Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Coline-Dé : Un mont, démons...
 Publié le 09/12/16  -  22 commentaires  -  7661 caractères  -  165 lectures    Autres textes du même auteur

C'est l'histoire d'un duel entre Dieu et le diable par personne interposée…


Un mont, démons...


Jadis, antan, il y a luron-lurette, bien avant que le diable n’ait délégué ses pouvoirs aux hommes, saint Michel (qui n’avait pas encore gagné ses galons d’archange) arpentait, affamé, les grèves où il faisait une retraite spirituelle.

On lui voyait les omoplates (les ailes n’ayant pas encore poussé), si pointues qu’elles semblaient prêtes à percer la peau ; et le reste n’était pas mieux !


Le diable a l’odorat fin.

Attiré par l’odeur de sainteté (assez proche de celle du moisi) il faisait les cent pas alentour, attendant patiemment que les entrailles de l’ascète crient bien fort, pour lui susurrer à l’oreille :


− Pauvre Michel, dans quel état te voilà ! Tu n’as bientôt plus la force de marcher ! Ton dieu n’est pas raisonnable, il te laisse mourir de faim ! Qu’avez-vous à gagner à cette épreuve ? Il vaut mieux être en bonne santé pour servir son maître ! Regarde comment, moi, je traite mes fidèles…


Et il fit apparaître une table richement garnie en victuailles alléchantes, dorées, dodues, juteuses, croquantes et dont les fumets couvraient amplement l’inévitable odeur de soufre.

Saint Michel (il n’était pas encore saint mais je ne puis me résoudre à l’appeler familièrement Michel), saint Michel, donc, salivait malgré lui et la proximité de l’inanition lui ouvrant l’esprit, il comprit que le diable avait raison et qu’il valait mieux, pour Dieu et pour lui-même, qu’il mangeât.

Ayant un peu perdu le compte des jours, il ne savait plus s’il devait faire maigre et demanda à Satan de lui laisser pêcher un simple poisson qu’il accommoderait lui-même.

Le diable se dit que c’était un premier pas et qu’il valait mieux ne pas effaroucher le bonhomme par des tentations trop évidentes auxquelles sa belle âme lui permettrait probablement de résister. Satan avait très envie de cette belle âme !


− Allons, tu n’es qu’un ingrat capricieux ! Avec tout ce choix, tu ne peux trouver ton compte ? Mais je suis bon prince, qu’il soit fait comme tu le souhaites !


Et il disparut, laissant à ses pieds une magnifique truite saumonée que saint Michel se fit griller illico.

Tout ragaillardi, notre Michel réfléchit : il ne pouvait décemment se faire nourrir par le diable alors qu’il jeûnait pour glorifier Dieu… Mais d’un autre côté, il pourrait, en se nourrissant quelque peu, glorifier Dieu pendant plus longtemps.

Il décida de passer un pacte avec le diable.

À peine avait-il pensé « pacte » que Satan réapparut.


− Que veux-tu, toi qui m’appelles ?

− Ben voilà, dit saint Michel, j’ai réfléchi à un accord qui pourrait nous être profitable à tous les deux : ces terres qui vous appartiennent ne produisent rien. Laissez-moi les cultiver et partageons les récoltes. Je suis bon cultivateur, je peux, avec l’aide de Dieu, faire de ces sables une terre fertile.


C’est un deuxième pas, se dit le diable…


− D’accord. Je prends ce qui est sur terre, toi ce qui est dessous.


Cette année-là, par la grâce du Seigneur, du soleil, de la pluie et de l’huile de coude, la récolte de racines fut merveilleuse : carottes, panais, topinambours, pommes de terre, crosnes, radis, betteraves et tutti quanti atteignirent des tailles énormes tandis que les salades étaient mangées par les limaces, les choux par les piérides, les tomates pourries avant maturité et le reste à l’avenant.

Évidemment le diable ne fut pas content. Il tempêta, fit un gros orage, plusieurs navires sombrèrent, mais ce qui était dit était dit et il dut se contenter de sa part.

Il exigea, pour l’année à venir, d’avoir cette fois ce qui se récolterait sous terre.

Saint Michel trouva cela juste.

L’année qui suivit fut très humide. Si elle se montrait bénéfique aux légumes-feuilles, cette humidité fut fort préjudiciable aux légumes-racines, qui pourrirent.

Satan, venu chercher son dû, entra dans une terrible colère.

Mais saint Michel au cours de ces deux années avait progressé en muscles, en sainteté et en astuce.


− J’ai rempli mon contrat, dit-il, j’ai cultivé au mieux la terre et si tu as fait à chaque fois le mauvais choix, c’est que Dieu a décidé d’appuyer mon projet qui est de construire ici une chapelle à sa gloire.


L’endroit était un point tellurique important, Satan en avait fait un commode accès aux enfers. La construction d’une chapelle à proximité aurait des conséquences incalculables qu’il ne pouvait admettre.

Il entreprit une nouvelle colère, que saint Michel désamorça, afin de n’avoir pas de nouveaux navires sur la conscience, en lui proposant un défi :


− Tu sers ta gloire, moi celle de Dieu. Si tu veux, édifions chacun un bâtiment qui refléterait cette gloire.

Nous verrons bien qui gagnera… Le perdant s’engage à disparaître et à ne jamais revendiquer ces lieux.


Réfléchissant aux légions dont il disposait pour ce travail, le diable ajouta une clause diabolique :


− D’accord, mais cette construction devra être terminée en trois jours.


Saint Michel accepta.

Il n’avait cependant aucune idée sur le moyen de gagner ce défi, aussi se mit-il en prière.


À cette époque-là, Dieu avait sans doute moins de boulot que maintenant, ou plus d’imagination, il était plus jeune, bref, il exauçait plus facilement. Et il faut dire que saint Michel pria deux jours sans s’arrêter !

Pendant ce temps, le diable avait lâché ses légions sur la terre avec mission de rapporter toutes les plus grosses pierres qui puissent se trouver alentour.

Et ça cavalait, et ça grouillait et ça trimait, tant et si bien qu’un énorme tas de caillasses s’érigeait dans la baie. (Quelques pierres furent parfois lâchées çà et là, formant des alignements qui intrigueraient beaucoup de monde, bien plus tard…)


Mais il s’était mis à faire un froid si glacial que la mer gela.

Saint Michel, presque transformé en statue, se releva, histoire de se dégourdir les jambes et de s’y mettre. Il se demandait encore à quoi, quand un rayon de soleil fit étinceler la glace, lui procurant l’illumination qu’il attendait :


− Euréka ! dit-il en breton.


Et il commença à découper des plaques de glace pour construire le plus merveilleux château qu’on puisse imaginer, élancé, transparent, lumineux, avec des tours de cristal qui diffractaient la lumière en milliers de petits arcs-en-ciel, un monument véritablement céleste.

Au soir du troisième jour, le soleil émit un rayon vert juste à l’instant où les deux adversaires comparaient leurs œuvres.

Comment oser mettre en balance un informe gros tas de cailloux et ce chef-d’œuvre de poésie qui rayonnait au-dessus de la mer ?


− OK, tu as gagné…, dit Satan. Mais je veux ton palais.

− Si tu veux, concéda saint Michel, je te l’échange contre le tien.


Ainsi fut fait.

Bien entendu, dès le lendemain la température reprit sa douceur habituelle et le château de glaces fondit.

Le diable tenta une fois de plus d’ergoter mais saint Michel, excédé par sa mauvaise foi, lui administra, avec l’aide de Dieu, un magistral coup de pied au cul qui le fit voler jusqu’au mont Dol (où l’on voit d’ailleurs encore la marque de ses griffes imprimée dans la pierre).


Songeur, saint Michel gravit l’énorme mont qui s’élevait désormais au milieu des lises beiges et grises, des mouvants bras de mer…

Il soupira un peu en évaluant le boulot qui l’attendait.

Mais il remercia Dieu de tout son cœur en songeant à la vue qu’il aurait le matin en se réveillant.


La vue est merveilleuse, je le sais, je viens d’y passer la nuit.

Le gars Michel a bien travaillé. Trop bien. Mais le diable a sa revanche : chaque jour le mont est assailli par des légions de touristes, et ça… c’est infernal !


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Ora   
6/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est de la haute voltige! L'histoire se déroule l'air de rien, et l'air de rien il y a une architecture bien solide qui se dévoile, le narrateur sait où il veut nous emmener et il le fait très finement! :) Le ton est celui du conte, avec "des éclats" je dirais de traits d'humour (l'odeur de moisi) qui ont failli me perdre à un moment mais heureusement c'est la narration "conte moderne" qui l'a emporté!
C'est une très belle histoire, très bien menée, bravo :)
Qui du coup donne envie d'aller se fondre aux autres, à la rencontre du lieu!

   Anonyme   
7/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ca c'est sûre, c'est infernal mais le texte est génial, le fond, la forme tout ! J'ai failli râler devant ce cher illico si tentant et si galvaudé, mais ici, bizarrement, il n'a pas la tête d'un tic de langage. Je me suis amusée, régalée et j'ai été profondément émue par l'auteur qui écrit les origines du Mont Saint Michel. Et puis cet Archange là, je le connais !
J'adore et c'est sans concession;

   plumette   
8/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte plein d'humour qui émet une hypothèse osée sur l'origine du Mont Saint Michel.

j'ai passé un bon moment, l'écriture est alerte et les négociations avec le diable ( qui n'est pas mâlin!) sont bien menées par ce Michel qui a toute ma sympathie.

j'ai beaucoup aimé le passage sur les légumes racines et les légumes feuilles, comme un clin d'oeil aux amateurs de potagers.

On est plus dans l'humour que dans le fantastique me semble-t-il.

les histoires de saints revisitées ainsi, ça me plait bien !

   Lulu   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Coline-Dé,

j'ai adoré parcourir cette nouvelle qui m'a complètement happée dans sa narration que j'ai trouvée impeccable tant dans sa forme que dans le fond.

Dans la forme, il y a un rythme bien posé qui sied parfaitement à celui du conte ou de la légende. On pourrait s'asseoir auprès d'un conteur et l'écouter... Je suis sûre que l'entendre de vive voix doit procurer autant de plaisir.

Dans la forme, toujours, j'aurai appris une expression "entreprendre une colère" dans "Il entreprit une nouvelle colère"... Je trouve cela très élégant, mais tout à fait approprié au style global du texte.

Pour le fond, j'ai adoré l'intrigue, et ce qui l'anime : ses deux protagonistes. On pense au Mont Saint-Michel au départ ; en tout cas, assez rapidement au vu du titre, mais j'avais presque oublié cette histoire de mont tant j'ai été séduite par toutes les péripéties (la culture et la récolte des légumes, par exemple) qui m'ont fait prendre mon temps à apprécier l'instant t du texte tout au long du récit. En vous bref, je trouve que le suspens est bien ménagé, sans qu'on soit pressé de lire la fin.

Enfin, le ton qui participe du fond et de la forme, et ce, dès la première phrase, m'a séduite. Il dénote un certain plaisir dans l'écriture et une discrète complicité avec les lecteurs.

Un excellent travail, en somme, qui a su amplement me divertir et me toucher.

   hersen   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"eurêka, dit-il en breton".

Un auteur capable de ça sans se démonter a tout mon respect !

Excellente nouvelle divertissante, maniant le diable et ses saints, mais où le bon sens n'est jamais loin.

Et c'est cela qui lui donne tout son sel (breton)

Une narration bien alerte, rien qui gêne, drôle jusqu'au bout.

j'ai passé un excellent moment, merci Coline-Dé.

A vous relire,

hersen

   alvinabec   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Coline-Dé,
L'ironie pétillante de ce texte est pleine d'allant et de malice, le style alerte raccord au propos, ça coule tout seul, un bon divertissement même si parfois Michel tout comme Satan emploient des locutions hors de leur condition.
Un petit (tout petit) bémol pour 'appuyer mon projet' pas vraiment littéraire.
De la drôlerie et de l'esprit.
A vous lire...

   Perle-Hingaud   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte réjouissant qui met de bonne humeur... c'est agréable !
Coline est ici dans sa veine humoristique: des jeux de mots, de la malice, le tout dans un format de conte très classique.
J'ai bien ri à la formule :"Euréka ! dit-il en breton. "
Une petite contradiction: "Saint Michel (il n’était pas encore saint mais je ne puis me résoudre à l’appeler familièrement Michel), " et là "Le gars Michel ": faudrait savoir... ou alors, c'est la fin du texte, le narrateur peut se permettre quelque familiarités ?
Merci !

   vendularge   
9/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir,

J'ai bien aimé cette histoire qui m'a vraiment divertie. Je me suis dit que ce serait sympa d'écrire une histoire à propos de la "Pomme d'Adam" où comment être chassé du paradis peut rester en travers de la gorge..pour l'éternité. Possible d'imaginer que le Diable n'est pas étranger à cette caractéristique masculine..

L'écriture est alerte et sert l'histoire.

Merci
Vendularge

   Cat   
10/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dès les trois premiers mots je suis en mode sourire, prête pour une lecture qui ne m’a pas déçue.

J’aime beaucoup ce conte moderne où le malin n’est pas celui que l’on croit. Et bien sûr, en véritable optimiste (naïve :), je jubile lorsque le méchant balourd et idiot se trouve confronté au gentil plein de finesse. Bon, d’accord, la chute me fait vite redescendre sur Terre ! (C'est au Mont-Saint-Michel, la seule fois où j'ai cédé à la tentation de me joindre à un troupeau de touristes. Mea culpa !)

L’euréka dit en breton, est une super trouvaille. Elle est le point d’orgue de votre humour pince sans rire qui court tout le long de l’histoire, appuyée par une belle écriture qui coule fluide.

La forme enlevée et agréable sert à merveille le fond qui m’a enchantée.

Merci, Coline-Dé
A vous relire

Cat

   widjet   
10/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Coline-Dé ou l'auteure qu'on attend jamais là où elle est.

C'est pétillant, d'une espièglerie presque enfantine, jubilatoire et comme souvent, diablement bien écrit. L'humour fin, subtil, distillé à l'alambic d'une plume taquine (le croche pattes final tombe à point) fait des merveilles.

Et voilà comment j'ai englouti ce savoureux conte modernisé enrobé de cette confiserie acidulée moi qui ne goûte presque jamais au genre Fantastique/Merveilleux.

Bel exploit.

W

   toc-art   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

L'atout de ce texte, pour moi bien sûr, c'est l'écriture fluide qui se fait oublier et ça c'est très bien. Pour le reste, je suis pas fan du genre, c'est gentillet et sympathique. On se dit quand même que ce diable ci n' est pas bien malin (dans les deux orthographes) mais ça va bien avec cette période pré -fêtes où l'on a envie de bonne humeur. :-)
Bonne continuation

   Coline-Dé   
10/12/2016
Des remerciements quelque part par là...

   jaimme   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très sympa ce texte.Il ne faut surtout pas s'arrêter aux incohérences historico-mythologico-religioso-rigolottes, ce serait dommage car c'est justement le sel de cette histoire (et quand on sait que le sel est à la Bretagne ce que le crosne est aux petits légumes...).
L'ensemble est court, enlevé, et a un petit air de conte qui ne se prend pas au sérieux. Tout cela mâtiné d'intelligence.
Oui, j'ai aimé, la seule tournure que j'ai trouvé curieuse est "Il entreprit une nouvelle colère", mais c'est peut-être une expression locale bretonnante...
Merci Coline, tu peux continuer dans cette veine, sans aucun doute!

   GillesP   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette petite histoire est racontée avec un ton alerte tout à fait agréable. L'explication fantaisiste de la naissance du Mont Saint-Michel est amenée d'une manière naturelle. Mais comme je connaissais déjà l'histoire (en tout cas le début, qui vient des chapitres 45 à 47 du Quart livre de Rabelais), je n'ai pas eu le plaisir de la surprise.
Votre version est, cela dit, tout à fait réussie.
Au plaisir de vous relire.

   papipoete   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Coline,
Quelle histoire, entre ce " gars " Michel dont les ailes n'ayant pas encore poussé, ne peut nullement prétendre au titre d'archange et ce diable qui parait presque sympathique tant il cherche des solutions à l'amiable avec notre Michel !
C'est vraiment pas de chance pour Satan, qui chaque fois se fait berner, tant en récoltes calamiteuses qu'en défit de construction qui surclasserait l'autre ! ( le passage avec ses pierres posées là, comme un alignement douteux, est savoureux ! )
Pauvre démon qui se fait rouler par un serviteur de Dieu, mais qui se rattrape un peu avec ses hordes infernales de touristes, qui chaque jour viennent contempler cette humble chapelle, sur un mont où l'on se mouille les pieds pour l'aborder ; le mont du gars michel je crois qu'on l'appelle ?

   Anonyme   
12/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Coline-Dé,

J'ai bien aimé la chute, avec ce mont assailli chaque jour par des légions de touristes, "et ça, c'est infernal !"

L'histoire est bien comptée, le coup de pied au cul aurait pu être évité, quoi que, sans ça on aurait pas vu la marque du diable imprimée sur la pierre... du mont Dol (qui jusqu'ici m'était totalement inconnu).

J'ai donc passé un bon moment de détente, merci.

Wall-E

   Anonyme   
15/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Jadis, antan, il y a luron-lurette, bien avant que le diable n’ait délégué ses pouvoirs aux hommes" :
"Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu" : ces paroles de Trenet me restent en tête comme un moyen mnémotechnique pour choisir le bon mode entre le subjonctif et l'indicatif ;-)

"Saint Michel (il n’était pas encore saint mais je ne puis me résoudre à l’appeler familièrement Michel)"
Cinq lignes plus loin : "Tout ragaillardi, notre Michel réfléchit"
J'aime les textes où l'on se sent si à l'aise que la familiarité s'installe naturellement sans même la voir venir (ou presque) ;-)

"les salades étaient mangées par les limaces, les choux par les piérides, les tomates pourries avant maturité et le reste à l’avenant" : peut-être qu'un peu de bouillie bordelaise contre le mildiou... mais je me demande si ce diable ne finirait pas par s'appeler Monsanto... je suis curieux de lire la suite pour voir si je suis sur la bonne piste.

"À cette époque-là, Dieu avait sans doute moins de boulot que maintenant, ou plus d’imagination, il était plus jeune, bref, il exauçait plus facilement." :
J'aime cette phrase pour deux raisons :
1. je constate qu'il est possible de tacler avec une certaine bienveillance, la sauce aigre-douce étant plus digeste qu'une vinaigrette trop appuyée ;
2. d'un point de vue plus technique, je suis un un fan inconditionnel des verbes décéodéisés (délestés du C.O.D. qu'ils appellent pourtant naturellement). J'en abuse moi-même sans la moindre honte.

"Et ça cavalait, et ça grouillait et ça trimait" : Ah, mais c'est que je suis aussi un grand adict du "ça". Pas celui de Freud, hein !... celui de Céline.

"Saint Michel, presque transformé en statue, se releva, histoire de se dégourdir les jambes et de s’y mettre. Il se demandait encore à quoi [...]" : ça fait toujours son petit effet lorsque le lecteur s'étonne avant de relier la phrase à la précédente. J'ai d'ailleurs déjà remarqué cette technique dans l'un de vos précédents textes.

Finalement, fausse piste : le diable n'est pas Monsanto.

Bon, je me suis renseigné : Wikipedia m'apprend que la commune de Mont-Dol donne sur la baie du mont Saint-Michel.
J'étais prêt à vous filer une carte rouge pour avoir voulu voler le patron de ma ville, mais je suis disposé à le partager.
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Drapeau_ville_de_Bruxelles.png

C'est plaisant à lire. J'ignore si l'histoire est fondée sur un légende (j'allais écrire réelle) ou si elle est issue tout droit de votre imagination. J'aurais bien lu quelques lignes de plus entre les lignes déjà présentes, mais je suppose que la brièveté était un but à atteindre. Dans ce cas, le but est atteint et il l'est bien.

   Pepito   
13/12/2016
Bonsoir,

Ecriture sautillante à souhait, s'il en faut.
"Tu n’as bientôt plus la force " "Qu’avez-vous à gagner à cette épreuve ?" le pauvre diable ne sait plus s'il doit tutoyer ou vouvoyer. En même temps, s'adresser au gars qui va vous terrasser n'est pas chose facile. C'est bien Michel qui terrasse, non ?...

Bref, j'ai adoré le "Euréka ! dit-il en breton.".

Merci pour cette plaisante lecture.

Pepito

   Tadiou   
14/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Comme GillesP j'avais déjà entendu cette histoire, au moins le début. (Je ne savais plus où).

Mais qu'importe, l'écriture est alerte, c'est primesautier. Et puis

le méchant perd. Alors ne pas bouder son plaisir, son sourire et

son rire.

(Il y a moins de hordes de touristes dans la traversée {guidée!!!} de la Baie du Mont Saint-Michel, avec de la vase jusqu'à mi-cuisses).

De l'humour pétillant bien venu !!!

   Bidis   
16/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La chute vaut son pesant de cacahuètes. Et les Vénitiens ne contrediront pas l'auteur sur sa vision de l'enfer.
Mais j'ai regretté, beaucoup, en lisant le forum consacré à ce texte, que cette légende existe bel et bien. J'y voyais une belle imagination et dois me dédire sur ce point.
L'écriture, elle, est parfaite, gaie, entraînante. Je ne sais pas si Archimède eut goûté cet humour, mais moi, l'origine bretonne prêtée à "Euréka" m'a enchantée.

   Pouet   
21/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Ah, je me suis bien poilé, ce petit "conte" à l'écriture savoureuse tourne le Diable bien sympathiquement en dérision. Plein de petites choses rigolotes ma FOI.

Sinon, "− Euréka ! dit-il en breton." Saint Michel est normand nom di diou! :)

Allez je vais aller faire frire mon auréole.

Au plaisir.

   Novi   
7/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Super lecture, sans prise de tête, un conte bien mené qui surprend par un style, disons le, si banal que ça en devient un style ! Un humour agréable... bref, j'ai aimé me poser devant mon ordinateur pour lire ces quelques lignes !

Au plaisir,
novi


Oniris Copyright © 2007-2019