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Science-fiction
Eijihimura : Danse mortelle
 Publié le 07/07/18  -  9 commentaires  -  5514 caractères  -  62 lectures    Autres textes du même auteur

L'univers est grand et le cosmos recèle de surprises, parfois extraordinaires, d'autre fois effroyables, et plus rarement les deux à la fois...


Danse mortelle


On en parlait depuis la Fondation, près de 220 générations plus tôt. Alors que l’on posait les premières briques et que poussaient nos premiers champs. On en parlait encore lorsque les hameaux se transformaient en villages puis en villes. Que les villes devenaient des mégalopoles et que notre population ne cessait de croître, passant de milliers à millions. Et pourtant, pas un ne l’ignorait. Tous connaissaient la fin de cette histoire. Vous savez, presque comme un vieux livre que vous auriez lu dans l’enfance et dont seule la fin vous paraît d’une clarté limpide. Sorte de spoil terrible dont seul le dénouement ne fait aucun doute...


Toujours sur les lèvres, toujours dans un coin de notre tête… Hypnotisante, magnifique, et pourtant effroyable, la danse continuait...


Ce bal, mortel, a alimenté notre quotidien de fictions, films épiques, de romans terribles et passionnants. La Lente Catastrophe, le Baiser de la Grande Faucheuse, des sobriquets tous plus alambiqués et dramatiques se faisaient une bataille sans merci et déchaînaient sans fin les passions et les langues des écrivains, poètes et journalistes. Les touristes aussi étaient légion… Personne dans la galaxie n'ignorait le tragique destin qui nous attendait et tous mouraient d’envie d’y assister, tout en sachant que cette « chance » leur serait enlevée par le temps.


Le temps, parlons-en… Alors que les scientifiques parlaient d'imminence, qu’est-ce que l'imminence cosmique, face à la brièveté de la vie humaine ? Où est l'imminence lorsque les pères des pères de nos pères parlaient déjà de cette même « imminence »… Où est l’imminence, lorsque des hommes s'installent sur nos terres dans l’espoir d’y assister et que s'éteignaient, les uns après les autres, les descendants de ces ancêtres aux espoirs depuis longtemps oubliés ?


Et alors que le destin resserrait peu à peu son étreinte, vint le temps où notre population décrut. Les touristes se faisaient chaque année moins nombreux à mesure que l'échéance se rapprochait, passant d’attractions captivantes à obsessions morbides, seuls les plus étranges, et vicieux continuaient d’affluer. Leurs désirs se faisaient moins romancés, plus glauques, à mesure que les saisons passaient… Les villes se vidaient et le grouillement incessant de la vie urbaine laissa enfin place au silence et au souffle du vent. Telle une longue complainte triste rythmant nos vies.


Elle devint notre muse, et nos musiques s’en inspirèrent. De l’histoire pseudo-romantique des premiers âges de notre monde, alors joyeuses et mélodieuses, les chansons s’assombrirent, la musique devint lente, presque timide, et se mua en une complainte désolée.


Le romantisme de la ronde devint peu à peu moins romanesque que notre volonté, à nous autres « résistants ». Les Derniers ou les Têtus, qu’on nous appelait, et pas un monde ne nous refusait son empathie. Croulant sous les phrases fortes de soutien et d'accroche politique en vue de séduire leur électorat, quelques-uns, encore, se laissèrent séduire par leurs promesses d’une vie future, mais bien peu au final. Ne restaient plus que les patriotes, les convaincus. Cette terre qui fut la nôtre le temps d’une vie, qui fut notre Mère, qui porta en son sein nos parents et nos ancêtres. Pas un Dernier ne souhaitait plus s’en aller. Nous n'étions que peu nombreux, quelques milliers tout au plus sur des millions qui peuplaient encore nos villes une décade plus tôt. Attristés, vaincus par l'inéluctabilité de notre sort, convaincus et peut-être tout simplement cons. Une bande de Têtus geignards incapables de tirer un trait sur un chapitre de l’univers se terminant. Têtus, peut-être oui, mais toujours là.


C’est ainsi que le grand final débuta.


Les Têtus, dont je faisais partie, étaient réunis sur la grande place de la ville, soupant ensemble comme tous les soirs depuis des mois. Étrange comme notre perte à venir nous a soudés. Nous n'étions qu’une communauté parmi tant d’autres, disséminés sur la surface d’un monde, et pourtant, tous agissaient de même, comme une grande famille.


Alors que le couple déclinait à l’horizon, enflammant le ciel de couleurs fabuleuses, l’un de mes pairs se dressa silencieusement et mit sa main en visière en scrutant le ciel. Un silence de mort tombait alors que tous se levaient comme un seul…

Détail insignifiant, presque ridicule et pourtant présage du désastre qui venait de débuter, l’un des deux astres traversait lentement l’espace qui le séparait de son jumeau.

Lumineuse caresse fendant le vide, un bras timide s'étira, embrassant son amant.


Je frissonnais alors que le spectacle touchait l’horizon.


Les deux orbes devinrent bien moins que des formes et déjà la lumière s'intensifiait. La matière s'attirant et s'étirant en tous sens comme un nuage de lucioles affolées par un vent capricieux. Le ciel bouillonnant de lumière alors que la masse des deux soleils fondait chaque instant plus vite comme un nuage de lait dans le café du vide de l’espace.

Subjugués par cet épouvantable spectacle d’une beauté funeste, c’est lorsque la lune s’embrasa d’une couleur magma que nous sentîmes la fin poindre. Une légère brise de chaleur puis la douce ardeur des soleils devint d’une passion dévorante et l’air ambiant se fit fournaise.


Dans une dernière souffrance, souffle agonisant d’une civilisation disparaissant, j’imaginais des milliards d’humains jubilant derrière leurs écrans d’avoir assisté de leur vivant au baiser mortel de nos deux soleils et à la fin d’un monde...


 
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   Jean-Claude   
12/6/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

On est prévenu. On n'a pas de surprise. Juste un tableau cynique.
Toutefois, la surprise me manque, mais c'est personnel.

Des détails entre {}
"cette “chance” leur serait enlever{ée}"
"Ou est l’imminence, lorsque des hommes s'installent sur nos terres dans l’espoir d’y assister et que s'éteignaient{s'éteignent - concordance}, les uns après les autres, les descendants de cet ancêtres aux espoirs depuis longtemps oubliés?"
"notre population decru{décrut}"
"seuls les plus étranges, et vicieux{{étranges, et vicieux,}OU{étranges et vicieux}}continuaient d’affluer"
"Leurs désirs se faisait{aient} moins romancé{s}, plus glauque{s}"
"les Tétu{Têtus}"
"et pas un monde{personne ?} ne nous refusait son empathie"
"Pas un Derniers{{Pas un des Derniers}OU{Aucun Dernier}} ne souhaitait"
"Attristés, vaincus par l'inéluctabilité de notre sort, convaincu{s} et "
"Une bande de têtu{s} geignard{s} incapable{s} de tirer un trait sur un chapitre de l’univers se terminant. Têtu{s}, peut-être oui, mais toujours là."
"C’est ainsi que le grand final débutât{débuta}."
"Les Têtus, dont je faisais partie, étaient réuni{s}"
"Nous n'étions qu’une communauté parmis tant d’autre, disséminé{e} sur la surface d’un monde"
"Alors que le Couple{Quel couple ? Rien ne l'amène. On parle des deux astres plus tard. Sans trop en dire, il faut préciser où on est. D'ailleurs, même si les deux astres évoquent a priori deux soleils, je pense qu'il serait bon d'être plus précis.} déclinait à l’horizon, enflammant le ciel de couleurs fabuleuse{s}, l’un de mes paires{pairs} se dressa silencieusement et mis sa main en visière en scrutant le ciel. Un silence de mort tombais{tomba - c'est délimité dans le temps} alors que tous se levaient comme un seul…"
"Je frissonnais{frissonnai - c'est délimité dans le temps} alors que le spectacle touchait l’horizon."
"un nuage de lucioles affolés{affolées}"

Je suggère un peu plus de précision pour nous situer, mais aussi un allégement sur les redondances, même si je comprends la recherche d'une ambiance lancinante.

Au plaisir de vous (re)lire
JC

   Eccar   
7/7/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
Une toute première réflexion me vient après la lecture de ce texte. Le temps employé n'est pas le bon. Un narrateur qui est aussi personnage de l'histoire nous raconte à l'imparfait, temps du passé, une fin inéluctable. Et quand cette fin ( tellement inéluctable qu'on le dit et répète tout du long) arrive vraiment, le narrateur qui disparaît également le relate en un temps passé comme s'il pouvait encore en parler, après.
Ensuite, que dire de cette nouvelle, si ce n'est qu'elle n'est guère passionnante, originale (déjà le mot Fondation du tout début me renvoie directement à Fondation de Asimov (saga de science fiction difficilement égalable aux idées fondatrices justement que beaucoup d'auteurs ont plus ou moins pompé , même Stars War, si, si, ... cherchez bien).
L'écriture est bien souvent fade, approximative.
Une petite nouvelle, pour moi, qui serait à revoir presque totalement.
Désolé.

   Donaldo75   
17/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Eijihimura,

Quelle poésie dans ce texte !

J'ai vraiment beaucoup aimé le style, doux alors que la mort d'un monde est annoncé et que ses habitants, du moins les quelques restants, le savent perdu et ne veulent pas le quitter. Chaque mot est pesé, signifiant, presque musical.

"Toujours sur les lèvres, toujours dans un coin de notre tête… Hypnotisante, magnifique, et pourtant effroyable, la danse continuait..."

C'est ce que m'a inspiré cette lecture.

"Dans une dernière souffrance, souffle agonisant d’une civilisation disparaissant, j’imaginais des milliards d’humains jubilant derrière leurs écrans d’avoir assisté de leur vivant au baiser mortel de nos deux soleils et à la fin d’un monde..."

Cette fin me laisse perplexe, et c'est tant mieux.

Bravo !

Don

   toc-art   
22/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

je n'ai aucune culture en science-fiction donc je ne sais pas si votre tableau manque d'originalité ou non mais j'ai bien aimé ce que je "voyais". Parce qu'en fait, c'est ce que j'ai apprécié dans votre court récit, la perception visuelle d'un monde finissant, les foules curieuses qui peu à peu abandonnent le site aux quelques milliers de résistants et l'image de ces deux astres se rejoignant dans un baiser mortel.


un détail ici : "se faisaient une bataille sans merci", je remplacerais par "se livraient".


Bonne continuation.

   Vilmon   
3/8/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour, J'ai assez aimé, mais j'ai trouvé longue l'approche pour nous expliquer que c'était connu depuis fort longtemps. D'un autre côté ça explique les racines profondes de ce peuple qui tient à rester malgré la tragédie. Comme Eccar, j'ai de la difficulté avec le temps employé. Comment ce récit nous est-il parvenu ? Qui sont ceux qui jubilent devant leur écran ?

   hersen   
26/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un monde finissant auquel nous assisterions, par écran interposé.

Il y a une grande poésie, dans ce texte, qui côtoie une inéluctabilité qui fait froid dans le dos.
la musique, aussi, est présente, elle semble importante pour l'auteur.

Je ne sais pas trop si c'est de la fiction, j'ai toujours du mal avec ce terme, qu'on a l'air d'employer pour se projeter dans un futur dont nous ne saurions rien; je vois plus ce texte comme le récit éternel d'habitants de planètes dont une seule chose semble immuable : l'impossibilité pour les habitants d'en changer le cours. Est-ce pour cela que l'Homme ne changera jamais, fondamentalement, accompagné ou non de technologie qui, montant de cran en cran, ne semble qu'un moyen de satisfaire un plus toujours plus ?

Cette nouvelle, par cette fin, une vraie fin, si j'ose ! , pose cette question : à quand notre tour ?

J'ai aimé beaucoup le point de vue adopté par l'auteur.

   Corto   
26/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voici donc un monde où "notre population ne cessait de croître" et qui sait qu'il va vers sa fin. Cette simple phrase crée une complicité avec le lecteur humain pour qui l'aventure actuelle de la terre a quelques ressemblances. NON, non, diront certains puisqu'on découvrira qu'il ne s'agit pas ici des terriens qui ne font que regarder en voyeurs.

Avec cette belle phrase: "Où est l'imminence lorsque les pères des pères de nos pères parlaient déjà de cette même « imminence »…", on situe l'action dans le temps long, et on précise l'irrémédiable.

L'ambiance est décrite avec: "les chansons s’assombrirent, la musique devint lente, presque timide, et se mua en une complainte désolée."

Le sort est inéluctable sauf pour "Une bande de Têtus geignards incapables de tirer un trait sur un chapitre de l’univers se terminant" jusqu'au jour où les deux astres se rejoignent "et l’air ambiant se fit fournaise". Durant ce temps "des milliards d’humains jubilant derrière leurs écrans" assistent à cette fin d'un monde.

On ne peut évidemment pas écarter cette nouvelle des réalités terriennes, ce qui forcément plombe l'ambiance pour ceux qui tiennent à regarder ailleurs...

S'agit-il d'une fiction d'alerte ?
Le déroulement de l'action est bien fait. On passe progressivement de souvenirs collectifs à une prise de conscience, le sort commun est tenace et impitoyable.
Le rapprochement des deux soleils est amené tardivement car il est évidemment lié au final.

Un texte sans concession que l'on parcourt sous tension.
Du beau travail.

   senglar   
27/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Eiji,


A votre instigation je suis allé relire le "bruit du silence", c'est vrai que la dernière phrase permet de l'éclairer... mais il faut semer des indices dès le premier tiers, on n'a pas le droit de laisser le lecteur patauger comme ça. Vous êtes trop sibyllin. Donc... toujours pas concluant. Mais je suis un vieux croûton :)

A votre instigation je suis venu lire "Danse mortelle". Ah la la je crois que nous ne devons pas être de la même génération. Je me noie dans vos phrases trop longues avec trop de détails... et aussi oui trop d'enthousiasmes, trop d'exultation. On vous y devine dans votre jardin favori à patauger dans votre piscine en battant l'eau des mains, on vous regarde faire, on est ravis pour vous... mais on baisse la tête pour éviter les gerbes d'eau. Un vieux croûton mouillé est en grand danger de faire du pain perdu :)

Et puis vous parlez de galaxies, de soleils... et vous n'en faites combattre que deux... et plus encore vous y introduisez la lune... qui n'est là-dedans qu'atome de poussière d'atome de poussière d'atome de... . Votre texte pour moi pourrait servir de canevas à un scénario de BD, ce n'est pas méprisant vous êtes à mon avis au moins trois et demie trop jeune pour moi.


Bon avec toute l'eau que j'ai reçue me v'là croûton moisi moi :)


lol

Bien à toi

senglar dit brabant

   cherbiacuespe   
30/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire, assez macabre quand même, qui se laisse lire facilement malgré quelques passages un peu longs. Pour un effet de prose sans doute, sans conséquences pour l'attention du lecteur.

Bien écrit, court, c'est un bel exercice.

La fin d'un monde qui agonise, à bout de vie. Une prime pour les badauds toujours avides de spectacles morbides et qui rappelle nos propres petites insuffisances.


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