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Brèves littéraires
Donaldo75 : La voix de millions d'anonymes
 Publié le 26/01/26  -  1 commentaire  -  2749 caractères  -  34 lectures    Autres textes du même auteur

Nous sommes les enfants sans-abri de la révolution
Courant dans les ruelles de l'obscurité
À l'ombre des murs du Kremlin
Nous n'avons pas de noms, nous n'avons pas d'âge
Seulement la faim et le froid.

(Dick Polak - Besprizorni - 1980)


La voix de millions d'anonymes


Nous étions la voix de ceux qu’on n’entendait plus, des millions d’anonymes sans roi ni Dieu ni père, rien que nos mains calleuses, nos ventres creux et une rage brûlant le fond de nos entrailles. Nous n’avions rien, juste la certitude d’une histoire basculant un jour prochain en notre faveur. Alors nous avons marché tous ensemble dans les rues, dans les champs, loin des usines de fer qui nous emprisonnaient. Nous avons crié de concert, nous avons frappé sur les murs du vieil empire pour en effondrer les briques grisâtres. Et le tsar est tombé, les aristocrates ont pris la fuite, les profiteurs ont courbé l’échine.


Ivres de cette victoire, nous avons célébré cette révolution, persuadés que notre destin nous appartenait enfin. Tous enfin des frères et des sœurs, nous avons cru de toutes nos forces à ce monde nouveau où nos enfants grandiraient libres, où nos camarades ne seraient plus jamais des esclaves.


oo—oo


Puis le mirage s’est effondré. Nos frères bolchéviques, des loups déguisés en camarades, nous ont volé notre révolution. Nous nous souvenons dans notre chair de ce soir d’hiver, de la neige bleue sous les lampadaires, des fusils braqués sur nos têtes, des cris étouffés dans la nuit moscovite. Nous avons alors été déclarés hors jeu, persona non grata, balayés comme du crottin sous leurs bottes soviétiques. La chasse commença, la terreur s’installa, et nos rêves sombrèrent dans le bruit et la fureur.


oo—oo


Nous sommes pourtant restés, espérant un meilleur futur, que nous allions tenir, qu’un jour la justice reviendrait. Et il est arrivé, ce petit roitelet, un homme sans idéal, seulement son pistolet, ses blindés, ses discours de messie. Nous avons été réduits en chair à canon, envoyés combattre d’autres pauvres comme nous. Tskhinvali, Sébastopol, Donetsk… des noms qui résonnent encore comme des plaies ouvertes.


oo—oo


Nous marchons désormais dans la steppe grise, le fusil glacé entre nos mains congelées. Nous ne combattons ni pour nous, ni pour notre famille et encore moins pour un avenir merveilleux. Nous nous battons pour rien, dans la honte et l’oubli de nos rêves volés. Chaque salve nous rappelle que nous sommes devenus les instruments d’une guerre qui n’est pourtant pas la nôtre.


Aujourd’hui nous ne sommes plus que la voix de millions d’anonymes. Nous gardons en mémoire notre inspiration première, la révolution de pauvres mais braves hères dont la liberté a été depuis arrachée au nom de la puissance d’une nation millénaire. Pourtant nous essayons de parler à coups de mots corsetés, même si personne n’écoute, pour que le monde continue de savoir que nous avons existé, que nous avons rêvé et que nous avons été trahis.


 
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   Charivari   
26/1/2026
Bonjour...

Désolé, il me manque un élément historico-politique pour comprendre. Je ne suis pas absolument sûr de comprendre qui est ce "nous" en réalité, et c'est quand même un problème pour ce texte qui se veut dénonciation de voix qu'on aurait réduit au silence... C'est que même en en parlant, on ne sait pas qui ils sont. Peut-être je n'ai pas assez de culture, ou un détail m'a échappé qui m'aurait permsi de comprendre (mais ce sont quand même deux lectures), soit c'est le texte qui n'indique pas assez... J'essaie de prendre les éléments: nos "frères bolchéviques" fait penser à des trotskystes ou des anarchistes (sans roi ni père ni Dieu) "nous ont volé notre révolution" . Mais alors apparaît "le petit roitelet" et là je n'ai aucune idée de qui c'est... Staline ou Poutine, le mot "roitelet" ne fonctionne pas.... "sans idéal", encore moins, et "discours de messie" c'est bizarre pour ces personnages... Ils ont été "envoyés combattre d'autres pauvres", donc on peut penser à la seconde guerre mondiale. On est pourtant bien en Ukraine, citée plus tard... Alors qui? Makhno et les anarchistes ukrainiens? les dissidents trotskistes russes et d'ailleurs? le peuple ukrainien en général?... Rien ne fonctionne selon moi, donc ça dégonfle un peu, à mon avis, ce texte qui voudrait se faire porte parole d'une cause. Après, je trouve qu'il y a un vrai souffle épique, dommage que ce soit un coup d'épée dans l'eau.


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