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Brèves littéraires
Donaldo75 : Guy K
 Publié le 16/06/26  -  10 commentaires  -  1600 caractères  -  99 lectures    Autres textes du même auteur

Je veux tant être
Un homme, un vrai
Je ne suis pas
Un petit garçon
Regarde-moi
Le monde va
Subir le feu
De mon éclat

(Arthur H)


Guy K


Le passage s’ouvre. Je vois leurs petites cachettes bien ordonnées par rangées de dix. Elles dégueulent de secrets inavouables. Je vais les ouvrir, plonger ce monde dans l’abîme, la vérité ultime.


Je ne suis plus le vilain petit canard.

Terminé le raté de cour d’école.

Plus de zéros pointés en sport.

Fini le regard méprisant des poupées de boums.


Je suis votre maître.

L’ordinateur est mon fidèle destrier.

Les bits sont mes soldats.


J’ai humilié les webmestres laborieux, les administrateurs blasés, sur leur terrain de jeu. J’ai infecté leurs sites mal sécurisés de ma peste algorithmique. Ces honteux n’ont pas osé avouer leur faillite à des chefs binocleux et des journalistes abrutis. Leurs murailles sont tombées. Leurs pare-feux ont craqué. Je suis devenu un dieu, un mythe sans nom pour la communauté des hackers, des nains pisseurs de code et des tâcherons de la programmation.


Guy survole les espaces.

Guy dévore des octets.

Guy avale la mémoire.


Le code s’affiche enfin, nu. Je vais le déflorer. Il va me livrer toutes ses cachotteries, ses comptes d’apothicaire, de Wall Street à Francfort, de Shangaï à Sydney. Je vois des chiffres en pagaille, des transactions massives, des tonnes d’informations. Je sors ma baguette de sorcier pour transformer vos données en mensonges, vos certitudes en leurres.


Je suis le dévoreur de mondes.

Je suis le pilleur de tombes.

Je suis votre pire cauchemar.


« En ce jour de décembre un peu avant les fêtes, la bourse dévissa, le dollar chuta, le yen devint euro, le chaos prit sa forme la plus capitaliste. »


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   SQUEEN   
17/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

Le chaos est désiré par certains pour asseoir leur hégémonie, comme une période transitoire propice à leur avènement. Et effectivement, je pense que du chaos peut émerger n'importe quoi : du mieux et/ou du pire.
Est-ce que le tiède de nos démocraties capitalistes figées est préférable, c'est difficile à savoir ? J'ai beaucoup aimé votre texte, bien écrit, il se fait poétique par endroit. "Fini le regard méprisant des poupées de boums", on sent la caricature du gars marginalisé qui se découvre dans l'informatique et le hacking voire le masculinisme, on sent beaucoup de rancœur. La psychologie du personnage (geek) est un peu attendue, mais sur un texte aussi court ce n'est pas dérangeant.

Merci pour le partage, SQUEEN

   Passant75   
18/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
L’exergue signé Arthur H. confirme , mais on n'en doutait guère, que ce texte est le monologue d’un homme blessé qui cherche à effacer ses humiliations passées par un fantasme de toute-puissance. Derrière le hacker triomphant, je vois surtout un être en quête de reconnaissance qui veut enfin devenir « un homme, un vrai ». La tonalité est des plus excessives, mais elle permet de bien traduire la mégalomanie exacerbée d’un personnage qui se prend pour un dieu-vivant.

J’ai trouvé la dernière phrase, pourtant simple et claire, teintée tout de même d’une légère ambiguïté. S’agit-il ici d’un pirate informatique génial capable de détruire le système financier mondial, ou du fantasme persistant d’un illuminé qui se prend pour Dieu tout-puissant ? La forme de cette conclusion, à savoir une calligraphie italique qui apparaît entre guillemets dans une citation quasi journalistique, est de nature à confirmer la première interprétation. Mais, dans ce cas, est-ce le chaos qui prend « sa forme la plus capitaliste » ou le capitalisme qui finit par prendre la forme du chaos ?

   hersen   
17/6/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
l'évolution d;un Guy K; d;un guyk; d,un geeq, d;un geek ?
Ah zut, je sais plus comment ça s'écrit !

Le choix de la brève est un très bon choix pour le sujet, ça donne cette impression de non-retour du personnage dans le monde qu;il s'est construit. Et surtout, cette brieveté, cette sécheresse, n'appelle aucune réplique : le mal est fait.
le raté, le "vilain petit canard" ira au bout de sa vengeance contre la terre entière ( et même au-delà ?)
la frustration ouvre toutes les dark doors du monde,
L'humanité dépassée par ses outils.

Est-ce que ça me réconcilie avec l'informatique ? non. Mais ça rappelle que l'outil, par lui-même, n'est ni bon ni mauvais, tout dépend de celui qui le manipule.

Merci pour la lecture, Don.

   Mikard   
17/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Avec un hacker qui se prénomme Guy, ça sent le raté qui se fait des films, le pauvre gars qui sait taper trois lignes de code et qui croit qui va hacker la banque mondiale ou devenir Bill Gates.
J’aime bien le format court, ça ne laisse pas le temps de respirer, pas de transitions, pas de bla-bla.
Il y a un peu de cruauté gratuite dans ce portrait du has-been absolu, en rentrant dans sa tête, tu nous livres ses délires du looser venimeux, drôle en plus « Guy dévore les octets »
Bien joué
J’ai pas trop bien compris la chute … Donc il aurait réussi ?
Mik

   Lariviere   
23/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Salut Don,

J'ai bien aimé ce texte.

Il mérite bien sa catégorie de "brève". Le format est très court. Le ton est impactant.

J'ai bien aimé ce choix de traitement où tu imagines avec une certaine pertinence les motivations profondes dans le désir de revanche presque (ou carrément) sociale des hackers.

L'écriture est bonne, très aboutie, sans fioritures, pourtant les mots sont bien choisis, ils impactent effectivement avec force.

Le sujet est intéressant et je trouve que c'est bien d'avoir écrit une petite nouvelle sur le sujet.

Merci pour cette lecture et bonne continuation.

   Sir-ill   
25/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Cyber-Dieu ou hacker mégalomane ?
Dans tous les cas, Guy en a gros sur la patate.
Visiblement Guy a subi un traumatisme qui l’empêche d’avancer. Il est resté bloqué en enfance. Tout son univers le prouve, du vocabulaire qu’il emploie (cour d’école, zéro pointé, poupées de boom) à ses références chevaleresques (fidèle destrier, soldats, murailles, baguettes de sorcier). Guy est manifestement en croisade contre le monde.
C'est le profil typique du Guy.K (bien trouvé) humilié qui trouve dans l'informatique une forme d’exutoire et de défouloir. Dans son cas, le piratage n'est pas idéologique ou financier, il est purement psychologique. C’est une arme de destruction massive dont il se sert afin de faire souffrir autant qu’il a souffert.
« Le code s’affiche, je vais le déflorer ». Putain, quelle claque !
Une seule erreur (qui n’engage que moi). Pourquoi cette phrase à la fin du texte ? Pourquoi ne pas avoir laissé planer le doute. Guy est-il réellement ce qu’il prétend être ou un petit Incel frustré à la con qui n’a pas les moyens (cognitifs et matériels) de ses foutus prétentions ? Dans les deux cas, il est fou.
Le doute, c’était là le coup de génie qui manque à ton histoire. Un peu comme dans Inception (le héros est-il perdu dans les limbes ? On ne le saura jamais) ou Shutter Island (le héros est-il fou, on ne le saura pas non plus).
Malgré tout, j’ai adoré. Tu m’a complétement embarqué dans ton univers.
Je suis un peu frustré, j’aurai aimé avoir écrit ce texte. Je demande tout de suite à Guy.K qu’il le fasse disparaître du site.

   Ombhre   
30/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Donaldo,

un texte terriblement court, mais dont la forme sert bien le fond. Une petite bombe en fait. Tout y est judicieusement placé, la compréhension est fluide, et on voit très bien devant nos yeux imaginaires cet individu, un "vilain petit canard" si plein de rancune et de rancœur, qui veut se venger d'un monde qui l'a sans doute mis à l'écart, sinon rejeté.
Et la fin, dans sa brièveté, clos ce mini-sujet dans lequel tout a été dit en peu de mots, bravo !

Merci pour cette surprenante lecture.
Ombhre

   Pepito   
6/7/2026
Haha, Guy K pour "geek", c'est sympa.

Un petit gout de Matrix avec la lecture en déroulé du code nu, un rien Samouraï Numérique avec le sabrage de données, et bien sûr Fight Club pour le dégommage du grand capital. Une nouvelle cinématographique, en somme.

J'avoue que le dernière phrase "...le chaos a pris sa forme la plus capitaliste" me laisse un gout de truc qui cloche. Je ne vois pas bien, "capitalistique" peut-être ? Mhhh... non plus. Ou alors j'estime que c'est déjà le chaos tel quel ?
Bref, pas grave.

   Donaldo75   
8/7/2026

   Cyrill   
13/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Salut Don.
Entre thriller informatique et poème en prose, un mal-aimé qui se construit un mythe personnel. Guy K se voit carrément comme une force cosmique, c’est à pleurer de rire si ce n’était pas à pleurer. J’ai vraiment aimé son monologue de super-vilain, avec ce qu’il faut de revanche sociale, d’ivresse technologique et de délire de toute-puissance. Les phrases courtes ressemblent à une comptine avec ses répétitions. Ça donne un petit côté incantatoire qui colle bien à ce genre de personnage.
Le jargon informatique pur remplacé par des métaphores, c’est une heureuse trouvaille, tout à fait à la portée d’un ignare tel que moi en la matière : destrier, soldats, peste algorithmique, baguette de sorcier… Ça me parle bien plus, et puis ça contribue à faire de ce personnage un être quasi mythologique.
Court, efficace, et la chute est parfaite, elle élargit bien l’échelle du récit.
Merci pour le partage.


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