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Réalisme/Historique
emmastuyts : Remplie d'attente
 Publié le 05/07/09  -  13 commentaires  -  14730 caractères  -  68 lectures    Autres textes du même auteur

Une jeune femme attend son train lors d'une grève de la SNCB. Mais l'attente qui prend toute la place dans sa vie n'est pas celle-là.
Remplie d'attente, ou quand l'enfant désiré ne vient pas, que reste-t-il comme espoir ?


Remplie d'attente


C’était une de ces grèves dont seuls les conducteurs de la SNCB ont le secret : sauvage. La porte-parole répétait depuis l’aube qu’il y avait bien des trains qui circulaient. Le seul - léger - problème était que l’on ne savait pas très exactement quels étaient leurs horaires ou destinations. Car il semblait qu’en plus d’être sauvage, la grève était tournante. Impossible dès lors de dire qui débrayait. Et quand bien même on l’aurait su par la grâce divine, cela ne permettait pas pour autant de savoir quels trains étaient concernés : « le chaos », tonnait l’animateur de RTL. Il fallait « prendre son mal en patience pour ceux qui se trouvent maintenant dans une gare ou un train ou choisir exceptionnellement un autre moyen de transport pour ceux qui sont encore dans leur voiture » répétait inlassablement la pauvre fille. Sans oser ajouter « ou prendre congé ou se faire porter pâle pour les bénis de Dieu qui sont toujours chez eux et qui n’ont pas un Iphone auquel ils sont enchaînés ».


J’avais choisi de prendre mon mal en patience, bien malgré moi. Comme d’habitude, je m’étais levée tard, « trop tard » comme remarquait toujours mon homme. Je n’avais pas allumé la radio et lui non plus, car dans notre « top chrono » matinal tout était minuté, secondé même, et allumer la radio faisait partie des choses inutiles que j’avais supprimées, comme déjeuner ou me maquiller, dès que l’heure d’hiver avait à nouveau pointé son nez. L’air de rien, je gagnais ainsi au moins trois minutes de sommeil.


Nous nous étions engouffrés dans la voiture, vite, vite, il nous restait à peine six minutes pour rallier la gare et c’était le jour du ramassage des poubelles, avec le camion fou qui zigzaguait d’un coin à l’autre de la chaussée pour aider les collecteurs (tant pis pour le reste du monde) et en plus… shit ! le bus de l’école arrivait, il ne fallait absolument pas qu’il nous précède sinon il allait nous ralentir à mort. Mon homme avait fait preuve d’une conduite digne d’un rallye, chose dont le conducteur du camion-poubelles mettrait longtemps à s’en remettre, lui qui avait vu une petite Polo le doubler en klaxonnant, alors qu’il se trouvait quasiment sur la bande de gauche de la Grand’ Rue. Mon homme m’avait jetée devant la gare, il me restait trente secondes avant que mon train n’arrive. J’avais pris le couloir sous voie à toute allure et ce n’est qu’une fois sur le quai que j’avais compris.


Tout était surréel. Il y avait peu de gens. On n’entendait pas le speaker crachoter dans son micro des annonces inaudibles ; aucun train ne déboulait à toute allure « en passage » et il n’y avait pas non plus de freins crissant. Au loin, les feux ne passaient pas du rouge au vert. C’était désert. C’était mauvais signe.


Celui qui devait être le chef de gare me confirma mon intuition. « On n’a plus eu de train depuis le 6 h 19, ma petite dame. C’est parce que le dépôt de La Louvière a débrayé et que les Flamands s’y sont mis aussi. Ça va durer, vous savez, mais il finira bien par y en avoir d’autres, vous tracassez pas ».


Je ne me tracassais pas. À chaque fois, c’était la même histoire. Devant ce genre de situation, il n’y avait qu’une solution : croire dur comme fer que le seul conducteur non gréviste serait le mien. Mon gentil conducteur de train idéal qui pousserait ses collègues du coude pour monter dans sa machine et m’emmener, moi, au boulot. J’aimais penser à son regard reconnaissant quand, débarquant en gare de Braine avec 3 h 22 de retard, il verrait tous ses petits navetteurs en rang d’oignons sur le quai, l’ayant gentiment attendu. Je me répétais cette histoire comme un mantra, pour tenir le coup, tuer l’ennui et surtout, rester zen et ne pas aller mordre un des gars en vareuse qui s’obstinait à bloquer les voies, là-bas au bout de quai.


Le guichetier avait branché la radio sur RTL pour éviter de devoir répondre lui-même aux questions des gens en délire. D’une certaine façon, il avait passé le relais à sa collègue. Car la porte-parole enchaînait les interviews, en direct, en différé, répondait même parfois aux questions d’auditeurs. Je me demandais combien de fois elle pouvait répéter la même phrase avant de devenir hystérique, de hurler à un journaliste qu’elle était levée depuis cinq heures du matin et que personne n’avait de réponse à ses fichues questions. Bon sang, on était en Belgique, tout le monde savait bien qu’une grève sauvage et tournante à la SNCB c’était le surréalisme à tous les étages, pourquoi diable s’acharnait-on sur elle !


Je riais intérieurement. Voilà qui aurait fait un joli scoop, une attachée de presse rendue folle par une grève, un joli pétage de plombs en direct comme une forme artistique de soutien à tous les navetteurs du pays.


Je me demandais aussi si, parfois, elle pleurait à la fin d’une telle journée, quand son mec rentrait en râlant parce que son train avait sept minutes de retard. Je l’imaginais, harassée de questions, fatiguée d’une nuit trop courte, exténuée par les heures s’accumulant. Que faisait-elle pour tenir le coup ? Buvait-elle un bon petit café de temps en temps ou se contentait d’elle de happer de l’eau au goulot d’une bouteille d’eau ? Que faisait-elle si, tout à coup, sa voix flanchait ? Était-elle déjà devenue aphone en plein milieu d’une grève ? Levée de si bonne heure mais directement plongée dans l’apocalypse, avait-elle trouvé le temps de s’habiller ou répondait-elle « Bien entendu, nous pouvons faire le point, Barbara », plantée dans sa cuisine, en pyjama, les cheveux ébouriffés. Je pensais que cette fille devait maudire les grèves, les trains, les navetteurs, son propre père s’il était cheminot ; j’étais convaincue qu’elle avait exigé une voiture de société au lieu du fameux « libre-parcours » qu’ont tous ceux qui travaillent aux chemins de fer. Je la plaignais. Elle était la seule à ne pas pouvoir attendre. Elle, elle bossait.


J’en étais là. À tuer le temps à défaut de tuer un petit Playmobile à casaque rouge ou verte. Je suis sortie sur le quai : j’avais envie de poser une oreille sur le rail, comme une indienne, et de me fier à mon ouïe pour obtenir des informations dignes d’intérêt. Loupé : il y avait un brouhaha indescriptible.


J’ai regardé autour de moi la cause de tant de bruit : des enfants. Au moins trois classes de petits bouts allant de cinq à six, sept ans. Des filles à couettes ; des garçons au nez morveux. Des roux. Des Noires. Des petits caïds et de jolies princesses ; des mignons à croquer et des demoiselles à caractère tranché. Probablement échoués ici en plein voyage scolaire à cause du mouvement d’humeur sauvage de nos amis conducteurs.


J’ai dû m’asseoir sur un des bancs car mon cœur me battait les tempes incroyablement fort, comme à vouloir sortir par-là. C’était horrible. Je sentais qu’une part de moi, celle connectée à mon hypothalamus, celle qui n’était jamais sortie de l’animalité, se bagarrait avec une autre, plus intellectualisée. Et mon cœur prenait part à ce combat, hurlant toutes les choses que je croyais qu’il avait fini par oublier. J’étais déchirée, étrangère à moi-même et pourtant en phase avec cette idée saugrenue : « Et si j’en prenais un ? ».


Oui. Prendre un enfant. Pas juste le prendre par la main pour lui dire qu’on allait jouer aux Indiens et aux Cow-boys à écouter si les Cityrails allaient ou pas arriver. Non, le prendre avec moi. Le reprendre chez moi. Voler un enfant, en fait.


Oui, là sur le quai de la gare j’ai eu envie de voler un enfant. Très calmement. Lucidement, comme une soudaine évidence. La bonne solution à laquelle, bêtement, je n’avais jamais pensé.


Je n’étais absolument pas honteuse de cette pensée, je me souvenais juste vaguement que même si j’essayais de justifier ce fait - et j’avais des tonnes d’arguments pour le faire - il n’était pas tolérable aux yeux des autres. Que si je le faisais, on m’obligerait à le rendre. On m’accuserait de tout, du pire surtout. Que personne ne me comprendrait. Pas même mon homme, lui qui savait pourtant tout.


« Ce ne serait pas convenable », relevait l’hémisphère gauche. « En tous cas plutôt embêtant » remarquait le droit. Mais le reptile criait en moi : « Et alors ? De toute façon, tu es déjà comme morte ». Et c’est à ce petit serpent que j’avais envie de donner raison car c’était tellement vrai.


Oui, j’étais déjà morte. Autrefois, il y a longtemps, j’étais vivante ; toute entière tendue vers la vie. J’étais dans la vie.


Par exemple, je souriais. Quand je ratais mon train, ou en cas de grève, jamais je n’aurais imaginé une porte-parole dépressive souhaitant embrocher des syndicalistes en alternance avec des journalistes, jamais. Je ne me serais pas contentée de rester là à attendre. J’aurais profité de cette aubaine pour faire des tas de choses. Boire un café et devenir copine avec les habitués du buffet de la gare. Aller chez le coiffeur et essayer finalement une coloration auburn. Dégoter chez le libraire du coin un roman russe ou un recueil de Modiano. Acheter Cosmo ou Flair et faire les tests psycho en bonne adulescente. J’aurais trouvé à m’occuper. J’aurais refusé de laisser le temps filer.


Elle était belle, la vie, alors. Elle était pleine de possibilités, pleine d’envies. Je tendais la main et je prenais, au hasard. Je recevais, toujours. L’attente n’était rien d’autre que la promesse de l’inattendu. L’attente n’existait pas car elle pouvait toujours se transformer en parenthèse enchantée.


Et puis…


L’attente était devenue une chose en soi, elle avait pris corps, s’était incarnée. D’abord joyeusement, bien entendu. Qui n’est pas heureux le jour où il décide consciemment de faire un enfant et de l’attendre ? Nous étions si jeunes alors… Nous pensions naïvement qu’attendre aurait une durée - neuf mois tout rond - et une finalité - un beau bébé tout neuf.


Et puis…


Je ne veux même pas penser à tout ce que l’attente a finalement contenu et dont nous aurions tant voulu qu’elle ne soit pas pleine. Les hôpitaux ; les médecins, toujours plus nombreux, mal polis, dépressifs et blasés. Les piqûres à en avoir les bras bleus comme les junkies, et peut-être que je me droguais aux soins médicaux pour au moins ne pas juste attendre, pour avoir l’impression de faire quelque chose. Les appareils à échographie, dont les images ne sont compréhensibles par personne, en tous cas pas par les médecins. Le stick qui me farfouillait le ventre, qui prenait toute la place dans mon vagin, comme si, stérile, je n’avais plus droit qu’à ça, en tous cas pas au sexe d’un homme. Le sang noir, épais, qui empli les fioles, encore, et encore ; et puis qui coule sur mes cuisses, à se demander si j’allais ou pas m’en vider. La douleur physique, aiguisée comme une lame, qui déchire les entrailles, et revient par vague, vicieusement, sournoisement. L’envie de mordre dans un bâton pour ne pas hurler que mon ventre est en feu et maudire tout et tout le monde, surtout cette connasse de Vierge Marie qui s’en fout pas mal de tout ça, elle qui n’a même pas compris comment le fameux petit Jésus était arrivé dans son ventre ! Les larmes qui prennent toute la place dans la gorge, ces grosses méchantes larmes qu’on voudrait refouler mais qui restent là, étouffent, rendent muet.


Les mots. Ceux des autres. « Tu ne sais pas ce que c’est d’en avoir un » (oui, c’est justement ça mon problème), « On peut vivre sans, tu sais » (alors pourquoi tu en as fait), « Si c’était à refaire, je n’en n’aurais pas » (donne-moi les tiens, alors). « Pourquoi vous n’adoptez pas ? » (parce qu’il faut 10 ans et 12 000 euros), « Il faut tout faire pour avoir un enfant » (y compris y laisser sa peau et son couple ?), « Pourquoi vous ne vous investissez pas pour une belle cause ? » (parce que je suis stérile, ça ne m’oblige pas à être en plus Mère Térésa), « Ne reportez pas votre attention sur nos enfants » (super, on fera des économies sur les cadeaux de Noël), « Pourquoi vous ne prenez pas nos enfants en vacances ? » (Parce qu’ils ont douze et quinze ans, se fichent de nous, ne veulent pas être papouillés et surtout, parce qu’on devra vous les rendre après), « Prenez un chat » (oh oui ! bonne idée, on va carrément viser la ferme. On aura plein de petits cochons, ça nous remontera le moral). Et le fameux, l’écrit en lettres d’or : « Arrête d’y penser, et ça va marcher » (c’est ça oui, et le Petit Jésus va faire un méga come back pour l’occasion).


Les mots. Les miens, que je ne pouvais plus dire : maman, papa, grossesse, accouchement, règles, ovulation, contraction ; ça va aller, j’ai pas mal, j’ai pas peur, je t’aime, on va s’en sortir, ça n’a pas d’importance, ce sera pour la prochaine fois, viens, fais-moi l’amour.


Petit à petit, sans que je m’en aperçoive, j’étais devenue une absence, un trou, un manque. Rien que ça. Le vide de mon ventre avait pris toute la place.


J’avais essayé de le combler. En mangeant, jusqu’à l’écœurement. Et la petite boule de graisse qui avait pris place sur mes abdos, quelque part entre utérus et plexus, me tenait chaud, comme un animal de compagnie. Un chaton endormi après une longue toilette, recroquevillé sur lui-même, se tenant chaud et irradiant dans tout mon corps. Je l’aimais bien moi, ce petit chat : au moins, il me donnait l’impression d’être pleine de quelque chose.


Mais un médecin m’avait dit de maigrir pour tomber enceinte. Alors, j’avais arrêté de manger pour me sentir habitée. J’étais devenue mince, ou maigre peut-être. Je m’étais asséchée. Vide d’enfant. Vide de sens. Vide d’une vie qui aurait dû se dérouler autrement, pleine de rires, de baisers au chocolat, de petits pieds à croquer et de « Maman ! » tonitruants.


Mon corps. Mon cœur. Ma tête. Tout, même mes rêves et mes rires étaient devenus secs. Contaminés par mon ventre stérile. Je n’étais plus qu’une femme acariâtre, la méchante belle-mère des contes de fées. J’aurais pu faire tomber les femmes enceintes dans les escaliers. Si moi je ne pouvais pas attendre d’enfants, pourquoi elles ?


Les mois passaient. J’attendais. Ma vie se gaspillait.


« Ben alors, ma petite dame, maintenant qu’il est là, vous ne le prenez pas ? ». Il n’y avait plus d’enfants, déjà montés s’éparpiller dans les wagons. Il n’y avait plus de casaques rouges ou vertes. Devant le regard incrédule du chef de gare, il n’y avait plus que moi. Moi, et ma fameuse compagne attente. Ce truc infâme qui me rendait folle. Qui faisait de moi en monstre en puissance.


J’ai souri au chef de gare :


- Je prendrai le suivant, j’attends encore un peu.

- On devient philosophe avec ces grèves, a-t-il souri.


Il s’est éloigné. Le Bruxelles-Quévy arrivait. J’ai couru pour ne pas le rater.


J’ai sauté.


La porte-parole était loin d’avoir fini sa journée.


 
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   florilange   
5/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
L'attente du train, le parallèle avec le vide d'enfant sont bien vus, avec lucidité & 1 humour caustique. Et la souffrance. Cette chose si facile, que la 1ère famme venue, n'importe laquelle, peut faire, 1 enfant. Mais pas elle, rien à faire. Et subir les réflexions & conseils de tous ceux qui, sans effort, en ont fait, des enfants.

Si j'ai bien compris, elle a sauté sous le train, c'est ça? À cause d'1 grève qui l'a empêchée de bouger, de s'activer comme à l'habitude, pour oublier.

Bon style, développement logique de la pensée qui va jusqu'au bout. De toute façon, elle était déjà morte. Triste, réaliste, beau.

Merci pour cette nouvelle.
Florilange.

   solidane   
5/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bien. Y compris la parole qui la ramène à la réalité : "ma p'tite dame, vous ne le prenez pas ?". J'aime assez ces situations réelles qui parce qu'exceptionnelles entraînent un héros dans ses doulers personnels, celles "qu'il essai de vivre avec". La chute ne peut souvent être qu'un retour à la réalité "commune" est cette petite pharse soulignée au début de ce com est parfaite.
un défaut pour moi, la première partie ne prépare peut-être pas dans son intensoté le chemin personnel (l'histoire" qui doit venir après. (mais bon ???).

   Manuel   
5/7/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Décidemment, les pauvres voyageurs belgs ne sont pas mieux lotis que leurs cousins français...Grêves et chaos.
De là a se jeter sous les roues d'un train, faut pas pousser.
Elle aurait pu occuper son temps autrement, par exemple, en entrainant le chef de gare dans sa chute

   mamyjet   
5/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
En tant que mère et grand-mère, ce texte m'a beaucoup émue et je comprends parfaitement la souffrance de l'attente de cette femme stérile. J'ai bien aimé le style sobre et vivant. Et le cheminement de la pensée : il y aura toujours un train même si l'attente est longue, mais il n'y aura jamais d'enfant quel que soit la longueur de l'attente, alors ce n'est plus la peine d'attendre encore.
Bravo à l'auteur

   Anonyme   
5/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une écriture impeccable. Emma connaît les mots, elle les met à la bonne place, précise, méticuleuse. Ni trop ni trop peu. Pas d'emphase et pas de platitude. Un thème, celui de l'attente développé avec brio et mesure. Des images particulièrement fines, on retiendra le playmobil en casaque et la porte-parole, par exemple.
Et ce titre : Remplie d'attente. Remplie d'espoir, de vouloir la vie dedans, remplie de rien, remplie de vide, maigre, grosse, c'est selon, ce titre parfait.

Emma, un auteur à garder précieusement sur Oniris.

   NICOLE   
5/7/2009
Le sujet m'a touchée, évidemment, mais faire pleurer dans les chaumiéres est-il le composant necessaire et suffisants d'un bon texte ?
Pardon, c'est seulement une image pour me faire comprendre. En fait, j'ai trouvé l'introduction interminable, et la fin géniale...je serais donc bien incapable de noter, mais je ne manquerai pas de suivre cet auteur.

   Anonyme   
6/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une belle écriture, précise méticuleuse au service d'un thème peut être accrocheur et pas très original mais très bien traité.
On sent la solitude de cette femme, son obsession toute cette attente, ses espoirs, et es mots de l'entourage qui font si mal.

Merci pour ce moment

Xrys

   widjet   
7/7/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Une belle intention « n’accouche » pas toujours d’une bonne histoire.

C’est un peu le cas ici, où le sujet – douloureux - demandait un autre traitement – selon moi. Pourtant, l’auteur use de la dérision, d’une sorte d’humour désespéré qui lui va plutôt pas mal.
L’approche donc n’est pas totalement raté. Mais ce qui m’a gêné c’est que la transition entre la grève et l’histoire de la femme m’a paru maladroite, pas très bien amenée (comme le titre que je trouve assez disgracieux, même si il est cohérent avec le contenu). La fragilité de la santé psychologique aussi n’est pas très bien développé sans que je puisse vraiment dire clairement ce qui cloche. Peut-être l’utilisation de certains mots, les formulations trop explicatives, trop rationnelles pour quelqu’un qui semble névrosé et dépressif. C’est ça peut-être, l’héroïne a une démarche presque trop lucide de son état d’esprit, elle explique cela avec la distance de quelqu’un qui serait guéri alors que la fin (inattendue et pas super crédible, je trouve) nous montre le contraire. Et enfin, ça manque de souffrance, je n’ai pas senti le véritable déchirement charnel, cette forme d’amputation que pourrait ressentir une femme qui ne peut donner la vie. C’est là où justement il faut puiser dans la force des mots pour retranscrire ce sentiment dévasté.

Le fameux passage sur les réactions des gens est intéressant. Mais un poil trop manichéen. Bien sur on peut entendre des questions stupides, mais j'ose espérer que la plupart ont un certain savoir vivre (à une femme qui ne peut enfanter, je vois mal quelqu"un lui balancer comme réponse "Bah prends un chat" ou "Il faut tout faire pour avoir un enfant"). La plupart du temps on se tait, on ne sait pas quoi répondre...

Enfin, c’est mon ressenti…

Dommage donc, car je sujet est fort naturellement, compliqué et terrible. Une chose vient de m'interpeller, la catégorie choisie. Realisme/Historique ? J'ai peur de comprendre....:-(

Reste une écriture tout à fait correcte, une certaine aisance stylistique et quelques traits d’esprit (la phrase finale, sarcastique à souhait).

Widjet

EDIT : Tinu, j'ai PAS dit qu'il n'y avait PAS de souffrance. Première nuance, j'ai dit que ça MANQUAIT et enfin, surtout j'ai précisé que JE NE L'AI PAS RESSENTI. Bref ça ne m'a pas chamboulé. C'est un peu différent, gente dame nan ? :-)

   Anonyme   
7/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Déjà passée plusieurs fois lire ce texte, je n'avais pas encore déposé de commentaire.

Eh bien moi, le traitement, j'aime énormément.
J'aime la dérision, le cynisme désabusé de certains passages. J'aime la dignité de la souffrance qui se cache sous des expressions d'un humour un peu outré, à la limite d'éclater en pleurs comme un nuage trop chargé.

Je sais qu'on ne doit pas commenter les commentaires, mais flûte, Widj', j'ai envie de te demander : mais qu'est-ce que tu en sais de "cette forme d'amputation", ce "déchirement charnel" que tu n'as pas ressenti ici ? Pas besoin d'autopsie pour le prendre dans la figure, le déchirement charnel je trouve.
"Petit à petit, sans que je m’en aperçoive, j’étais devenue une absence, un trou, un manque
"Le stick qui me farfouillait le ventre, qui prenait toute la place dans mon vagin, comme si, stérile, je n’avais plus droit qu’à ça, en tous cas pas au sexe d’un homme."... moi je trouve ça suffisamment "déchirant" à mon goût, y a pas besoin d'en rajouter.

J'ai adoré le florilège sur "les mots des autres" aussi. On a là un échantillon condensé de toutes les conneries qu'on peut entendre - voire dire - dans ce genre de cas. C'est bien croqué.

En ce qui concerne l'écriture, elle est bien maîtrisée, je n'ai pas grand chose à dire. Quelques toutes petites maladresses (ex : Mon homme avait fait preuve d’une conduite digne d’un rallye, chose dont le conducteur du camion-poubelles mettrait longtemps à s’en remettre : "s'en" --> "se"), des phrases parfois (rarement) un tout petit peu essouflantes (longues avec un chouia trop peu de ponctuation à mon goût), mais dans l'ensemble, une très belle patte.

Vivement autre chose à lire de cet auteure :-)


Edit : lol, on va se faire censurer, Widj, je le sens bien moi. Mais OK, je m'incline, fais comme si j'avais rien dit.

   Menvussa   
7/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Terminus...

Un texte fort bien écrit, que j'ai trouvé parfois un peu trop descriptif, mais il est vrai qu'il y a de sacrées images.
Un retard et l'esprit gamberge, la gare se vide, elle reste avec son vide en elle et choisit, peut-on appeler cela un choix, d'en finir avec toutes ces attentes.

   liryc   
21/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
C'est vraiment pas joyeu mais bien écrit, avec des touches qui retiennent l'attention. Le rythme est par moment irrégulier. Des parties peuvent à mon avis être supprimées sans modifier l'ensemble et laisser par exemple place à d'autres éléments qui renforcent la nausée de cette femme.
Plus généralement j'ai toujours du mal à apprécier une chute dramatique dans une nouvelle noire, même si dans ta nouvelle l'effet surprise est efficace.
Je reste curieux de découvrir ta plume dans un autre registre. Bonne continuation.
Liryc

   jaimme   
21/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une intro un peu longue pour moi; mais j'ai beaucoup aimé la suite.
J'ai adoré le passage sur les réflexions des autres. Mais le "vide" des mots des autres est-il à souhaiter? Bref l'empathie n'est pas la compassion.
Je connais de très près le problème évoqué. Il y a beaucoup de justesse dans cette nouvelle.

   Adraboz   
26/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire très touchante, joliment servie par un style sans prétention mais sans conteste efficace, une chute diablement réussie, comme je les aime ... et une dénonciation dans les règles des dysfonctionnements et désagréments que nous, usagers belges des transports en commun, devons (trop!) souvent subir ! ^^


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