qui serpentent et cascadent de rocher en rocher caressant au passage les frêles pousses de roseaux qui elles-mêmes…

— Bon, bon, l’interrompit brutalement Scipion que commençait à agacer cette digression pseudo-poétique. Je ne vais tout de même pas ad vitam æternam (bien que baroudeur des mers Scipion possédait néanmoins une certaine culture) passer mon temps à faire flotter sur vos foutues mares des morceaux de liège avec une branchette en guise de mât, moi marin aguerri, flibustier reconnu et vénéré de mon vivant.

— Oui, oui, bien sûr consentit gêné l’ange Marcel, en se gratouillant à nouveau le plumage. Écoutez, je vais en toucher deux mots à mon archange.

— Qu’est-ce encore que cet oiseau-là ! s’exclama Scipion.

— Mon supérieur hiérarchique, le boss si vous voulez.


Et sans attendre, dans un grand bruissement d’ailes qui fit plier jusqu’au sol les fleurettes, il disparut à l’horizon.


Scipion attendit, une volée d’oiseaux pour le distraire tournoya au-dessus de sa tête mais leur pépiement joyeux ne fit que l’importuner et éveilla tristement en lui le souvenir de son perroquet qu’il avait laissé tout seulet dans un monde de misère, pauvre bête à laquelle, ceci dit en passant, il avait enseigné de grasses bordées d’injures qu’il ne serait pas convenable ici de rapporter.

Mais bientôt dans le lointain, un petit point lumineux se mit à grossir, se transforma en nuage d’où sortit un grand bonhomme au visage un peu austère, mais qu’égayaient heureusement deux petites soucoupes qui tournoyaient au-dessus de son crâne. Scipion qui bien que flibustier avait quelques notions de théologie comprit aussitôt qu’il s’agissait d’auréoles et comme il en possédait deux ce ne pouvait être que le grand chef annoncé.


— Mon bon ami, commença-t-il sur un ton paternaliste qui aussitôt indisposa Scipion, je suis au regret de vous confirmer que nous n’avons plus de mer. Il est vrai que par le passé, Dieu dans sa grande miséricorde en avait créé une pour vous complaire, vous autres marins, mais plusieurs de nos bonnes âmes ayant failli s’y noyer notre maître à tous dans son infinie sagesse a préféré l’assécher. Qu’aurions-nous fait des noyés, je vous le demande ! Créer une annexe au paradis pour accueillir ces morts récidivistes ? Oh là là ! que de complications, rien que d’y songer j’en ai des frissons dans mon plumage…


Puis tout comme Marcel l’avait fait, il farfouilla dans celui-ci et en retira un épais grimoire orné de riches dorures damasquinées, et se mit à le feuilleter.


— Voyons voir… voyons voir… magouilleur, maquignon, maffieux repenti, malfrat… Ha ! nous y voilà… Marin : marin d’eau douce, ce n’est pas votre cas bien sûr… marin d’opérette… pas davantage, vieux loup de mer, voilà qui vous convient je pense.


Scipion s’empressa fièrement d’approuver.


— Ha ! Ha ! reprit-il satisfait, en ajustant sur son nez un vieux lorgnon (toujours sorti de ses plumes) afin de déchiffrer les petits caractères. Tout est prévu. Première étape : on vous octroie une période d’essai d’un mois pour tenter de vous accoutumer (Scipion fit alors une moue dubitative). Dans la négative vous filez droit en enfer ou bien on vous renvoie sur terre, enfin sur mer plus précisément à bord d’un bateau fantôme. Vous ne serez pas le premier, des camarades ayant fait ce choix se feront un plaisir de vous accueillir.


Scipion abasourdi par ses nouvelles osa demander à l’archange, afin de se remettre, si à tout hasard il n’y aurait pas caché sous ses plumes une petite bouteille de rhum.


— Non, non, répliqua vertement celui-ci outré par une telle demande, l’alcool est chez nous strictement interdit ; ici nous ne nous enivrons qu’avec les senteurs voluptueuses des petites fleurs des champs.


Suivit une énumération interminable de celles-ci : muguets, pois de senteur, violettes, roses, boutons d’or, pissenlits… Énumération qui ne parvint pas à convaincre véritablement notre marin.

Scipion, comme on s’en doute un peu, ne fut pas long à prendre sa décision, dès l’aube il demanda sa mutation. Ce serait le bateau fantôme.


N.B. : De source bien informée, j’ai appris récemment que le bon Dieu aurait fait de louables efforts pour satisfaire les pauvres âmes des marins en créant une petite mer si peu profonde en vérité qu’on y aurait de l’eau jusqu’à la taille, mais avec de petits ports très coquets, de charmantes maisons blanches au seuil desquelles de vieux pêcheurs burinés ravauderaient leurs filets tout en fumant la pipe, et il qu’il y aurait même toléré, un peu à contrecœur il est vrai, la présence de quelques tavernes…

Ceci explique sans doute que depuis ce petit ajout au paradis, il soit devenu si rare de nos jours de croiser des bateaux fantômes.


 
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   ANIMAL   
13/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un texte très agréable, plein d'humour, qui se lit d'une traite. J'ai bien aimé cette promenade en paradis de notre marin en mal de goguette.

Il est sûr que le calme plat et les petites fleurs ne conviennent pas à tout le monde et d'aucuns trouveront un enfer en ce paradis.

Mais il y a une solution à tout et ma foi le navire fantôme est une belle trouvaille.

Une chute à l'avenant du texte : drôle et savoureuse.

   Anonyme   
15/5/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,

Cette nouvelle est bien écrite, le style est néanmoins sans grande originalité.
Mais, voilà, à mon avis, son gros défaut est qu'elle regorge de clichés sur à peu près tout, les marins, les ports, les anges, le paradis, les voluptés qu'on pourrait y trouver, l'enfer, les bateaux fantômes. Bref, pour faire moi aussi un brin d'humour, je dirais que votre nouvelle me fait plus penser à une boutique de photographe qu'à une oeuvre littéraire.
Désolé.

   Shepard   
31/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je pensais au général romain... Mais non.

Le paradis ennuyeux, on peut dire que c'est un poncif. Les pirates vont-ils au paradis ? Les voies du seigneur sont impénétrables...

On peut se demander si retirer la mer du paradis parviendrait vraiment à prévenir une mort dans l'après vie... Quid des montagnes, ou d'une marche un peu haute, ou d'une manchette derrière le cou ? Bon, finalement, l'auteur nous propose une sorte de conte, qu'on raconterait presque pour expliquer le hollandais volant.

C'est très propre (trop pour mon goût), mais surtout j'ai trouvé que ça manquait de sel (l'absence de la mer, sûrement), autant dans les dialogues que dans la résolution. J'ai presque l'impression d'écouter une brève à propos d'un problème administratif commun... Et l'administratif m'ennuie.

   Corto   
1/6/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Voici un conte dont on cherche la saveur ou l'audace.

Le face à face entre le marin baroudeur un peu pirate et le paradis fade livré à l'ennui semble être le seul ressort de ce récit.
Voilà qui ne fait pas un texte captivant ou même plaisant à lire.

Ah oui, on trouve aussi le bateau fantôme dont on ne saura rien, même pas pas une petite escapade pour terrifier d'autres marins.
L'imagination n'est vraiment pas au rendez-vous.

Avec mes regrets. Vous ferez sûrement mieux une autre fois.

   veldar   
1/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour PlumeD

C'est léger, pétillant, bien agréable à lire. Certes l'idée qu'on s'ennuie méchamment au paradis n'est pas nouvelle mais le personnage central bien que peu décrit est vivant - si je puis dire - et attachant. Pas de surprise non plus nulle part - d'un autre côté, y'en-a-t-il vraiment au paradis ? - et hormis un "bref" en surplus (avis perso) le texte est bien écrit et l'humour sous-jacent.
Bonne continuation.

   aldenor   
2/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Agréablement écrit. Avec une sympathique remise en question de valeurs au ras des pâquerettes... Mais sans véritables rebondissements.
Je pense que c’est la faute au point de départ :
D’abord, la présence de Scipion dans ce paradis gentil et ennuyeux n’est pas crédible dans la mesure où il devrait y avoir là beaucoup de monde comme lui. Or il paraît assez isolé.
Ensuite, le fait qu’il s’y trouve « légitimement » condamne le récit à une certaine linéarité. Il me semble que s’il avait été admis par erreur, ou sur une quelconque falsification, la situation pouvait devenir plus cocasse.

   nino   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Désolé mais je n'ai pas trouvé d'intérêt à ce texte. Quand au style, j'avais déjà décroché dès la deuxième phrase qui n'en finit pas... "Exemplaire, le terme n’est peut-être pas tout à fait exact, car il ne manqua pas pour arrondir sa solde de se livrer à l’occasion à de menus forfaits relevant de la piraterie, rien de grave, c’était l’époque héroïque de la marine à voile, des glorieux conquistadores, et ma foi, un bon gros galion bien dodu qui piquait du nez dans les vagues sous le poids de ses pièces d’or, plus qu’une aubaine, c’était presque une bonne action que de le soulager quelque peu de sa charge." A vous lire, une autre fois sûrement !

   Alfin   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour PlumeD,
Ton écriture est pleine de qualités, mais il y a effectivement un souci sur le fond ici.

Un passage au paradis permet toutes les folies et donne beaucoup d’espoir de découverte au lecteur. Il est donc primordial de le surprendre malgré qu’il s’attende à être surpris. Ici ce n’est pas le cas.

Ton paradis ressemble à mon paradis (oui mon paradis est aussi terne :-) ), je n’ai donc pas d’intérêt dans sa visite et je m’y ennuie un peu. J’aurais voulu découvrir un paradis excentrique ou radicalement aux antipodes du mien. Si l’action se déroule dans un environnement normal par exemple terrien), c’est le style de l’action qui doit faire la différence. Ou l’intérêt que suscite l’analyse de l’auteur sur la psychologie des personnages. Sur le fait de s’identifier à eux ou pas.

Si le terrain de l’action est atypique alors c’est lui qui porte l’histoire, comme au paradis par exemple et la façon dont on le découvre (qu’il soit décalé ou parfaitement conforme à ce que l’on en attend (comme ici))

Dans « la prisonnière », on est embarqué par la suite d’événements qui ne faiblissent pas alors qu’ici nous attendons avec Scipion quand il ne se passe pas grand-chose.

Je n’ai pas vraiment de légitimité pour donner des conseils, mais je donne mon point de vue le plus constructif possible. J’ai grâce, grâce à ta nouvelle, appris un peu plus sur ce qui donne du rythme ou pas et j’espère que toi aussi.

En revanche, comme je l’ai dit au début, l’écriture est bonne, bien posée et fluide, les phrases sont composées de telle sorte qu’il n’y a pas de poncifs, de phrases toutes faites et déjà entendues. Cela donne de la spontanéité au texte bien que le contexte lexical soit désuet pour les besoins de cette nouvelle. Donc, continue à nous raconter des histoires en n’hésitant pas à débrider ta créativité. Au plaisir de te relire !

   clarix   
24/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien ce texte, il est écrit avec beaucoup de légèreté et d'élégance bien que le thème ne soit pas nouveau; et quand bien même il serait éculé ce thème, ce qui compte c'est la manière de le traiter. La fin me plait. Elle apporte un dernière touche humoristique teintée de poésie. Bravo


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