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Brèves littéraires
Cyrill : Nocturne
 Publié le 11/06/26  -  1 commentaire  -  1901 caractères  -  15 lectures    Autres textes du même auteur

Quelque nourriture avant l’aube.


Nocturne


Ça me désabuse l’œil du milieu, ça m’envoie l’émotion profuse et ça charbonne en inflexible essieu. Ça s’époumone et ça me crible le tympan. Ça s’affaire comme un trépan sur mes os puis se répand tel un influx dans le réseau perclus des nerfs. Lumière.


C’est du spectacle à bras-le-corps, cénacle de fringants forains. Branle-bas de bouffons sur ressorts et de fieffés butors à grand tracas de tambourins. Peau d’chat le triste informe, ovation à l’énorme ! Encore un tour de piste et des vivats aux longs chevaux à corne, aux ornements de muse, à la diva sous perfusion. On n’en fait plus des illusions de seins pareilles, ni de persil dans les oreilles.

Un pot-pourri de foire et des coups de boutoir. Du trente-six à la chandelle, ondée de sexe au feu nourri d’une étincelle. Il s’en faudrait de peu que la fièvre vire au gospel et la parade en poils roussis. Sourcil circonflexe et tombé de balèvre, enjambée de tirade au cordeau. Scandez-moi ce martel inspiré d’un rondo complexe, à grand renfort de décibels en pantalon de sérénade. Atterrissage en sol bémol et sur le dos de la cuiller. C’est un numéro de haut vol, balle à blanc dans le barillet. Un aller-retour en enfer, un voyage ambulant de l’alcool à l’éther pour le prix d’un billet.

Tandis qu’un violon tangue en équilibre sur sa corde, une bordée de cuivre éclate et vibre en boomerang. Gamme à l’envers et bite hors de sa gangue. Un désir amer sur la langue au plus fort du marasme, un spasme exorbité de ma peau écarlate, ébloui en sonate. Éboulis de sons sur Mercure, amas de chairs en sinécure. Orgie apostate et clap de fin soûl. Mes sangs sont sens dessus dessous. Chanson.


Ça se résout l’âme en carême et l’entraille agitée, sans chœurs ni coda. Dans la blême clarté de lune et dans le crachin de vertu d’un petit jour lambda. Des machins sans aménité, des trucs pointus, des draps et des draps de sueur importune.


 
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   Myndie   
19/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ça, pour être du spectacle, c'est du spectacle ! Une foire fiévreuse du petit matin, à l'érotisme brûlant et cru. Entre les sons qui se croisent et se répondent, les rimes internes, la musique et les images qui s'entrecroisent, ce texte dense, baroque, aussi charnel que punk, possède une vraie force de frappe sensorielle.
Il y a une ambiance à laquelle j'adhère sans hésiter, un sentiment d'urgence (les phrases courtes et le tempo d'une scansion), suivi d'un flip profond (le  « clap de fin de soul »), la déprime du réveil :
«Dans la blême clarté de lune et dans le crachin de vertu d’un petit-jour lambda. Des machins sans aménité, des trucs pointus, des draps et des draps de sueur importune. »

 C'est pour moi un objet cinéphilique par excellence, qui se situerait à mi-chemin entre Fellini et sa vision de la foire joyeuse et décadente, et Murnau, ses contrastes violents et ses ombres distordues. Tout m'y ramène, le montage rapide, les phrases percutantes, les mouvements de caméra et surtout la synesthésie : le son et l'image dans un même élan.
C'est audacieux et brillant. Bravo à l'auteur.


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