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Policier/Noir/Thriller
Flupke : L'occasion fait le larron
 Publié le 31/12/10  -  12 commentaires  -  8446 caractères  -  132 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme sur le point de se suicider entre en possession d’une importante somme d’argent. Sa première idée est de distribuer cet argent aux plus démunis.


L'occasion fait le larron


Pour la vingtième fois, il s'entendit répondre « Non merci ! » Selon les statistiques, il devrait bientôt conclure une vente. Frappe à soixante portes, vingt-cinq s’ouvriront assez longtemps pour écouter ton boniment bien huilé, et sur ces vingt-cinq, une personne t’achètera une sérigraphie. La marge bénéficiaire est appréciable entre le prix d’achat et ton prix de vente, cela te dépannera, lui avait dit un ami d’ami. Cédric avait négocié l’acquisition d’une cinquantaine d’ « œuvres d'art » et depuis le début de la semaine, il en avait déjà revendu quatorze. Cela lui payait ses faux frais : cafés, cigarettes, sandwichs du midi. Ça lui évitait de broyer du noir et surtout, ça meublait ses journées, car il n’avait pas encore osé avouer à sa femme sa dernière folie.


Il avait quitté son job sur un coup de tête. Harcèlement moral de la part de sa supérieure immédiate. Une mégère au potentiel spirituel limité, frustrée par la vie ; une sorcière à la physionomie conçue pour la caricature, à l'image de sa personnalité. Cédric percevait son avenir barré par un quotidien terne, sans espoir, sans horizon. Basta. Il n'avait pas lésiné sur les décibels quand il avait éjaculé son ras-le-bol.


- Hé ! La pétasse, t'as été terminée à l'urine le jour de ta conception ou quoi ? Je sais bien que la moitié de la population possède un Q.I. inférieur à la moyenne, mais y a des limites tout de même !


Avec classe et panache, Cédric avait formalisé de manière irréversible la fin prématurée de sa période d'essai. Il aimait bien se jeter à l'eau en s'imposant des stratégies de non-retour afin d'affermir ses résolutions.


Surtout, ne rien dire à sa femme. Il imaginait sa belle-mère pérorer avec ces munitions providentielles : « Mais ma poulette, je te l’avais bien dit qu’il n’est pas stable ce garçon. Ça fait dix ans que je me tue à te le répéter ! »


Le temps gris, froid et déprimant constituait une bonne excuse pour traîner ses pieds avec une certaine lourdeur, de porte en porte. L'enthousiasme initial de Cédric s’émoussait. Les coups frappés sur les portes devenaient moins dynamiques, les coups de sonnette plus furtifs, presque timides. Il se rendait compte qu’il ne pourrait pas continuer ainsi. Comme beaucoup d’existentialistes flétris, il songeait au hara-kiri des samouraïs. Cette vie était contingente, une absurdité qui faisait souffrir. Alors, à quoi bon ? Cédric souhaitait tirer sa révérence avec un certain éclat. Tinter sa mort d’une touche esthétique, voire artistique. Différente du commun des mortels. Pourquoi mourir bêtement, alors que bien médiatisée, par exemple, une mort originale pourrait être utile aux autres ? Offrir ses organes, bien sûr, mais qui dit suicide dit autopsie. Expirer en direct à la télé après avoir jeté des tracts ? Non, trop pathétique ! Les possibilités semblaient immenses, mais la variété du choix paralysait sa créativité. Avant de se suicider, retirer de l’argent avec sa carte bancaire et le proposer à un jeune SDF dans la rue, pour lui donner une chance de refaire sa vie ? Pourquoi pas ? Faible niveau d’originalité, mais concret.


Cédric en était déjà à son quarantième « Non merci ! » quand il pénétra dans le hall d’une maison de maître. Derrière l’enfilade de boîtes aux lettres, il remarqua une porte ouverte, bloquée par une cale, conduisant vers des appartements. Il s’y engagea et s’apprêtait à monter l’escalier lorsqu’il entendit une détonation suivie d’une cavalcade. Un énergumène dévalait les marches à toute allure, trop vite, car il trébucha et fit une chute spectaculaire, laissant choir un sac transparent rempli de coupures de cinquante euros et un pistolet. Ce dernier atterrit aux pieds de Cédric. Il se baissa pour le ramasser et fit aussitôt le lien avec le coup de feu. Il posa ses sérigraphies par terre et songea à l’incongruité d’un sac en plastique aussi transparent pour y mettre des billets de banque. Plus discret que ça, tu meurs.


Du mauvais côté du canon, un voleur, un meurtrier, qui sait… Pourquoi ne pas débarrasser le monde de cette racaille ? Comme aux toilettes. Avant de partir, merci de laisser cet endroit aussi propre que vous l'avez trouvé en y arrivant. Oui ! Assainir la planète en éliminant une crapule. Prendre son butin, bien mal acquis, le distribuer aux mendiants de la ville et se brûler la cervelle ensuite. Stratégie de non-retour impeccable. Une belle mort pour un « Robin des Villes » improvisé. Mais le brigand voltigeur ne l'entendait pas ainsi. Il rampa vers son sac, l'attrapa et remit dedans quelques liasses échappées sur le carrelage. Cédric pointa l'arme vers le malfrat et lui ordonna :


- Donne-moi ton sac, racaille, j'en ferai un meilleur usage que toi !


Mais l'assassin appartenait à la sous-catégorie des têtus obtus. Il ramena le sac contre sa poitrine, visiblement peu enclin à partager sa proie. Il s'avança, insolent, provocateur.


- Ne bouge pas, vermine, je te dis.


Il bouscula Cédric et s'élança vers la sortie. Cédric pressa la détente à trois reprises. Le criminel reçut les balles dans le dos et s'écroula sur le ventre. Cédric s'approcha, retourna sa victime et s'empara de la poche en plastique maculée de sang. Il jeta le pistolet à l'intérieur parmi les billets, referma le sac en le torsadant et le fourra sous le pan de sa veste en cuir, l'y maintenant par sa main droite. De la gauche, il saisit le carton à dessin et s’en barra le torse afin de le protéger des regards indiscrets. Il sortit dans la rue et la foule anonyme l'avala.


Quelle aubaine ! Quelques balles devaient rester dans le pistolet. Elles lui permettraient de se libérer sans souffrance de cette existence ridicule. Et assez d'argent pour changer la destinée de quelques sans-abri. Certains de ses dons s’évanouiraient en alcool ou en drogue. Par contre, une petite liasse pourrait aider ceux qui ont vraiment la volonté de refaire surface. Ainsi, sa vie aurait enfin eu un sens, et il pourrait mourir tranquille.


Peut-être vaudrait-il mieux rentrer à la maison, nettoyer un peu les traces de sang sur le sac et sur les billets. Se changer, prendre une bonne douche et trépasser dans des habits propres et repassés.


Il se dirigea vers une bouche de métro et se dit qu'avant de tirer sa révérence il pourrait laisser une lettre d'adieu à sa femme, partie se faire couver quelques jours chez sa mère. Parfois leur couple subissait des avaries à cause de ce dragon possessif.


En attendant le métro, les intentions caritatives de Cédric s'érodèrent quelque peu. Certaines évidences retombèrent bien en place dans sa tête. Il commença par réaliser que sa dépression était en partie due à son marasme financier. L'argent ne fait pas le bonheur, mais peut-il soulager la morosité ? Hum, après tout, il n'avait rencontré personne dans l'immeuble. Tout s'était passé très vite, il ne se souvenait pas avoir laissé de trace. D'ailleurs n'avait-il pas songé à garder le carton contenant les sérigraphies ? En fait, plutôt qu'un suicide, rien ne l'empêcherait de tenter sa chance au soleil, avec un tel pactole. Quitte à dispenser ses oboles à des mendiants exotiques. Au moment où la rame de métro arrivait dans la station, il avait renoncé à ses pulsions autodestructrices et hésitait entre Malte et la Grèce.


Rentrer chez lui. Tout nettoyer. Prendre son passeport. Préparer son sac à dos. Peut-être, dissimuler une partie de son trésor de guerre dans un parc public en cas d’imprévu ou de besoin. Histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et de garder une poire pour la soif.


Ne pas écrire un mot à sa femme. Non ! Si elle veut se laisser manipuler par sa mère, c'est son problème. La faute lui incombe. Tant pis !


Dans l'ascenseur qui l'amenait au onzième étage de son immeuble, il réfléchissait à la portion du butin qu’il allait cacher. Peut-être des boîtes alimentaires étanches, pour préserver les coupures de l'humidité. Il introduisit la clé dans la serrure de la porte de son appartement, rentra, referma la porte, déplia le carton à dessin bien à plat afin de protéger le tapis, posa le sac dessus et actionna l'interrupteur du hall d'entrée. Au même moment, la lumière du salon attenant s'alluma. Sa femme, sa belle-mère et une dizaine d’amis entonnèrent le traditionnel « Happy Birthday to you ». Mais les voix du chœur se turent les unes après les autres. Et douze paires d’yeux écarquillés fixèrent l’indécent contenu du sac transparent taché de sang.


 
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   costic   
19/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé la description du cheminement de la pensée du héros. Le texte se lit facilement. J'aime moins la fin un peu classique avec la mauvaise surprise d'anniversaire. Un dénouement plus amoral aurait peut-être mieux convenu à l'état d'esprit de Cédric, qui ne se laisse pas longtemps paralyser par l'indécision.
Une vision opportuniste de la vie qui ne manque pas d’intérêt.

   jaimme   
27/12/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je n'aime pas du tout la fin et me fait penser à des blagues faciles que j'ai eu à entendre.
Le gars est présenté comme minable et il l'est réellement. La fin, malheureusement, va dans le même sens: celui de la punition du gars minable. C'est trop facile. Car autant l'anti-héros place le personnage dans le registre du réel, même son meurtre, son attrait de l'argent, des voyages, autant la fin déplace l'ensemble vers le facile, dommage, vraiment.

   Anonyme   
28/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Le début ne me semble pas très crédible et oscille entre humour et drame ...Décide-t-on de se suicider car on a perdu son travail et que l'on a une belle mère abusive ? Le ressenti du narrateur ne me semble pas suffisamment explicité pour m'y faire croire sérieusement. Et c'est dommage pour la suite du texte.
En humour, cela passe bien malgré tout comme cette phrase : "Comme beaucoup d’existentialistes flétris, il songeait au hara-kiri des samouraïs."
A partir de la scène d'action, je me sens embarquée dans l'histoire : "Il s’y engagea et s’apprêtait à monter l’escalier lorsqu’il entendit une détonation suivie d’une cavalcade..." La description de la scène entre le voleur et le narrateur est très bien menée.
Ensuite, j'ai apprécié le cheminement de l'auteur. Je trouve que c'est très bien vu : d'abord, il continue sur sa lancée...Puis, un changement de cap s'installe.
L'effet de surprise final est bien mené aussi...les deux dernières phrases sont presque de trop.
En résumé : un texte qui se lit aisément mais qui ne semble pas choisir son camp (drame ou humour) ou même son histoire : une idée de suicide pas crédible qui tourne au gag.
Dommage.

   Anonyme   
31/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Dommage que ce soit si court parce que le style est vraiment bien agréable. J'aime cette écriture sèche, les mots un peu trsh qui vont avec. Ambiance lame d'acier assurée.

"Il n'avait pas lésiné sur les décibels quand il avait éjaculé son ras-le-bol.




- Hé ! La pétasse, t'as été terminée à l'urine le jour de ta conception ou quoi ? Je sais bien que la moitié de la population possède un Q.I. inférieur à la moyenne, mais y a des limites tout de même !"

Plaisir de lecture mais texte trop court.

   misumena   
2/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour, Flupke,

Votre nouvelle me fait penser à un film des frères Cohen. Le minable qui croise un encore plus minable dans un monde de minable de bas Q.I. (si vous me permettez cette "private joke" induite par votre analyse statistique du Q.I. <100).

J'aime bien votre style et son humour cynique.
Mais je m'attendais au revirement psychologique de Cédric. Eh oui, la vie s'appréhende différemment avec un compte en banque ou un sac plastique bien garni.
La fin tombe comme un cheveu sur la soupe, c'est bien dommage ! J'ai relu le texte et n'y trouve pas trace de la mention de l'anniversaire de Cédric, qui aurait pu être annoncée (je pense même qu'elle aurait dû être annoncée). Je rejoins Bellaeva sur les deux dernières phrases : en peaufinant la description de l'arrivée de Cédric dans l'appartement, vous pouviez vous en passer et susciter chez le lecteur une "chute virtuelle" qui pouvait être intéressante.

Dernière remarque : teinter d'une touche. Tinter, c'est pour les cloches.

Misumena

   Anonyme   
2/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Flupke ! Mieux vaut tard que jamais, je viens de lire ta dernière nouvelle de 2010 et, même si c'est très loin d'être la meilleure, ça se lit avec plaisir...
En somme, c'est "l'histoire d'un mec" comme il y en a tant, ni pire ni meilleur que les autres, qui se trouve dans une situation... un peu tirée par les cheveux qui le transforme en assassin et voleur pour une poignée de dollars... La chute inattendue laisse entrevoir que Bien mal acquis... etc. ... et la morale est sauve, ouf !
Au plaisir de te lire... Amicalement ! Alex

   wancyrs   
4/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Même si la fin semble un peu cliché, elle est empreinte de grande leçon : on ne peut impunément violer la loi, et voler un voleur c'est quand même voler. Que lui arrivera-t-il ? évidement ce qui arrive à tout malfrat.

Le sujet est traité avec humour, comme d'ailleurs tous les textes du même auteur, et la fluidité du récit en bénéficie. Une fois de plus je me suis marré, merci

Wan

   jamesbebeart   
5/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Flupke,

Il est vrai que la vie est faite de contingences... J'ai apprécié le ton de ce récit, le style alerte, son humour même si les histoires "polarisantes" ne me passionnent guère. Cette nouvelle m'a fait penser à un court métrage, long travelling dans un monde de brutes... Et la fin, sans être originale, m'a bien fait sourire !

   emi   
5/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C'est alerte, un peu cynique, agréable à lire. Évidemment, il y a des coïncidences, l'oubli de l'anniversaire qui rend la fin banale.
N'y aurait-il pas une faute de frappe : tinter/teinter ?
Globalement, j'ai bien aimé.

   marogne   
9/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Allez, j'aurais préféré une fin plus amorale, le méchant (car c'en est un quand même) qui se fait punir.... bof

J'ai été un peu déçu par ce dernier opus de l'auteur. Le début, même si on retrouve quelques traits très plaisants du style de l'auteur, semble trop improbable pour que l'on adhère. Le revirement des intentions en devient lui aussi trop prévisible, et la fin ... et bien il en fallait une.

Bon, j'espère que je serai dans un état d'esprit plus récepteur la prochaine fois.


A bientôt.

   alvinabec   
28/1/2011
On démarre très bien, c'est drôle, le texte se lit d'un trait et puis la chute est bien plate pour un personnage si animé et si malin. A retravailler donc. Une inattention ss doute, deux vers blancs. Au plaisir de vous lire...

   carbona   
11/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

De bonnes choses et de moins bonnes mais une lecture agréable dans son ensemble que je termine avec le sourire. J'aime beaucoup la chute, elle est parfaite pour moi.

Les plus : la vie morose - l'évènement dans la maison de maître - l'envie d'évasion - le rôle clé de la belle-mère assez subtilement mené - la chute

Les moins : le caractère suicidaire du personnage qui arrive de manière très brutale au début du récit, on n'y croit pas une seconde - ce caractère qui persiste après la dose d'adrénaline qu'il vient de se prendre, on n'y croit encore moins avec en plus l'envie persistante elle aussi d'aider les sans-abris, pareil on n'y croit pas- la brutalité du revirement avec le projet d'exil, ça va trop vite

Quelques remarques :

- les vulgarités "Hé ! La pétasse, t'as été terminée à l'urine le jour de ta conception ou quoi ?" et " Pourquoi ne pas débarrasser le monde de cette racaille ? Comme aux toilettes. Avant de partir, merci de laisser cet endroit aussi propre que vous l'avez trouvé en y arrivant. Oui ! Assainir la planète en éliminant une crapule. " dénotent et gâchent l'écriture

- "Frappe à soixante portes, vingt-cinq s’ouvriront assez longtemps pour écouter ton boniment bien huilé, et sur ces vingt-cinq, une personne t’achètera une sérigraphie. La marge bénéficiaire est appréciable entre le prix d’achat et ton prix de vente, cela te dépannera, lui avait dit un ami d’ami." < des guillemets auraient sans doute rendu ce passage plus fluide


Merci pour votre texte.


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