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Brèves littéraires
embellie : Hôtel Bolivar
 Publié le 16/03/26  -  5 commentaires  -  3515 caractères  -  7 lectures    Autres textes du même auteur

Un acte manqué.


Hôtel Bolivar


Au grand hôtel Bolivar de San Juan de Pasto, une chambre donnant sur la place, au premier étage, est réservée à son nom. Dès son entrée, il ferme la porte à clef, pose sa valise sur le lit, ouvre la fenêtre à deux battants et se livre à un long moment d’observation, de réflexion. Un hochement de tête laisse supposer une insatisfaction. Ses cheveux sont trempés, sa chemise aussi, la sueur ruisselle sur son front. Il a du mal à respirer dans cette chaleur étouffante.


Tout en se dirigeant vers la salle de bains, Mario ôte ses chaussures, se déshabille, et au moment de retirer son slip son geste est immobilisé par la sonnerie de son portable. Il se précipite sur l’appareil en maugréant « je lui avais pourtant dit de pas m’appeler… ».


– Allô !


Une voix masculine lui demande s’il est bien arrivé, bien installé, s’il est bien placé au regard de l’objectif à atteindre, enfin si tout va bien…

Soulagé que l’appel ne vienne pas de sa femme, cette dernière ayant le chic pour venir le déstabiliser dans ses délicates missions, il répond à son interlocuteur que tout irait mieux s’il avait fait abattre le gros arbre qui trône au milieu de la place. Il explique sur un ton de reproche :


– Supposez qu’ils dressent l’estrade sous ces branches pour être à l’ombre pendant la durée des discours, sachant qu’il fait plus de quarante degrés ici dans la journée, de ma fenêtre je ne peux rien faire.


La voix répond alors :


– Arrête de dire des conneries. Ce que tu demandes est impossible. Tu dois te débrouiller avec les moyens du bord. On t’a bien dit qu’il doit sortir de l’ambassade, l’immeuble face à l’hôtel, de l’autre côté de la place, et y retourner après les discours. Tu te mets en faction une heure avant l’heure prévue, et tu attends. Il y aura au moins deux moments où il sera à découvert. À toi de jouer. Je te fais confiance. De toute façon, tu n’as pas le choix… Adios !


En sortant de sa douche, Mario sent peu à peu l’angoisse l’envahir. Il enfile un peignoir éponge, allume la télé, et se plante devant la fenêtre restée ouverte pour fumer une cigarette. La télé ronronne et lui donne l’impression de ne pas être seul avec ses appréhensions. Une silhouette traverse la place, une démarche souple et légère, comme celle de Consuela. Il revoit ses yeux amoureux et son sourire sous son voile de dentelle blanche le jour de leurs noces, regrette un peu son interdiction de venir le déranger quand il travaille, a presque envie d’attraper son téléphone, mais se retient. Il fait toujours aussi chaud. Il suffoque.


Pour chasser cet instant de faiblesse, il ouvre sa valise, la vide des vêtements qu’elle contient en surface, et tire du double-fond son arme en pièces détachées qu’il se met en devoir de reconstituer. Ce travail terminé, il s’approche de la fenêtre. Il vise divers points de la place ensoleillée. Le bout du canon fait plusieurs fois le trajet de l’ambassade au gros arbre, dans un sens, puis dans l’autre…

L’impatience et l’excitation du moment lui font murmurer dans un souffle : « Sors de là ! » sans succès, naturellement ! Il revient enfin ranger le fusil sous le lit et s’allonge en soupirant. Il faudrait se reposer un peu. Il tend le bras vers la télécommande pour éteindre la télé, mais son geste est interrompu.


Un ruban défile : Édition Spéciale. Le speaker, lentement, comme s’il avait du mal à articuler, prononce : « Le général Arrabal qui était attendu demain à San Juan de Pasto vient de décéder d’une crise cardiaque à son domicile, à Bogota. »


 
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   xuanvincent   
3/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
La tension, présente tout au long du récit, a retenu mon attention.
La chute, qui peut surprendre le lecteur, m'a plu.
Même si j'apprécie habituellement plutôt des récits écrits au temps du passé, cette nouvelle m'a paru dans l'ensemble assez bien écrite.
Au final, j'ai plutôt apprécié ce récit.

   Donaldo75   
11/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai trouvé ce texte réussi, dans la catégorie proposée, de par sa brièveté et son rythme, la manière de gérer le suspense sans se baser sur la seule chute et le style déployé. La scène est racontée non relatée, ce qui la rend visuelle. C'est ce qui donne à une histoire aussi courte un souffle qui la rend intéressante à suivre.

Bravo !

   Pattie   
11/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai aimé que le personnage de Mario soit incarné, avec une vie hors du boulot, des contraintes matérielles et des réclamations de fonctionnaire (l'arbre, là, il gêne !) et qui reçoit une réponse de ministre (débrouille-toi). Ça aide à se mettre à la place de cet anti-héros. Et puis le côté "pas d'bol" de la fin, très bien !

   Mikard   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Pas mal ce moment de vie d’un tueur à gages. Comme quoi c’est pas facile pour tout le monde, un coup de fil intempestif, un arbre est dans la ligne de tir, et puis le pompon le général qui décède la veille, comme quoi quand ça veut pas, ça veut pas … J’ai bien aimé, c’est du court, mais le texte se suffit à lui-même, pas besoin d’en rajouter.
J’aurais bien mis une petite vanne à la fin genre « La semaine prochaine, il avait un président à descendre à Brasilia, Mario croisa les doigts …»
A+

   Robot   
16/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le mode présent permet au lecteur de vivre la scène jusqu'à la surprise de la chute. Une brève bien conduite.


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