Reims, France, le 12 janvier 1918
À Sa Majesté, le Roi George V, par la grâce de Dieu
Je me permets, avec la plus profonde déférence, de m’adresser à Votre Majesté par cette lettre ouverte, afin de vous témoigner ma plus sincère reconnaissance pour la médaille du Meritorious Service qui m’a été récemment décernée en hommage à mes trente années de service infatigable et irréprochable au sein de la glorieuse armée britannique.
Mais je ne souhaite pas me limiter à de simples mots de gratitude. Je profite de cette occasion pour vous faire part de certains actes que j’ai accomplis dans le passé et qui, malgré leur importance, n’ont jamais reçu la reconnaissance officielle ni été attribués à qui de droit. Pourtant, ces réalisations ont contribué de manière décisive à maintenir la cohésion de notre société et ont influencé, je le dis avec une émotion profonde, l’histoire de l’Angleterre de manière durable.
Je suis conscient que mon initiative pourra sembler une audace extrême, venant d’un homme comme moi – bien que revêtu du grade et de l’autorité de Sergeant Major – de m’adresser directement à Votre Majesté avec une telle familiarité. Cependant, une fois la portée de mes actes comprise, je suis certain que Votre Majesté reconnaîtra la raison de mon audace et l’influence qu’ont eue mes efforts, tant sur le champ de bataille que dans la sphère plus délicate de la stabilité morale et sociale du Royaume. Je ne considère pas comme présomptueux d’affirmer que mes actes, bien que demeurés anonymes pour tous, ont acquis une notoriété comparable à celle de Votre Majesté, sans jamais bénéficier de la pompe ni de la reconnaissance qui leur étaient dues.
Mais permettez-moi de me présenter : je m’appelle Jesse Morton, né en 1861 à Bristol, fils unique d’un boucher honnête et bourru, un homme qui avait le couteau précis et les mains toujours maculées de sang d’animal. Moi, comme je ne me résignais pas à passer toute ma vie à dépecer des cadavres de porcs, bovins et autres bêtes d’abattoir, je me suis engagé dans le 24th Regiment of Foot, les South Wales Borderers, à l’âge de 18 ans.
J’ai été affecté, encore novice dans le maniement des armes, comme brancardier pendant la guerre zouloue, en 1879. C’est sur ces plaines et collines africaines que j’ai découvert pour la première fois la véritable nature de l’homme, dépouillé de toute civilisation et confronté à la douleur, à la peur et à la mort. Là, j’ai vu la réalité brute du champ de bataille, bien différente des discours patriotiques : la cendre et le sang, les cris des blessés, l’odeur âcre de la chair brûlée.
J’ai alors appris la chirurgie de guerre, très grossièrement, en assistant les médecins souvent dépassés par les événements. J’ai scié des jambes et des bras, recousu des visages déchiquetés, et vu mourir beaucoup de ceux que j’étais censé sauver. Dans ce chaos, j’ai découvert quelque chose d’essentiel sur moi-même : l’horreur ne me paralysait pas. Là où d’autres s’effondraient ou fuyaient, je pouvais agir et penser avec clarté.
Tandis que certains hésitaient avant d’amputer, j’agissais ; tandis que d’autres pleuraient les morts, je ne ressentais qu’un mélange de détachement et de désir de revanche. Je dois avouer que la guerre commença à me fasciner : elle était comme un théâtre grandiose et cruel où la vie humaine se montrait dans sa forme la plus nue, et où, pour la première fois, je sentis trouver ma place naturelle.
J’aurais voulu rester en Afrique, mais quelques années plus tard, j’ai contracté le paludisme. J’ai failli en mourir, et je fus contraint de revenir en Angleterre. J’ai alors rejoint la police et été affecté aux quartiers les plus pauvres de Londres, où j’ai découvert une autre forme de violence, plus sourde et insidieuse : celle des bas-fonds, de la misère qui décime davantage que les épidémies, de la prostitution, de la vilenie humaine et de l’alcool, qui maintenait ces populations dans la résignation. L’Angleterre est à la fois extrêmement raffinée et prodigieusement barbare : cette contradiction m’a toujours paru frappante, presque obscène.
Durant ces cinq années de retour au pays, je n’étais pas heureux, et buvais moi-même plus que de raison. Il s’est agi pour moi d’années étranges, au cours desquelles je me sentais froid, en dedans comme en dehors, déraciné, comme étranger dans mon propre pays. L’Afrique me manquait : ses grands espaces ouverts, la liberté de tout faire, même sous la menace constante de la mort. C’est à cette époque que sont apparus d’autres vices, qui m’ont d’abord effrayé, jusqu’à ce que je comprenne qu’ils n’étaient pas des accidents, mais une part de ma nature, une part qu’il me fallait accepter.
J’ai dû me résigner à une vérité inconfortable : la guerre me manquait. Je n’étais pas comme la majorité des hommes qui aspire à la paix ; moi, j’avais besoin de jouer, de risquer ma vie et d’assumer ma nature de prédateur. Ainsi va le monde : certains naissent gazelles ; d’autres, bien plus rares, appartiennent à l’élite des lions.
Je me suis alors engagé de nouveau dans le service colonial, en choisissant systématiquement les conflits les plus complexes et les plus durs, ceux où l’Empire devait s’affirmer avec le plus de vigueur.
Mes exploits militaires sont consignés dans les archives de la British Army et expliquent qu’on m’ait décerné cette médaille tant désirée ; néanmoins, permettez-moi de passer brièvement en revue les opérations auxquelles j’ai participé, toujours sous les ordres de mes supérieurs, et pour la grande gloire de l’Empire britannique.
Je suis d’abord retourné en Afrique avec la British South Africa Company et, dans les années 1890, j’ai pris part aux campagnes du Matabeleland, en Rhodésie du Sud. Encore simple soldat, j’ai participé à ce que l’on appelait la « réorganisation administrative des villages hostiles », la « confiscation de ressources stratégiques » et « l’application de mesures disciplinaires collectives ». Pour traduire ce jargon juridico-militaire, cela signifiait brûler des villages, confisquer le bétail afin de provoquer la famine, et infliger des punitions collectives à des populations entières.
Par la suite, j’ai participé à la seconde guerre des Boers. Là, nous avons mis en place l’un des premiers systèmes de camps de concentration pour civils, dans lesquels furent enfermés des milliers de femmes et d’enfants boers. C’était une première mondiale, et je dois avouer que je suis fier d’avoir fait partie de ce projet pionnier.
Plus tard, au Somaliland, j’ai servi lors des premiers bombardements intensifs de populations civiles. Il était fascinant de découvrir cette nouvelle stratégie et technologie, même si, malheureusement, avec ce type d’attaque, il n’y avait plus aucun contact direct avec les victimes, ce qui ôtait à la guerre une bonne part de son romantisme. Mais que faire ? Ainsi va la modernité : froide, méthodique, organisée, mais terriblement efficace. À présent que je me trouve en France, observateur privilégié de la Grande Guerre européenne, je comprends qu’il s’agit désormais de massacres à l’échelle industrielle ; et je demeure profondément impressionné, vraiment, par tout le potentiel de destruction massive que détient Sa Majesté.
Mais poursuivons cette brève biographie : au début de ce siècle, déjà sous-officier vétéran, j’ai été affecté en Inde, à la frontière nord-ouest du Raj. Là aussi, comme ailleurs, j’ai dirigé des expéditions punitives, détruit des récoltes et déporté des populations, en plus d’un travail administratif intense, fait d’interrogatoires et de tortures des chefs rebelles. Je regrette de ne pas employer le jargon officiel, et donc de choquer avec mes mots crus, mais mon objectif est de démontrer clairement la nature des tâches que j’ai exécutées tout au long de ma carrière, avec discipline et ferveur, et de souligner qu’il ne s’agissait pas de malveillance personnelle, mais bel et bien de l’exécution stricte d’ordres précis, pour assurer l’expansion, la stabilité et la gloire de la Couronne.
L’an dernier – alors que j’avais déjà accepté une retraite discrète en Inde, tandis que la Grande Guerre consumait sa troisième année sans requérir encore mes services – j’ai reçu une convocation pour retourner sur le vieux continent. Ce n’était pas un appel ordinaire. Il ne s’agissait ni de stratégie ni de commandement de troupes, mais d’une mission secrète : réprimer les soldats mutinés à Étaples, en France. Je devais, parallèlement aux procédures de la justice militaire, effectuer le « sale boulot », c’est-à-dire éliminer personnellement, un par un, les leaders du mouvement insurrectionnel dans les tranchées. J’ai procédé avec la rigueur qui m’a toujours caractérisé et avec une conviction sans faille, car il n’y a pas de menace plus corrosive pour un empire que la lâcheté déguisée en vertu. Ces jeunes pacifistes me révulsaient par leur manque d’honneur et d’esprit de sacrifice : ils représentaient la forme la plus nocive de la décadence impériale, un fléau qu’il fallait à tout prix éradiquer.
Voici donc l’énumération des mérites qui m’ont valu cette médaille tant désirée. Je ne peux compter le nombre de vies que j’ai ôtées, directement ou indirectement, par toutes sortes d’armes et d’artifices. Aussi, je vous prie de bien vouloir faire preuve d’un peu d’indulgence envers cinq meurtres supplémentaires – juste cinq – accomplis, il est vrai, sans instruction formelle, de mon propre chef, mais toujours orientés vers le bien du pays et la sauvegarde de la morale chrétienne.
Ces faits sont anciens ; ils ont presque trente ans d’âge. Et ces cinq vies que j’ai ôtées n’étaient pas exemplaires : au contraire, il s’agissait d’existences viles et déplorables qu’il fallait arracher comme la mauvaise herbe qui empêche les autres plantes de croître. Mais il est vrai aussi que c’étaient des vies anglaises, et donc d’une valeur infiniment supérieure que des vies zouloues ou indiennes ; bien que cela me semble être une profonde hypocrisie, car ces personnes n’ont acquis de valeur qu’une fois mortes : tant qu’elles existaient, elles n’intéressaient personne.
Vous l’aurez compris : je parle des cinq prostituées assassinées à Londres en 1888, dans le quartier de Whitechapel, alors que j’exerçais comme agent à Scotland Yard.
J’avais vingt-sept ans et j’avais déjà l’expérience de trois longues années de patrouille dans les pires quartiers de Londres : une zone densément peuplée, saturée de misère, de prostitution, d’alcool et de criminalité. J’étais profondément écœuré par toute cette dégénérescence ; jour après jour, je marchais embourbé dans la lie humaine, entassée dans des rues étroites et noirâtres, entre des façades de briques qui semblaient des prisons écrasées les unes contre les autres. Tout cela commençait à perturber ma santé mentale.
Une nuit – je ne saurais dire pourquoi – je suis sorti patrouiller sans but précis, avec une vive angoisse, qui me taraudait l’esprit. J’en avais assez de la mollesse de notre travail quotidien : arrêter, conduire au poste, remplir des formulaires, puis voir les malfaiteurs libérés quelques heures plus tard. Je voulais agir pour de vrai.
J’avais emporté avec moi – presque sans m’en rendre compte – le vieux scalpel que j’avais utilisé des années auparavant dans les infirmeries de Zululand. Je le sentais dans ma poche, le touchais nerveusement, comme si c’était une extension de moi-même. Ensuite, j’ai rencontré une femme dans une ruelle, une prostituée âgée, visiblement détruite par l’alcool et la syphilis, à qui il ne semblait rester guère beaucoup de temps à vivre. Ce qui s’est passé ensuite est allé très vite, mes gestes étaient confus, presque instinctifs. Lorsque j’ai repris conscience de mes actes, la peur m’a frappé soudain et j’ai pris la fuite. Je suis rentré chez moi, abasourdi par la sensation étrange que ce n’était pas vraiment moi qui avais agi.
Le lendemain, la presse mentionna le crime de manière vague, dans la rubrique des faits divers. Et là, je compris quelque chose de décisif : mon premier acte avait été stérile, et ce n’était pas tant le crime en lui-même qui me perturbait, que son inutilité. Pour que mon esprit retrouve la paix, j’avais besoin d’un grief, d’une raison supérieure. Je ne pouvais pas être simplement un pervers ordinaire – et je précise que je n’ai jamais cherché de plaisir charnel dans tout cela, je ne suis pas un dépravé sexuel – ; mon œuvre devait faire partie d’un plan plus vaste, plus digne, plus vertueux.
Alors je n’ai pas tardé à agir de nouveau, une semaine plus tard, dans le même quartier, puis une troisième fois. Le tumulte a commencé : la presse, les rumeurs, les discours des politiciens. Enfin, j’avais obtenu ce que je cherchais : que l’on discute ouvertement de la corruption des quartiers miséreux, et de la décadence morale au cœur de Londres.
Il y a eu deux autres mortes. Lors de l’avant-dernier assassinat, j’ai bien failli être découvert. Mais j’étais policier, je pouvais donc circuler partout sans éveiller de soupçons, y compris sur la scène du crime sans aucune raison d’y être, avec l’uniforme taché de sang. Parallèlement, entre chaque meurtre, je lisais avec délectation « A Study in Scarlet » de Conan Doyle, et cela me divertissait beaucoup de comparer les exploits de Sherlock Holmes dans la fiction à l’incompétence de notre police dans la vie réelle. J’en profite pour vous dire ceci, Votre Majesté : si on veut comprendre le crime, il faudrait accorder plus de crédit aux écrivains qu’aux fonctionnaires. Conan Doyle, Mary Shelley, Robert Louis Stevenson avec son admirable Dr Jekyll et Mr Hyde… comprennent bien mieux l’esprit humain que tous les inspecteurs de Scotland Yard réunis. Parfois, la véritable science naît de l’imagination et des arts et non des calculs stériles purement théoriques.
Mais revenons à notre histoire : après le cinquième meurtre, j’ai décidé de m’arrêter et de quitter l’Angleterre. Pas seulement par peur d’être découvert, mais parce que tout cela devenait un cirque pour la presse sensationnaliste et n’avait plus rien à voir avec le noble débat moral que j’avais imaginé. Honnêtement, je crois que des journaux comme The Star et The Pall Mall Gazette ont gravement manqué de respect envers les victimes, en frivolisant tout, avec un style vulgaire et exécrable, sans parler de ce grotesque surnom de « Jack l’Éventreur », que j’ai toujours abhorré.
Peut-être, maintenant, trente ans plus tard, la vérité pourra-t-elle être rétablie et une identité réelle attribuée à ce personnage presque légendaire qui a obsédé l’Angleterre et le monde entier.
Vous vous demanderez, j’imagine, pourquoi vous devriez croire tout ce que j’affirme. Je vous signale donc que lors de mon avant-dernier crime, j’ai caché le scalpel que j’avais sur moi dans le petit taudis de la victime, dans un creux qu’il y a dans le mur, derrière le poêle, où elle gardait ses maigres économies. Si la maison existe encore, vous y trouverez à la fois l’objet et l’argent intacts.
Vous vous demanderez sans doute, aussi, pourquoi j’avoue ces meurtres si tard. La raison est simple : je souffre d’une grave insuffisance hépatique, séquelle du paludisme contracté dans ma jeunesse au Zululand, et le médecin m’a donné peu de mois à vivre.
J’ai envoyé cette lettre en cinq exemplaires : à la Maison du Roi et à The Times, The Daily Telegraph, The Manchester Guardian et The Daily Mail. Je sais que les journalistes sont friands de scandales et se précipiteront aussitôt pour publier cette lettre : bien que les faits remontent à plusieurs décennies, mon œuvre est devenue un véritable mythe populaire, et ils auront enfin un nom à attribuer à ce personnage iconique : Jesse Morton. C’est un événement seulement comparable à un mariage royal ou même, à l’armistice.
D’un autre côté, je tiens à préciser que je ne suis pas non plus naïf : je sais que je ne recevrai pas d’honneurs pour mes agissements et que ces aveux terniront tout le reste de mon dossier militaire. On me retirera même ma médaille, je suppose. C’est dommage, car, si l’on analyse froidement, mes actes ont permis un meilleur contrôle policier à Whitechapel et, à long terme, une transformation urbaine qui a rendu ces quartiers plus sûrs et civilisés. Modestie à part, je crois avoir accéléré ce processus, et si aujourd’hui les Londoniens vivent dans une ville sûre, c’est en partie grâce à moi.
Mais je comprends qu’il existe une double morale sociale, qui m’a toujours nui. De la même manière que l’on maquille les brutalités coloniales avec un langage administratif, on feint l’horreur face à ce que l’on tolère et utilise. La société ne sait que faire de nous, ceux qui avons la violence dans le sang, tous les Mr Hyde comme moi qui n’avons aucune potion pour devenir Dr Jekyll. Nous servons pour le sale boulot et contribuons plus que quiconque à la grandeur de l’Empire ; mais ensuite, on nous cache ou on nous condamne. Nous sommes les véritables martyrs de l’hypocrisie de la société britannique.
Je crois que je n’atteindrai pas la fin de cette guerre ; ma santé se détériore chaque jour. Tant mieux ; je n’aimerais pas voir comment la confusion morale s’empare de la population et comment les bouchers d’hier se transformeront en héros demain. Je parle, bien sûr, des bouchers officiels et professionnels qui ont tué des millions de personnes ; pas des bouchers comme mon pauvre père, dont les mains caleuses étaient toujours tachées de sang, ou comme son fils, votre humble serviteur, qui, lorsqu’il commença à tuer à Whitechapel, n’était qu’un artisan n’ayant que l’enthousiasme comme seule ressource. J’espère cependant vivre assez longtemps pour voir cette lettre publiée et assister à la stupeur qu’elle provoquera. Puisse-t-elle servir à ouvrir un débat honnête sur la réinsertion des gens comme moi, et sur la place que la violence devrait avoir dans notre société.
Je vous prie d’agréer, Votre Majesté, l’expression de mon plus profond respect et de ma loyauté la plus complète. Que Dieu sauve le roi !
Jesse Morton, Sergeant Major
Lord Stamfordham, le secrétaire privé du roi George V, relut la lettre pour la seconde fois, aussi consterné que la première. Il décrocha alors le téléphone et appela, un par un, les directeurs des journaux qui l’avaient également reçue. Cela ne pouvait pas être publié et tous le comprirent ; à cette époque de ferveur patriotique, alors qu’il était nécessaire d’exalter l’héroïsme des soldats, le contenu de la lettre – et le fait d’avoir décoré le pire monstre de l’histoire du pays – menaçait de déclencher une polémique de dimensions colossales, susceptible d’ébranler jusqu’aux fondements mêmes du système.
Les cinq lettres furent brûlées, et les journalistes du Daily Mail, qui découvrirent le scalpel caché, le jetèrent dans la Tamise.
L’armée britannique continua de tuer sur les cinq continents. À ce jour, aucun officier n’a jamais été jugé pour crimes de guerre.
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