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Fantastique/Merveilleux
fugace : La petite fille d'ailleurs…
 Publié le 21/06/13  -  8 commentaires  -  6364 caractères  -  110 lectures    Autres textes du même auteur

Les enfants sont nos plus grands enseignants.


La petite fille d'ailleurs…


Plusieurs fois je l’avais déjà aperçue, juste entrevue : un portail entrebâillé sur une courette dont le jardin avait repris toutes les libertés de la nature ; et dans ce petit interstice, juste deux yeux noirs, profonds, pleins d’éclat.


Maintenant je passe tous les jours devant le portail, l’espérant entr’ouvert, avec ces deux yeux noirs.


Que cette enfant est attirante !

Elle ne ressemble pourtant en rien à ces jolies poupées bien habillées, maniérées comme de vraies femmes, avec déjà un air enjôleur.

Non, celle-là, c’est autre chose.


– Bonjour monsieur !


Pas possible, ma sauvageonne me parle !


– Bonjour jolie petite fille ! Comment t’appelles-tu ?

– Ça dépend !

À l’école la maîtresse et les autres m’appellent Marion. Mais, chez nous, chacun m’a donné un autre nom : papa m’appelle Espoir, maman m’appelle Fruit.

Et toi, tes enfants, comment tu les appelles ?

– Moi, tu sais, je n’ai ni petite fille, ni petit garçon, alors je ne peux pas les appeler ! Mais avant que je ne sois un vieux monsieur, il y a longtemps, j’aurais bien aimé avoir un petit enfant !

– Alors, tu as un chien, un chat, un oiseau, un poisson, quelque chose enfin ?

– Eh non, je n’ai rien de tout cela. Je n’ai que les enfants des autres qui veulent bien me faire un sourire en passant, ou me parler un peu, comme toi.

– Tu veux que je te raconte une histoire pour te parler ?

– Raconte-moi !


Un jour, dans un autre pays, ailleurs, il y avait un monsieur comme toi qui n’avait pas de petite fille, pas de petit garçon.

Alors il est parti à la rencontre du soleil, car on lui avait dit qu’au pays où le soleil se lève il y avait beaucoup de petits enfants qui n’avaient pas de papa.

Il a marché un jour, deux jours ; le troisième il a rencontré sur le chemin un petit garçon assis qui semblait tout triste.

« Pourquoi restes-tu seul ici mon petit ? Tu devrais aller jouer avec tes amis ! »

« Oh non monsieur, ici je suis bien ! Je vois de beaux nuages : regarde, celui-ci qui ressemble à une tête de chien ; cet autre, on dirait un arbre ; celui-là, là-bas, qui essaie de rattraper le vent, on dirait la crinière d’un cheval ! »

« Mais que fais-tu les jours où il n’y a pas de nuages ? »

« Il reste le ciel, et je pense à la mer. »


Se disant qu’il n’avait pas sa place dans le monde merveilleux de ce petit, le bonhomme a repris son chemin.

Après une longue route, il est arrivé devant un large fleuve qu’il fallait traverser.

Comme la nuit allait tomber, il s’est dit, je le franchirai demain, ce soir je vais dormir auprès du petit bois que je vois tout près.

À son réveil, trois enfants le regardaient.


« Pourquoi tu n’es pas venu chez nous au lieu de dormir sous les arbres ? On est juste à côté ! Chez nous, il y a toujours une couverture, un peu de soupe chaude pour ceux qui n’ont rien. Si on a trop froid, les grands font un feu immense et tout le monde danse. »

« Mais les enfants, ici on est loin de tout village, où sont vos parents ? Ils vont s’inquiéter de vous savoir sortis si tôt ! »

« Nous, nos parents sont pas inquiets. D’abord, on n’habite pas un village : chez nous c’est partout puisqu’on est les enfants du vent. C’est le vent qui donne à notre peau cette couleur pain d’épice, c’est lui qui nous pousse dès qu’il sent que des racines pointent à nos pieds, c’est lui aussi qui nous a appris à chanter.

Tu vois, monsieur, le vent il est libre, il est partout, il est chaud, il est froid, il sait tout, il ne dit rien. Et nous, on est comme lui depuis toujours. Comme lui, on s’arrête, on se repose et on repart. »

« Mais où repartez-vous ? »

« Qu’importe ! Plus loin ! Ailleurs ! »


Ceux-là avaient donc des parents, ce n’étaient pas les bons !

Et comment parvenir à fixer leur amour ? Comment attacher le vent ?


Après avoir traversé le fleuve et marché encore, le bonhomme a rencontré la neige, le froid.

Sur un lac gelé, couvert de glace épaisse, beaucoup d’enfants jouaient en criant, se poursuivaient, glissaient, roulaient de grosses boules de neige pour en faire des igloos, des châteaux, des personnages.


« Vous devez avoir froid les petits ! »

« Non, pourquoi ?

Ici, la neige, la glace, c’est toute l’année ! Tout ce blanc, c’est beau, c’est clair !

Le froid aussi on l’aime : c’est lui qui nous endurcit. Dans le blanc et le froid nos vêtements colorés ressortent mieux. Personne ne s’est jamais perdu dans notre plaine.

Nous, on est les enfants de la neige et de la glace : comme elles on est clairs de peau, de cheveux ; nos yeux pâles réfléchissent leur clarté. Comme elles on est tranquilles et transparents dans nos cœurs. Sur nous tous les tumultes peuvent s’abattre, tous les bruits viennent s’éteindre ; avec le temps on reste comme avant. »


Le froid était vraiment trop vif, il ne pouvait rester dans cette plaine !

Après encore quelques mois, le bonhomme a enfin trouvé le pays qu’il cherchait : de jolies vallées, de grands arbres, un climat doux.

Mais les villes étaient détruites et des enfants il y en avait vraiment beaucoup.

Tous ces beaux enfants à la peau couleur de miel étaient farouches et s’enfuyaient à la première approche : lointains comme les nuages, insaisissables comme le vent, cassants comme la glace…

Trop d’enfants, aucun qui se laisse aborder. Pourquoi ces fuites ?

Un soir, au pied d’une maison presque entièrement effondrée, un très vieil homme lui a expliqué :

« Les enfants nous ont vus leur apporter la guerre, la violence, la haine, la destruction. Ils ne veulent plus grandir pour devenir des hommes et des femmes.

Vous ne pourrez pas en apprivoiser un seul ; ils ont refait leur monde à eux et nous en ont chassés.

Il n’y a ici que des enfants sans parents, ce sont eux qui ne veulent plus des parents que nous sommes.

Les enfants d’ici ne sont qu’à eux-mêmes ! »


Alors le bonhomme est reparti à nouveau.

Nul n’a jamais su où il était allé, ni s’il avait trouvé son enfant.


– Tu vois, monsieur, je trouve qu’il te ressemble un peu ce bonhomme : toi aussi tu cherches un enfant.

Mais regarde un peu mieux au fond de toi : l’enfant n’y est-il pas ?

Il y a combien de temps que tu n’as plus regardé les nuages, écouté le vent, rêvé de la mer, de la neige ?

Si tu reviens demain, je te raconterai l’histoire d’Espoir, et peut-être plus tard celle de Fruit.

Je te dirai ce que les enfants ont de plus que ceux qui ont grandi.


 
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   Acratopege   
11/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Histoire ambigüe, entre le conte pour enfant et le conte moral pour adultes. Le style lyrique et léger contraste avec le sérieux du propos. Comment de pas penser au "Petit prince" en lisant votre récit: la sagesse dans la bouche des enfants... Et le ton mélancolique du récit m'a touché. Tout est en demi-teintes, avec des sentiments subtils pour nous faire vivre cette quête de l'enfant que nous avons oublié en nous. J'ai trouvé le propos un peu naïf et enfantin, mais au fond il le fallait puisque c'est justement le sens du récit, si j'ai bien compris, de nous faire retrouver "ce que les enfants ont de plus que ceux qui ont grandi."

   leni   
21/6/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Fugace
C'est subtil et profond Dans trois situations évoquées on se laisse emporter par un propos simple sur un ton de confidence enfantine
Chez nous c'est partout on est les enfants du vent Notre peau est couleur pain d' épices Là j'ai pensé aux gitans :les fils du vent Nous nous sommes les enfants de la neige Clairs de peau clair de cheveux Yeux sans doute bleus J'ai pensé aux enfants du Nord Nous nous somme les enfants des villes détruites J'ai pensé:ils peuvent être de beaucoup d'endroits.... Ceux-là n'ont pas grandi avec les hommes Ils ne sont qu'à eux-mêmes Ces trois groupes rêvent à leur façon Le dernier groupe amène la conclusion:"Je te dirai ce que les enfants ont de plus que ceux qui ont grandi"J'ai beaucoup aimé ce texte qui coule de source Superbe! Merci à toi Fugace Salut cordial leni

   Pepito   
21/6/2013
Forme: quelques petites choses m'ont gêné au début : plusieurs fois/déjà - portail/yeux noirs - ... puis, comme c'est l'enfant qui parle, çà passe.

Fond: la phrase "Que cette enfant est attirante !" m'a fait peur, puis non. Ce n'était pas le propos.

Pour la suite, le conte ne m'a pas pas du tout donné envie de redevenir un enfant. Les différents contacts sont peu chaleureux et ne transmettent en rien la joie enfantine que l'on s’attendrait à ressentir. En fait le texte est très mélancolique, je ne sais pas si c'était le but.

Pas désagréable à lire en tous cas.

Pepito

   Anonyme   
21/6/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Fugace,

Vous nous prévenez d'entrée, que dans ce conte pour enfants, ce sont eux qui vont nous faire la morale. J'ai donc adopté ce parti-pris "profil bas" en attendant de me faire remonter les bretelles par une bande de philosophes en culottes courtes. Dommage que la leçon de vie soit trop courte pour sortir quelquefois d'un énoncé un peu trop synthétique :

- « Les enfants nous ont vus leur apporter la guerre, la violence, la haine, la destruction. Ils ne veulent
plus grandir pour devenir des hommes et des femmes.
Vous ne pourrez pas en apprivoiser un seul ; ils ont refait leur monde à eux et nous en ont chassés.»

C'est que j'aime votre narration à travers la bouche des enfants, et que j'aurais bien passé plus de temps avec eux.

- « Si tu reviens demain, je te raconterai l’histoire d’Espoir, et peut-être plus tard celle de Fruit.
Je te dirai ce que les enfants ont de plus que ceux qui ont grandi.»

La morale de votre histoire est probablement aussi intéressante que celle de Paulo Coelho dans " L'Alchimiste " , et il n'y a pas de raison que vous ne preniez pas votre temps comme lui, pour nous raconter Espoir et Fruit. Je crois qu'en littérature, raconter est plus important qu'expliquer.
J'ai pensé aussi un peu au roman de Philippe Claudel "La petite fille de Monsieur Linh" .

En tout cas je veux bien revenir demain pour écouter la suite.

Cordialement
Ludi

   brabant   
23/6/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Fugace,


C'est une belle histoire à valeur de parabole, elle m'a fait penser à la guerre que se livrent les "Grands" de ce monde par Syrie et pays des Tiers et Quart Mondes interposés et aux orphelins victimes de ces luttes d'influence. Il serait bon effectivement que les dirigeants des grandes puissances retrouvent l'enfant qui est en eux.

Mais croyez-vous qu'ils l'aient perdu ? Voyez le monstre terrassé Hitler qui continuait à peindre Atchoum et Simplet alors qu'ils exterminait un peuple, des peuples et des communautés !

Ah !

Qu'avez-vous à répondre à cela ?

L'Adolf continuait à vivre sous l'Antéchrist.

Ah !


Je n'oublie pas l'angélisme du récit mais je salue sa valeur morale :) La thèse qui conclut unilatéralement à la condamnation de l'adulte que nous allons devenir est cependant à débattre... N'est-ce pas une adulte qui a écrit cette édifiante histoire ?

:)))

   AhmedElMarsao   
29/6/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe et édifiant ce "conte pour... adultes''. D'une simplicité et d'une profondeur désarmantes.
Toutefois je trouve que le titre ne colle pas complètement avec le fond du texte. C'est mon avis en tout cas.

   in-flight   
26/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Un joli petit conte sur le clivage enfant / adulte.

"Les enfants nous ont vus leur apporter la guerre, la violence, la haine, la destruction. Ils ne veulent plus grandir pour devenir des hommes et des femmes." --> cette phrase résume bien l'intention du texte: la fuite des enfants devant la folie des adultes.

Sur le fond, j'ai pensé à Coelho ou ST éxupéry effectivement. Sur la forme, je trouve tout cela un peu "guimauvounet" mais on est prévenu dès le début donc pas de surprises. Je crois que Le Clézio disait que l'adulte passe son temps - à travers divers stratégies - à vouloir reconquérir le monde perdu de l’enfance.

   Anonyme   
1/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Déposant mes désillusions au pied pour quelques minutes de bonheur à lire, je me suis laissée bercer par ce plaidoyer écrit tout en douceur sur les bienfaits de ne jamais oublier l’enfant que l’on a été, celui qui sommeille au fond de nous et auquel il faudrait toujours porter grand soin.

J’attends impatiemment de découvrir l’histoire de l’Espoir, celle du Fruit et toutes celles que vous écrirez dans cette veine.

Merci, Fugace, pour la fraîcheur revigorante du moment passé à vous lire


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