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Fantastique/Merveilleux
embellie : Léo et Plume
 Publié le 07/01/09  -  12 commentaires  -  6269 caractères  -  51 lectures    Autres textes du même auteur

Un enfant malade fait un rêve.


Léo et Plume


Novembre au petit matin. Le ciel est descendu jusqu’au ras de la terre, nimber d’un voile ouaté tout objet. Les prés sont sous la couette, la nature encore sommeille, faisant la grasse matinée. Bientôt le soleil va pointer, percer la brume vagabonde, effilocher tout ce coton et peu à peu apparaîtront les toits humides, les maisons, les cheminées empanachées, puis, au loin, vers l’horizon, tout un monde de peupliers.


Le front collé au carreau, le visage blême, le regard morne et enfiévré, Léo, dix ans, guette l’arrivée de son astre sauveur. Il sait qu’aussitôt la terrasse ensoleillée on l’installera, emmitouflé, sur le transat où, pendant une heure ou deux, il respirera l’air frais. Là, ses lunettes noires gommeront au jour sa gaîté, mais la tristesse, il connaît ! Et la révolte aussi. Depuis plusieurs semaines, une leucémie – imaginée comme un vautour de grande envergure aux ailes déployées au-dessus de sa tête – l’oblige à rester enfermé dans cette chambre impersonnelle, à subir des soins éprouvants. Le sentiment de son impuissance lui est insupportable, et pourtant il supporte. On le voit malheureux, sauvage et muet. Il trouve ses ressources dans le silence et l’insociabilité.


Quelquefois, le soleil est si doux qu’il invite à la sieste. Aujourd’hui, un vent tiède assoupit Léo, fait frémir les feuilles jaunies, balaie la terrasse, et dépose une douce rémige contre sa joue. L’enfant s’en saisit, la passe plusieurs fois sur son front, doucement, ferme les yeux, puis sa respiration devient lente et profonde. Sa main retombe mollement sur sa poitrine, ses petits doigts serrés sur le précieux cadeau. Et la plume chuchote :


- Je suis venue te chercher pour une promenade. Monte sur mon dos.


Léo, le cœur battant, enfourche la rémige :


- Oh, oui, Plume, envole-moi !


Il s’installe confortablement, à plat ventre sur la penne solide, les jambes pendantes de chaque côté des barbes, les mains enfouies dans le petit duvet, à la base de la hampe creuse, et les voilà partis. Passée la première surprise, Léo s’adapte très vite à la légèreté de sa monture, à sa souple obéissance. Il la guide en serrant un peu ses genoux, une fois pour descendre, deux fois pour monter, en tirant légèrement sur le duvet avec la main gauche ou la droite pour tourner. Ils dépassent les peupliers, survolent un village, rasent les toits, puis suivent une longue rue. Léo remarque, fidèles à la tradition, une ménagère et son cabas, près d’une concierge accoudée sur son balai, faisant leur causette. Plus loin, quelques gamins, attroupés autour d’une fontaine, jouent à s’éclabousser. Un petit coup de genou et les voici en bas, si près qu’ils reçoivent une giclée. Léo rit aux éclats mais ne veut pas s’attarder. Il serre deux fois ses jambes et la plume remonte en flèche.


- Attention !


Ils évitent de justesse une pie fonçant sur eux, l’air mauvais. Léo se fâche :


- Non, mais ! Le ciel est à tout le monde…


Sous l’effet de l’émotion, ses genoux se sont serrés malgré lui. Ils redescendent brusquement, frôlant dangereusement la cime des arbres. L’enfant ressent alors comme un malaise. Ces turbulences lui soulèvent le cœur. Il caresse Plume, la tapote gentiment, comme le cavalier flatte l’encolure de son cheval pour le calmer, et ils continuent plus sereinement leur périple. Le feuillage, au soleil, miroite, marie les jaunes, les bruns, les verts, les roux ; de temps en temps la touche rouge d’un érable, et les platanes, au bord des routes, dessinant de sinueux rubans mordorés… Pour la première fois, dans sa courte vie confinée, l’occasion est donnée au gamin de connaître une réelle émotion artistique. Tant de beauté le bouleverse ; il réprime une vague envie de pleurer.


Sur le flanc d’une montagne, un ruissellement argenté attire son regard. Au pied de la cascade, un plan d’eau lisse où boivent deux isards. Il faut monter en évitant la paroi rocheuse où d’audacieux caprins cherchent leur maigre nourriture. Deux coups de genou et ils arrivent au-dessus des névés. Tout ce blanc l’éblouit. Il glisse un moment à l’horizontale, lève les yeux au ciel et souhaite aller plus haut :


- Plus vite, Plume, monte, monte encore, plus haut…


Alors le ciel lui vient dessus comme une mer houleuse. Il se sent soudain envahi d’infini, triomphant, invincible, immense, sans corps, léger, léger et vif comme le vent. Sous ses pieds, les maisons, les voitures, deviennent plus petites et de plus en plus vite, au gré de l’accélération. Tout le paysage s’amenuise à une vitesse incroyable. Il vise habilement les trouées de ciel bleu, pour se faufiler entre les nuages qu’il n’ose traverser.


- Plume, je veux voler sur le ciel renversé.


Pour qui n’a jamais pris l’avion, le spectacle est stupéfiant. Léo regarde sous lui cette mer immaculée, cristalline, finement, régulièrement moutonnée. Il pense aux îles flottantes de sa maman. Il plane au-dessus d’un gigantesque saladier rempli de blancs d’œufs en neige. Il ne souffre plus. Tout son être est serein. Il voudrait bien savourer longtemps cette béatitude, mais sa monture lui fait remarquer qu’à une telle altitude l’air est glacé. Sagement, il s’enfonce dans l’épaisseur des nuages et redescend lentement. Dès qu’il voit à nouveau la terre, avec ses routes, ses canaux, fins comme des fils de laine, les points roses des toits de tuiles, les points bleus des piscines, il lui vient à l’esprit que Spiderman lui-même n’aurait jamais pu réaliser un tel exploit. Il sourit de plaisir.


Une voix familière, loin, très loin, brouillée par le bruit du vent sifflant à ses oreilles, semble dire : « Il sourit ». Une autre voix, plus nette, en écho lui répond : « Il sourit, c’est si rare… » Et la voix bien connue précise : « Il ne fait plus très chaud, il faut rentrer ». Le transat à roulettes s’ébranle, passe la baie vitrée et retrouve la chambre. Avant d’ouvrir les yeux, Léo ressent un poignant regret, vaste comme une nostalgie. Maman est là, comme chaque jour, lui caressant les cheveux. L’infirmière s’éclipse. Alors maman, l’air enjoué, s’adresse à son fiston :


- Dis-moi, mon chéri, nous sommes fin novembre. Bientôt Noël. As-tu pensé à ton cadeau ?

- Oh, oui ! Je voudrais une plume géante et légère, pour m’envoler avec elle et faire le tour du monde.


 
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   Anonyme   
7/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Magique...
Emouvant...
Un très joli petit compte.

Une ou deux petite chose qui ne collent pas (à ma vision de l'image):

Tout le paysage s'amenuise à une vitesse incroyable... hmmm, si les détails rapetissent en prenant de l'altitude, le paysage au contraire s'aggrandit, non ? On voit plus de chose, mais en plus petit...

Et puis la fin: il y aurait eu plus de rêve à la racourcir:
Oh ! Oui ! Je voudrais une plume géante.

Le pourquoi, on le sais bien, non?

Bah ça n'a pas gaché mon plaisir non plus . Jolie nouvelle.

   Anonyme   
7/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Très joli conte de ceux qui me font aimer lire
Merci beaucoup pour ce moment si frais , si joli et si émouvant.

   xuanvincent   
7/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un joli conte, qui devrait ravir les petits et les grands qui ont su garder la fraîcheur de l'enfance.

La fin m'a amusée.

   Menvussa   
8/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une bien jolie histoire, chargée d'émotion. Une bien belle plume pour emmener ce petit Léo dans les nuages.

Question plus terre à terre, l'auteur aurait-elle abusé du simulateur de vol sur Google Earth, on s'y croirait, en plus poétique.

Bravo.

   jensairien   
9/1/2009
ce texte manque quand même un peu d'originalité même s'il reste empreint de fraicheur0
un truc où j'ai tiqué, nous sommes au mois de novembre, donc il caille quoi et tu mets en scène des gamins en train de s'éclabousser autour d'une fontaine
Ca me semble peu probable, en tout cas difficile à imaginer

   embellie   
13/1/2009
Remarque très juste. J'aurais dû écrire : "Dans ce paysage qui s'agrandit, tous les détails s'amenuisent à une vitesse incroyable."

Merci à vous tous de m'avoir lue.
embellie

   Flupke   
14/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Joliiiiii !
Très sympathique ce texte onirique. Ca m'a bien plu. Merci

   FilledeJoie   
14/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Wow ! Ça c'est un beau texte comme j'aime ! Je me suis vraiment transposée dans le merveilleux de ce petit garçon, et j'ai envie de m'y replonger...

   widjet   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est suffisament bien écrit pour qu'on passe outre l'aspect un poil trop mélodramatique de cette histoire. Mais, l'auteur a un certain style et du doigté pour ne pas tomber dans le misérabilisme (j'aurais néanmoins que l'auteur ne mentionne pas - mais fasse plutot suggérer - la maladie et le caractère ineluctable de celle ci, ). Bravo pour ça.

Widjet

   Anonyme   
25/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je m'en veux de ne pas avoir lu ce petit bijou de tendresse plus tôt.
L'enfant est magnifique et ses phrases sont très belles.
C'est léger comme une plume, c'est très bien écrit. On voyage avec lui, et on a du mal à se poser, ensuite.

   sentimentic1   
26/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un bien joli conte. Je n'ai rien à lui reprocher, je me suis simplement laissé berce par cette lecture si fraîche qui fait oublier le sujet, la maladie

   lululacroix   
28/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Je suis toute jeune Onirisienne et je furète sur le site de quoi me mettre sous les lunettes. J'ai vraiment beaucoup aimé cette très jolie nouvelle, si poétiquement écrite et légère à lire comme une plume.
Merci pour ce moment
Je pense faire lire cette nouvelle à ma petite fille qui je sais appréciera.
Bien à vous


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