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Brèves littéraires
Cyrill : Nocturne
 Publié le 11/06/26  -  8 commentaires  -  1901 caractères  -  136 lectures    Autres textes du même auteur

Quelque nourriture avant l’aube.


Nocturne


Ça me désabuse l’œil du milieu, ça m’envoie l’émotion profuse et ça charbonne en inflexible essieu. Ça s’époumone et ça me crible le tympan. Ça s’affaire comme un trépan sur mes os puis se répand tel un influx dans le réseau perclus des nerfs. Lumière.


C’est du spectacle à bras-le-corps, cénacle de fringants forains. Branle-bas de bouffons sur ressorts et de fieffés butors à grand tracas de tambourins. Peau d’chat le triste informe, ovation à l’énorme ! Encore un tour de piste et des vivats aux longs chevaux à corne, aux ornements de muse, à la diva sous perfusion. On n’en fait plus des illusions de seins pareilles, ni de persil dans les oreilles.

Un pot-pourri de foire et des coups de boutoir. Du trente-six à la chandelle, ondée de sexe au feu nourri d’une étincelle. Il s’en faudrait de peu que la fièvre vire au gospel et la parade en poils roussis. Sourcil circonflexe et tombé de balèvre, enjambée de tirade au cordeau. Scandez-moi ce martel inspiré d’un rondo complexe, à grand renfort de décibels en pantalon de sérénade. Atterrissage en sol bémol et sur le dos de la cuiller. C’est un numéro de haut vol, balle à blanc dans le barillet. Un aller-retour en enfer, un voyage ambulant de l’alcool à l’éther pour le prix d’un billet.

Tandis qu’un violon tangue en équilibre sur sa corde, une bordée de cuivre éclate et vibre en boomerang. Gamme à l’envers et bite hors de sa gangue. Un désir amer sur la langue au plus fort du marasme, un spasme exorbité de ma peau écarlate, ébloui en sonate. Éboulis de sons sur Mercure, amas de chairs en sinécure. Orgie apostate et clap de fin soûl. Mes sangs sont sens dessus dessous. Chanson.


Ça se résout l’âme en carême et l’entraille agitée, sans chœurs ni coda. Dans la blême clarté de lune et dans le crachin de vertu d’un petit jour lambda. Des machins sans aménité, des trucs pointus, des draps et des draps de sueur importune.


 
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   Myndie   
19/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ça, pour être du spectacle, c'est du spectacle ! Une foire fiévreuse du petit matin, à l'érotisme brûlant et cru. Entre les sons qui se croisent et se répondent, les rimes internes, la musique et les images qui s'entrecroisent, ce texte dense, baroque, aussi charnel que punk, possède une vraie force de frappe sensorielle.
Il y a une ambiance à laquelle j'adhère sans hésiter, un sentiment d'urgence (les phrases courtes et le tempo d'une scansion), suivi d'un flip profond (le  « clap de fin de soul »), la déprime du réveil :
«Dans la blême clarté de lune et dans le crachin de vertu d’un petit-jour lambda. Des machins sans aménité, des trucs pointus, des draps et des draps de sueur importune. »

 C'est pour moi un objet cinéphilique par excellence, qui se situerait à mi-chemin entre Fellini et sa vision de la foire joyeuse et décadente, et Murnau, ses contrastes violents et ses ombres distordues. Tout m'y ramène, le montage rapide, les phrases percutantes, les mouvements de caméra et surtout la synesthésie : le son et l'image dans un même élan.
C'est audacieux et brillant. Bravo à l'auteur.

   Polza   
11/6/2026
« Ça me désabuse l’œil du milieu, ça m’envoie l’émotion profuse et ça charbonne en inflexible essieu. Ça s’époumone et ça me crible le tympan. Ça s’affaire comme un trépan sur mes os puis se répand tel un influx dans le réseau perclus des nerfs. Lumière. »

Société de consommation oblige, j’ai pensé à cette publicité de l’enseigne « Auchan » drive (je crois) où un gars va faire les courses pour une autre personne un peu plus âgée. Il parle en argot, on ne sait pas trop pourquoi, et à la fin du spot publicitaire, quand il donne ses courses à l’acheteur, ce dernier lui dit je ne sais plus quoi toujours en argot, mais le préparateur de commande n’y comprend rien.

Je m’aperçois que je raconte très mal cette pub, mais tout ça pour dire que le début de ta nouvelle m’a fait penser à ça, pour être un peu plus élogieux, je pourrais te dire que ça me fait penser à des dialogues d’un film de Michel Audiard…

Pour le reste et pour être tout à fait honnête avec toi, j’ai pas pigé grand-chose, mais il me manque sûrement les références… du coup, je ne mets aucune appréciation, mais je pense qu’il est important de notifier à une personne que l’on apprécie que l’on a lu sa brève littéraire…

   Robot   
12/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Comme je n'ai pas compris grand-chose sinon que - PEUT-ÊTRE - il s'agit d'un alcoolo baigné dans une orgie de sexe qui se réveille au son d'un orchestre qui s'agite sous son crâne, cette brève doit être excellente.

   Vincente   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Eh bien voilà une belle manière très chamarrée, débridée, échevelée, de narrer l’envolée enfiévrée, « juste avant l’aube », d’une expérience sensorielle formidable offerte par la plongée extatique d’un onanisme des plus accompli.
« L’œil du milieu » nous emmène dans un trip à la fois baroque et psychédélique, pour dire ses étirements bien au-delà des tiraillements allant de « l’âme en carême » à « l’entraille agitée » (tiens celle-ci au singulier, serait-elle en rupture avec celles plurielles bibliques ?).

J’ai adoré ce « violon [qui] tangue en équilibre sur sa corde, et d’autant plus en le voyant porteur de la vibration qui a vu naître ce texte.
Que ce vécu charnel, d’origine si modeste, avoué en toute liberté de ton, de langue, de pensée, gagne sous ce prisme une dimension de haute inspiration, une belle révélation !

   Lariviere   
14/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Cyrill !

Alors, sans grande surprise, j'ai adoré ce texte !

C'est jouissif, jubilatoire, virtuose, c'est clinquant sur fond et forme, ca déménage grave, bref, ca me procure des sensations au delà du plaisir "classique" de lecture.

J'ai assisté à une retransmission télévisuelle pour les images, mais aussi radiophonique pour la sonorité éclatante, d'une fête foraine du quotidien humain, entre manèges de chairs et uppercut sur machine de pucching ball pour la forme, humanité se situant ici entre la cours des miracles et la piste aux étoiles des cirques d'antan.

La grande ménagerie des mots et le carnaval des âmes sont servis par un vocabulaire percutant, extrêmement plaisant car impactant et toujours inattendu, ainsi qu'un rythme singulier et audacieux qui bouscule et ne laisse pas la place au ronronnement ennuyeux. Grace à tout ça, cette description burlesque, criarde et coloré sur son et image défile dans mon cerveau avec grand plaisir sans qu'il soit besoin d'en appeler à ma raison. C'est assez incroyable d'arriver à un tel aboutissement littéraire qui arrive à la fois à contenter circuit limbique du pur émotionnel et substance grise dédiée à la compréhension et à l'analyse.

Bref, je suis plus que séduit, je suis absolument fan et conquis et j'ai juste envie de crier : "encore" !

Merci beaucoup pour cette lecture et bonne continuation !

   Donaldo75   
21/6/2026
J’ai rien capté du sens, il s’est débiné entre mes doigts comme un poisson volant sous acide mais le flot m’est rentré dans la tronche telle une fanfare au pays des merveilles. Les mots ont accompagné le chapelier fou, le lapin, le chat, plein de personnages étincelants dont je ne voyais que les lueurs avant que le kaléidoscope secoue mes synapses. Et j’ai été traversé, brassé, remué par cet assourdissement qui m’a rappelé « the march of the black queen » dans le second album du groupe de Freddie Mercury. Une tempête.

   Pepito   
6/7/2026
On peut pas s'plaindre, y'a de l'ambiance, ça pète le feu ! "J'ai fais ma carrière avec cinquante mots, le reste je les ai inventés." disait Dard, dans un autre style, on est pas loin. A défaut d'être inventés, les mots sont sacrément tordus. On imagine ce que l'on veut, sabbat, fête de la musique, carnaval, cirque tonitruant... qu'importe, un lieu qui envoie !
On sort du tout épuisé, par chance pour mes vieux os, c'était court ! Merci pour la fête ! ;=)

   Cyrill   
11/7/2026


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