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Fantastique/Merveilleux
Cthulhu : Monsieur Sabou
 Publié le 12/01/14  -  9 commentaires  -  17506 caractères  -  142 lectures    Autres textes du même auteur

Une histoire de cœur brisé, au sens propre.


Monsieur Sabou


LUNDI


Elle me demande de lui tenir un instant parce qu’il l’embarrasse, juste cinq petites minutes, le temps d’attraper un livre sur l’étagère. Je hoche distraitement la tête et tends la main pour attraper son cœur. J’ai la tête ailleurs ; elle s’occupe, vagabonde et ne transmet pas l’information aux mains de se fermer. L’organe glisse de mes doigts pour aller s’écraser avec un bruit mat et mou sur le plancher du salon.

Je m’empresse de me baisser pour le ramasser mais elle me l’arrache tout de suite des mains pour aller l’examiner à la lumière bleuâtre blafarde émise par le poisson-néon tristement suspendu au plafond de la cuisine. Elle l’observe sous toutes les coutures pour vérifier que je n’ai rien cassé. Il présente un infime hématome à l’endroit de l’impact et quelques éraflures sur un ventricule, rien de grave : la pompe à hémoglobine est toujours en parfait état de marche. Elle semble tout de même très en colère contre moi. Je tente tout ce que je peux pour me faire excuser et essayer d’apaiser sa colère. Elle me répond que tout va bien, mais son sourire qui est allé se réfugier à l’intérieur de son visage ne ment pas. Je m’engage à tout réparer avant la fin de la semaine, il me reste six jours devant moi pour remettre à neuf son palpitant. (Je ne peux le garder plus longtemps pour ne pas risquer qu’il s’habitue à moi et m’identifie comme son nouveau propriétaire ; que ferais-je de deux cœurs ?)

Je n’ai jamais réparé de cœur, ni aucun autre organe d’ailleurs. Je n’ai aucune notion de médecine, de psychologie ou de mécanique que ce soit. Je passe le reste de la journée assis sur le canapé du salon à regarder fixement, sans cligner des yeux une seule fois, le muscle palpiter tranquillement sur la table. Je m’endors les yeux secs et le cerveau embrumé, bercé par le métronome délicat du cœur qui me regardera sommeiller toute la nuit.


MARDI


Je me réveille tôt aux côtés de l’organe abîmé. Je téléphone tout de suite à mes amis pour tenter de diluer la panique générée par mon inaction de la veille. Ces gens avec lesquels j’ai fait quatre cent et quelques coups ont toujours eu une solution pour me tirer des mauvaises passes. Tous me répondent qu’une telle opération est trop délicate pour le néophyte que je suis et qu’il vaut mieux s’en remettre à des professionnels. Avec seulement 224 sesterces pour subsister jusqu’à la fin du mois, cette option semble fortement compromise. Je passe le reste de la journée les yeux rivés sur l’objet de ma tourmente, hypnotisé par ses battements réguliers.


MERCREDI


Mes amis m’ayant été d’une aide toute relative, je décide d’envoyer un télégramme à mon père pour lui demander conseil ; un homme ayant vécu pendant tant d’années avec ma mère a certainement déjà eu recours à une opération similaire. L’ara voyageur que je reçois en retour me répond que « le temps est le meilleur remède ». Avec seulement 224 tours de sablier pour atteindre la fin de la semaine, cette option semble fortement compromise.


JEUDI


Cette inaction est insupportable. Aujourd’hui j’ai décidé de prendre le problème à bras-le-corps. À peine sorti du demi-sommeil dans lequel j’ai passé l’intégralité de la nuit j’empoigne le cœur bloblotant sur ma table de nuit et me rue dans l’atelier au fond du jardin en prenant soin de bien verrouiller la porte. Dans le minuscule chalet, qui me fait office de bureau, atelier, et laboratoire personnel, règne constamment un désordre ordonné qui lui donne, selon moi, un certain cachet. Je libère l’établi des copeaux de bois, traces de sang, et autres tentatives de croisements animaliers qui le peuplaient jusqu’alors et y mets ensuite le feu afin de stériliser le plan de travail.

Une fois les dernières braises à l’agonie, je peux débuter le travail. Je commence par changer d’yeux, les miens ne sont pas adaptés à un tel travail de précision. Comme toujours, j’enlève le gauche d’abord, avec un « plop » liquide lors de sa sortie de son orbite, pour le placer dans un bocal d’une solution désinfectante bleu électrique. J’attrape ensuite la boîte d’yeux d’aigle des steppes que mon père m’a offerte pour l’anniversaire de mes 15 ans, avant que l’espèce ne s’éteigne. Et je répète ensuite l’opération avec l’œil droit. Mon cerveau met alors une à deux minutes à s’adapter à la précision de cette nouvelle vision ; mais passé ce délai, le zoom x8 intégré devient magnifiquement fonctionnel. Pour aller avec ces nouveaux yeux j’enfile ensuite des mains adéquates pour remplacer mes doigts gourds et boudinés d’adulte : des mains d’enfants que ma mère m’a offertes pour l’anniversaire de mes 22 ans, avant que cette pratique soit interdite et que l’on remplace ces mains par des substituts mécaniques certes plus acceptables sur le plan éthique mais diablement moins efficaces. Me voici prêt.

Je commence par attacher, ligoter, harnacher, le cœur à la table afin d’éviter tout spasme tachycardique pouvant mettre en péril l’opération. Je décolle ensuite délicatement la membrane autour de la zone endommagée avec un cure-dents. La zone à réparer est là, rougie, talée, fissurée, parcheminée. J’attrape un bocal en verre contenant une gelée verte qui remue toute seule dans sa prison telle une méduse échouée bercée par les vagues. L’étiquette indique :

Confianciture

Colle à organes : Recette Artisanale

Tous usages


Ce bocal n’aurait aucune raison de me mentir ; ma spatule à la main je me mets à l’ouvrage. À peine la gelée verdâtre entrée au contact de la plaie, l’organe se met à vibrer et perdre ses pédales rythmiques ; s’il n’avait pas été attaché, il se serait certainement étalé sur le plancher comme un fruit trop mûr. Après plusieurs interminables minutes de spasmes, le patient recrache un jus rouge sanguinolent et glavioteux sur la table d’opération. Ensuite, il perd le tempo. Un faible rythme syncopé remplace la métronomique pulsation d’antan.

J’ai peur. Je détache le rescapé et vais me coucher sur-le-champ, encore tremblant et effrayé d’avoir détraqué la machine. À mes côtés, ma dulcinée est glacée et secouée de spasmes fiévreux.

Je crains le pire.


VENDREDI


Je me réveille après avoir très peu dormi. Ma femme, elle, ne sort pas du lit ; elle est bouillante et respire d’une manière anormalement bruyante et les médicaments ne semblent pas avoir d’effet. Je ferais n’importe quoi pour l’aider. Et ce n’importe quoi est un carré de papier, caché dans ma boîte à lettres, entre deux publicités criardes vantant les mérites d’électroménager ou de nouveaux reins hors de prix. Sur ce carré de papier sont imprimés les mots suivants :


Monsieur Sabou

Voyant Médium

Reconnu dans tous les domaines : amour, tendresse, fidélité, chance, attraction de clientèle, désenvoûtements, etc. Spécialiste de la réparation d’organes.

Résultats sous 24 h

Reçoit tous les jours entre 8 h et 20 h

333, Avenue Luigi Serafini

19 minutes et 9 arrêts de tram plus tard me voici face au n°333, un mince bâtiment de briques rouges écrasé entre les n°458 et 114.

Une demoiselle me fait pénétrer dans une salle d’attente bondée. Au bas mot, une centaine de personnes est entassée dans les 10 mètres cubes qu’offre la salle d’attente. Les hommes et les femmes s’agglutinent, s’empilent les uns sur les autres dans le cube de carrelage servant d’antichambre à ce Sabou. Les enfants pleurent et crient leur claustrophobie tandis que leurs parents transpirent leur angoisse dans l’atmosphère moite de la cage. Tous semblent anormaux, étranges, mal à l’aise ; certains serrent des organes dans leurs bras : un homme dégarni essaye désespérément de préserver ses poumons des pinces du crabe noir luisant qui lui grimpe partout sur le corps, un autre porte ses intestins enroulés autour du bras, une femme au regard éteint porte une urne remplie de cendres à laquelle elle s’adresse en chuchotant sous les 4 yeux déconfits d’une jeune fille d’une quinzaine d’années, un vieillard prie. Je m’assieds sur un groupe d’enfants, le cœur de ma chère et tendre emballé dans du papier journal au fond de ma besace.

L’hôtesse d’accueil m’attribue un numéro choisi aléatoirement déterminant le temps que je passerai dans la salle, le n°π.

N°3, mon tour est proche.

Après une heure d’attente, une voix robotique annonce mon numéro. La demoiselle me guide à travers d’infinis corridors jusqu’à une massive porte d’ébène derrière laquelle se trouve mon seul espoir de rédemption : monsieur Sabou.

L’immense antre est vide à l’exception d’une table d’opération en métal glacial, d’un bureau en verre occupant un tiers de la pièce sur lequel sont soigneusement disposés des pyramides de bocaux remplis de liquides en tous genres et de solides indéfinis flottant paisiblement. Des puissants projecteurs remplissant la pièce d’une lumière blanche aveuglante et une odeur de stérilité hospitalière agressent mes sens dès mon entrée. De l’autre côté du bureau se tient monsieur Sabou. Le jeune homme d’une pâleur cadavérique paraît chétif, flottant dans un costume noir trop large ; ses yeux bleu pâle tirant vers le blanc semblent vouloir sortir de leurs orbites creusées. Il n’a pas l’air inquiétant, mais juste frêle et faible ; son regard vague renvoie l’image d’un homme dépassé par le monde qui l’entoure. Il me tend une main squelettique, passant l’autre dans ses cheveux noirs mi-longs collés en paquets sur son crâne, et m’invite à m’asseoir face à lui.

D’un murmure grave lui faisant office de voix il m’explique que mes vaines tentatives ont endommagé un élément indispensable au bon fonctionnement de l’organe. Il empoigne alors un bocal et, tel un ours pêchant un saumon, en ressort un cœur tout frais qu’il divise alors en deux parties symétriques avec une lame effilée et rutilante ; je découvre alors, au milieu d’un labyrinthe de tissus et de tuyaux, un minuscule poulpe indigo remuant inlassablement dans une toute aussi minuscule mare sanguinolente, actionnant de ses multiples tentacules les mécanismes du cœur disséqué. C’est ce poulpe que j’ai empoisonné en badigeonnant son habitat de je ne sais quelle substance. C’est ce poulpe, agonisant en ce moment sur mon bureau, qui maintient ma femme en vie.

Sabou me dit qu’il peut tout réparer, même une pieuvre cardiaque ; l’opération étant loin d’être anodine, le prix ne l’est pas non plus. Je lui réponds que la monnaie me manque, mais ce n’est pas l’argent qui intéresse mon interlocuteur. Un œil, un poumon, et 100000 kilomètres de nerfs : telle est l’offre que monsieur Sabou me propose en faisant glisser un contrat et une plume dans ma direction.

La plume d’oie à la main, j’hésite un instant. Puis m’apparaît alors le visage de ma moitié : ce visage parfait, encadré de longs cheveux blonds cascadant sur ses épaules en chutes du Niagara capillaires, ce visage clair illuminé par deux saphirs rutilant au gré des jeux de lumière, ce visage fendu en deux par un sourire fugitif et subtil mais resplendissant, empreint de mélancolie, loin de ce monde. À cette vision, je plonge la plume immaculée dans l’encre de cochenille et conclus le pacte d’une signature carmin.

Sabou me donne rendez-vous le lendemain pour les opérations. Je rentre rentre me coucher, scié en deux par l’angoisse.


SAMEDI


Je me réveille seul dans le lit conjugal. Paniqué je me lève d’un bond, descends les escaliers quatre à quatre, m’époumone en hurlant son nom. Je la trouve alors dans le salon, assise sur le canapé, immobile, le regard vide. Je la prends dans mes bras, lui demande comment elle va en la serrant de toutes mes forces. Elle me répond qu’elle ne peut pas me l’expliquer, que je ne comprendrais pas. C’est alors que sa tête se détache subitement, avec un bruit de succion inquiétant, et se met à rouler sur le parquet, stoppée dans sa course par le mur. Je me penche pour la ramasser mais elle se dissout instantanément ; un enchevêtrement de muscles, nerfs et vaisseaux sanguins me reste entre les mains. Mon regard se tourne alors vers les épaules qui accueillaient jadis le magnifique visage que j’ai si bien connu ; un trou béant en lieu et place du crâne de ma dulcinée.

De cet orifice point un tentacule. Long. Mince. Violacé. Il se tortille et se replie sur lui-même, inquiétant. Il se déroule lentement. Il est de plus en plus long. D’autres membres semblables se mettent à tourbillonner au sommet du corps inerte de ce qui fut ma compagne. Les tentacules grossissent, s’allongent, se démultiplient, envahissent l’espace du salon. Des centaines de flasques appendices dansent autour de moi. Je me retrouve noyé dans un déluge de ventouses indigo. Elles me broient, m’étouffent, et m’entraînent vers les profondeurs d’un océan vermillon.

Je me réveille en sursaut. J’ai très peu dormi cette nuit, mon sommeil n’a été qu’une incessante succession de cauchemars dont je ne garde, pour la majeure partie, qu’une indistincte sensation de malaise et de terreur.

Je tente de la réveiller, mais rien n’y fait. Elle est d’une pâleur inquiétante et bouillante de fièvre. Je vais devoir la porter jusqu’au bureau de Sabou.

Tram, salle d’attente, numéros, corridors, ma femme sur les bras, son poulpe dans ma poche. Monsieur Sabou me prie d’entrer dans son bureau. Je tremble de tout mon corps, la sueur plaque mes vêtements contre ma peau et une boule grossissante se fait ressentir dans mon abdomen. J’ai peur qu’il ne soit trop tard.

Sabou enfile une blouse immaculée et m’enjoint de me déshabiller et de m’installer sur la table d’opération au fond de son bureau ; les règlements s’effectuent par avance. Mes protestations sont inutiles, seule la loi de Sabou règne sur son territoire. Je m’exécute et m’allonge sur la table, cube de glace brûlant ma peau à son contact. L’inquiétant médecin me harnache à la table « pour éviter tout spasme pouvant mettre en péril l’opération ». Je sens les lanières s’enfoncer une par une dans ma peau, sur les pieds d’abord, puis au niveau des genoux, au thorax ensuite, une pour chaque bras, et pour finir une dernière maintenant la tête fixe, les yeux aveuglés par la lumière des multiples projecteurs de la salle.

« Pourquoi ai-je accepté de faire confiance à ce parfait inconnu sans aucune preuve de ses talents ? » C’est la question qui me vient à l’esprit à ce moment précis. Je n’ai pas de réponse, si ce n’est la manière qu’elle a de replacer ses cheveux derrière les oreilles.

Le chirurgien enfonce une seringue dans mon thorax et m’injecte un liquide rose que je suppose être un anesthésiant. Il s’adresse à moi de sa voix grave et m’annonce avec un sourire en coin : « Veuillez m’excuser cher ami… Mais j’opère toujours en musique… » Il frappe des mains produisant un claquement sec ; résonnent alors les premières mesures de la Fantaisie Impromptu de Frédéric Chopin, d’une puissance à transpercer les tympans, emplissant tout l’espace.

Un autre claquement de mains fait coulisser un pan de mur ; de l’interstice ainsi créé sortent alors des mains. Des dizaines, voire des centaines de mains qui déambulent sur le carrelage de la salle d’opération telles d’immondes araignées. « Je vous présente mes assistantes », me crie Sabou pour se faire entendre malgré la musique. Chaque spécimen est différent des autres : les mains sont masculines, féminines, larges, fines, blanches, noires, mais toutes ont la même couche de sang séché sur les phalanges les rendant horribles à ma vue.

Les pentapodes se dirigent vers moi en armée organisée, précises au millimètre. Je crie quand ils commencent à escalader la table mais mon hurlement est recouvert entièrement par la musique qui s’accélère et s’amplifie encore. Je sens le contact froid des membres sur ma peau. Elles se déplacent au rythme de la Fantaisie Impromptu et semblent danser sur mon corps. Devant moi, un Sabou à contre-jour semble les diriger tel un chef d’orchestre possédé, gesticulant comme un dément.

Les mains m’ouvrent, me décousent, me déchirent de leurs ongles noirs, sous mes yeux remplis d’effroi. Je ne sens rien mais cette vision m’est insupportable ; elles se glissent sous ma peau, fourmillent dans mes entrailles. Mon cœur s’accélère. La musique de Chopin fait tourbillonner les araignées humaines dans une danse infernale.

Ma vision qui se trouble. Sabou qui se déhanche comme un pantin désarticulé. L’essaim de mains qui grouille en moi. Chopin. La lumière aveuglante. Le froid de la table d’opération. Les larmes qui dégoulinent sur mes joues. Les lanières de cuir qui m’étreignent. Mes cris qui se perdent dans le maelström sonore. Le noir final.

Je quitte la scène.


DIMANCHE


À l’heure actuelle, lui et elle ne sont plus que deux coquilles vides, deux peaux humaines pliées dans un tiroir du bureau du guérisseur. Leurs organes dispersés aux quatre vents.

Il est à la fois le cœur qui pompe le sang d’un héros blessé au combat et les yeux d’un chimiste de génie qui sauvera des milliards de vie. Sa boîte crânienne porte le cerveau malade d’un tueur en série. C’est également grâce à lui qu’un vieillard peut de nouveau entendre le rire de l’amour de sa vie.

Elle est à la fois en Suède où une gamine apprend à lire à travers ses yeux bleus, en Inde où une mendiante fait gonfler ses poumons à chaque inspiration, ou en Chine où une demoiselle dont le sourire si spécial séduit son futur amant qui possède peut-être une main ayant serré celle de Sabou par le passé.

Peut-être se retrouveront-ils un jour d’une certaine manière. Peut-être s’aimeront-ils à nouveau quelque part, à travers deux émissaires du bout du monde. Peut-être ne se reverront-ils jamais.


 
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   socque   
25/12/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Elle me demande de lui tenir un instant parce qu’il l’embarrasse, juste cinq petites minutes, le temps d’attraper un livre sur l’étagère. Je hoche distraitement la tête et tends la main pour attraper son cœur." : je trouve que vous avez l'art de commencer un texte ! D'emblée, j'ai été scotchée.
La suite, après ce début fracassant, ne m'a pas déçue. J'aime particulièrement ce type d'absurde où l'organique se mêle étroitement à l'onirique. Une angoisse imprègne tout le texte, indissociable de la douceur de l'amour du narrateur, et j'adore vraiment.
Un bémol sur la fin : non la manière en soi dont vous concluez l'intrigue, mais l'inévitable gaucherie (à mon avis) de passer d'une narration à la première personne à une conclusion à la troisième pour cause de mort du narrateur. C'est pas bien grave, mais ça m'a gênée à la lecture, ça m'a fait ressentir que j'étais en train de lire un texte, non d'explorer un univers étrange...

"j’empoigne le cœur bloblotant sur ma table de nuit" : sympa, l'expression !
"Je n’ai pas de réponse, si ce n’est la manière qu’elle a de replacer ses cheveux derrière les oreilles." : émouvant, je trouve...

   jaimme   
14/1/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je salue ici bien bas l'originalité, la créativité et la démesure. J'adore!
Ce n'est pas tous les jours que l'on peut lire un tel déferlement dans l'écriture.
J'aurais bien du mal à trouver du négatif. Peut-être la fin qui manque un peu de punch. Voire l'écriture qui n'est pas toujours à la hauteur du propos.
En tout cas Mister Cthulhu est un nom à suivre sur Oniris! Et que Nyarlatothep continue à vous donner l'inspiration!

   Acratopege   
13/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Haletante métaphore de notre époque où n'importe qui est habilité à transplanter n'importe quoi. Vian ressuscité en plus gore! Merci pour ce récit fantaisiste sous lequel je devine un conte moral qui ne veut pas se l'avouer.
Mais un détail me chicane, justement la première phrase, pourtant louée par notre amie socque. Je la comprends seulement en ajoutant un "le": elle me demande de le lui tenir un instant... Ou bien quelque chose m'échappe. Mais un détail reste un détail.

   LeopoldPartisan   
14/1/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
A la lecture de ce texte réellement rafraichissant et d’un bout à l’autre passionnant, me sont revenu en mémoire les univers pour le moins décalés du déjà cité par un autre commentateur, Boris Vian, mais aussi au niveau visuel celui des « monty pythons » dans leur film cinématographiquement le plus abouti : « le sens de la vie ». En particulier dans la scène « gorissime » du donneur d’organe, chez qui l’on vient chercher en urgence le foie, foie qu’il a bien « vendu », mais que les petits caractères du contrat auquel il n’avait pas prêté attention stipulaient que ledit foie pouvait être retiré suivant les besoins de l’acquéreur en toute circonstance.
« Sens de la vie » dans un futur qui ne sera pas résolument high tech., mais plutôt comme les deux univers que je viens d’évoquer, et qu’on pourrait qualifier de Futur antérieur. Là c’est évidement mon ressenti dans les descriptions tant de la maison que de la cabane au fond du jardin où de la salle d’attente de monsieur Sabou.
Comme je suis resté littéralement scotché à cette histoire d’un bout en bout, je me dois de quand même faire état de ma frustration lorsque j’en ai eu terminé de cette excellente lecture. Personnellement j’en aurai voulu plus, comme de savoir ce qui avait semble-t-il brisé de cœur de « elle ». Je sais que parfois l’on se perd dans une masse de détails supplémentaires, mais avec une idée pour le moins originale et une certaine maestria d’écriture, je me dis que l’auteur doit encore en avoir sous le coude. Idem pour le dernier chapitre « Dimanche », qui franchement me laisse sur ma faim et dont la description sommaire de l’usage des organes prélevés frise un peu trop « bon sentiment ».
Curieux de nature, j’aimerai aussi en savoir plus sur l’organisation de cet univers décalé, sur les pratiques du sieur Sabou qui tout en n’en étant pas à son coup d’essai, ne doit pas avoir érigé cette méthode en sa feuille de route habituelle. Sinon pourquoi tant de monde dans sa salle d’attente… Le bouche à oreille fonctionne grâce aux bons résultats et non aux contrats pour le moins discutable.
Voilà. J’attends avec impatience d’autres histoires et pourquoi pas une suite.

   Perle-Hingaud   
17/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Cthulu,

J’aime beaucoup votre fantaisie et votre façon de raconter cette histoire bien sympathique !
Quelques remarques toutes personnelles et que vous pouvez rejeter sans souci, au fil de ma lecture :
- Votre première phrase a attiré mon attention : tout d’abord, parce qu’elle me semblait bancale (il me manquait le « lui »), ensuite, parce que je l’ai trouvée ingénieuse dans sa façon d’attirer le lecteur. Ingéniosité qui s’affirme avec la seconde phrase : on parle du cœur, et le ton est donné, je sens que je vais aimer…
- J’ai un petit bémol sur les deux « elle » successifs : elle s’occupe…, et au paragraphe suivant : elle me l’arrache tout de suite…. Le premier se réfère à la tête, l’autre au personnage féminin, qui ne sera pas nommé (ce qui ne me pose pas de problème par ailleurs). Peut-être mettre une majuscule au «Elle» humain, pour éviter la confusion ?
- La suite de l’intrigue me réjouit, tant par l’humour noir que par les trouvailles, légères et farfelues à souhait.
- Quelques broutilles :
elle est bouillante et respire d’une manière anormalement bruyante et les médicaments ne semblent pas avoir d’effet. la phrase me parait trop longue, lourde : abus de « et » ? D’autant que vous persistez, une phrase plus loin : Et ce n’importe quoi…
10 mètres cubes dans le cube de carrelage : un moyen d’éviter la répétition ?
Idem avec « alors » : Il empoigne alors un bocal et, tel un ours pêchant un saumon, en ressort un cœur tout frais qu’il divise alors en deux parties symétriques avec une lame effilée et rutilante ; je découvre alors,.
La demoiselle me guide à travers d’infinis corridors jusqu’à une massive porte d’ébène derrière laquelle se trouve mon seul espoir de rédemption : monsieur Sabou. : je trouve le rythme de votre phrase, scandé par ces adjectifs placés à l’identique, trop uniforme, c’est dommage. (pas sûre d’être claire…)
L’immense antre est vide à l’exception d’une table d’opération… : dans ce paragraphe et d’une manière générale dans le texte, je regrette l’abus de participes présents (occupant, flottant, remplissant, flottant –de nouveau- tirant, passant…) à la longue, ça alourdit, à mon goût, du moins.
« Pourquoi ai-je accepté de faire confiance à ce parfait inconnu sans aucune preuve de ses talents ? » C’est la question qui me vient à l’esprit à ce moment précis. Je n’ai pas de réponse, si ce n’est la manière qu’elle a de replacer ses cheveux derrière les oreilles. : pas compris le « elle » ? rien dans le paragraphe précédent…
- Dans les expressions ou idées qui me font rire :
Je m’assieds sur un groupe d’enfants : c’est réjouissant, cette image ! L’hôtesse d’accueil m’attribue un numéro choisi aléatoirement déterminant le temps que je passerai dans la salle, le n°π. N°3, mon tour est proche. : ça aussi, cette logique implacable, j’aime ! ^^ Ah, le poulpe au centre du cœur, encore une jolie invention.
Ma vision qui se trouble. ...Je quitte la scène. : Très visuel, rythmé, ce passage me plait.

Merci pour ce bon moment de lecture !

   fergas   
18/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cthulhu,
Votre texte m'a tout simplement ravi. En général, quelle que soit la qualité de l’œuvre, je trouve toujours une connexion, une référence à un autre texte de littérature présent ou passé. Celui-ci me semble être du jamais vu, et c'est pourquoi je donne pour la première fois cette note de "très bien +" dans ce site.

Le cœur palpitant et agonisant est touchant dans sa fragilité. On a de l'empathie pour le héros, que l'on aimerait aider à bricoler cet organe essentiel afin qu'il puisse retrouver sa bien aimée.

Une bonne idée que ce gourou/shaman/escroc qui dépouille les corps pour les répandre en pièces détachées dans le monde entier, comme le ferait une vulgaire casse automobile.

Félicitation aussi pour la qualité de l'écriture. Quelques phrases qui surprennent de prime abord sont en fait comprises à la relecture seulement, car elles excitent notre curiosité: par exemple la première "Elle me demande de lui tenir un instant...".

L'intérêt est soutenu pendant toute la lecture. La fin n'est pas vraiment prévisible. Une histoire de très bonne facture.

   Cat   
18/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je me suis laissée engloutir dans ce foisonnant maëlstrom, entre les mains-araignées et le sang séché, entre la vie et la mort, entre horreur et bonheur.
Foisonnant, débridé et déjanté, comme Monsieur Sabou, héros de cette histoire, qui préside à la destinée des corps malades.
Une impression m'a collée aux basques tout au long de la lecture : celle d'un auteur qui a voulu de toutes ses forces éradiquer les images insoutenables de la maladie d'un proche,de sa propre maladie, avec une imagination débordante servie haut-la-main par le sens de la tournure et un humour noir hors des sentiers battus (que dire de la Fantaisie Impromtue de Chopin choisie comme toile de fond !;-).
Entre "gore" et humanité, le parfait équilibre pour moi.

C'est une réussite. Merci du partage.

Cat

   Edelweiss   
28/8/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'en ai encore des frissons !

La journée du Samedi est insupportable à lire. Comme le disent les autres lecteurs, il y a un balancement constant entre l'espoir et l'angoisse, avec le rythme des jours de la semaine qui rajoute ce sentiment pressant!

Ce texte est un bijoux de littérature d'horreur et d'épouvante. Très bien amené, très bien écrit, très bien construit. Le décors est très bien dépeint. Il m'a fait immédiatement penser à L'écume des jours de Boris Vian, tant par son univers fantastique que par son oppression ressentie tout au long de l'histoire. Un incident banal qui tend à s'aggraver sans que l'on ne puisse le contrôler.

L'histoire vous aspire et vous fait ressentir toute la détresse des personnages. Ils sont bien vivants, même plus que vivants ! Ils sont palpitants !

Vous devez faire de sacrés rêves, Mr Cthulhu ;)

   YvanDemandeul   
11/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Excellent texte.
Utilisation parfaitement réussie d'un thème d'actualité : le trafic d'organes. Cette nouvelle n'est pas tout à fait une fiction. Nous ne sommes pas très loin de la réalité !
Le détournement du "personnage" de "La chose" de la "Famille Addams" pour en faire l'équipe des assistants du trafiquant est une idée originale.


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