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Brèves littéraires
Concours : Et sans ciel [concours]
 Publié le 04/02/26  -  8 commentaires  -  2320 caractères  -  58 lectures    Autres textes du même auteur

Le père râle, la maman sèche, la cave respire et le vent s'échappe.


Et sans ciel [concours]


Ce texte est une participation au concours n° 39 : Le souffle du vent

(informations sur ce concours).



« Les murs sont blancs et les couloirs sont noirs,

c’est une course dans une boîte qu’une main agite en tous sens, mon sang glacé. »


Mon père aimait m’enfermer dans une pièce sombre, la poussière était noire, les murs étaient bruts avec des joints épais. Je n’ai jamais vu cette pièce à la lumière. Je l’ai brûlée de ma mémoire autant que j’ai pu. Ma mère était là, avec moi, elle ne disait rien et j’avais fini par l’entasser dans un coin pour ne plus sentir son regard terrifié. Nous sommes restés dans cette chambre – je l’ai appelée ainsi, un souvenir-traineau du gamin d’avant – pendant plusieurs années, je ne sais plus combien de temps. J’en suis sorti enfin, les mains réduites et en sang.


— Maman, le sifflement… tu ne l’entends pas et je reste pendu à cette respiration involontaire pendant que mon cœur s’assèche… maman.


Maman est tombée avec moi dans les marches de l’escalier, le père nous a balancés, triste mouvement d’humeur alcoolisée. Je suis resté silencieux sous son ventre. Il est descendu un peu plus tard, un coup de pied dans son corps et j’ai crié, elle respirait encore. Je l’ai déplacée délicatement et elle a séché, os blancs dans l’angle fermé de la chambre.


— Maman, tu es l’absence du vent, mon cœur sourd, ton cœur disparu, j’aimais tant quand tu chantais, quand tu me chantais ce refrain de feuilles sous la pluie, maman… je suis ce vent qui hurle, que vais-je devenir ?


Et sans que je m’y attende, le père malade – je l’entendais tousser comme un rat – a oublié de refermer la trappe, j’ai sauté mais il a eu le temps de mettre sa chaussure sur mes doigts. J’ai écorché ma voix, j’ai poussé, les muscles bandés, le flux de mon sang en mouvement, un ciel retrouvé.

Je l’ai assis à côté de maman qui m’avait dit avant de mourir qu’elle le voulait là pour le déboulonner éternellement.


— Maman, je suis de nouveau vivant comme le vent, la lumière est aveuglante mais si belle. Bonne nuit, maman.


Et je suis parti, emportant dans mes poches les rêves de maman et la folie du père.


 
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   papipoete   
12/1/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
bonjour concurrent
Un vent que seul celui qui souffre, entend même lorsqu'il ne fait pas de bruit ; il siffle comme le crotale face à sa proie, à qui il va donner le coup de grâce.
Tel un vent mauvais, à travers l'ombre de ce père, le drame tue la mère alors que l'enfant survit. Tous trois rassemblés dans ce cul de basse fosse, le grand mystère d'une main prodigieuse, redonne le souffle au héros.
NB je ne saurais comment interpréter ce scénario, mais il y a plusieurs visions ; Barbe bleue et ses petits martyrs ; Dutrou le belge et ses victimes ; et un peu Quasimodo et Esmeralda unis jusqu'à toujours...
Un vent plus spirituel, que celui qui caresse ou bien dévaste tout, mais j'ai aimé !
papipoète

   Donaldo75   
20/1/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai trouvé cette brève inspirée, tonale,, intelligente. Les passages en italique apportent de la poésie, ce qui va bien dans le cadre de ce concours, dans un narratif pas vraiment rose. L'économie de mots, une forme de sobriété, sert bien l'histoire, sans relater.

C'est vraiment réussi.
Bravo !

   Laurent-Paul   
4/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,
je me sens obligé de commenter car j'ai comme l'impression d'avoir participé à mon corps défendant à l'écriture de votre texte.
Il est d'une violence horrible et pourtant subtile. L'alternance des passages narratifs et des récitatifs en italique allègent l'horreur de ce qui est évoqué sans l'amoindrir. C'est sans concession et noir, amer comme un bon café.
On est enfermé tout du long ; la manière de commencer et finir avec le mot père augmente encore cette impression.
Bravo.

   Boutet   
4/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Quelle horreur ! Point cette nouvelle, bien écrite et dont le thème du vent (furieux, de folie et tant d'autres qualificatifs) est respecté. Il eût été préférable, bien-sûr, de ne pas lire un tel récit mais il est, hélas, le quotidien des femmes succombant aux coups du conjoint (et l'inverse qu'il ne faut pas oublier), et les enfants, témoins et parfois victimes. Les ravages de l'alcool mauvais dans cette brève littéraire, mais aussi les violences "gratuites", hélas. Bonne chance pour le concours.

   Eskisse   
4/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

Le récit très factuel vous cisaille et contraste avec les paroles de l'air de l'enfant, c'est l'amour et la haine allée avec l'émotion.

L'enfant-vent se sauve. avec la beauté...
IL y a un mouvement descendant ( la chute) et un mouvement ascendant ( vivant comme le vent) qui vient prendre le relai de la souffrance.
Souffrance gommée par l'écriture, comme anesthésiée.

Bravo.

   Cristale   
4/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
L'histoire est horrible mais d'une délicatesse d'écriture très plaisante.
Entendre le souffle du vent c'est être encore vivant comme ce malheureux enfant qui n'a plus entendu le souffle de sa mère.
Une tragédie qui se laisse lire comme un thriller mais qui, dans la vraie vie est l'une des pires qui soient.
Bonne chance pour le concours

   Myndie   
5/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
C'est un texte d'une noirceur totale qui développe du début à la fin une atmosphère de claustrophobie et de souffrance à l'état brut.
Portrait pathologique poussé à l'extrême d'une famille aux liens pervertis : le père, bourreau alcoolique et abject, idole tombée de son piédestal,  déboulonnée, la mère, victime de sa violence et l'enfant dont l'innocence est pulvérisée par le rouleau compresseur du quotidien.
Ici, le thème est traité de manière originale. Le vent est souffle, sifflement, respiration. Il est la souffrance et le désespoir de l'enfant (« je suis ce vent qui hurle, que vais-je devenir ? » et la mort de la mère  (« Maman, tu es l’absence du vent »).
Ces passages en italique condensent toute la poésie du texte.
J'aime bien le traitement gothique du récit, surtout le final qui refuse tout espoir et toute consolation. Il en faudrait peu pour faire de cette danse macabre un pur tableau expressionniste : une distorsion de la prose, un petit plus cahotique et sibyllin qui exprimerait plus la mordbidité qu'il ne la décrit.

   Robot   
5/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Une brève qui montre sans en faire trop dans l'écriture. Une démonstration de froideur dans le regard sur ces évènements.
Le choix du je accentue l'horreur du récit.
Une manière originale de relier le sujet au thème du concours.
Un texte fort et marquant.


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