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Humour/Détente
Donaldo75 : Danse avec les loutres
 Publié le 03/11/19  -  7 commentaires  -  18532 caractères  -  60 lectures    Autres textes du même auteur

Les Loutres, Lutrinae, sont une sous-famille de mammifères carnivores de la famille des Mustelidés. Il existe plusieurs espèces de loutres, caractérisées par de courtes pattes, des doigts griffus et palmés (aux pattes avant et arrière) et une longue queue.
(Wikipedia)


Danse avec les loutres


L’espace était beau, avec une étoile rougeoyant faiblement, quelques corps célestes clignotant dans l’éther, une impression reposante de ballet céleste. It-ii aurait pu le contempler durant des heures. Al-ff, son associé en affaires, vint perturber sa quiétude.


— Qu’est-ce que tu regardes ?

— Ce système.

— Et ?

— J’aime sa simplicité, sa sobriété, sa beauté toute simple.

— C’est sûr, comparé à notre monde d’excités de la coquille.

— Ici, tout est calme.


Ha-ll, l’ingénieur en chef du vaisseau entra dans la conversation.


— Intéressant, en effet. Une étoile moyenne alimente en énergie un cortège de planètes régulé par une géante gazeuse.

— Est-elle intéressante, cette planète maîtresse ?

— À toi de me le dire. Certains de ses satellites méritent le détour, en particulier trois corps intérieurs qui pourraient abriter une vie primitive.

— On peut en tirer quelque profit ?

— Non. Ce sont des aquariums gelés, juste bons à amuser les petits.

— Laissons tomber. Quoi d’autre ?

— Il y a trois autres géantes gazeuses. L’une est plutôt esthétique, avec ses anneaux. Elle possède également des satellites, dont un bon candidat pour une vie primitive.

— On laissera ça aux découpeurs de tentacules.


It-ii n’avait pas la fibre scientifique. Pour lui, les planqués de laboratoire étaient juste bons à inventer des procédés fumeux mais pas lucratifs.


— Sinon ?

— Dans la zone intérieure, il y a quatre planètes rocheuses. L’une est rouge et stérile. Une autre est verte, atmosphérique, brûlante, tourmentée et tourne à l’envers.

— Un truc à perdre la raison, ironisa Al-ff.

— La plus petite est trop proche de l’étoile.

— Je suppose que la dernière est notre perle.

— Exact. Elle est bleue, dense, dotée d’une atmosphère riche et agréable. Une grande partie de sa surface est constituée d’océans. Elle tourne dans le bon sens. Et surtout, elle possède un satellite de bonne taille.

— Est-ce de là que provient le message ?

— Il semblerait.

— Qu’est-ce qui te démange la ventouse ?

— Je l’ai sondée. Elle n’émet aucun signal électromagnétique. Seul son noyau rayonne.

— C’est grave ?

— Ce n’est pas bon signe. Une civilisation intelligente communique, génère des signaux, des ondes ou autre chose. Ici, rien de tel.

— Le silence est d’or, dit Al-ff. Peut-être que les autochtones ont trouvé la voie de la sagesse.

— Ne parle pas de malheur, répondit It-ii.

— On pourrait leur proposer un programme immobilier.

— Ne nous avançons pas. Restons-en au pourquoi de notre voyage. Tant qu’on n’est pas sur place, ce ne sont que des hypothèses, des conjectures, du vent sur du sable.


It-ii déclara les débats clos et lança la procédure d’approche planétaire. Le vaisseau effectua un bon rapide en direction de la cible.


***


L’écran affichait désormais la planète bleue vue de sa stratosphère. Ha-ll annonça les résultats des derniers tests télémétriques.


— Il y a des constructions. De la vie. De l’énergie résiduelle.

— C’est bon, ça, dit It-ii.

— Je reste sceptique.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Les bâtiments sont en ruines. Les traces de vie dans les zones construites se résument à des êtres simples, le plus souvent monocellulaires.

— Des bactéries ?

— Je dirais des virus.

— On est mal, jura Al-ff.

— Pas d’affolement, déclara It-ii. Tu parles d’énergie résiduelle. Dans les constructions ?

— Oui. Des restes. Comme si des machines continuaient à fonctionner au minimum. Les autochtones ont probablement détalé sans emporter leurs affaires avec eux.


It-ii ne voulait pas d’un scénario catastrophe où une civilisation finissait décimée par des envahisseurs monocellulaires venus des tréfonds du sous-sol. Son expérience du terrain résumait l’Univers à des guerres entre espèces, suivies de longues périodes de négociations et d’accords mal rédigés où les locaux se faisaient toujours escroquer à la fin. Le temps n’était plus à la prédation mais au commerce. Les êtres unicellulaires terminaient invariablement en soupe alimentaire pour les méduses.


— Et la vie ? En as-tu détecté ? Combien ?

— Oui, j’en ai décelé. Nombreuse et diversifiée. Dans les zones non construites, les bois, les forêts, les océans, les lacs, les montagnes. Partout.

— Évoluée ?

— En tout cas, pas réduite à une pauvre cellule et un maigre noyau. Pour ce qui est de son degré d’unité, de socialisation, de civilisation, il faut juger sur pièce.

— Qu’est-ce qu’on attend ?


Ha-ll proposa d’explorer l’hémisphère nord. La région choisie comportait de grands lacs en son centre, certains étant bordés d’anciennes constructions, d’autres laissant place à des étendues forestières importantes, le tout dans un climat ni trop sec, ni trop chaud.


Le vaisseau se posa dans une clairière, au sein d’une immense forêt traversée par une rivière sinueuse. Les trois explorateurs s’équipèrent puis descendirent visiter les environs. Ils découvrirent une nature vigoureuse, robuste et variée.


— Je ne vois que des espèces primitives, remarqua It-ii.

— Ce sont des plantes, une forme de vie passive mais essentielle pour cet écosystème, répondit Ha-ll.

— Tout n’est pas passif. Il y a des choses qui s’agitent sur le sol.

— C’est l’autre forme de vie, active celle-ci. Elle se nourrit des passifs puis sert elle-même de nourriture à des espèces plus grosses, dans un cycle perpétuel de prédation. C’est pareil chez nous. On apprend ça à l’école.

— Je sais. Merci pour la leçon. N’empêche qu’il n’y a que des espèces primitives. Où est la civilisation ? Qui a construit les bâtiments en ruines ? Et ne me dis pas que ce sont les plantes ou qu’elles sont la forme de vie la plus sage, le stade ultime de l’évolution.

— Ce serait déprimant, ajouta Al-ff.


It-ii et ses compagnons continuèrent d’avancer en direction de la forêt. Ils arrivèrent à proximité de la rivière et décidèrent de faire une pause. Ha-ll en profita pour synchroniser ses données avec celles du vaisseau afin d’approfondir les analyses du milieu ambiant. Al-ff étudia attentivement la carte tracée par l’ordinateur de bord, en faisant varier les angles de vue, les indicateurs de perspective et les compteurs biologiques.


— Suivons la rivière, proposa-il.

— Pourquoi ?

— Parce que le relevé pointe des signatures thermiques. Je ne les avais pas vues avant.


Les trois explorateurs reprirent leur périple. Soudain, trois petites créatures poilues se mirent à les suivre en émettant de curieux sifflements.


— Enfin, une espèce un peu évoluée, dit It-ii. Tâchons de ne pas les effrayer.

— On devrait tenter de communiquer avec elles, proposa Al-ff.


***


It-ii s’arrêta le premier et fit signe aux deux autres de stopper leur marche. Al-ff lança la procédure de traduction, trouva la bonne fréquence puis convertit le code en signal audio.


— Bonjour, indigènes, lança-t-il en guise de test. Je m’appelle Al-ff. Je viens de la planète MLMK-370. Voici mes compagnons It-ii et Ha-ll.

— C’est quoi une planète ?

— Un monde, répondit It-ii. Comme le tien.

— Il y a des arbres, des rivières et des poissons ?

— Sur le mien, il n’y a qu’un grand océan, avec des poissons et plein d’autres espèces.

— Pas d’arbres ?

— Non.

— C’est pour ça que vous êtes venus chez nous ? Pour trouver des arbres et les couper.

— Pas vraiment. Je ne vois pas ce qu’on ferait avec des arbres découpés.

— Des cages, pardi !


It-ii soupçonna les créatures poilues de ne pas être au sommet de la chaîne alimentaire. Une espèce plus évoluée devait les chasser et les enfermer dans des cages, probablement dans une optique d’élevage. Il décida de les rassurer.


— Nous ne mangeons que des coquillages et des algues.

— Et c’est bon ?

— Oui. De quoi avez-vous peur ? Nous n’avons pas vu de plus grosses créatures que vous.

— Il y en a. Les ours, les gloutons, les castors sont plus gros que nous.

— Ce sont eux qui vous mettent en cage ?


À ces mots, les trois bêtes poilues émirent des sons saccadés, loin de leur langage sifflé.


— C’est trop drôle, finit par dire la première créature. Tu nous fais rire avec ta question.

— Qu’est-ce qui est drôle ?

— Les ours, les castors et les gloutons sont aussi destinés à finir dans des cages. Tous les animaux à fourrure le sont. C’est ainsi depuis des lunes, selon la Légende.

— Ce ne sont pas vos prédateurs ?

— Les ours, non, pas vraiment. Encore moins les castors. Les gloutons sont nos cousins, même si parfois ils attaquent les plus faibles d’entre nous.

— Et vous, comment vous appelle-t-on ?

— Les loutres !


***


It-ii comprit l’intérêt de poursuivre la discussion. Apparemment, la planète bleue regorgeait d’espèces diverses, avec au bout de la chaîne alimentaire un prédateur ultime. Il s’agissait désormais de savoir lequel, le qualifier puis partir à sa rencontre. S’il avait le sens du commerce, il serait certainement intéressé par ce qu’il pouvait lui vendre.


— Comment s’appellent ceux qui vous mettent en cage ?

— Les hommes.

— Pourquoi vous mettent-ils en cage ? Pour vous manger ?

— Non. Selon la Légende, ils nous capturent, nous gavent puis nous arrachent la peau.

— C’est dégueulasse, remarqua Ha-ll.

— Et ça fait mal. En plus, après, on est mort. Ils jettent nos dépouilles aux chiens.

— C’est quoi, un chien ?

— Une bête féroce qui les accompagne partout, nous piste puis les aide à nous attraper.

— Tu en as déjà vu ?

— Oui.

— Et des hommes ?

— Non.

— Qu’ont fait les chiens quand tu les as vus la dernière fois ?

— Bizarrement, ils m’ont senti mais n’ont ni bougé ni aboyé. Rien. Ils ont juste continué à renifler le sol, comme s’ils cherchaient quelque chose.

— Et tes compagnons, ils en ont vu des hommes ?

— Non. Ce sont des petites loutres. Ils sortent peu et jamais seuls. Je suis leur oncle.

— Quel est ton nom, au fait ?

— Tonton.

— Tu es sérieux ?

— À quoi ça sert d’avoir un nom ? Les petits m’appellent Tonton, c’est déjà pas mal.


It-ii commença à s’impatienter. Pour lui, cette espèce n’avait aucun intérêt, à part indiquer où trouver les hommes.


— Parle-nous de cette fameuse Légende. Depuis quand existe-t-elle ?

— Mon père m’en parlait quand j’étais petite loutre. Son père en faisait de même avant. Et ça depuis des générations.

— Ton père a-t-il vu des hommes ?

— Jamais. Heureusement pour lui.

— Et des chiens ?

— Oui. Rarement. Il m’a même raconté comment un chien s’était fait dévorer par un ours.

— L’ours est plus fort que le chien ?

— D’après la Légende, sans l’homme, le chien n’est qu’un enfant, une sorte de petit de loup.

— C’est quoi un loup ?

— Un animal qui vit en meutes et attaque les autres espèces. Il n’y en a plus ici.

— Pourquoi ?

— Les hommes les ont tous tués.

— C’est ce que dit la Légende ?

— Oui.

— Et vous avez peur des loups, vous les loutres ?

— Pas autant que des hommes. Les loups tuent pour manger. Les hommes tuent pour le plaisir.


It-ii se souvint de son passé d’explorateur, quand il parcourait les mondes de la ceinture extérieure. Lui et ses pairs avaient rencontré des indigènes parfois cruels, dominateurs, occupés à guerroyer pour un bout de terre aride et quelques cailloux colorés. Pourtant, jamais aucune de ces peuplades n’avaient manifesté un tel instinct de tueur. Les pires avaient été éradiquées par les armées de MLMK-370, essentiellement parce qu’elles constituaient une menace inutile pour les futurs commerçants ou entravaient le libre-échange entre les mondes. Les autres s’étaient intégrées au schéma général, en gardant leur culture et leur organisation sociale, et ainsi avaient profité de la croissance générée par un commerce intelligent. L’intérêt général l’avait emporté.


Il dépassa son dégoût et décida d’en savoir plus sur les constructions en ruines, le territoire dominé par des êtres monocellulaires.


— Que dit la Légende au sujet des bâtiments en lisière des forêts ?

— Ce sont des zones interdites.

— Pourquoi ?

— Elles sont dangereuses. Quiconque s’aventure là-bas ne revient jamais. On raconte des histoires de maladies affreuses. Même les ours ne survivent pas. Les ancêtres disent que le roi des ours est mort peu après être entré sur ce terrain.

— Comment connaissez-vous la limite ?

— Par l’odeur. Là-bas, ça sent le moisi. Il n’y a pas d’herbe, d’arbres ou de fleurs, juste du gris. Dès qu’on sort de la forêt, l’odeur nous agresse le museau.

— Je suppose que les hommes ont habité là-bas, dit Ha-ll.

— Selon la Légende, ils auraient fui, il y a très longtemps. Une fable parle même d’hommes qui enfermaient d’autres hommes dans des cages.

— Que raconte cette fable ?

— Elle fait peur. Les hommes sont devenus fous, se sont dévorés entre eux puis sont partis.

— Où ?

— Là où le soleil se lève.

— Pourquoi pas dans la forêt ?

— La fable ne le dit pas. Elle évoque un message que seuls les hommes comprennent.

— Alors pourquoi avez-vous peur des hommes, s’ils sont partis ?

— Parce que la Légende et la fable se rejoignent sur un point : les hommes vont revenir, plus cruels qu’avant, et nous chasser de nouveau pour nous arracher la peau.


***


It-ii conclut qu’il en savait assez. Il fit signe à ses compagnons de reprendre la route vers les constructions.


— Nous allons repartir, Tonton. Je suis content de t’avoir rencontré.

— Pourquoi êtes-vous venus ?

— Nous explorons les autres planètes pour leur proposer de se joindre à nous.

— À quoi ça sert ?

— À rien, vous concernant. Vous avez une vie simple. Nous ne pouvons rien vous apporter de plus. Ni à vous, ni aux ours, aux gloutons ou aux castors.

— Nous ne vous reverrons plus ?

— Je ne pense pas.

— Si vous changez d’avis, venez nous voir. Nous danserons pour vous accueillir, dans la vieille tradition des loutres.

— Je retiens l’invitation mais je ne peux rien promettre. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et des dangers à affronter. Au revoir, ami loutre.


Les explorateurs prirent congé de leurs nouveaux amis à fourrure. It-ii proposa de rebrousser chemin, de rejoindre le vaisseau et de prendre un repos mérité avant de poursuivre plus avant. Al-ff accepta sans manifester d’enthousiasme particulier. Ha-ll ne répondit même pas. It-ii sentit une forme de désapprobation dans leur réaction.


— Qu’est-ce qui vous démange la ventouse ?

— J’aurais bien aimé continuer à discuter avec ces loutres, dit Ha-ll. Leur Légende est intéressante.

— Et puis, leur danse paraît fort sympathique, ajouta Al-ff.

— Vous pensez vraiment que nous avons parcouru une telle distance, traversé des espaces turbulents, évité la mort et les trous noirs, juste pour voir danser des loutres ?

— Elles ont peut-être raison, finalement, répliqua Al-ff.

— Pourquoi ça ?

— Tu as entendu leurs rires ?

— Oui. C’était puéril.

— Non, c’est le signe de la vie. Elles vivent dans un monde où le cycle de la vie et de la mort n’est pas régulé par une quelconque loi ou des arguments scientifiques, où se faire manger par un ours est un événement normal. Pourtant, elles ont ri quand nous avons exprimé notre ignorance. Un rire salvateur.

— En quoi rire les sauve-t-elles ?

— Tu ne comprends rien à la vie, répondit Ha-ll. Tu ne vois plus que les crédits, le profit, toutes les abstractions que nous avons vendues à nos bailleurs de fonds. Notre vaisseau est plus vivant que toi.


It-ii ne rentra pas dans une polémique. Il rappela seulement que la nuit allait bientôt tomber, avec son cortège de menaces potentielles, dans un environnement inconnu. Pourtant, les deux autres s’accrochèrent à leur idée, le forçant à concéder un retour chez les loutres, une fois leur mission achevée.


Le voyage retour se déroula en silence. Al-ff semblait plongé dans ses pensées. Ha-ll prélevait çà et là des données de l’environnement local puis les compilait avant de les envoyer au vaisseau pour des analyses poussées. It-ii tournait en boucle de nombreuses hypothèses sur les hommes, leur disparition vers les régions orientales, l’existence d’un ersatz de civilisation avec qui commercer sereinement. Arrivés au vaisseau, les trois explorateurs lancèrent la procédure de sécurisation, entourant le périmètre d’un champ protecteur, initialisant les capteurs météorologiques et sismiques, préparant l’improbable au cas où il décide de se manifester.


La nuit ne porta pas conseil. It-ii se réveilla avec les mêmes questions qu’au coucher. Par sagesse, il les garda pour lui, jugeant Al-ff et Ha-ll trop influencés par la danse des loutres et pas assez concernés par leur mission. Après un petit déjeuner silencieux, l’équipage lança les manœuvres de départ. L’objectif était simple : s’approcher de la zone construite sans se mettre en danger, pour récolter des informations afin de suivre la piste des hommes. Ha-ll analysa les résultats des observations précédentes dans le but de déterminer en quoi les monocellulaires représentaient un danger pour eux, et surtout comment contourner cet obstacle biologique sans dénaturer les éventuels indices. Pendant ce temps, Al-ff s’occupa de la navigation et du balisage géographique, ainsi que de la recherche d’éventuelles signatures thermiques à l’est de la forêt. It-ii en profita pour remplir le journal de bord, une tâche d’ordinaire contraignante mais qui lui permit de s’isoler des deux autres.


***


Ce matin-là, des milliers de loutres dansèrent et rirent partout dans la forêt. Tonton mena lui-même la danse de sa propre tribu, comme tous les chefs de clan de la région. Il remua son museau en pensant à ces étranges créatures venues du ciel pour rencontrer les hommes sous prétexte de leur apporter quelque chose, de se joindre à eux. Les hommes n’avaient pas besoin des autres. Ils se suffisaient à eux-mêmes, dans leur champ d’osselets.


La Légende s’enrichit d’une nouvelle fable. Les petites loutres entendirent les ancêtres raconter l’histoire de trois créatures à huit pattes, au pelage lisse et à l’énorme tête, parties dans la forêt à la recherche des hommes. Lors de cet exercice rituel, Tonton adoptait de nombreuses variations, selon son auditoire ou son humeur.


— Et leur chef demanda si les ours, les castors et les gloutons enfermaient les loutres dans des cages de bois, dit-il un soir à une assistance de petites loutres curieuses.

— C’est débile, dit une petite loutre à l’air sérieux.

— C’est marrant, je trouve, répliqua une autre avant de rire, entraînant toutes les autres dans son sillage.

— Le plus drôle, ajouta Tonton avant de rire à son tour, c’est de nous avoir crus avec autant de naïveté. Allons danser en leur honneur.


 
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   ANIMAL   
13/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai beaucoup aimé cette histoire qui raconte la venue sur Terre de marchands galactiques à la recherche de pigeons à plumer grâce à des traités à leur avantage. Les ET cherchent une espèce supérieure avec laquelle négocier mais c'est une loutre de rencontre qui leur sert d'interlocuteur, un peu fantasque. A coup de légendes, on apprend le sort que l'homme réservait aux autres formes de vie de sa planète mais lui-même reste introuvable et les visiteurs, curieux, décident de le chercher.

Jusque là, je suivais très bien. Mais je n'ai pas compris la fin. Est-ce que l'humour réside dans le fait que la loutre "tonton" a lancé les ET sur la piste des hommes alors qu'elle sait qu'ils ont disparu en tant qu'espèce ?

Mis à part ce détail, l'histoire est très bien écrite, drôle, imaginative et les ET cyniques à souhait. La fin un peu clarifiée, elle aurait été parfaite.

J'aurais hésité à mettre plutôt cette nouvelle en science-fiction mais peu importe après tout.

Merci pour ce bon moment de lecture.

en EL

   maria   
15/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

En général, je n'apprécie pas les textes constitués essentiellement de dialogues. Je vois ça comme une solution de facilité.

Ce n'est pas le cas ici. Les dialogues sont pesés, riches, amusants.
Les explications de Tonton loutre sur les agissements des hommes envers les autres espèces vivantes de la planète sont plus émouvantes et efficaces qu'un long discours emphatique.

Les loutres maîtresses absolues ! Pourquoi pas ?

Un détail me gêne : on évoque, au début, un message. On n'en parle plus par la suite.

Pas très grave pour moi. Je trouve cette nouvelle bien construite et amusante.

Merci pour le partage

   ours   
4/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Donaldo

J'ai pris un grand plaisir à lire l'histoire de vos loutres. Le style est léger, détendu mais très assuré, parfait pour cette catégorie.

Une histoire qui ne se prend pas au sérieux mais qui apporte tout de même un point de vue extra-rieur à la condition humaine :)

Au plaisir de vous lire dans ce registre et dans d'autres.

   GillesP   
5/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La fin constitue un joli renversement de situation. Je ne m'y attendais pas du tout.

Le style est léger, ce qui donne à votre histoire un ton divertissant tout à fait conforme à un contenu qui n'a aucune prétention réaliste. Vous avez voulu divertir votre lecteur et c'est réussi pour moi.

Un petit détail me tracasse. Vous vous êtes livré à un travail sur l'onomastique que je n'ai pas totalement compris : It-ii est transparent (ET), Al-ff m'a fait penser à Aleph (le programme informatique ou le recueil de Borges), mais je n'ai pas compris le clin d'œil dans le choix du nom du troisième personnage (Ha-II).

Au plaisir de vous relire,

GillesP.

   Sylvaine   
8/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour, Donaldo

Texte plaisani, d'une écriture fluide, agréable à lire, qui évoque non sans jubilation la disparition du prédateur roi, "le bûcheron des bêtes et l'assassin des arbres" disait Yourcenar. Le choix de la loutre, animal joueur et plein de grâce, est une bonne idée, et on imagine facilement la danse de ces élégantes bêtes à fourrure dans un monde débarrassé de la présence humaine. Mais j'avoue n'avoir rien compris au retournement final !

   papipoete   
8/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Donaldo
Quelle aventure ! Ces deux-là venant d'une planète, voir si celle-ci, la bleue porterait des traces de vie ?
Il y eut bien des êtres " supérieurs " ici, déclare une famille loutre mais ceux qu'on appelait " hommes " sont partis, voilà bien longtemps vers l'Est... ( en Corée du Nord ? )
Bref, sur ce sol encore vert, il n'y a guère à espérer conclure affaires et marchés ! Pendant ce temps, " Tonton danse avec les loutres "
NB une odyssée pour nous, à l'envers de notre vie, où l'on cherche depuis les confins de l'univers, à entrer en contact avec les terriens !
Je sais comment il est difficile de faire déclencher les zygomatiques, alors l'auteur ne serait-ce qu'avec le nom des héros, en met une première couche ; et tout au long des pérégrinations de It-il et Al-ff, on se gondole sans se forcer !
John Dunbar lui-même dut s'esclaffer en " dansant avec les loutres " !

   Shepard   
15/11/2019
Salut Donaldo,

J'ai pas mal hésité à commenter cette nouvelle, que j'ai lu trois fois quand même... Donc au bout d'un moment je me suis dis que ça serait con de ne pas faire quelque chose de ces lectures. Je me souviens aussi (vaguement) de l'ancienne version de ce texte que tu avais soumis... heu, un an ou plus en arrière ?

Bref, ce qui m'ennuie avec cette histoire c'est que je ne sais pas quoi en faire. Ce n'est pas vraiment une aventure, pas vraiment une réflexion, pas vraiment une blague, mais pas vraiment sérieux, pas vraiment un texte à personnages ou émotions... peut-être un peu de tout ou pas tout à fait.

Si j'ai bien compris, le point de l'histoire à retenir c'est qu'on ne devrait pas faire confiance aux loutres "Le plus drôle, ajouta Tonton avant de rire à son tour, c’est de nous avoir crus avec autant de naïveté." -> Donc, seraient-elles à l'origine du mal ? Ou autre chose ? Je pense que le détail est facile à manquer, du coup je ne sais pas si il est important. Mis à part ça, le reste se passe, les dialogues sont assez rythmés pour qu'on ne s'endorme pas, je ne dirais pas que j'ai souris (je suis difficile...) mais ce n'était pas désagréable.

Au niveau de l'écriture, il y a peu de détails hors des échanges, donc pas grand chose à dire, mais ça fait son travail de décor. Remarque de fond du casse pied de service : "Je l’ai sondée. Elle n’émet aucun signal électromagnétique" -> Je pense plutôt que tu voulais dire dans certaines bandes radio...? Parce qu'il y a toujours de l'EM à partir du moment ou il y a de la lumière...

Je ne mets pas de note... Parce que je ne sais pas si tu vas pouvoir faire grand chose de ce commentaire non plus. J'aurais peut-être plus accroché avec - de personnages et + de personnalité. En l'état, les 3 zouaves se confondent un peu...

A une prochaine !


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