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Fantastique/Merveilleux
Cthulhu : Épilogue
 Publié le 06/08/16  -  10 commentaires  -  5201 caractères  -  64 lectures    Autres textes du même auteur

Après une vie d'errances, le Voyageur retrouve enfin le Roi Blanc…


Épilogue


Le Voyageur s’effondre à genoux dans le sable noir au pied de la tour à la blancheur laiteuse. Éclatante, elle se dresse au cœur de désert grisâtre frissonnant au gré des vents. Toute sa vie, il a arpenté le monde à sa recherche et il peut enfin la toucher ; du bout du doigt il sent le contact brûlant de l’ivoire réverbérant la fournaise du désert depuis des millénaires. Comme une écharde plantée dans ce paysage terne et monotone, la tour se contorsionne dans les cieux selon des vrilles improbables avant de disparaître dans l’immensité stellaire.

Après des centaines de mirages et d’illusions nés de l’aliénante canicule la voilà enfin, devant lui, tangible et étincelante. Il s’allonge à son flanc comme un chien retrouvant son maître après des années d’errance et laisse une larme solitaire couler le long de sa joue, emportant avec elle de fines particules de sable charbonneux avant de se laisser mourir sur sa botte.

Il abaisse le foulard qui lui couvrait la bouche afin de la protéger des vents sablonneux, sort son épée de son fourreau, et pousse une immense porte immaculée aux motifs végétaux finement sculptés avant de pénétrer dans la pénombre fraîche de l’édifice. À son sommet l’attend le Roi Blanc et dans quelques instants il ne sera plus.

Ses yeux s’adaptent avec difficulté à l’obscurité pour dévoiler un monumental escalier en colimaçon s’enroulant dans les entrailles de la tour tel un serpent de marbre. Une multitude de minuscules vitraux multicolores incrustés dans la paroi d’ivoire transpercent l’intérieur d’une infinité d’aiguilles de lumière pastel. Ses pas sur les marches soulèvent de minuscules nuages de fine poussière virevoltant dans les airs avec la grâce d’une méduse poudreuse. Une légère brise caresse ses joues vallonnées par des décennies d’errance.

Il se rappelle les collines d’herbe rouge et caoutchouteuse, dont chaque brin crissait ses lamentations en ployant sous son poids. Ces steppes écarlates recouvertes de mastodontes de nuages zébrés dont l’électricité statique s’infiltrait dans le moindre de ses pores, s’immisçant dans ses tympans en un sifflement sourd et vrombissant, slalomant entre ses papilles gustatives en traînant derrière elle un goût métallique se collant à l’arrière du palais.

L’océan de sable orangé aux reflets de paprika et les récifs de cristaux de sel qui s’élevaient en prismes géométriques torsadés, diffractant la lumière solaire en minuscules tessons d’arc-en-ciel voguant à la surface. La frêle embarcation de fortune dont le bois grinçait une plainte d’un autre monde sous les remous de la moindre vague. Le vent salé et poisseux du littoral sablonneux qui lui fixait sur le visage un masque minéral permanent.

Les cavernes d’ambre dans lesquelles il s’assoupit aux côtés d’insectes antédiluviens, dont la gigantesque monstruosité était capturée à jamais dans leur gangue résineuse luisant au gré des jeux flamboyants du soleil couchant. Prison paisible et silencieuse baignée dans une éternelle lumière cuivrée.

La forêt glaciaire dont les feuilles cristallisées faisaient valser les reflets émeraude de sa lanterne avec les spectres de son souffle, volutes blanches se mêlant nonchalamment aux esprits végétaux de la sylve.

Le lac d’encre et son anxiogène tranquillité simplement troublée par les ondulations lasses de sa brasse. Le reflet des lunes sur le sombre miroir d’eau ondoyant tranquillement, accompagné par le ballet labyrinthique des microscopiques algues et poissons phosphorescents fourmillant et se dispersant dans son sillage comme repoussés par une force magnétique.

Les mers de brumes violettes transpercées de mégalithes gravés d’arabesques, vestiges d’une civilisation oubliée depuis des milliards d’années, désormais seulement habitées par quelques bancs de poissons-volants assoupis, ballottés au gré des circonvolutions des vents.


Seule une porte d’ébène le sépare désormais du Roi Blanc. Elle n’est pas verrouillée ; du bout du pied il la fait lentement pivoter en laissant ses charnières chanter la complainte des années passées. Assis sur son trône serti de pierres précieuses aux mille teintes, le roi l’attend ; le regard fixé sur son bourreau et le visage serein, il l’attend. Le Voyageur dégaine alors son épée et enjambe les monceaux de vertèbres et autres ossements jonchant le sol pour venir à sa rencontre. La lame s’enfonce sans résistance dans la cage thoracique du roi, accompagnée uniquement par un bruit de succion humide brisant le silence.

Il n’aura pas essayé de se défendre. Pas une parole, pas un geste. Rien. Si ce n’est un sourire subreptice se dessinant furtivement sur son visage alors que le fer venait à la rencontre de ses organes internes. Une microscopique étincelle de malice scintillant au fond de ses yeux pendant une fraction de seconde avant de s’éteindre à jamais.

Le Voyageur contemple son œuvre sanguinolente s’effondrer au sol pour rejoindre les autres dépouilles. Et maintenant ? Que reste-t-il à accomplir alors que s’achève la quête de toute une vie ?

Il se laisse alors tomber sur le trône désormais vacant et attend. Il attend celui qui viendra le délivrer. Le regard fixé sur la porte d’ébène et le visage serein, il l’attend.


 
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   Anonyme   
13/7/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime bien ce genre d'histoire suspendue dans un univers résolument autre, sans contexte, sans explicitation. Cela me fait penser à un dos de baleine qui affleure à la surface d'un océan profond avant de retourner dans les abysses : ce qu'on voit est insignifiant par rapport à la majesté devinée du tout. Et l'ensemble boucle joliment.

J'ai également apprécié les descriptions brèves mais soignées de paysages étranges, même si je les ai trouvées trop chargées en adjectifs (l'ensemble du texte, d'ailleurs, pâtit à mon avis d'une certaine grandiloquence). Une mention pour
de minuscules nuages de fine poussière virevoltant dans les airs avec la grâce d’une méduse poudreuse
parce que l'image maritime associée à de la poussière me semble à la fois décalée et très appropriée !

   Robot   
21/7/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà un récit bien étrange, une plongée dans un univers inconnu dont on ne saura rien mais qui cependant retient. La fin fait penser à une boucle de Moebius ou chaque arrivant tue le précédent indéfiniment.

J'ai trouvé la lecture plutôt intéressante mais parfois les phrases sont un peu longues.
Celle-ci par exemple: "Comme une écharde plantée dans ce paysage terne et monotone, la tour se contorsionne dans les cieux selon des vrilles improbables avant de disparaître dans l’immensité stellaire. "

   Pouet   
6/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bjr,

J'aime bien le côté un peu heroic fantasy?...

J'ai trouvé l'écriture belle, il y a de bons passages, de (très) jolies descriptions mais c'est un peu chargé, un peu beaucoup même, ça pullule d'adjectifs qualificatifs. Du coup ça manque un peu de fluidité à la lecture, ça fait trop ampoulé je trouve.

Un petit truc sinon, dans ce passage:

"Il s’allonge à son flanc comme un chien retrouvant son maître après des années d’errance et laisse une larme solitaire couler le long de sa joue, emportant avec elle de fines particules de sable charbonneux avant de se laisser mourir sur sa botte."

Si le type est allongé, ça me parait compliqué pour la larme de venir "mourir sur sa botte" mais bon j'ai jamais essayé alors....

Et puis "organes internes" aussi vers la fin m'a paru un peu chelou, des organes "externes" à part les génitaux j'en vois pas d'autres... Donc oui on s'imagine bien que l'épée venait à la rencontre dans ses organes "internes".

Voilà en définitive, on est un peu dans l'expectative, qui est vraiment ce voyageur? Pourquoi veut-il tuer le roi? Pourquoi le roi se laisse-t-il tuer sans réagir?

On croit comprendre que le voyageur prend la place du roi et attend son bourreau ("il attend celui qui viendra le délivrer") mais je reste quand même un peu sur ma "fin"... Y a peut-être un message métaphysique ou philosophique mais j'avoue que je sèche un peu.

C'est sympa mais l'ensemble mériterait à mon goût un poil plus de clarté tant au niveau du fond que de la forme.

Cordialement

   JulieM   
6/8/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Quel univers ! Coloré, scintillant, terne, chaud, glacé, mouvant, immobile, vivant et mort. Et une histoire en cercle vicieux, c'est un étonnant voyage que vous nous offrez, et une quête bien étrange.
Et la brièveté du récit colle parfaitement à cette absurde quête en point d'orgue, où tout recommencera pour la nuit des temps.
Merci.

   hersen   
6/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Tout l'intérêt de cette histoire est dans les descriptions, assez intéressantes souvent dans leur formulation;
Par contre, pour "chaque brin crissait ses lamentations", je m'interroge sur le fait de rendre transitif le verbe crisser. mais j'en aime cependant assez cette image;

la quête, bizarre finalement, nous laisse dans une incertitude et ne fait que s'opacifier au dernier paragraphe; mais cela laisse une sensation étrange et c'est bien comme ça.

la répétition de "alors" dans les deux derniers paragraphes aurait pu être évitée.

merci de cette lecture.

   MissNeko   
7/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour

J ai énormément aimé vous lire. Vous plantée un décor sublime que l'on s'imagine aisément.
Vous écrivez vraiment bien avec de la poésie en prime.
Mais quant au sujet, je le trouve un brin pas assez développé. On sait rien du pourquoi et du comment ! C est fait exprès certes mais j ai comme l'impression de lire un passage d'une nouvelle ou d un roman. J'aimerais pouvoir lire l'avant et l après.
Bref je suis frustrée !!! A vous relire !

   Anonyme   
7/8/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour CTHULHU,
Comme le titre l'indique, vous faites le résumé d'une histoire qui a eu lieu et prendre le train en marche, pour ne lire que la finalité de votre récit, ne m'a pas très emballé.
Par contre, j'ai beaucoup apprécié votre façon d'écrire. C'est fourni, foisonnant, et j'aime la poésie qui dégage de vos phrases. Votre texte est bien construit, très agréable à lire, mais je n'ai pas adhéré à ce que vous développez. Je noterai donc votre plume que je trouve très touchante, et qui si elle devait raconter quelque chose qui m'intéresse, me comblerait j'en suis certain.

   Jean_Meneault   
7/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'ai aimé être projeté dans cet univers, existant avant l'arrivée du lecteur. Le style, à la réflexion, m'a paru un peu chargé, très ornementé et c'est peut-être mon bémol. Mais vos descriptions ont été pour moi évocatrices : j'ai vu ces paysages et lieux, j'y ai baladé mon œil, mon esprit et j'ai apprécié cela. C'est comme découvrir un nouvel endroit et s'abandonner au plaisir de cette découverte. Certaines ambiances m'ont particulièrement accrochées, et votre écriture, finalement, réussit bien à nous plonger dans cette contemplation.
L'histoire cyclique, volontairement non élucidée, sied bien à l'atmosphère générale. Je trouve intéressant qu'une nouvelle soit centrée sur cette idée d'atmosphère davantage que sur l'intrigue et les rebondissements. Un texte qui relève de l'immersion, courte mais dense, sans préambule ni conclusion.

Merci à vous!

   GillesP   
7/8/2016
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
Dès le départ, le style m'a un peu gêné: je l'ai trouvé vraiment trop chargé en adjectifs, notamment concernant les couleurs. Je me suis demandé, au cours de la lecture, s'il fallait trouver une interprétation à propos de tous ces détails sur les couleurs. Personnellement, je n'en ai pas trouvé, mais peut-être suis-je passé côté de quelque chose.
Je n'ai pas réussi à m'intéresser aux descriptions, focalisé que j'étais par tous ces adjectifs. J'ai eu l'impression d'être face à un exercice d'écriture scolaire, ayant pour consigne: décrivez précisément un paysage, de façon organisée, en donnant le maximum de précisions que vous pouvez.
La fin du texte m'a interpelé: je l'ai trouvée intéressante dans un premier temps, puis je me suis demandé si l'on devait y voir une morale ou l'illustration d'un concept: j'ai cru comprendre que le voyageur prenait la place du roi, jusqu'au jour où un autre voyageur, à son tour, accomplira ce qu'il vient d'accomplir. Mais que peut-on en déduire?
Bref, je crois que je suis passé à côté de votre texte.
Désolé.

   Alcirion   
9/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Sentiments mitigés, belle écriture, une ambiance, mais on est presque dans la poésie en prose. L'idée principale de la nouvelle est excellente, mais j'aurais aimé la voir développer avec une technique plus romanesque.
A vous relire.


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