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Humour/Détente
Faige : Deus Homini salutem dat
 Publié le 29/08/08  -  4 commentaires  -  6285 caractères  -  14 lectures    Autres textes du même auteur

Théodicée style vingt-et-unième siècle. Suite des textes de Cyberalx et Macada. Juste pour le plaisir : n'est pas Dieu qui veut.


Deus Homini salutem dat


Dieu, qui sait tout, naturellement, découvre vite l'existence de la lettre. Il trouve bien malencontreux que le discours de l'Ange ait été brouillé par les railleries d'un Démon. Après une longue méditation, qui l'empêcha de dormir tard (comme à son habitude) le lundi matin, Il choisit de répondre en personne, et donc d'envoyer une seconde lettre sur Terre. Cela lui prit la semaine.


Lundi.

Je n'ai pas l'habitude de parler si ouvertement. Mais les injustices sont trop nombreuses, vous les criez trop haut, et avec tant de haine et de remords ! Alors j'écris, au lieu de parler aux buissons, et de prêcher dans les déserts. Si vous devenez enfin sages, peut-être me serez-vous reconnaissants, après.


Pauvres petites fripouilles, que je vous hais par moments ! Je vous écraserais bien du bout de mon petit doigt, comme vous le faites sans vergogne avec les petites araignées et autres insectes en tous genres, ces si belles créatures que j'ai mis une semaine à façonner... Surpris hein ? Eh bien, oui, petit homme, tu n'es pas au sommet de la création.


Pauvres petites fripouilles. Je vais devoir vous anéantir (combien de fois encore ?) dans un grand déluge. Qui sera le Noé 2008 ? Il va falloir commencer les sélections... Voyons, combien de canonisés cette année ?


Mardi.

Maudit soit l'homme ! Dans quelle galère me suis-je mis le jour où, malheureux, j'ai soufflé sur l'argile d'où je tirai Adam !


Maudit soit l'homme, qui, non content d'être vil, se pare de gloire et s'arme de la connaissance. Tu me l'as volée, vermine.


Tu n'as pas été créé pour connaître, tes questions sont contraires à ta nature, et d'une impertinence... Enfin, répondons, jouons ton sale petit jeu. Cela te fera la peau. Tu auras l'air fin après ça mon « pigeon ».


1. Je l'avoue, ta vie est illogique. Tu l'as bien vu ; cela n'était pas prévu. Tu devais rester bête et ton bonheur, si naïf, m'aurait flatté. Tu grandis dans le sens parce que tu en as besoin pour te voiler la face, et qu'en toi-même, tu sais bien que ta vie est minable par ma faute.


2. Évidemment qu'il y a un âge à partir duquel l'homme en sait trop. Ta lettre en est la preuve même. L'Homme en sait trop à partir de huit ans. À ce moment-là, l'arbre de connaissance est trop grand en lui, il quitte le Paradis comme ses ancêtres Adam et Ève, me désobéit, me rejette et commet le mal.


3. Tu vois, j'ai bien réfléchi à ta demande. Je la trouve intolérable. Je vais donc créer un déluge pour cette inexpiable faute.


4. Et tu vois, j'existe bien, la lettre est sous tes yeux, tu la lis, et bientôt le déluge aura lieu, si tu veux une autre preuve. Là tu n'en croiras pas tes yeux mon petit.


Mercredi.

Mon bel Homme, j'ai fini de rédiger la réponse que tu attendais. Je sais que mes mots d'hier, et ceux de lundi te feront plaisir. C'est pour cela que je les ai écrits, mais sache qu'ils sont faux. Maintenant, voici ma vraie réponse. Elle n'est pas comme la première, elle ne peut être comprise par tous, je m'en excuse, mais vous n'êtes pas encore tous prêts (eh oui, je reste Dieu, même par lettre).


Ce n'est pas ma faute, comme dirait l'autre. D'ailleurs, j'en profite pour t'avertir : les lettres sont dangereuses, il avait bien raison, ce libertin. On y apprend trop de choses.


La tienne m'a fait beaucoup de peine. Mais la vérité du cœur est toujours salutaire, même pour moi qui n'en ai pas (de salut, mon cœur ; je suis né éternel et moteur de moi-même). Je te réponds donc.


Jeudi.

Non, ce ne serait pas grave si je n'existais pas. Mais ta lettre n'aurait pas existé non plus, et cela, par contre, aurait été bien dommage. C'est donc pour cela que j'existe : pour que tu m'inventes, me cherches en toi et ailles ton chemin après ta trouvaille. Et puis, si je n'existais pas, tu ne rirais pas, et moi non plus. Car l'humour n'est-il pas lié au tragique ? Et y aurait-il du tragique, si je n'étais pas là pour te le montrer ? La perfection et le sens que j'incarne, de miroir en miroir t'ont fait voir le rire, le tragique et l'absurde. C'est vous qui le dites, et au théâtre, en plus.


Ta vie est une marche vers la mort, pour éviter que ton orgueil ne te rende paresseux. Le jeune homme est le plus dangereux de tous, « il est comme un homme entre deux vins » dit un de vos poètes. Il a conscience de son pouvoir avant même de l'avoir exercé. Et ce mirage le fait mal avancer. D'ailleurs, les insolences les plus graves sont celles d'hommes en ton genre ; des Alcibiades qui se font plus vieux qu'ils ne sont, mais qui iront loin, et risquent toujours de bien finir.


Vendredi.

Mon fils se meurt...


Samedi.

Ce jeu se révèle intéressant. Je te remercie pour ta lettre. J'espère ne pas avoir trop bien répondu à tes questions, parce qu'elles n'en étaient pas. Bel Homme, tu as en toi des questions que tu préfères éclaircir seul. Pourquoi me les poser, si tu n'attends plus rien de moi, si ce n'est un petit réconfort ? Je blague, excuse-moi. Pose-moi autant de questions que tu veux. Les réponses sont toutes là, pour toi, c'est tout le problème, c'est devenu trop facile à tes yeux.


Cher Ami, je ne sais quelle apostrophe employer pour te ramener à moi. Comme un vieux à son miroir, tu viens et reviens sans voir la vérité, et tu refuses de te croire à mon image pour m'imaginer à la tienne... Alors tu me renverses et plus rien ne tourne rond. Enfin à ce que tu crois. Car moi je vais bien et je te suis, pas après pas.


Dimanche.

Repos. Bien à toi, Dieu.


PS : Les premiers seront derniers. Les derniers seront premiers. Ne l'oublie pas.


Ces mots m'ont été dictés par Dieu, depuis mon introduction, et jusqu'à la dernière ligne. Le Seigneur a accepté d'être présenté flemmard, imbécile, bête et méchant, je ne sais trop pourquoi. Pour l'art, peut-être, cet art dont les hommes se vantent. Pour l'humour. Le mystère reste entier ; mais voilà ce qu'il a voulu vous faire savoir.

Un Prophète.



Merci à Cyberalx (lire ici) et à Macada (lire là) pour leurs textes, qui m'ont inspiré celui-ci.


 
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   Cyberalx   
29/8/2008
Bon, j'ai décidément bien honte de la bafouille qui vous aura inspiré : Macada et toi.

Lorsque je vois le soin que vous avez mis dans vos "réponses" l'une et l'autre, force m'est de reconnaitre que si c'était à refaire, je m'y prendrais autrement.

Bravo en tout cas, le texte est particulièrement bien écrit, le vocabulaire est bien choisi (j'ai même fait la connaissance d'Alcibiade !), la forme et le fond sont harmonieux.

Je n'ai pas vraiment de critique si ce n'est que c'est drôle tout en étant un poil trop sérieux (critique bidon, oui).

   xuanvincent   
29/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Le thème d'une lettre de Dieu, adressée aux hommes (ou plutôt à un homme), m'a intéressée.

Cette lettre, sous forme curieusement de journal (durant le temps de la création biblique), m'a paru bien écrite et plutôt amusante.

Au passage, l'introduction m'a sur le coup un peu déconcertée. J'ai eu le sentiment de lire un résumé d'une histoire déjà écrite (cf. : "la lettre", alors que l'on n'a pas encore parlé de lettre).

Un clin d'oeil pour finir de l'auteur, prophète (inattendu) de Dieu !

PS : Un fil de récits s'est constitué, de cyberalx à Faige via Macada, ira-t-il encore plus loin ?

   Anonyme   
30/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonne inspiration, belle réponse... pleine d'intelligence et de cynisme.
Les mots chantent et le texte se laisse lire malgré... (langage très riche, tournures poétiques, ...) qui n'est pas ce que je préfère...
Et puis, il y a ma propre imagination qui me fait voir celui qui nous aurait créé à son image plus... je ne sais pas je cherche ...

Le texte est celà dit très joli et je vais finir par quelque chose que je dis rarement... j'ai pas trop aimé le texte, mais je dois concéder que c'est vachement bien écrit.

   Anonyme   
31/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Au début j'ai cru que c'était un épisode 2, à cause de l'intro en italique. Puis j'ai compris que c'était un seul texte et je l'ai lu.
Un peu compliqué, un peu absurde, et très bien écrit.
Bravo Faige.


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