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Brèves littéraires
embellie : Hôtel Bolivar
 Publié le 16/03/26  -  10 commentaires  -  3515 caractères  -  54 lectures    Autres textes du même auteur

Un acte manqué.


Hôtel Bolivar


Au grand hôtel Bolivar de San Juan de Pasto, une chambre donnant sur la place, au premier étage, est réservée à son nom. Dès son entrée, il ferme la porte à clef, pose sa valise sur le lit, ouvre la fenêtre à deux battants et se livre à un long moment d’observation, de réflexion. Un hochement de tête laisse supposer une insatisfaction. Ses cheveux sont trempés, sa chemise aussi, la sueur ruisselle sur son front. Il a du mal à respirer dans cette chaleur étouffante.


Tout en se dirigeant vers la salle de bains, Mario ôte ses chaussures, se déshabille, et au moment de retirer son slip son geste est immobilisé par la sonnerie de son portable. Il se précipite sur l’appareil en maugréant « je lui avais pourtant dit de pas m’appeler… ».


– Allô !


Une voix masculine lui demande s’il est bien arrivé, bien installé, s’il est bien placé au regard de l’objectif à atteindre, enfin si tout va bien…

Soulagé que l’appel ne vienne pas de sa femme, cette dernière ayant le chic pour venir le déstabiliser dans ses délicates missions, il répond à son interlocuteur que tout irait mieux s’il avait fait abattre le gros arbre qui trône au milieu de la place. Il explique sur un ton de reproche :


– Supposez qu’ils dressent l’estrade sous ces branches pour être à l’ombre pendant la durée des discours, sachant qu’il fait plus de quarante degrés ici dans la journée, de ma fenêtre je ne peux rien faire.


La voix répond alors :


– Arrête de dire des conneries. Ce que tu demandes est impossible. Tu dois te débrouiller avec les moyens du bord. On t’a bien dit qu’il doit sortir de l’ambassade, l’immeuble face à l’hôtel, de l’autre côté de la place, et y retourner après les discours. Tu te mets en faction une heure avant l’heure prévue, et tu attends. Il y aura au moins deux moments où il sera à découvert. À toi de jouer. Je te fais confiance. De toute façon, tu n’as pas le choix… Adios !


En sortant de sa douche, Mario sent peu à peu l’angoisse l’envahir. Il enfile un peignoir éponge, allume la télé, et se plante devant la fenêtre restée ouverte pour fumer une cigarette. La télé ronronne et lui donne l’impression de ne pas être seul avec ses appréhensions. Une silhouette traverse la place, une démarche souple et légère, comme celle de Consuela. Il revoit ses yeux amoureux et son sourire sous son voile de dentelle blanche le jour de leurs noces, regrette un peu son interdiction de venir le déranger quand il travaille, a presque envie d’attraper son téléphone, mais se retient. Il fait toujours aussi chaud. Il suffoque.


Pour chasser cet instant de faiblesse, il ouvre sa valise, la vide des vêtements qu’elle contient en surface, et tire du double-fond son arme en pièces détachées qu’il se met en devoir de reconstituer. Ce travail terminé, il s’approche de la fenêtre. Il vise divers points de la place ensoleillée. Le bout du canon fait plusieurs fois le trajet de l’ambassade au gros arbre, dans un sens, puis dans l’autre…

L’impatience et l’excitation du moment lui font murmurer dans un souffle : « Sors de là ! » sans succès, naturellement ! Il revient enfin ranger le fusil sous le lit et s’allonge en soupirant. Il faudrait se reposer un peu. Il tend le bras vers la télécommande pour éteindre la télé, mais son geste est interrompu.


Un ruban défile : Édition Spéciale. Le speaker, lentement, comme s’il avait du mal à articuler, prononce : « Le général Arrabal qui était attendu demain à San Juan de Pasto vient de décéder d’une crise cardiaque à son domicile, à Bogota. »


 
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   xuanvincent   
3/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
La tension, présente tout au long du récit, a retenu mon attention.
La chute, qui peut surprendre le lecteur, m'a plu.
Même si j'apprécie habituellement plutôt des récits écrits au temps du passé, cette nouvelle m'a paru dans l'ensemble assez bien écrite.
Au final, j'ai plutôt apprécié ce récit.

   Donaldo75   
11/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai trouvé ce texte réussi, dans la catégorie proposée, de par sa brièveté et son rythme, la manière de gérer le suspense sans se baser sur la seule chute et le style déployé. La scène est racontée non relatée, ce qui la rend visuelle. C'est ce qui donne à une histoire aussi courte un souffle qui la rend intéressante à suivre.

Bravo !

   Pattie   
11/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai aimé que le personnage de Mario soit incarné, avec une vie hors du boulot, des contraintes matérielles et des réclamations de fonctionnaire (l'arbre, là, il gêne !) et qui reçoit une réponse de ministre (débrouille-toi). Ça aide à se mettre à la place de cet anti-héros. Et puis le côté "pas d'bol" de la fin, très bien !

   Mikard   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Pas mal ce moment de vie d’un tueur à gages. Comme quoi c’est pas facile pour tout le monde, un coup de fil intempestif, un arbre est dans la ligne de tir, et puis le pompon le général qui décède la veille, comme quoi quand ça veut pas, ça veut pas … J’ai bien aimé, c’est du court, mais le texte se suffit à lui-même, pas besoin d’en rajouter.
J’aurais bien mis une petite vanne à la fin genre « La semaine prochaine, il avait un président à descendre à Brasilia, Mario croisa les doigts …»
A+

   Robot   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le mode présent permet au lecteur de vivre la scène jusqu'à la surprise de la chute. Une brève bien conduite.

   papipoete   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Embellie
Ah ben, le final n'est point banal, alors que le fusil est prêt à servir, et rayer de la carte une cible, qu'un seu l coup devrait envoyer " ad patres "
Le suspens est habilement diffusé, sans hémoglobine ni horreur insupportable, et le " nettoyeur " joue son rôle en toute tranquillité.
NB le hasard fait que je visionnai pour la énième fois, le film " Leon " avec ce spécialiste du nettoyage.
On sourit aussi quand on songe, que si l'arbre de la place était tronçonné, le projet serait amplement facilité !
J'ai bien aimé ce récit.

   Passant75   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’ai pensé au film « L’emmerdeur », à Lino Ventura, tueur à gages, chargé d’abattre je ne sais plus qui à partir de la fenêtre de son hôtel. Alors que Jacques Brel, représentant dépressif ne faisait que lui mettre des bâtons dans les roues.

Dans cette nouvelle, le tueur craint d’être dérangé par son épouse, mais finit par regretter de ne pas l’être, la solitude fait parfois chauffer les sens, notamment quand une belle silhouette féminine passe à l’horizon. Un homme reste un homme, même quand c’est un tueur !

L’impatience, mêlée à l’excitation du mafioso, est bien décrite, j’ai tout de même regretté de ne pas assister à sa réaction, soulagement ou dépit, à la nouvelle du décès prématuré de sa victime désignée.

   Lariviere   
18/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Embellie,

J'ai adoré ce texte.

Je le trouve parfait. L'ambiance, le déroulement narratif qui fait progresser l'intrigue juste ce qu'il faut pour la rendre intéressante, l'aspect psychologique du personnage là encore suggéré par petites touches assez fines sans être écrasante, l'impact de la fin qui colle complètement à ce qu'on attend d'un texte dans la catégorie "brêve littéraire". Même le "sors de là" du défi qui s'insère impeccablement. Bravo je suis vraiment séduit.

Merci pour cette agréable lecture et bonne continuation !

   Polza   
18/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bravo pour le Pattie’s défi relevé haut la main !

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’Emmerdeur même si dans votre nouvelle, le grand Jacques ne vient pas importuner le non moins grand Lino !

Il y a un petit côté Nikita aussi, avec la scène de la salle de bain et Jean-Hugues Anglade de l’autre côté de la porte.

Je ne suis pas très doué pour commenter les nouvelles désolé, mais la chute m’a fait penser à une histoire juive., mais si c’est un peu différent

En gros, c’est deux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale qui attendent que passe la voiture d’Hitler pour la dynamiter.
(je fais cours). Ils attendent, ils attendent et à un moment l’un dit à l’autre : « T’es sûr qu’il doit vraiment passer par là ».
L’autre lui répond que oui, le service de renseignements a été formel.
Alors son acolyte lui dit. « bah j’espère qu’il ne lui ait rien arrivé ! »

Merci à vous, j’ai passé un très agréable moment de lecture…

   GLOEL   
14/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
On ne meurt qu une fois et difficile de dire où, quand et comment !

Mission non accomplie, l'objectif a changé son programme et a décidé de disparaitre... On attend les nouvelles instructions !

C est de l humour latino ! C est bien écrit et divertissant, juste un peu trop raccourci et caricatural.


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