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Policier/Noir/Thriller
Disciplus : Pile à l'heure
 Publié le 02/08/23  -  4 commentaires  -  10129 caractères  -  36 lectures    Autres textes du même auteur

Une seconde suffit pour que le destin agisse et change une victoire en défaite.


Pile à l'heure


Giorgio est entré sans problème dans la maison. Il a une grande habitude des effractions sans laisser de traces. Le crépuscule à cette saison est le meilleur moment pour passer inaperçu. Tout n’est que silhouettes sombres et floues. Le jardinet est désert. La porte arrière possède un gros verrou en plus d’une serrure sophistiquée pour une bicoque comme celle-là, mais une imposte, à portée de main, ne semble protégée que par un simple volet de bois. La découpe du verre n’a pris qu’un instant et la neutralisation du capteur d’ouverture est un jeu d’enfant pour un professionnel. Giorgio se contorsionne pour se glisser par l’étroite fenêtre. Les pieds sur le bord de la cuvette des toilettes, il attend, sans bouger, plusieurs minutes. Il faut toujours se méfier du chat qui dort. Tout est silencieux.


Giorgio Tchekeff a vu le jour, par hasard, dans les faubourgs de Cetinje, l'ancienne capitale royale du Monténégro. Il y a vécu jusqu’à ses quatorze ans, dans la ferme de ses grands- parents, avec deux demi-frères et autant de demi-sœurs. Sa mère était, soi-disant, serveuse dans un bouge de la vieille ville et rencontrait de nombreux « beaux-pères » qui disparaissaient mystérieusement dès l’annonce d’une éventuelle nouvelle grossesse. Sans modèle paternel autre qu’un grand-père cacochyme et des don Juan de bistrot en transit, Giorgio s’est éduqué tout seul, et ça n’a pas été une pure réussite. Peu importe, aujourd’hui, il est quelqu’un de reconnu et il gagne de l’argent, pas mal d’argent. Giorgio est « pastrües », qu’on pourrait traduire, pudiquement, par « blanchisseur ».


Giorgio entrouvre à peine la porte des toilettes et glisse un miroir dans le couloir. Un petit sourire le conforte dans son ego de spécialiste de l’effraction de haut vol. Tout là-haut, au ras du plafond, un capteur infrarouge prend en enfilade le couloir. Giorgio extrait de la doublure de son blouson de cuir les éléments de la perche en aluminium qu’il a préparés. Assis sur la cuvette il fixe calmement la bombe d’air refroidissant dans le dispositif au bout de la canne. On ne prend pas aussi facilement Giorgio Tchekeff en défaut. Le brouillard glacé condamne le détecteur au silence. Ceux des autres pièces subissent méthodiquement le même sort. La cuisine est parfaitement en ordre, les rideaux du salon soigneusement tirés sur des fenêtres à barreaux, aucune trace de poussière sur les étagères, aucun magazine sur la table basse : intérieur de célibataire maniaque. Giorgio complète mentalement le profil qu’il a fait de sa cible. Défiance et prudence. Ce genre d’homme peut réserver des surprises. De mauvaises surprises.


Le « Bajrak », le comité secret où les « Bosët » (les patrons) discutent des entreprises du clan, lui a ordonné cette nouvelle mission. Giorgio a toujours été doué pour les « blanchiments ». Pas spécialement par goût, non, ni même par vengeance pour une enfance volée, non, non, simplement par une sorte de désinvolture opportuniste. À quatorze ans, il a « blanchi », par nécessité cette fois-là, un « beau-père », ivrogne et violeur, qui en voulait à ses deux sœurs. Au sortir des trois ans de maison de correction, il a été approché par un des gardiens. Le garde-chiourme lui a promis protection et considération, juste en échange d’une complète adhésion au « Kanun », un code d’honneur qui ne souffre aucun manquement. Giorgio a mis plusieurs mois à comprendre que la « Kompania Bello » n’avait rien à voir avec une association caritative et qu’il venait d’intégrer un de ces gangs, à forte tendance mafieuse, qui gangrènent les Balkans. Il a commencé par participer à quelques opérations punitives, enlèvements et séquestrations, rien de bien méchant. Sans scrupule ni moralité particulière, il a rapidement gravi l’échelle de l’organisation. Mauvaise pente. Le résultat après douze ans : plus aucun habitant de la région qui n’ose le regarder dans les yeux. Les rumeurs sur son compte sont détestables quoiqu’excessives. Il est devenu « LE pastrües » de la « Kompania Bello ». Sa photo figure dans de nombreux dossiers de police mais pour le moment aucune implication formelle. Parfaite conscience professionnelle.


En parlant de photographies, aucun cliché n’égaie le mobilier basique de la maison. Rien aux murs si ce n’est un immense rosaire à boules noires, cloué au-dessus du buffet bas. Le tapis, sous la table, a attiré un instant son regard. Giorgio l’a soigneusement contourné. Il a en mémoire un autre tapis, du genre vicieux, qui dissimulait des contacteurs et qui a coûté très cher à un « pastrües » concurrent. Un vaisselier à demi vide, une comtoise au lourd balancier de cuivre, un sofa, un fauteuil, rien que du classique, sans fioriture. Attendra-t-il dans la cuisine, dissimulé derrière le fauteuil ou dans l’angle du couloir ? Il a choisi. Le plus simple est toujours le meilleur. Il attendra, tout bonnement, assis sur la troisième marche de l’escalier. Dès que l’homme entrera dans le vestibule, il sera parfaitement dans la ligne de mire.


La mission d’aujourd’hui : « blanchir » un homme qui contrarie fortement les plans de ses associés. Associés dont font manifestement partie ses « Bosët ». Giorgio n’a que faire des finances et des diverses transactions de ses chefs. On lui désigne une cible, il « blanchit ». Point final. En expert consciencieux, il a étudié sa cible. Cinquante-deux ans, célibataire, passeport anglo-bosniaque, réfugié au Monténégro depuis six ans où il dirige une petite entreprise d’achat et de vente de pierres semi-précieuses. Le type vit chichement dans un pavillon mesquin malgré des revenus qui devraient être confortables. Le genre de citoyen sans histoire, sans vie sociale et qui passe inaperçu même pour ses voisins. D’après une de ses sources, ce type malingre, opéré du cœur il y a trois ans et passant chaque semaine voir son médecin personnel, aurait été militaire dans sa jeunesse. Il aurait même participé à de nombreuses opérations des forces spéciales de Sa Majesté en Afrique, aux Malouines et en Irak. On le dit spécialiste des explosifs et des mines. Il a été démobilisé après un accrochage sanglant dans un coupe-gorge d’un bidonville du Nord Mali.


Giorgio est réputé méfiant et méticuleux. Renseignements pris, la cible voyage beaucoup pour ses affaires. Souvent dans des pays d’Afrique aux gouvernements instables, en proie à des coups d’État, voire carrément en conflit ouvert. L’import-export de pierres semble n’être qu’une couverture à l’intention des autorités, masquant une inavouable contrebande d’armes et d’explosifs. Depuis cinq jours, Giorgio le suit aussi méthodiquement que discrètement. La cible est un vrai métronome. Sortie de la maison à sept heures quinze. Sanglé dans un long imperméable mastic et casqué, il enjambe un scooter d’occasion appuyé sur un tas de bois qui attend l’hiver bien aligné au pignon du pavillon. Un quart d’heure de trajet dans les faubourgs de la ville et remisage de l’engin dans un étroit cagibi à l’arrière du magasin.


Le rideau de fer se rembobine en grinçant de toutes ses lamelles à sept heures quarante-cinq pétantes. Le suspect ne sortira plus de sa boutique jusqu’au soir. Une petite dizaine de clients vont déclencher le carillon métallique, seul signe de vie de la boutique. Le rideau de fer redescend à dix-neuf heures. Dix minutes plus tard, l‘homme à l’imperméable sort le scooter de son box et se dirige, sans modifier l’itinéraire d’un iota, vers le pavillon décrépit. Stationnement de l’engin contre le tas de bois. Les plafonniers s’allument l’un après l’autre dans le vestibule, le salon, la cuisine. Extinction des feux vingt-deux heures trente. Une vie de caserne.


Giorgio se méfie de ce genre de type. Il sait qu’ils possèdent ce fameux et insondable sixième sens. Un type qui a vu la mort, en vrai et de nombreuses fois, sent instinctivement le danger. Comme Giorgio. Un coup d’œil à la comtoise du salon, plus qu’une minute avant dix-neuf heures dix. Quelque chose cloche. Giorgio le sent. Giorgio le sait. Il ne saurait pas vraiment dire quoi, mais c’est comme une odeur qui flotterait dans les pièces. Assis sur sa marche encaustiquée, le « pastrües » passe mentalement en revue tous les détails depuis qu’il a mis les pieds dans la maison. S’il est toujours en vie et libre c’est qu’il a toujours accordé une attention particulière aux détails.


Albano Dervishi. C’est le nom qui figure sur le passeport de la cible. Aucune famille connue. Il a ouvert son magasin de pierres il y a une douzaine d’années sans que personne ne sache d’où il venait. Il reste dans le collimateur de la « Policije », mais sans jamais avoir été inquiété. Il était considéré comme un homme sûr jusqu’à ces derniers temps. La « Kompania » a d’ailleurs fait appel à ses services plusieurs fois. Giorgio n’a entendu que des éloges sur les ententes entre ses chefs et Dervishi. Le vent a tourné. Giorgio n’a pas d’état d’âme : on lui dit de « blanchir », il « blanchit ».


Les yeux fermés, Giorgio contrôle sa respiration. Il faut être parfaitement apaisé pour une réussite maximale. Dans son métier on n’a jamais droit à une seconde chance. Tout doit être parfait du premier coup. La cible vient de sortir de son magasin, il ferme à clé la porte à l’arrière, traverse la cour, sort le scooter et le chevauche. Sortie de la courette, à droite puis à gauche au carrefour. Giorgio ouvre les yeux. Il est parfaitement calme. Le « pastrües » visse précautionneusement le silencieux sur le canon de son « Makarov ». Un PB 6P9, le funeste « héritage » d’un ancien « collègue », découvert, deux balles dans la tête, dans un fossé du côté de Dobrota.


Les poils des avant-bras de Giorgio sont hérissés, comme rebroussés par une bise de défiance. Giorgio devrait maintenant entendre le moteur du scooter. Silence. Giorgio connaît bien ce petit goût métallique sur sa langue. Appréhension et alarme. Sa main étreint plus fort la crosse du Makarov. L’aiguille de l’horloge indique dix-neuf heures onze. Albano Dervishi ne viendra pas ce soir. Il est en ce moment sur le tarmac de l’aéroport. L’explosion de la comtoise est énorme, ravageant tout le rez-de-chaussée.


 
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   Jemabi   
13/7/2023
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
C'est censé être un suspense haletant. Personnellement, je n'y ai vu que bavardages, remplissages ad nauseam de détails inutiles, énumération de curriculum vitae longs comme le bras. Et malgré toute cette esbroufe, le personnage principal reste inintéressant au possible - ce n'est pas "le samouraï" de Melville. L'intérêt pour cette mission s'étant délité au fil des lignes, ce n'est que d'un œil distrait qu'on attend le clou final. Il finit par arriver, et lui aussi il fait pschitt.

   jeanphi   
18/7/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

Belle intrigue, le tueur attend dans l'ombre, l'histoire avance à pas feutrés, on connaît finalement chaque détails sans avoir fournit aucun effort de représentation mentale. Il vous suffit de peu pour faire rayonner tout un décor. Un texte kinésiophobique et captivant.

   Atoutva   
2/8/2023
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Une nouvelle "longue" où l'on apprend tout de la vie des personnages principaux. On attend quelque chose.
Mais au bout de la lecture... il ne s'est rien passé ! Beaucoup de bavardages peu heureux.
Le nom même du futur tueur serait peut-être un peu trop souvent rappelé.

   cherbiacuespe   
18/8/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
"Tout n’est que silhouettes sombres et floues" m'a un peu fait peur. Je me suis dit que cela commençait mal. Erreur! la suite vaut le détour. Mis à part cette "silhouette sombre et floue" qui me semble une description bien simplette, rien à dire sur la suite. Le plan tient en haleine. Je ne me suis échappé de ces mots qui s'articulent comme une belle mécanique. Le fond,ce malfrat suspicieux qui attend son heure, est aussi fascinant que possible. Il manquerait juste un tout petit supplément pour la fin. Un déclic, par exemple, déclenchant une micro réaction de Giorgio.


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