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Brèves littéraires
Robot : Jours de pluie
 Publié le 05/03/26  -  2 commentaires  -  2239 caractères  -  3 lectures    Autres textes du même auteur

Mac Mahon devant la crue de la Garonne en juin 1875 :
« Que d'eau ! Que d'eau !
Et encore vous n'en voyez que le dessus, lui répond le préfet. »


Jours de pluie


C’étaient des jours de pluie à noyer les rivières qui créaient sur les prés de vastes océans. Le lit des cours d’eau se distinguait à des remous jaunâtres venus des profondeurs. Les îles des collines émergées portaient des bouquets d’arbres ruisselants sous lesquels des chevaux délaissés tentaient de trouver refuge. On pouvait voir, alligators submergeants et immobiles, des grumes abandonnées sur la plaine inondée.


C’étaient des jours de pluie à soûler les fontaines qui vomissaient leurs eaux dans les rues inondées. La lave brune et visqueuse déferlait sur les trottoirs en un flot de boue lissée comme un verglas par le courant. Le village ressemblait à une déchetterie où s’entremêlait un capharnaüm d’objets hétéroclites, branchages, plaques de goudron, grilles d’égout, lambeaux de maçonnerie. Portée par le flux une voiture s'était encastrée sous une porte cochère avec son chargement de foin.


C’étaient des jours de pluie à effacer les hommes. De rares silhouettes aux moyens dérisoires affrontaient le déluge. Des barques passaient silencieuses desquelles partait un appel à chaque porte. Parvenait parfois l’écho d’une réponse. Les maisons dégouttaient de toutes leurs tuiles, des chenaux, des volets, des avant-toits, des pergolas. L’humidité suintait par les cheminées et les murs et recouvrait les sols. On vivait dans les étages sans chauffage, sans lumière sauf celle des bougies. Les écoles, les boutiques et les bars demeuraient clos.


C’étaient des jours de pluie à en perdre la foi. La grand-nef de l’église était noyée jusqu’au-dessus des bancs. La cloche qui à l’ordinaire appelait aux offices restait muette à l’heure des angélus. Les bénitiers s'emplissaient d'une eau glauque aux reflets de géhenne.


C’étaient des jours de pluie à maudire le ciel lorsqu’un grand incendie détruisit dans la nuit le haras et les hangars d’une ferme perdue dans ce marais. Perverse la tempête tout en mêlant sa brume à la fumée noire du brasier refusait de s’opposer au feu.


Trois jours plus tard un soleil radieux inondait sous une lumière d’été les vestiges de la catastrophe. Hommes et femmes s’activaient pour rétablir la normalité d’une vie quotidienne.


C’étaient des jours de pluie dont on se souviendrait.


 
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   ANIMAL   
23/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un texte agréable à lire, un paysage noyé, bien observé et plein de sensations.

Chaque début de paragraphe, ces phrases mises en exergue, pourraient à elles seules composer un joli poème.

Il me manque juste une ponctuation plus fouillée pour donner un rythme et pouvoir reprendre haleine, même si c'est un effet voulu destiné à illustrer le flux impitoyable des eaux.

J'ai lu avec plaisir.

   Donaldo75   
28/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
J'aime bien la forme de cet écrit. Il y a de la poésie dans cette presque litanie érigée en brève littéraire. Elle m'a fait penser à une chanson, je ne me souviens plus laquelle mais ce n'est pas bien important, l'essentiel étant l'impression de lecture que ce texte m'a laissé. L'écriture est de qualité, sobre mais pas trop. C'est ça aussi la poésie dans de la prose, ne pas rajouter des couches de verbe inutile, de constructions improbables sous prétexte que ça sonne bien ou que ça fait cultivé. Non. Les images simples c'est aussi une expression, surtout quand elles sont habillées par un style entre poésie et pictural.

Bravo !


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