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Science-fiction
cherbiacuespe : Esprit simple, pas simple d'esprit
 Publié le 12/02/21  -  9 commentaires  -  9568 caractères  -  48 lectures    Autres textes du même auteur

L’hypothèse d’un monde nouveau, pas très hospitalier !


Esprit simple, pas simple d'esprit


Chapitre 1


Je fume l’une des dernières cigarettes qu’il me reste, à l’abri de la pluie qui jette des torrents d’eau acidulée dans la plaine à l’herbe jaunie. C’est l’hiver et la nature porte déjà la couleur d’une mort comme programmée. Le Grand Changement accouche régulièrement de curiosité climatique sous les latitudes autrefois tempérées. Je pense avec émotion à ma sœur, partie se battre vers le nord à la conquête d’un territoire encore riche d’eau potable. Mais il est toujours occupé par les peuples scandinaves – suédois, norvégien et finlandais – redevenus de féroces guerriers. Ils ne céderont pas si facilement leur unique richesse. Elle m’envoie régulièrement des nouvelles de ce front.


Lydia est de ces êtres en révolte constante, contre tout et rien à la fois. À une autre époque, elle se serait sûrement embrigadée avec des groupuscules poseurs de bombes, ou dans une armée régulière en guerre contre une injustice quelconque. Aujourd’hui, elle estime, avec beaucoup d’autres, que ce qu’il manque chez nous, il faut se l’approprier chez les autres. Par la force si nécessaire. Lydia est un esprit simple, pas simple d’esprit. Pour elle, un plus un serait à jamais égal à deux. Nous n’avons plus de quoi étancher notre soif ? Aux voisins de partager, et s’ils refusent, elle n’hésitera pas à user de la force. Sans passer par la case négociation ou menace, ce qui « ne sert à rien ».


J’aime bien Lydia, c’est ma sœur après tout. Mais jamais je n’ai réussi à lui faire admettre que notre terre changeait et qu’il fallait avant tout nous adapter. Avec quelques amis et d’autres que je ne connaissais pas, nous formons un groupe d’une cinquantaine d’individus. Nous sommes devenus des semi-nomades. Nous avons compris qu’il nous faudrait sûrement redevenir chasseurs-cueilleurs, peut-être plus vite que prévu. Les denrées nécessaires à notre survie ne restent pas longtemps consommables. Pour l’eau, nous avons mis au point un système de filtration très efficace, à condition que le liquide ne soit pas trop pollué. Aujourd’hui, rien à faire, par exemple. Les herbes touchées par la pluie s’affalent aussitôt, passant de leur belle couleur émeraude à un vert penaud et pâlot. Signe d’une acidité extrême.


Demain, nous devrions, si le temps le permet, partir dans un premier périple. Nos éclaireurs ont repéré une forêt accueillante encore foisonnante de gibiers et de baies comestibles. Surtout, ils n’ont détecté aucune trace de présence humaine aux alentours. Une aubaine dont il faut vite profiter. J’ai donc fait ce qu’il faut pour rester en contact avec Lydia.


Chapitre 2


Il est gentil, mon frère William. Je l’aime beaucoup. Toujours à philosopher, chercher de l’humanité partout, des solutions fumeuses pour chaque problème qui se présente. Hélas, ce n’est pas ça, la vie. Si tu ne te bats pas, tu meurs. C’est aussi simple que ça ! Lorsque je suis partie avec mon groupe de baroudeurs à la conquête de la Scandinavie, au nom de la Nouvelle France, il n’a pas désiré suivre le mouvement qu’il jugeait « à côté des réalités de l’époque ». Il s’était copieusement disputé avec mon copain du moment. Pas moyen de le raisonner. Mais je connais bien mon frérot pour savoir qu’il ne se risquerait pas dans une telle aventure. Il est, depuis toujours, un penseur, pas un actif !


Je me trompais ! Un peu. Ses dernières nouvelles m’ont beaucoup surprise. Il veut redevenir nomade, comme les premiers hommes. Utopiste comme lui, je ne devrais pas être étonnée par cette démarche ubuesque. Mais, le savoir embarqué dans un exode vers l’inconnu, cerné par un danger constant, m’amuse autant qu’il m’effraye. William n’est pas un aventurier, c’est une évidence et je crains pour lui.


Je lui envoie cependant des nouvelles du front. Les Scandinaves sont de sacrés combattants. Nous n’avançons pas beaucoup ! Leur résistance à nos armes, pourtant efficaces et meurtrières, est stupéfiante. Ils me font penser à un mur gigantesque qui ne recule que sous la contrainte. « Tant qu’il y a de la vie, il y a à se battre » pourrait être leur devise. Afin de contourner le problème, le général La Fayette (j’ai appris récemment l’histoire du La Fayette d’avant, comme les choses sont bizarres parfois) a décidé d’une stratégie énergique. Passer par le Danemark, une nation presque totalement détruite, et attaquer par un secteur inattendu. Une troupe de mille cinq cents soldats est donc partie ce matin. Nous sommes tous très enthousiastes en pensant à notre prochaine victoire.


Chapitre 3


Lydia est en danger, je le sens. Nous sommes jumeaux, ce sont des choses qui ne s’expliquent pas ! Je sens quand elle va mal. J’ai les boyaux qui se tordent, c’est chaque fois pareil avec elle ! D’après ses dernières nouvelles, elle devait être engagée dans une offensive passant par le Danemark. Une attaque surprise et totalement illégale. Mais qu’y a-t-il de légal dans une guerre ? Qu’y a-t-il de légal aujourd’hui, avec le Grand Changement ? J’ai peur pour ma sœur, je n’y peux rien !


La marche vers la forêt ne s’est pas faite sans péril. Nous avons été attaqués deux fois, par des fous furieux affamés qui voulaient mettre la main sur nos réserves. Heureusement, nous avions prévu ce type de guet-apens. Il y a eu des morts, surtout du côté des assaillants. Les survivants sont repartis affolés, sans doute désespérés. Nous avons des armes puissantes, même des lance-roquettes. J’ai mal au cœur. « C’est plutôt bête ta réaction », disent mes amis. Je sais qu’ils ont raison.


Ce pays est tombé dans la folie pure, les gens s’entre-tuent pour de l’eau, de la nourriture, un abri. Je ne comprends pas qu’un gouvernement soit encore en place puisqu’il ne gouverne plus grand-chose. Apparemment, son unique espoir de sauver quelque chose est cette folle aventure en Scandinavie. Comptent-ils vraiment y envoyer la population, dans une vaste migration forcée ? Partout, ce n’est plus qu’anarchie sauvage, massacres, désordres.


J’ai peur pour ma sœur !


Chapitre 4


Il est arrivé quelque chose à mon frère. Je le sens. Nous sommes jumeaux et j’ai toujours su quand cela n’allait pas pour lui, quand il avait des problèmes. Mais je suis ici, près de Copenhague, au Danemark. Et je ne pourrai pas l’aider, cette fois.


Les Scandinaves nous ont piégés. On ne sait pas comment ils ont pu savoir ce qui se tramait, mais ils nous attendaient. Un massacre. Nous ne sommes plus qu’une petite centaine encore en vie, amers. En vie, pas pour longtemps.


Le Danemark est un pays en perdition depuis longtemps, fréquemment submergé par les eaux, balayé par des tempêtes destructrices, visité par des hordes sauvages qui rasent tout sur leur passage. Notre expédition l’a facilement traversé à l’aller, mais, maintenant, éclopés, épuisés, affamés et, surtout, enfermés dans une ville en ruine par des survivants danois alliés à nos ennemis, quel espoir reste-t-il ? Nous nous préparons pour une sortie en force. La plupart pensent qu’il s’agit de notre dernière chance.


Il n’y aura pas de dernière chance ! Ici, il faut avoir conscience que nos ennemis ne feront preuve d’aucune pitié. Demain, j’en finirai avec cette existence. Personne ne nous prendra vivant, personne ! Pardon, petit frère, de t’abandonner. Si tu savais ce que je regrette de ne pas être à tes côtés. Tu m’as toujours reproché mon esprit simple, mon caractère entier, d’être une tête brûlée. J’aurais dû t’écouter plus souvent. Oui, cette aventure était stupide, je m’en rends compte trop tard. Le monde entier s’écroule, et moi j’ai cru… Mais qu’est-ce que j’ai cru ? J’ai voulu croire en un gouvernement qui perdait pied. Adieu, William. J’ai tellement de peine.


Chapitre 5


« William est mort. Je suis désolé, Lydia. J’envoie ce message pour vous prévenir. N’essayez plus de communiquer. Je vous enverrai une carte qui vous indiquera où trouver sa sépulture. Note groupe va se déplacer incessamment, dès ce soir peut-être. Votre frère nous a si souvent parlé de cette sœur courageuse qu’il aimait tant. Rassurez-vous, il n’a pas souffert. Il n’en a pas eu le temps ; des gens en uniforme nous ont attaqués en pleine forêt, nous nous sommes défendus âprement et Ray n’était pas le dernier à donner de lui-même. Vous auriez dû le voir se battre au corps à corps. Il est tombé fièrement en défendant l’un des nôtres.


Veuillez accepter, Lydia, nos condoléances sincères. Notre tristesse accompagne la vôtre. »


— Tu as envoyé ce message ?

— Oui ! Je ne pouvais pas laisser sa sœur dans le doute. Je sais, William est mort abattu en essayant de fuir, ce n’est pas tout à fait une mort héroïque comme je l’ai présentée. Je n’ai pas eu le courage de lui dire la vérité. La vérité n’a plus grande importance de toute façon, tu ne crois pas ?

— Tu as sans doute raison. Le truc c’est qu’on a reçu ça : Lydia, sa sœur, est aussi décédée. Ils y sont tous restés, là-bas.

— Merde, regarde : ils sont morts quasiment en même temps !

— Ouais ! Triste histoire, hein ? En tout cas, William avait raison : Il n’y a plus de France. Cette nation n’existe plus, pas plus que les autres. Il n’y a plus que nous, des groupes d’humains en sursis, les nouveaux nomades.

— Des gitans.

— Non ! William avait raison, je te dis. L’instabilité climatique, la rareté de l’eau potable, de la nourriture, nous y forcent. Nous sommes de nouveaux chasseurs-cueilleurs, modernes, voilà ce que nous sommes. À nous de gérer cette chance de tout recommencer avec intelligence. Nous ne pouvons pas nous manquer, cette fois, tu comprends ?

— Oui… Oui, je comprends… Partons, s'il te plaît !


 
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   socque   
5/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Je trouve plutôt efficace et convaincante cette vision lugubre d'un futur que j'imagine assez proche ; l'effondrement, ça arrive vite... Cela dit, pour moi la fin est trop sentencieuse, appuyée. Le message de William est clair, je ne vois pas notamment l'utilité des dernières répliques entre survivants à partir de
— Des gitans.

J'ai relevé ce qui m'apparaît comme de petites incohérences, des détails :
la pluie qui jette des torrents d’eau acidulée dans la plaine à l’herbe jaunie. C’est l’hiver et la nature porte déjà la couleur d’une mort comme programmée. (...) Les herbes touchées par la pluie s’affalent aussitôt, passant de leur belle couleur émeraude à un vert penaud et pâlot. (La couleur de l'herbe déclarée jaunie à cause du changement climatique, puis arborant une belle couleur émeraude avant que la pluie la frappe)
« William est mort. (...) et Ray n’était pas le dernier à donner de lui-même. (Le prénom du frère)

L'histoire avance selon un bon rythme à mon avis, l'exposition de la situation m'apparaît bien menée sans entraver l'action. C'est appréciable en science-fiction où il importe de familiariser le lecteur ou la lectrice avec un univers autre.

   ANIMAL   
5/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très intéressante histoire que je qualifierai plutôt d'anticipation, voire d'uchronie, que de SF.

J'ai tout aimé. L'échange entre frère et soeur, la façon de raconter les événements et d'amener les deux drames quasi simultanés. Et puis le fait que tout le monde est si gentil mais que tout le monde tue et celui qui n'est pas taillé pour le faire meurt.

La narration et le style sont simples, parfaits pour ce genre de récit. Les personnages sont bien cernés en quelques mots, tous très humains.

C'est un instantané d'une situation ; j'aurai bien envie de lire un roman complet de l'auteur sur ce thème.

Très bon texte.

en EL

   plumette   
9/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
une lecture fluide et une construction bien vue avec cette alternance des chapitres dans lesquels s'expriment tour à tour le frère et la soeur qui ont des visions différentes quant aux solutions à mettre en oeuvre dans ce monde redevenu sauvage pour cause de pénuries.

le genre science fiction n'est pas ma tasse de thé, il me semble qu'il nécessite de plus amples développements pour être convaincant.

donc mon impression est mitigée, surtout avec la chute qui fait tourner court l'aventure!

Plumette

   Dugenou   
12/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour cherbi,

Bon texte, ça se lit facilement. Même si l'ambiance n'est pas du tout la même, la soeur devenue mercenaire m'a fait un peu penser au film Mad Max, l'eau et la nourriture, qui sont tant disputées, car nécessaires à la survie de l'espèce, y sont aussi pour quelque chose.

Ce texte aurait pu être plus développé, moins condensé, toutefois l'idée de survivants redevenant "chasseurs-cueilleurs" est bien trouvée et intéressante, même si je la trouve ici sous exploitée.

Dugenou.

   Charivari   
12/2/2021
Salut!

Il est vraiment très bien ce texte, très bien.

Un très beau contexte. De façon surprenante, ce n'est pas dans le futur que j'ai voyagé mais dans le passé en fait: les scandinaves redeviennent vikings, les sédentaires chasseurs cueilleurs... Et le gouvernement me fait penser à l'empire romain du haut moyen âge, en pleine époque des invasions barbares. Aucun lexique ni mention à rien de moderne, de technologique dans le texte, cela renforce cette idée atemporelle.

Très belle construction aussi, relfexions et formules sur la colère, la justice et la violence, sur la fratrie, et fin parfaite (les deux dernières phrases sont peut-être un peu de trop, on a compris). Bref, c'est carré et le style, très sobre, fonctionne très bien pour ce texte.

   fugace   
13/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'échange entre ces jumeaux engagés dans des voies différentes pour parvenir à survivre est bien mené. C'est clair, simple; la conclusion est sans surprise.
Comme Animal, j'aurais vu cette nouvelle en anticipation et non en fiction. Quand on voit les déforestations indécentes, les luttes pour l'exploitation des terres rares, je crois que les conflits pour l'accès à l'eau sont tellement proches qu'on ne le voit pas! Il est tout aussi possible que les terres nourricières polluées entraîne des migrations et le retour à la pratique du nomadisme et des groupes de chasseurs-cueilleurs.
C'est bien sombre, et pourtant ça semble être un avenir pas si lointain.
Je pense aussi qu'il y a là les bases d'un excellent roman d'anticipation.

   Corto   
13/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voici un texte vif, sans fioritures car on est dans un monde qui ne peut plus s'en permettre.
La tentative de survie est omniprésente et le dialogue lointain et souvent intérieur entre les deux jumeaux fort bien mené.
Les décors sont crédibles et d'ailleurs l'ampleur des enjeux ne leur laisse pas grande importance.
La mort simultanée des deux jumeaux est un plus.
Le message embelli annonçant la mort de William donne un côté chaleureux du côté des compagnons d'arme.

Un texte évidemment sans complaisance pour notre avenir, mais néanmoins plaisant à lire et à méditer.

Merci et bravo.

   Cat   
18/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cherbiacuespe,

Juste retour aux origines. Après avoir tout perdu de leurs arrogances, les habitants de ce monde nouveau sont redevenus des bêtes sauvages habillés de violence et d'agressivité primitives pour défendre leur lopin de terre et l'eau qui coule au milieu. Les bons sentiments émergent juste comme il se doit, histoire de faire ressortir la noirceur du tableau, mais au final le bien et le mal seront ensevelis dans ce même élan ravageur.

Belle écriture soignée pour un texte sur le futur sombre et décadent suspendu au-dessus de nos têtes.

Habituellement, ce n'est pas ce genre d'histoire d'anticipation que j'aime lire. Elle ressemble trop à la triste réalité que nous pourrions être amenés à vivre un jour pas si lointain.

Mais j'avoue que l'ambiance est bien rendue. Une tonalité grise a dominée tout le long ma lecture, comme la voûte d'un ciel chargé de tristesse devant l'immense gâchis.

Merci pour le partage.
J'avais déjà beaucoup aimé ''Un trou dans la chaussette'', sans avoir pu la commenter sur le moment.

A vous relire


Cat

   hersen   
19/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a quelque chose de visionnaire, l'eau n'est pas loin de manquer. mais pas pour les piscines des villas du bord de mer.
pardon, je digresse.

J'ai bien aimé lire cette histoire du frère et de la soeur (entre autres), dans un monde déjà perdu.
Je pense qu'on n'a pas fini d'écrire sur les changements climatiques et leurs conséquences.
je regrette que cela vienne un peu tard, il y a cinquante ans, on n'écoutait pas grand-monde le disant; ni sur la décroissance qui, au lieu de chercher coûte que coûte des énergie moins chères (admirez la formule !) on n'ait jamais "pensé" à apprendre à vivre avec moins. Il est encore trop tôt, c'est à dire déjà trop tard, ça viendra en "son temps politique", pas avant.
Ces jumeaux sont à mon avis assez représentatifs de ceux qui vont monter au créneau, des proies faciles, des cibles. Peu préparés, en fait, et surtout portés par de grandes illusions. William est mort en fuyant ? C'est nous qui sommes en train de fuir en ce moment, fuir la réalité.

merci de cette nouvelle que j'ai appréciée !


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