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Sentimental/Romanesque
CoDi : Un poulet doux
 Publié le 11/01/20  -  6 commentaires  -  10530 caractères  -  44 lectures    Autres textes du même auteur

L'histoire d'un marchand, d'un poulet, mais surtout, l'histoire des billets doux…


Un poulet doux


Remontons au temps des amours... Cela me paraît si loin que je n’en ai plus de vrais souvenirs, mais j’espère que vous vous en souviendrez pour moi.

Je me rappelle juste une histoire concernant cette époque…

Je sais qu’il y avait un homme. Et puis il y avait aussi une femme. Cela paraît commun, pas très intéressant. Puis il faut dire que de nos jours, on a levé le voile sur certains tabous alors peut-être préféreriez-vous entendre parler d’un homme et d’un homme, ou d’une femme et d’une femme. Malheureusement, de ce point de vue-là vous ne serez pas satisfaits. De toute façon, l’histoire que je veux vous raconter est surtout celle d’un poulet. Alors garçon ou fille, cela n’a pas d’importance.

C’était à l’époque de la romance, où les lettres étaient transcrites avec soin dans une écriture taillée à la plume d’oie ou de cygne. Le temps où les facteurs étaient corneilles ou pigeons, et où les mots s’envolaient mélodieusement dans les airs avant de retrouver leur destinataire impatient. Quelquefois, ils se perdaient dans l’espace et ne retrouvaient jamais leur chemin, ou parfois encore, ils passaient de mains en mains, de bouche en bouche, et se promenaient comme cela éternellement, sans jamais se poser.

Mais un poulet, ça ne vole pas. Déjà à l’époque ils étaient conditionnés à rester au sol, les plumes coupées dans leur extrémité par de grosses mains humaines.


Et c’est là que l’homme intervint… Il avait un élevage de ces volatiles, de gros poulets blancs. Ce n’était pas pour les manger qu’il les élevait, mais pour leurs plumes. Il rêvait que les gens lui achetassent tous un poulet, pour avoir toujours une plume sous la main afin de mettre sur papier les mots qui s’accrochaient le plus à leur esprit. Comme les « Je t’Aime. », qui nous taraudent, qui nous turlupinent, jusqu’à ce qu’on les transmette à la personne qu’ils concernent.


Chaque samedi, il se rendait au marché. Parmi les vendeurs de légumes, de lapins, d’oiseaux ou de fruits, on trouvait également d’autres vendeurs de poulets. Ceux-là les vendaient pour la viande ou les œufs qu’ils apporteraient à leur futur propriétaire.

Sur une petite pancarte, l’homme avait inscrit à la plume « Poulets doux ! Ni pour la viande, ni pour les œufs, mais pour l’Amour. »

Quelques passants s’arrêtaient, et lui demandaient ce que cela signifiait. Il leur répondait alors que chercher les plumes d’oie ou de cygne dans la boue, ou les acheter à prix d’or n’était peut-être pas la meilleure solution. Qu’ils pouvaient très bien s’acheter un poulet domestique, qui leur fournirait ce bien, et qui plus est, de très bonne qualité (car ses poulets à lui avaient les plus belles plumes). Mais personne n’en achetait jamais. De plus, la plupart des gens se rendant au marché ne savaient même pas écrire, alors, ils chantaient comme coq à l’aube, devant les maisons de leurs conquêtes.


Jusqu’à ce samedi-là, justement, où un employé domestique passa devant son étal.


– Ils sont chers, vos poulets ? Mon maître ne cesse d’envoyer des lettres à l’une de ses conquêtes, mais elles se perdent sans arrêt ; ses plumes de cygne offrent mal l’encre au papier, et son écriture est illisible. Jamais aucun de ses mots n’a eu réponse, jusqu’ici. Pourriez-vous m’aider ?


L’homme, enchanté, lui présenta l’un de ses volatiles.


– Regarde, dit-il, parmi les plumes de ce poulet, il y en aura bien une qui sera bonne pour le papier de ton maître !


L’employé acquiesça, paya son poulet et retourna chez son maître.

La semaine suivante, l’employé revint vers le marchand.


– Cette fois, je voudrais vous en acheter un pour mon usage ! dit-il.

– Mais, tu ne sais même pas écrire !

– Oui, mais j’aime une femme. Et je crois qu’elle ne veut pas de moi. Je voudrais lui offrir quelque chose.

– Très bien, répondit le marchand. Mais sache que mes poulets ne sont pas bons à manger, et qu’ils ne font que de tout petits œufs, qui ne satisfont guère l’appétit.

– Promis ! Il ne servira en rien de cette façon !


L’employé partit avec son poulet. Le soir même, il se rendit chez sa conquête et le lui confia. Elle l’accepta avec plaisir, lui proposa d’entrer et lui offrit même une place à sa table pour le souper. Heureux, il en parla le lendemain à tous les autres employés de chez son maître, qui eux-mêmes en parlèrent autour d’eux et très vite, notre marchand se retrouva sans presque plus aucun poulet à vendre. Tout le monde ne parlait plus que de ses volatiles, et, partout dans les rues, on voyait des couples se former autour d’un étrange animal au plumage blanc. Les corneilles et les pigeons volaient toujours dans le ciel, mais moins chargés de messages à transmettre, car même les maîtres se dotaient d’un poulet à offrir en cadeau.


Il avait amassé un petit paquet d’argent, comme on dit. Mais lui, il n’avait personne à aimer. Plutôt que de se rendre au marché le samedi suivant, il erra dans les rues du bourg, observant les passants et passantes. Puis, son regard s’accrocha à celui d’une jeune femme. « C’est elle ! » pensa-t-il. Il l’observa pendant un temps, dans l’intention de se rappeler par cœur de son apparence. « Elle a de longs cheveux bruns, des yeux noirs, un petit nez d’aigle et une bouche fine. Elle a de longs cheveux bruns, des yeux noirs, un petit nez d’aigle et une bouche fine. Elle a… »

Et puisque la chance lui souriait, il la vit entrer dans une maison, chargée de ses courses du matin. « Rue des coquelicots, 15, rue des coquelicots, numéro 15… », se répéta-t-il.


Il rentra chez lui l’âme joyeuse. Dans sa maison, un petit panier servait de nid à sa poule préférée. Elle était différente des autres. Il l’avait trouvée un matin alors qu’elle était toute petite, rejetée de sa nichée. Elle était rousse. Lui qui manquait de compagnie, il lui avait tout appris, et l’aimait de tout son cœur. Elle répondait quand il l’appelait ; il suffisait qu’il lui répétât « Poupoule ! Poupoule ! » pour qu’elle accourût en caquetant.


Il prit sa petite protégée dans ses bras, lui arracha une plume et se mit à l’écriture. « Douce dame à la chevelure brune, je vous ai croisée ce matin. Douce dame au joli nez d’aiglon, sachez que je voudrais vous voir, pour parler, et peut-être même vous aimer. »

Il attacha son billet autour du coup de sa poule, et l’envoya le porter chez sa dame. Il rit en voyant son poulet courir sur ses deux pattes à toute vitesse en gloussant de bonheur dans les rues.


Puis il attendit… Et il attendit encore.


Le lendemain, n’ayant toujours pas de nouvelles de sa Poupoule, il entreprit d’aller la chercher. Il se rendit à la porte de la jolie brune, qui lui ouvrit rapidement.


– J’ai reçu un poulet blanc hier matin ! dit-elle. Et depuis, mon chat chasse tous les autres poulets ! J’espère qu’il n’est pas arrivé malheur au vôtre, mais je ne l’ai jamais vu.


Inquiet, l’homme partit sans même dire au revoir. Et toute la journée, il chercha son amie dans chaque ruelle, chaque recoin du patelin.


Le soir venu, il se rendit à l’évidence qu’il ne la retrouverait plus, et rentra chez lui les larmes aux yeux. Il s’assit devant le foyer, et regarda le petit panier vide. Il se souvenait des accueils chaleureux qu’elle lui réservait à chacun de ses retours, de la chaleur qu’elle lui apportait lorsqu’il se sentait seul, du reflet de la lumière ou du feu sur ses plumes rousses, et de tant d’autres choses… Il s’en voulait de l’avoir envoyée chez une inconnue, aussi jolie fût-elle. Cela lui brisait le cœur. Les sanglots le prirent à la gorge, et il pleura jusqu’au matin suivant.


Les poules du marchand étaient devenues le symbole de l’amour. Mais notre vendeur avait perdu le sien, son espoir et sa seule compagnie, pour une femme qu’il ne connaissait pas, et qui en avait choisi un autre. L’amour n’est pas une course, pourtant. Ou est-ce toujours au premier venu que l’on offre un « poulet doux » ? Ou du premier venu qu’on l’accepte ?

Tout en pleurant, il attrapa sa veste et se remit à la recherche de Poupoule. Il cherchait, encore, encore. Les jours passaient, et rien. Aucune nouvelle.

Un jour, alors que ses yeux avaient écoulé toute sa réserve de larmes, le marchand sortit de sa maison pour nourrir son élevage. Son regard fut attiré par un étrange reflet au pas de sa porte. Une plume…

Et rousse, qui plus est ! Son cœur bondit dans sa poitrine. Il la ramassa et vit qu’au bout de son calamus était reliée une petite ficelle attachée à une pierre et, juste devant celle-ci, un petit billet.


« Monsieur Marchand, un soir alors que je m’en revenais de chez mon cousin, j’ai aperçu au coin de la rue encore éclairée par le bas soleil, un reflet magnifique. Je m’en suis approchée, et j’ai vu un poulet, blotti contre un petit tas de paille. Il était blessé, sans doute attaqué par un animal aux griffes acérées. Je l’ai ramené chez moi. Ce poulet, semble-t-il, avait certaines rudes habitudes ! Il a boité jusqu’au-devant du feu, et s’est couché sur une petite couverture qui traînait là. Les jours suivant, il refusait de faire ses besoins ! J’ai dû lui installer une litière de chanvre, et une ribambelle de crottes puantes a été délivrée. Il devait souffrir, le pauvre, sûrement autant que j’ai souffert de l’odeur… J’ai essayé de le soigner, mais il est mort une semaine plus tard. Tout ce temps, monsieur, je vous ai cherché. Je pensais que vos poulets doux étaient blancs, mais au fil de mon enquête, j’ai entendu parler de cette histoire de petite poule rejetée, et alors, j’ai su. Je vous invite chez moi, ce soir. Rue des pierres polies, la maison du fond. Je vous offrirai le thé. Et à défaut de vous rendre votre poulet doux, voici mon billet doux. »


De nouvelles larmes perlaient au bord des yeux de notre marchand. Poupoule lui avait-elle permis de rencontrer quelqu’un, malgré tout ?

Plus tard, alors que le soleil baissait dans le ciel, il s’apprêta, rasa sa barbe, posa la plume dans la poche de sa veste près de son cœur, et s’en alla rencontrer l’auteure du billet.

Des histoires, chacun sait qu’ils s’en racontèrent et on dit même qu’ils furent heureux. Elle ouvrit une école pour que les pauvres pussent écrire, et lui ne vendit plus que des plumes rousses. Ses poulets, il les offrait en cadeau à ceux qui s’aimaient déjà.

Il n’y avait plus de poulets doux, mais, grâce aux plumes et à l’école, chacun put s’envoyer des mots doux dans un billet.

Et c’est d’ailleurs depuis ce jour que l’on appelle nos mots d’Amour, des « billets doux ».


 
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   cherbiacuespe   
13/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un conte tiré d'une belle inspiration. Il fallait y penser.

La question du style ne se pose pas, à mon avis, et tout n'est pas parfait dans ce qui est écrit ("Il rit en voyant son poulet courir sur ses deux pates", était-il bien nécessaire de préciser qu'un poulet court sur deux patte?). Mais je n'y vois rien de suffisant pour me faire fuir. Le scénario suit une logique indiscutable pour en arriver à expliquer l'origine de l'expression "billets doux". Pourquoi pas, après tout c'est un conte et je trouve que c'est une jolie trouvaille.

Pas de quoi grimper aux rideaux, certes, mais j'ai eu droit à un agréable moment de lecture. Oui, c'est une bonne nouvelle, bien pensée et bien écrite.

Cherbi Acuespè
en EL

   maria   
22/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

L'auteur(e) annonce une histoire originale, "celle d'un poulet". "A l'époque de la romance", ses plumes étaient parfaites pour écrire des mots d"amour, contrairement à celles des cygnes "qui offrent mal l'encre au papier".
Au marché, notre homme suggérait, à ceux qui ne savaient pas écrire, d'offrir carrément un poulet à la personne courtisée, qui pouvait ainsi se servir en plumes.
On continue dans le romanesque avec la mort de Poupoule, mais la fin fut heureuse pour tous.
Dans cette nouvelle, les personnages sont des gens simples qui font preuve de bon sens. Il n'y a pas de méchant. Elle est trop fleur bleue à mon goût, mais je l'ai lue avec plaisir, car elle est très bien écrite.

Merci pour le partage et à bientôt.
Maria en E.L.

   Dugenou   
11/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour CoDi,

Votre petit conte rempli de bons sentiments et d'une jolie trouvaille, celle de faire intervenir des poulets dans les élans romantiques, m'a beaucoup plu. La lecture est agréable, fluide, et l'histoire semble intemporelle...

Merci de m'avoir donné le sourire pour la journée !

Dugenou.

   Corto   
12/1/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
On n'est pas ici dans la grande inspiration. Cette nouvelle écrite dans un style rustique ne brille pas par son scénario ni par la rigueur des images.

Pendant toute une partie on nous explique que les poulets donnent de jolis œufs...j'ai dû manquer des cours à l'école élémentaire car je croyais que les œufs étaient livrés par les poules.
Heureusement on passe bientôt du poulet à la poule...

Le ton qui se veut reflet de la campagne et d'une époque n'est guère convaincant. L'histoire d'amour manqué est assez confuse, mais heureusement on nous en offre une seconde plus heureuse.

Le final est 'plein de bons' sentiments "Elle ouvrit une école pour que les pauvres pussent écrire, et lui ne vendit plus que des plumes rousses." Pour moi il y a 'trop plein'.

Le but de cette nouvelle est-il didactique pour nous expliquer les origines du billet doux ? Si oui on se demande si l'enjeu valait cette peine.

A vous relire dans une toute autre inspiration ?

   farigoulette   
13/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Mettre les poulet a l'honneur, il fallait y penser.
L'histoire nous ramène à des valeurs simples, c'est revivifiant.

   Alfin   
15/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau conte assurément !

J'aime beaucoup la progression narrative simple et enjouée.

Merci beaucoup pour ce partage et au plaisir de vous lire !


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