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Horreur/Épouvante
Germain : L'homme au chapeau mou
 Publié le 08/03/26  -  2 commentaires  -  6659 caractères  -  4 lectures    Autres textes du même auteur

Franck reçoit un coup de fil de son frère, Benny, dont il est sans nouvelles depuis cinq ans. Ce dernier l'invite à passer chez lui, à l'autre bout de la ville. Intrigué, Franck décide de s'y rendre afin de découvrir ce que Benny est devenu.


L'homme au chapeau mou


– Franck, tu es venu ! Ça me fait plaisir de te voir !


Cinq ans que Franck n’avait pas eu des nouvelles de son frère, Benny. Il eut un pincement au cœur en voyant où il vivait. L’appartement empestait le tabac froid et des relents de vieilles poubelles, et était situé dans un immeuble délabré du pire quartier de la ville.


– Ton coup de fil m’a surpris, avoua-t-il.

– Entre, je t’en prie…


Franck pénétra dans un salon en désordre et sombre, mais c’est surtout l’apparence de son frère qui le troublait. Il avait perdu une grande partie de ses cheveux et était d’une pâleur maladive, presque jaune. Son hygiène de vie devait laisser à désirer. Benny débarrassa le canapé branlant de ce qui l’encombrait – cartons de pizza, journaux, cendriers pleins.


– Tu bois quelque chose ? J’allais ouvrir une petite bouteille.

– Un café, si tu as !


Benny disparut dans une petite cuisine. La moquette collait aux chaussures de Franck, il grimaça à cause de l’odeur. Cinq ans sans nouvelles de son frère, il pensait qu’il avait quitté la ville, ou était parti à l’étranger, lui qui parlait de l’Australie avec des étoiles dans les yeux. Franck s’assit avec précaution, les coussins du vieux canapé étaient défoncés et sentaient la transpiration et le tabac.


– Que deviens-tu ? lui demanda Benny qui revenait déjà avec un café et une bouteille de vin blanc bon marché.

– Eh bien, ça va ! Et toi ?


Benny se servit une bonne rasade de vin, on sentait que ce n’était pas le premier verre de la journée pour lui. Il sortit une cigarette d’un paquet ratatiné et l’alluma.


– On fait aller ! J’ai connu quelques passages à vide, mais je vais remonter la pente. Tu travailles toujours dans ce cabinet d’architecte ?

– Je me suis mis à mon compte, depuis deux ans.

– Ça marche bien pour toi alors !


Franck se dit que son frère allait lui demander de l’argent ou de l’aider d’une façon ou d’une autre. Cela le mit mal à l’aise.


– Des nouvelles des parents ? demanda Benny.

– Ils vont bien. Ils ont vendu la maison de Castel Combe. Ils vivent dans un appartement à Chelsea. Ils sont à la retraite. Tu ne savais pas ?


Il regardait la main de son frère, celle qui tenait le verre. Elle était agitée de tremblements.


– Tu as faim ? Je dois avoir quelques choses à grignoter en cherchant bien, dit Benny, affichant un sourire crispé.

– C’est gentil mais ça va aller. Je ne peux pas rester longtemps. Je dois amener Sarah voir sa mère qui est hospitalisée.


C’était faux bien sûr. Un prétexte qui lui était venu comme ça, sans réfléchir.


– Je comprends.


Benny s’adossa au dossier du vieux canapé, renifla, s’essuya le nez dans la manche de son sweat.


– Ça me fait plaisir de te voir ! Depuis le temps…


Un silence désagréable s’installa. Franck trempa les lèvres dans le café, du soluble bon marché et tiède. Il réprima une grimace.


– Tu vis ici depuis longtemps ?


Benny finit son verre, s’en resservit un autre. Il semblait ailleurs, perdu dans ses pensées. Il sentait mauvais, ses vêtements étaient sales et fripés, Franck avait honte de voir ce qu’il était devenu. Pas vraiment de la pitié, du ressentiment plutôt. Il lui en voulait.


– Écoute, je…

– Tu te souviens de ce rêve que tu me racontais quand on était petits ? Tu sais, le cauchemar ?

– De quoi parles-tu ?

– L’homme au chapeau mou.


Franck fut saisi d’effroi. Il avait complètement occulté ce souvenir, ce rêve qu’il avait fait il y a si longtemps, alors qu’il avait 8 ou 10 ans. Il se rendit compte qu’il l’avait enfoui profondément dans une zone grise de son cerveau. Ce cauchemar l’avait traumatisé pendant des semaines…


– Pourquoi tu me parles de ça ?


Benny descendit un nouveau verre, et s’en resservit un. En quelques minutes, il avait liquidé le contenu de la bouteille.

L’homme au chapeau mou !!! Franck se souvenait à présent. Il jouait au jardin d’enfants. Maman lisait sur son banc, elle l’avait perdu un instant de vue. Un homme s’était approché de lui. En costume, coiffé d’un chapeau qui lui masquait en partie le visage. L’homme l’avait entraîné un peu à l’écart – il ignorait pourquoi il l’avait suivi ! Ils s’étaient assis sur un banc. L’homme lui avait dit quelque chose… il avait oublié ! Un chat était passé, et l’homme au chapeau mou l’avait attrapé, et sous les yeux de l’enfant, il lui avait dévissé et arraché la tète, comme on débouche une bouteille. À ce souvenir, le Franck d’aujourd’hui eut un haut-le-cœur, manqua de vomir. Il avait du mal à se rappeler de la suite… un foutu cauchemar, tellement il paraissait réel.


– Il est revenu, lâcha froidement Benny.


Franck se figea. Était-ce lui ou quelque chose avait changé dans l’atmosphère de la pièce ? Un courant d’air glacé le traversa. La lumière avait baissé… l’air était flou, tremblotant, comme par temps de canicule, l’été…


– Qu’est-ce que tu dis ? parvint-il à articuler d’une voix blanche.


Son frère plongea son regard dans le sien. Il avait la mine grave. Avec au fond des yeux quelque chose de terrifiant… et de terrifié.


– Ce n’était pas un cauchemar, Franck. C’était réel. Il est revenu. Il te cherche.

– Tu es fou, Ben ! s’exclama Franck. C’est pour cela que tu m’as fait venir ?


Franck se leva et le sol vacilla sous ses pieds. Il tomba sur la moquette sale, ses jambes cédant sous son poids.


– Je suis désolé, Franck, c’est la seule façon de me débarrasser de lui… il est venu frapper à ma porte voilà plusieurs semaines, et depuis je suis en enfer.

– Qu’est-ce que tu… qu’est-ce qu’il y avait dans le café ? demanda Franck.


Il essaya de se relever, en vain, et essaya de ramper maladroitement vers la porte. La moquette puait, elle était recouverte de déchets alimentaires, de mégots, de cendres.


– Je suis désolé, Franck… c’est toi qu’il veut… c’est toi !


Franck à terre était saisi de vertige, tout tournait autour de lui. Il songea au goût désagréable du café. Il se mit sur le dos, essaya de distinguer les traits de son frère, mais sa vision était altérée, il ne voyait qu’une silhouette floue.


– Il est venu tous les soirs depuis. Il entre et s’assoie sur le canapé et me demande de tes nouvelles. Un soir, il a sorti la tête du chat de sa poche. La tête arrachée du pauvre chat…

– Ce n’était qu’un foutu cauchemar, Ben !

– Tu te trompes.


Des coups furent frappés à la porte. Trois coups sourds.


– Il ne t’a jamais oublié. Il est revenu pour toi, Franck !


Franck ouvrit la bouche pour hurler mais n’arriva qu’à produire un gargouillis ridicule.

Benny se leva, se dirigea vers la porte d’entrée.


– N’ouvre pas, Ben… gémit Franck.


Son cœur explosa dans sa poitrine, et le néant l’engloutit.


 
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   Pattie   
5/3/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime beaucoup
Bonjour !

J'ai beaucoup apprécié votre texte, mais il m'a frustrée. Voici quelques pistes, mais ce ne sont que mes idées, pas un dogme à suivre.

J'aurais aimé en savoir davantage sur Franck et Sarah, peut-être une petite introduction, pour qu'on mette ce personnage dans un contexte, qu'il soit incarné au lieu d'être juste un des deux frères, et pour qu'à la fin, on perde Franck, mais aussi sa vie de famille. Ca pourrait être aussi l'occasion d'un petit flash back ou d'une anecdote sur l'enfance des deux frères, toujours pour les incarner davantage, et donner aussi une personnalité à Benny.

Avoir un point de vue davantage interne au personnage, au moins au début, quand il découvre l'appartement et son frère en même temps que nous. Peut-être un je ? En tous cas, de l'interne, style caméra embarquée, avec odeurs intégrées. Et les autres sens, aussi. Dans la rue, on entend quoi ? Pas des oiseaux qui pépient, je suppose. Il faudrait saturer les sens du lecteur avec cette ambiance écœurante mais riche de possibilités narratives.

Le début devrait être davantage décrit, et cette description plus organisée : d'abord le choc de voir son frère si mal en point, puis l'état du salon ? Ou bien quand il ouvre la porte, il est dans la pénombre, alors c'est l'odeur qui le cueille direct, et nous avec ? Et il entre, description du salon, avec la moquette qui colle (excellent détail) et tout le toutim, en accentuant le malaise déjà présent, puis la découverte de l'état de son frère, comme « cerise » sur le gâteau. Où un mélange de tout ça, en choc frontal, et ensuite le cerveau qui organise les sensations pour contrecarrer le choc ?

Les détails pourraient tous être dans le même sens : la tasse de café, elle est propre, neuve, c'est une tasse ou un verre à moutarde ? Les déchets alimentaires sur le sol, c'est quoi ? Entre ramper au milieu de déchets alimentaires et mettre la main sur un vieil hamburger moisi, je préfère la seconde solution (pour une immersion).

L'absence du frère pendant qu'il prépare les boissons est l'occasion d'un rappel de ce qu'il était avant, c'est super. Mais ça pourrait être approfondi : quelles relations avaient-ils ? Benny est vraiment un personnage détestable, et il le reste jusqu'à la fin, même si on peut comprendre que le harcèlement d'un homme bizarre avec une tête de chat dans la poche, ça ne doit pas rendre aimable. Peut-être que si on entrait dans leur relation fraternelle, on serait davantage dans l'histoire, on pourrait partager. Un genre de flash back, pour une relation fondatrice, à la Stephen King. Ça augmenterait le choc de voir l'appart et Benny dans cet état et notre compréhension du choc de Franck.

Les silences désagréables sont bien vus, mais il faudrait les utiliser. Que les frères se scrutent ou s'évitent du regard, que le lecteur n'ait pas besoin de lire l'adjectif « désagréable » pour comprendre que ça l'est.

Peut-être que quand il se rend compte qu'il a été drogué, le point de vue interne de Franck pourrait aller vers une focalisation externe, pour augmenter la sensation que même nous, lecteur embarqué, on abandonne ce pauvre Franck à son sort.

Il faudrait aussi décrire Benny pendant le retournement de situation. Il livre son frère, alors qu'on voit qu'il a lutté pour ne pas en arriver là, et il va être libéré, c'est une ambivalence intéressante à rendre.

Pour la fin, elle n'est pas assez puissante à mon goût. Peut-être l'arrêter à « Il est revenu pour toi, Franck » ?

Mais même si j'ai été frustrée, j'ai vraiment aimé l'histoire, on en lit trop peu ici, des histoires d'horreur.

   hersen   
5/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La force de ce texte réside dans sa brieveté abritant des non-dit, on découvre petit à petit l’ampleur du sujet.
Benny le raté, Franck la belle vie. Ceci est souligné tout au long du texte par des détails, rien d’extraordinaire, mais des détails qui préparent le lecteur, le café immonde, l’alcoolisme de Benny, la coupure d’avec ses (leurs) parents.
Bref, il est le raté de la famille, aucun doute là-dessus.
Jusqu’à ce qu’un cauchemar, quel qu’il fut, réel ou non, prennent toute la place. Benny, toute sa vie, a endossé ce cauchemar pour épargner son frère, une protection qui intervertira l’avenir de chacun d’eux.
Ce qui est très habile ici, c’est un peu le rôle de "ravi de la crèche" de Franck, puisque qu’il ne s est sans doute jamais interrogé sur la cause de la déchéance de son frère, alors qu’il en est, si ce n’est responsable, en tout cas le premier bé éficiaire.
Le top : nous n’avons aucune clé sur cet homme au chapeau mou et ça tombe bien, je n’en aurais pas voulu, parce qu’un éclairage aurait déforcé cette relation entre les frères. Aurait anéanti le mystère.
Le retournement est cruel pour Franck, qui, au milieu de son opulence, le fracasse, il va enfin devoir faire face lui-même.
J’aurais préféré que le texte se finisse sur l’avant dernière phrase, sur le mot "Franck" pour renforcer la monume tale claque qu’il se prend, sans avoir jamais rien soupçonné, ou l’avoir occulté, de ce qu’à subi son frère.
J’ai tout ce qu’il faut dans ce texte pour que l’horreur se dessine, petit à petit, avec un impact énorme à la fin.
Bravo !


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