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Sentimental/Romanesque
Donaldo75 : Andy
 Publié le 02/03/26  -  4968 caractères  -  0 lectures    Autres textes du même auteur

I'm so happy because today
I've found my friends
They're in my head
I'm so ugly, but that's okay, cause so are you
We've broken our mirrors
Sunday morning is everyday for all I care
And I'm not scared
Light my candles in a daze
Cause I've found god

(Lithium - Kurt Cobain)


Andy


Andy regarda fixement sa montre. La trotteuse dorée n’avançait plus, figée dans le cadran rouge. À sa gauche, sur la banquette fatiguée, une grosse dame blonde à tête de poulpe se mirait dans un petit miroir carré, comme si d’autres céphalopodes allaient l’inviter au bal des bernard-l’hermite afin de se reproduire tous ensemble sous le regard pacifique de Neptune. À sa droite, un petit homme visqueux au complet ajusté serrait son attaché-case contre son bas-ventre turgescent tout en roulant des yeux à contempler la femelle octopode d’un air entendu. Andy fouilla dans sa poche et en sortit une petite pilule jaune.


« Mesdames et messieurs, nous aurons trente minutes de retard. Excusez-nous de ce désagrément. »


Andy se retourna. Des dizaines de volapuks à face de craie riaient bruyamment à l’arrière de l’autobus. Andy pensa à la Régie Autonome des Transports Parisiens et ses publicités sur la diversité, la super carte Navigo rechargeable par tous temps et encore plein de trucs du genre à donner envie de fuir la région Île-de-France. Il imagina également Cerise dans sa robe à pois verts en train de vendre une assurance-décès à un couple de vieux crapauds morts d’amour en train de monter un cercueil Ikea dans une cuisine Aviva. Cette nouvelle image lui donna soudainement envie de vomir son Banga. Sa voisine de gauche le regarda comme s’il venait de tuer le Christ et ses apôtres à coups de Kalashnikov. Excité par les gros yeux de la mémère à cheveux jaunes, le petit homme visqueux lui proposa la botte d’un geste sans équivoque. Andy fouilla de nouveau dans sa poche.


« Monsieur, voyons, tout de même, je suis une femme mariée ! »


Andy tenta de sortir de cet imbroglio, ne voulant pas assister à un accouplement impromptu sous les applaudissements d’une horde de volapuks dont les faciès ridés viraient soudain au bistre. Il avala une seconde pilule jaune puis téléporta son esprit dans les rues de Katmandou. Là-bas, les vaches sacrées mâchouillaient tranquillement des graines de sésame au son des sitars, loin des troupeaux de volapuks à grosses lunettes d’écailles venus photographier des statues de Bouddha. Là-bas, les dames patronnesses à tête d’octopode n’enfantaient pas des larves hurlantes de petits hommes visqueux. Là-bas, la trotteuse tournait dans l’autre sens, le bon, le trigonométrique dont parlait sans jamais s’arrêter son professeur de mathématiques quand il était adolescent. Là-bas, les carrés rentraient dans des ronds et donnaient un plaisir autrement plus subtil.


« Jeune homme, tout va bien ? »


Andy sentit son estomac lancer le premier avertissement, quand les entrailles déclarent la fin de la récréation, le début des embrouilles, celles des transports en commun un après-midi de juillet sur le périphérique parisien au milieu de carcasses roulantes conduites par de ternes volapuks coincés dans le marasme du trafic parisien. Une pilule jaune essaya de sortir de son duodénum dans le sens inverse de celui préconisé par la police des viscères. Andy la réfréna, elle n’avait pas encore livré l’intégralité de son calice, de son remède contre la réalité des volapuks, des grosses dames blondes et de leur compagnon visqueux collé comme le mâle de la baudroie à sa femelle poisson. Il avala sa salive devenue trop salée, un bout de mer Morte perdu loin du Jourdain.


« Chauffeur, arrêtez le bus ! »


Andy se marra intérieurement parce que stopper un bus des transports franciliens coincé dans un embouteillage sur le périphérique parisien ressemblait à un tableau de Magritte. Ceci n’était pas un bus, ni un autocar, un trolley ou quelque mobile à quatre roues engagées sur un long ruban circulaire d’asphalte brûlant. Non, c’était le début des carrés et des ronds les uns dans les autres, la fin des trotteuses et des volapuks, des tonnes de pilules jaunes et roses dans un verre de Banga. Andy regarda devant lui et perçut la silhouette d’un gars à casquette carrée comme dans ses souvenirs des albums de Tintin et Milou où des soldats bordures envahissaient la Syldavie au grand dam d’Ottokar. Il entendit la grosse dame crier des mots aigus dans une langue étrangère pleine de hiéroglyphes. Il sentit le petit homme visqueux muer sa peau d’attaché-case en écorce rugueuse. Les volapuks allaient s’envoler dans le ciel brûlant, quelque part entre la porte de Vincennes et la porte de Montreuil, là où Carrefour se disputait la cochonnaille avec Auchan, où les bazars improvisés vendaient des Smartphones au goût de pomme à des jeunes gens émerveillés par des prix imbattables, où les jeunes Syriennes s’offraient pour des tarifs improbables aux touristes égarés. C’était donc ça le Nirvana dont parlaient tout le temps Allen Ginsberg et Timothy Leary, des gars d’un autre temps, quand Jim Morrison chantait le dieu serpent, le crotale, le désert et son ami la fin.


« Bah, c’est dégueulasse et ça sent mauvais. Il va falloir nettoyer votre attaché-case ! »


 
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