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Fantastique/Merveilleux
Cthulhu : La mélodie des abysses
 Publié le 06/11/16  -  16 commentaires  -  4706 caractères  -  130 lectures    Autres textes du même auteur

Plongeons ensemble au fond du lac.


La mélodie des abysses


Un sourire aux lèvres, Juliette joue près du lac. De l’eau jusqu’aux genoux, elle fait voguer d’une main distraite son petit bateau en plastique rouge et jaune. Les vaguelettes plissent le calme miroir et déforment son reflet en un monstre disproportionné et mystérieux. Une brume épaisse émane du lac comme l’haleine tiède d’un dragon marin fraîchement réveillé. Une jungle de roseaux danse langoureusement au gré des premiers vents de septembre. Un cygne dédaigneux glisse lentement en lui jetant un regard méfiant du fond de ses minuscules pupilles noires.

Une douce lumière verte scintillant au fond de l’étang capte son attention ; de magnifiques arabesques se forment à la surface en un labyrinthe phosphorescent. Comme aimantée par ce chaud miroitement, elle lâche son bateau qui se met à dériver dans les eaux troubles de la mare. Il faut qu’elle plonge. Elle ne saurait dire pourquoi mais il faut qu’elle plonge. Comme hypnotisée par l’éclat des lumières dansantes elle avance dans le lac. L’eau est froide et lui enserre les jambes comme un serpent glacé alors qu’elle s’enfonce doucement vers le centre. Sa robe à carreaux se plaque contre sa peau et le serpent continue de monter le long de son bassin. Elle prend alors une grande inspiration et entame sa descente vers les profondeurs troubles.

Une mosaïque de minuscules poissons aux couleurs pastel se disperse à son passage pour se reformer quelques mètres plus loin. Quelques méduses translucides et gélatineuses la croisent nonchalamment comme autant de fantômes désabusés.

Alors que sa progression est rendue de plus en plus difficile par la poussée de l’eau, elle comprend qu’elle doit vider ses poumons de l’air qui l’aimante vers la surface. Elle expire donc ce lest inversé et prend une grande inspiration d’eau au goût aigre d’algues et de vase. Ses bronches se couvrent de givre au contact du liquide glacial, puis une capiteuse sensation de tiédeur se diffuse dans sa cage thoracique. Après cette pause de quelques secondes, elle continue sa descente dans les entrailles du lac jusqu’à en atteindre le fond.

L’épave d’un navire en bois gît sur le plancher lacustre et l’équipage en état de décomposition avancée continue de ramer. Peut-être rament-ils depuis des centaines d’années, mécaniquement, avec l’espoir encore d’arriver un jour à bon port. Ils la gratifient d’un bref salut de la main avant de s’en retourner à leur tâche.

Elle traverse un labyrinthe de coraux majestueux et monumentaux, leurs branches se mêlant aux algues écarlates en une jungle inextricable. Au détour d’un tronc, une pieuvre géante à la peau constellée d’une myriade de pierres précieuses s’enfuit mollement comme embrumée de sommeil.

Au centre du dédale de corail elle l’aperçoit enfin ; allongée sur un moelleux lit de mousses multicolores, sa mère l’attend. Sa peau nue est immaculée et illumine le lac de sa blancheur. « Maman », s’écrie-t-elle en nageant à toute vitesse pour la rejoindre. Sa mère se redresse pour l’étreindre et ses longs cheveux roux l’accompagnent dans ce mouvement en lentes courbes tourbillonnantes. Une chaleur rassurante l’enveloppe instantanément alors que sa mère la prend dans les bras et lui plante un bisou sur le front.


— Comment ça va depuis la dernière fois, ma puce ?

— Ça va, répond-elle, la voix empreinte de tristesse dissimulée.

— Qu’est-ce que vous avez fait aujourd’hui à l’école ?

— On a fait du coloriage, annonce-t-elle avec des sanglots dans la voix.

— Qu’est-ce qui ne va pas ma chérie ? demande sa mère en renforçant un peu plus l’étreinte.

— Je veux pas partir. Je veux rester ici avec toi.

— Juliette, tu sais très bien que tu ne peux pas rester ici, il faut que tu remontes.

— Mais je veux pas !

— Il le faut, Juliette. Sinon papa va être très très triste. Il faut que tu remontes maintenant, pour faire plaisir à maman. Tu pourras revenir me voir de temps en temps.


Après un soupir, elle embrasse une dernière fois sa mère sur la joue puis prend une impulsion sur le fond marin pour remonter à la surface. Au loin, son prénom résonne dans les abysses.


— Juliette ! Juliette ! Ah, tu étais là, tu m’as fait une peur bleue, tu sais que papa n’aime pas que tu joues dans la piscine quand il n’est pas là pour te surveiller.

— Désolé papa.

— Allez, viens, c’est l’heure de manger, j’ai préparé des coquillettes avec du jambon.


Elle enjambe alors les boudins de la piscine gonflable du jardin, et laisse tomber ses brassards sur l’herbe du jardin. Elle attrape son papa par la taille et ses cheveux mouillés dessinent un nuage sombre sur son T-Shirt.

Elle jette un regard triste à la piscine. Septembre est arrivé, il sera bientôt temps de la ranger dans le garage.


 
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   JulieM   
16/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Je note tout d'abord les multiples désignations, lac, étang, mare habités par des "coraux, pieuvre, algues, poissons, cygne", le lecteur entre littéralement dans cette eau profonde avec Juliette, ou plutôt dans sa profonde tristesse. En retrouvant puis abandonnant sa maman, je comprends qu'elle est absente de son univers...et qu'elle ne pourra plus la revoir avant l'été suivant.
Belle imagination, peu de mots, des images, des sensations, des émotions.
Merci.

   Anonyme   
21/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un joli texte très touchant, bien imaginé, la chute m'a fait un choc, bravo.
C'est bien écrit, maitrisé, je trouve très difficile de faire un texte tout au présent, souvent conjuguer un peu dans l'histoire apporte du moelleux.
Merci pour ce moment d'agréable lecture et d"émotion.

   Ora   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Nous sommes bien dans la catégorie fantastique avec le parcours de cette enfant qui semble nous accompagner jusqu'à son effroyable noyade au fond d'un lac pour finalement nous déposer au bord d'une piscine gonflable. Je ne sais pourquoi il m'a fallu du temps pour apprécier votre texte qui ne m'a pas emballée à la première lecture. Avec un peu de recul, je trouve cette incursion au pays de l'imaginaire enfantin franchement bien mené et le "fond" de l'histoire touchant, la recherche d'un mère disparue que cette partie parvient à rejoindre à la simple force de son imaginaire. Bravo :)
Petite précision quand même: si cette enfant est d'âge à pouvoir se noyer dans une piscine gonflable, il est peu probable qu'elle arrive à la taille de son père, à moins que celui-ci ne soit de petite taille ;)

   Donaldo75   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Au début, je ne savais pas où allait cette nouvelle. Ce n'est pas que j'en attendais une logique mais je ne sentais pas le fil conducteur.

L'arrivée de la mère dans le récit a emballé la narration, rendant jusqu'au bout cette nouvelle émouvante.

Il y a donc deux parties: la première, assez fade, m'a un peu ennuyé, la seconde, émouvante, basée sur un dialogue, m'a embarqué.

Merci pour la lecture,

Donald

   plumette   
6/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Cthulhu,

Le début de ma lecture a été gêné par la profusion d'adjectifs qui affadissent et alourdissent la description de cette étendue d'eau ( calme miroir, brume épaisse, haleine tiède, cygne dédaigneux, douce lumière, magnifiques arabesques...) qui est d'abord un étang, puis une mare, puis la mer.
Le narrateur nous perd, on se demande où on est exactement et sans doute est-ce cela qui fait la force de ce texte et nous oblige à continuer vers quelque chose qui devient de plus en plus étrange.

Et voici que le lecteur comprend que la petite Juliette s'invente un monde dans lequel elle peut rencontrer sa mère qui lui manque tellement.

cette chute m'a beaucoup touchée et j'ai reçu après coup le récit autrement.

Plumette

   Anonyme   
6/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Joli travail Cthulhu. Je ne l'ai pas vu venir, c'est le cas de le dire. Tout m'a enchanté dans votre histoire. C'est très bien écrit, et en si court, vous avez su me surprendre, avec une fin dont je n'imaginais absolument pas un tel dénouement.
Le début est très poétique, métaphorique, liquide je dirai, et on se laisse embarquer, sans se poser de questions, tant les images affluent dans ce merveilleux aquarium. Et ce qui m'émeut, c'est de savoir que tout ceci découle de l'imagination de Juliette, provoqué par la piscine où elle ne fait que patauger.
Sinon avant les dialogues, j'aurai mis ; elle lui plante un baiser sur le front, et non un bisou, que j'ai trouvé un brin trop puéril.
Voilà, j'ai passé un très bon moment, et encore bravo.

   GillesP   
6/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Mignon... C'est l'adjectif qui m'est venu spontanément à l'esprit une fois ma lecture terminée. Mignon, sans aucune connotation péjorative, dans le sens de charmant, émouvant.
Juste un petit détail: je chipote, mais comme ce détail se situe au début, il saute un peu aux yeux: Juliette "joue près du lac", mais elle a "de l'eau jusqu'aux genoux", c'est un peu gênant, non? J'aurais plutôt dit "dans le lac" ou "au bord du lac".
Au plaisir de vous relire.

   Anonyme   
6/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C'est pas mal mais ça pourrait être bien mieux, surtout au niveau du style. L'écriture est trop dense, encombrée d'adjectifs, avec un manque flagrant de virgules. Ce n'est pas un univers de petite fille que vous décrivez là mais les visions d'un adulte.
Sinon, l'idée est bonne, peut-être insuffisamment exploitée. J'ai trouvé ce récit quand même bien court pour distiller pleinement son émotion.

   Anonyme   
7/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai bien aimé l'idée, il pourrait y avoir quelque chose d'effroyable derrière tout ça, mais dommage ce n'est pas abouti.
La rupture est trop brusque, trop brutale, il faudrait développer tout ça, ce monde englouti que je trouve un peu effrayant, comme une autre réalité.

Attention au style: c'est lourd, ampoulé, parfois indigeste ! Trop d'adverbes, d'adjectifs...

   Anonyme   
7/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte m'a surpris par sa chute et j'en suis ravie.

Une petite fille qui s'accroche comme elle peut à ses rêveries enfantines pour retrouver sa maman.

La tristesse est bien dissimulée au début de l'histoire, l'univers est fantastique. On aurait pu croire qu'elle va se noyer alors qu'elle semble devenir une petite sirène. Puis la vérité explose, l'univers change et la réalité perd son goût de tous les possibles.

L'enfant est triste et sa maman ne reviendra pas.

   Blacksad   
7/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un joli texte. J'y ai apprécié la concision, l'efficacité et l'émotion qui est contenue dans l'histoire sans pour autant se déverser en pathos.

Je pense que l'écriture du début pourrait être allégée, des adjectifs et des adverbes dans tous les sens qui rendent les phrases lourdes, difficiles à lire et comme le disait Jano peu cohérentes avec la vision d'une petite fille.

Belle idée en tout cas, bravo.

   hersen   
7/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La nouvelle est si courte qu'on ne peut rien rater.

On pense que la petite fille est une habituée de ce genre "d'escapade"

"comment ça va depuis la dernière fois ?"

et que donc elle s'enfonce dans ce rituel, elle voit d'ailleurs arriver la fin de l'été avec tristesse.

La nouvelle est cohérente mais cependant je la trouve un peu trop rondement menée. Elle laisse un peu l'impression que tout a été fait pour la chute.

C'est une bonne chute à ceci près que j'ai un flottement concernant la tranche d'âge de l'enfant. Elle prend son père par la taille, donc je vois déjà quasiment une ado. Mais pour jouer dans une piscine en plastique, a fortiori en étant censée ne pouvoir le faire que sous surveillance, je voyais une enfant beaucoup plus jeune; pour moi, ça casse un peu la chute. Je n'aurais pas eu cette impression si elle avait, par exemple, donné la main à son père.

J'ai bien aimé la description de l'univers sous-marin.

Merci de cette lecture.

hersen.

   Cat   
8/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une écriture agréable mise au service d’une touchante histoire d’O, racontée avec force poésie sur un fond triste à pleurer.

Cela aurait été presque parfait pour moi, mais deux détails sont venus agacer ma plaisante lecture, que je vous livre ici, manière de chipoter un peu :

1. Arrivée au « bisou sur le front », j’ai d’abord pensé qu’il se trouvait là pour faire rebondir l’histoire, tant cette expression « de tous les jours » tranche net sur le ton narratif mi-merveilleux employé jusque là et met mes sens en alerte vers je ne sais où, alors que nenni, rien n’en découle, enfin, je crois…

2. Puis vient la piscine « gonflable » qui m’a tirée hors des délicieuses profondeurs dans lesquelles je dérivais émue. Comment autant de fééries aquatiques peuvent-elles contenir dans un si ridicule récipient ? Ça ne se tient pas ! Voilà ce que j’ai pensé sur le coup. Bien sûr vous restez maître à bord, mais il me semble que préciser la nature de la piscine n’apporte rien au final, la chute ayant déjà fonctionnée à merveille. Peu importe l’âge de la petite Juliette, témoigner d’une telle force d’imagination pour faire revivre sa maman sera toujours aussi émouvant, qu’elle ait quatre ou dix ans.

Merci Cthulhu

Cat

   MissNeko   
9/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
J ai juste ADORÉ ! Au départ je le suis dit "mais on est où?" Une mare, un lac, la mer?
Quelle chute. Je m t attendais pas.
Merci pour cette lecture chargée d émotions et de fantastique.

   Tadiou   
6/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beau voyage dans les profondeurs de soi. De ses peurs ou de ses espoirs ou de ses amours...

Belles créations d'images, tout un monde qui se dévoile doucement où tout est comme d'habitude et où pourtant rien n'est comme d'habitude.

Très bien de pas en dire plus. Seulement qu'il y a une piscine gonflable et que c'est la rentrée des classes. On est "rassurés" par la présence d'un papa aimant.

Beau texte délicat, tendre et plein de pudeur. Sans mièvrerie.

Je suis très touché.

   toc-art   
12/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai bien aimé l'atmosphère qui se dégage de ce texte qui mériterait cependant d'être un peu allégé de son surplus d'adjectifs. La description de ce monde imaginaire me paraît un peu trop élaborée pour une fillette de cet âge. Mais ce qui m'a vraiment séduit, c'est que vous ne prétextiez pas une sortie de rêve pour clore votre récit mais que vous assumiez une sorte de rêverie volontaire et un brin morbide de la gamine.

Un détail à l'adresse des correcteurs : il me semble qu'il faut mettre la marque du féminin à ce "désolé papa " puisque c'est Juliette qui parle.


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