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GLOEL : L’agonie de Jengi
 Publié le 17/08/26  -  5 commentaires  -  7933 caractères  -  51 lectures    Autres textes du même auteur

Sous la voûte des bois où s'élève le chant,
Chaque homme apprend du mystère à naître vivant.


L’agonie de Jengi


Jengi est né il y a bien longtemps, lorsque le souffle originel du monde glissa sur la Terre pour l’éveiller.


Il grandit au rythme de la forêt, s’élevant avec les arbres, épousant leurs racines profondes comme leurs cimes immenses. Il puisait dans leur sève sa force première et leur insufflait, en retour, le souffle de vie.


Peu à peu, il devint l’âme invisible de la grande forêt, né du mystère de la vie qui germe, de la sève dans les troncs, de l’humus où la mort nourrit la renaissance.

Premier-né de ce monde végétal, il renaissait pourtant sans cesse en lui et en chacun de ses habitants. L’immensité de cette cathédrale verte se suffisait à elle-même, au point d’effacer le reste de la Terre, comme s’il n’était nul besoin d’autre chose pour exister.


Mais Jengi est invisible. Il est mystère, tantôt mémoire primitive de la forêt originelle, enfouie dans les veines du monde, sans visage et sans limite ; tantôt apparition fragile, forme perceptible mais toujours éphémère, que seule la vibration du Yelli peut éveiller et rendre sensible.


Jengi, c’est l’équilibre de la forêt… Ainsi, il ne change pas. C’est le regard chanté du monde qui le fait advenir.


Lorsque les premiers Aka pénétrèrent sous l’épaisse voûte, ils n’étaient pas seuls. Jengi était déjà là, tapi dans l’ombre protectrice de la canopée, immobile et souverain, observant en silence les nouveaux venus depuis les profondeurs des âges.


Comme à son habitude depuis des mois, Kondole s’était assis dès l’aube au seuil de sa hutte de feuilles, immobile dans la poussière rouge de la lisière. Devant lui, la piste de latérite s’étirait à l’infini, balafrant de part et d’autre le cœur verdoyant de cette terre, comme une longue estafilade de terre stérile, avant de s’enfoncer dans l’obscurité.


Bientôt, les phares et les grondements des grumiers trancheraient la nuit restante.


Aujourd’hui, tout avait changé. Les routes des forestiers les avaient peu à peu encerclés, coupant leurs chemins ancestraux, leurs territoires de chasse, détruisant leurs arbres à miel et leurs zones de cueillette. Il écoutait le chant, à la fois singulier et familier, de la forêt, à laquelle il n’aimait pas tourner le dos.


Jengi était-il encore là ?


À l’aube, la forêt ne se réveille pas d’un seul coup.


Elle hésite.

Puis elle s’étire.

Comme une bête primordiale.

D’abord, presque rien.


Ses sons montent purs et aériens, par strates, comme une respiration séculaire. D’abord un quasi-silence – murmuré, habité. La forêt exhale ses premiers souffles : froissements de feuilles, craquements de bois, chutes lentes de rosée. Puis les oiseaux ouvrent la brèche du jour. Sous les variations de température, les troncs travaillent dans une lente tension invisible.


Viennent ensuite les premiers chants hésitants des oiseaux matinaux : un appel isolé, comme une interrogation, avant que la forêt entière n’y réponde. Des trilles courts, des sifflements clairs et stridents, parfois au loin le cri plus rauque, dégorgé, d’un animal pour déchirer la nuit.


Les Aka connaissaient chaque chant, chaque oiseau. Sans la forêt de Jengi, les hommes ne deviennent pas hommes. Kondole savait que nombre d’entre eux ne répondaient déjà plus à l’appel de l’aube, ni à celui de l’esprit.


Dans les sous-bois, les mouvements restent discrets : le bruissement des petits animaux dans les feuilles mortes, une branche qui cède sous un pas invisible, le glissement furtif de quelque chose qui disparaît aussitôt. La rosée se détache des feuilles épaisses en gouttes lentes, parfois amplifiées comme une pluie suspendue. Plus profondément encore, affleure le souffle continu de cet univers végétal : insectes, vibrations, bourdonnement fragile, fond organique d’une présence immense.


Une rumeur circule dans le corps de Jengi lui-même, se propageant d’arbre en arbre comme une mémoire vivante. Les sons se répondent dans cette cathédrale de verdure, jusqu’à ne plus former qu’un seul battement sourd.


Kondole souriait de ses dents ciselées et pointues. Le sourire et le rire étaient peut-être les choses les plus précieuses que lui avait offertes la générosité de l’esprit.


Soudain, il entendit au loin la voix de sa femme, partie avec les autres chercher des champignons. Elle chantait le Yelli, les chants du Jengi – elles « accouchent » de l’esprit. Elles seules savent éveiller les forces profondes du monde par la pureté et la complexité de leurs polyphonies.


Au commencement, sa voix s’éleva seule dans la forêt, puissante et limpide. Chaque intonation semblait naître de la précédente et appeler la suivante, donnant au chant sa direction secrète. Puis d’autres voix lui répondirent, surgissant des replis du sous-bois. Elles ne couvraient pas la première : elles la prolongeaient, la tissaient dans une résonance continue. Les yodels s’entrelacèrent avec une précision vertigineuse ; chaque inflexion répondait à une autre, jusqu’à former une matière sonore unique et lancinante, comme si la forêt elle-même tricotait une toile de vibrations.


Dans cet univers invisible, le monde respirait autrement. Plus personne ne marchait seul sous les arbres. La forêt s’ouvrait autour des femmes comme une fleur matinale.


Parfois, il semble naître du chant. Parfois, le chant semble le suivre. Rien ne précède rien.


Sans le Yelli, il disparaît.

Ou peut-être ne disparaît-il pas.

On ne sait pas.


Enfoui dans le feuillage, il est peut-être inexistant. Il est le chant de l’aurore et de la chasse, il accompagne les départs vers la forêt profonde. Il attire le gibier, ouvre les chemins invisibles et relie les vivants à ce qui les dépasse. Il ne s’adresse pas à la forêt : il la pénètre et la traverse.


Kondole ressentit au plus profond de lui le souffle hypnotique de cette aube célébrée. Il se sentait des leurs.


C’est alors que le sol mentit…

Ce ne fut d’abord qu’une basse continue, un parasite mécanique glissé sous les yodels des femmes. Une vibration sourde remonta de la piste de latérite et traversa les pieds nus de Kondole, lui contractant l’estomac.


Les insectes se turent.

Un oiseau cria une seule fois.

Puis plus rien.


Le battement de la forêt venait de trébucher. La lumière naissante fut fendue par une lueur lointaine. Deux yeux jaunes surgirent du virage. Les phares du grumier balayèrent la lisière et la réduisirent à une succession d’ombres sans profondeur.


Le premier camion passa.

La poussière monta. Rouge. Épaisse.

Elle retomba sur Kondole, lui couvrant le visage.

La forêt disparut un instant derrière elle.


Le grondement s’éloigna, collé à la terre, laissant un vide sans souffle. Le moteur avait tout pris. Il n’y avait plus de forêt, seulement le fracas. Il couvrit les chants, puis les odeurs.

Derrière la cabine, les troncs étaient empilés, sanglés, encore humides de sève. Des sapellis centenaires défilaient, leurs plaies d’abattage encore ouvertes.


Au loin, le chant des femmes ne s’interrompit pas immédiatement. Mais Kondole sentit sa structure se défaire. Une voix, puis une autre, puis un intervalle perdu.


Le chant se fissura.

Puis il tomba.

Il se sentit soudain seul.


L’esprit de la forêt ne montait plus dans les arbres. Le monde restait intact en apparence, mais vidé de son regard. Pour la première fois, la forêt ne se reconnaissait plus.


Entre les troncs, dans les replis du chant survivant, une forme s’esquissa – non pas née, mais convoquée. Un corps sans visage, drapé de fibres de raphia fraîches, ondulant au rythme d’un Yelli devenu fragile.


Et pourtant, il avançait parmi les arbres, comme si la mémoire du chant refusait de disparaître.


Kondole ne bougeait pas.

Il posa la main sur la terre.

Elle vibrait encore.

Il écoutait.

Mais le chant ne répondait plus.


Quelque chose en lui doutait désormais du mythe qui le tenait debout. Ou était-ce encore Jengi ? Ou le dernier écho d’un monde arraché et dissous dans la poussière rouge ?


 
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   Marite   
18/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
L'écriture expressive et précise de ce récit nous aide à visualiser l'éveil de la forêt au petit matin. C'est une pure merveille, un enchantement qui pourrait même créer en nous le besoin d'y assister dans le réel.
Jengi, " l’âme invisible de la grande forêt, né du mystère de la vie qui germe, de la sève dans les troncs, de l’humus où la mort nourrit la renaissance" est présent partout.
Pour recevoir et absorber toute cette richesse il suffit de se mettre en "pause" et de nous identifier à Kondole, pygmée AKA.

Ce texte étant présenté dans la catégorie "Réflexion/Dissertation" j'ai naturellement pris le temps de réfléchir ...

Dans une modernité excessive nous entraînant malgré nous dans un délire de supériorité par rapport à la plupart des autres peuples du Monde, savons-nous encore utiliser nos capacités de perception à bon escient ? Sommes-nous encore capables de ressentir l'équilibre et l'harmonie indispensables à toute vie et que la Nature nous offre spontanément ?

Peut-être devrions mettre un frein à nos délires technologiques réduisant trop souvent l'espace où "l'esprit de Jengi" peut se maintenir et passer à la postérité ? C'est peut-être le gage essentiel de notre survie sur la planète.

La violence de la déforestation à outrance est évoquée sans équivoque dans le récit par les vibrations et le grondement des grumiers qui traversent la forêt.
" Le moteur avait tout pris. Il n’y avait plus de forêt, seulement le fracas."
Les chants des femmes s'éteignent peu à peu, toutes les vies sont suspendues, seule la terre conserve le minimum vital mais c'est "l'agonie de Jengi" ...

Merci à GLOEL pour cette ouverture sur les Aka et je n'ai pu résister à la recherche des chants polyphoniques spécifiques à ce peuple. Les quelques enregistrements trouvés m'ont un peu déçue car, coupés de leur milieu originel, ils ne transmettent pas la pleine mesure de leur contenu.
D'ailleurs un effort est nécessaire pour les laisser nous atteindre et cela m'a rappelé celui que j'ai fait, lorsque j'étudiais une langue locale du Cameroun. Ecouter et m'habituer à l'harmonie musicale des chants dans cette langue a considérablement facilité ma compréhension de l'esprit ou disons plutôt de l'âme des personnes que je côtoyais au quotidien.

   Louis   
21/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Le texte commence par le récit d’un mythe, et comme dans tout récit mythique ( au son sens fort, anthropologique et ethnologique du "mythe") il remonte aux origines, non pas ici à l’origine d’une réalité particulière, mais à celle du monde et de la vie. Il pourrait sembler qu’il ne soit pourtant que le récit de la genèse de la forêt, mais pour le peuple pygmée Aka qui a forgé ce mythe, le monde et la forêt se confondent : « L’immensité de cette cathédrale verte se suffisait à elle-même, au point d’effacer le reste de la Terre, comme s’il n’était nul besoin d’autre chose pour exister »

Comme dans toute histoire mythique, interviennent un ou plusieurs personnages surnaturels.
La nouvelle met en présence un seul personnage de ce genre : Jengi.

Il n’est pas éternel, mais « est né il y a bien longtemps », dans le temps même de la manifestation d’un « souffle originel du monde », qui a sur la Terre insufflé toute vie.

Jengi est dans le monde l’émanation du souffle cosmique primordial, et transmet le « souffle de vie » à la forêt en symbiose avec les arbres.

Ainsi, « Il devint l’âme invisible de la grande forêt »

Il n’est pas pourtant transcendant, mais immanent à la forêt-monde, partout présent en chaque être : « Premier-né de ce monde végétal, il renaissait pourtant sans cesse en lui et en chacun de ses habitants »
Il n’est ni séparé du monde, ni un "pur esprit". Il fait "corps" avec la forêt.

S’il est présent en chacun des êtres du monde, dans la vie matérielle de chacun, il l’est aussi, invisible, dans le rapport entre les êtres, dans la relation entre tous et chacun, « il est l’équilibre de la forêt ».

Invariable par essence, inapparent, il peut se manifester pourtant de façon sensible et singulière lors d’un chant des humains, le « yelli » : « apparition fragile, forme perceptible, mais toujours éphémère, que seule la vibration du Yelli peut éveiller et rendre sensible.»

Jengi est le gardien de la forêt, la puissance qui la sauvegarde, et en assure, par l’équilibre instauré, la perpétuité

Pourtant, dans un formidable changement, la forêt-monde subit des outrages, on abat les arbres que transportent les « grumiers », on trace « des pistes de latérite », transperce la forêt, l’entaille, la balafre, et on réduit terriblement l’espace vital des Aka : « coupant leurs chemins ancestraux, leurs territoires de chasse, détruisant leurs arbres à miel et leurs zones de cueillette. »

Qui est à l’origine de ce saccage ?
Aucun humain étranger n’est nommé. Aucun conflit avec d’autres humains n’est indiqué. La destruction est le fait de monstres mécaniques, des camions, des grumiers.
Comment des « hommes » véritables pourraient-ils détruire avec tant d’hostilité, si peu d’égards, ce qui les rend humains ?
La destruction de la forêt, en effet, ne compromet pas seulement les conditions de vie des Aka, mais leur humanité-même, et toute humanité : « Sans la forêt de Jengi, les hommes ne deviennent pas hommes »

Un personnage du peuple Aka, Kondole, s’interroge : « Jengi était-il encore là ? »
Comment, s’il était encore présent, pourrait-il en effet laisser saccager le monde de la forêt ?

Les a-t-il abandonnés, lui et son peuple ; a-t-il renoncé à ses fonctions protectrices ?
Un occidental y entendrait l’écho de ce soupir du chrétien : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Kondole entend le chant du yelli entonné par les femmes, ce chant qui « accouche de l’esprit », ce chant en appel à Jengi, le chant en mesure d’éveiller « les forces profondes du monde ».

Mais à ce chant répondent, par leur présence dévastatrice, les monstrueux grumiers.
Au lieu de l’apparition de Jengi, les engins mécaniques font disparaître la forêt, « la poussière monta. Rouge. Épaisse. / La forêt disparut un instant derrière elle », et anticipent pour un bref instant, son devenir fatal et définitif.

Kondole croit apercevoir pourtant une « forme » entre les arbres, un corps « drapé de fibres de raphia fraîches », à la façon dont Jengi se trouve représenté dans les rituels traditionnels des Aka. Mais c’est un corps mutilé, « sans visage ». Un corps méconnaissable, faible, fragile. Une forme fuyante.
Kondole n’y reconnaît pas, n'y reconnaît plus l’être tout-puissant, protecteur de la forêt et de ses habitants.
Il en vient à douter de ses croyances, de tout ce à quoi il croyait, et le "tenait debout". Son monde s'effondre, avec sa culture, ses traditions, son mythe fondateur.
Sous les assauts des monstres mécaniques et de l’avidité d’hommes étrangers, Dieu-Jengi se meurt, agonisant.


Ce texte a pour intérêt de montrer la déforestation du point de vue vécu par un peuple pygmée qui habite la forêt africaine équatoriale depuis très longtemps. Il montre que la déforestation n’a pas seulement des conséquences "écologiques", mais aussi culturelles en ce qu’elle signifie la mort de tout un peuple, la disparition de toute une civilisation originale, qui ne se pense pas séparée du monde naturel, mais unie étroitement à lui, et ne considère pas les choses de la nature d’une point de vue purement instrumental ; il rappelle implicitement la leçon de Lévi-Strauss et d’autres selon laquelle il n’y a ni « sauvages » ni « non-civilisés », et que « le barbare est celui qui croit à la barbarie ». ( Lévi-Strauss)
Les « barbares » en un sens, les êtres inhumains, sont bien ceux qui saccagent le monde des forêts, les maîtres des « grumiers ».

Merci Gloel

   moschen   
25/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Forme

Parfois il semble naître du chant. Ici j'avoue avoir hésité dans la transition pour imaginer qui pouvait être ce “il”. L'utilisation du mot “parfois” qui sous tend une répétition me semble en contradiction avec le mot “naître” qui exprime une unicité, sauf si.

“Rien ne précède rien” je n'ai pas saisi le sens de cette phrase. Est-ce une réflexion sur le rapport entre une cause et ses effets ? Encore faut-il définir le rien. Si l'ordre chronologique des événements disparaît, l'ordre n'existe plus, c'est donc que le temps ne s'étire plus.

Il me semble qu'il y a quelques interrogations / négations qui auraient pu être évitées, genre “il disparaît,.. ou peut-être pas”, il est peut-être inexistant. Je veux dire que certains lecteurs pourraient être déstabilisés par ces contre pieds.

Fond

Voilà un texte “fort” dont le sujet central est une perte de repères. La forêt, ses arbres qui semblaient être protégés par un esprit éternel. Que nenni, il s'avère qu'elle n'a pas été sanctuarisée. Elle finira pillée sans considération pour ceux qui la respectaient, ceux qui prélevaient uniquement le strict nécessaire sans aucun but lucratif.

Partout où s'impose la prédominance d'un profit avec une vision à court terme, l'argent et le travail offert à quelques-uns prennent le pas sur la préservation d'un fragile équilibre. Ceux qui se pensaient à l'abri seront spoliés. Un titre de propriété ne suffira pas.

L'exploitation de la richesse ne s'encombre pas de la vision poétique d'un monde présumé immuable.

En Amazonie, on creuse le sol, pour extraire du métal précieux. Les produits chimiques utilisés corrompent les sols dans la durée. Des exploitations minières ont été menées dans certaines vallées françaises qu'il faut fuir aujourd'hui à tout prix. Au Canada, la fracturation qui permet d'extraire le pétrole, pollue les nappes et décime les troupeaux.

Tout à fait en haut de l'échelle, c'est un politique élu qui a donné son aval. Après moi le déluge… si nécessaire, il aura obtenu un blanc-seing de quelques scientifiques intéressés.

Demain, le tour des terres arctiques viendra. La course est déjà lancée. Ces terres supposées protégées par un climat inhospitalier, le climat comme une forme de génie protecteur qui ne préserve rien.
Il reste la mer qui couvre les sept dixièmes de la surface du globe. Ici ou là, dame nature se rappelle à notre bon souvenir. Elle prélève son dû.

Les références culturelles, la dimension temporelle presque éternelle, toute la force poétique finit par retomber quand les troncs se couchent.

Le chant, pas nécessairement sorti d'une bouche humaine, donc n'importe quel son mélodieux produit par la nature, est placé au sommet d'une hiérarchie dont découle toute autre création.

J'ai regretté une chute en forme d'interrogations, questionnement d’un seul individu, à charge pour le lecteur d'approfondir une réflexion…

   Cyrill   
28/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bjr Gloel.
J’ai lu un très beau conte, sensible et philosophique.
Jengi, esprit de la forêt, mais surtout relation vivante entre la forêt et ceux qui l’habitent. Je le comprends à la fois comme un mythe et une conscience écologique. La forêt, quant à elle, est un véritable personnage. J’ai beaucoup aimé la progression sonore : silence, insectes, oiseaux, mouvements, vibration, Yelli, moteur. Presque une partition musicale. C’est ce qu’il y a de plus remarquable dans ce récit.
Les humains détruisent la forêt, mais ils détruisent aussi les conditions culturelles, acoustiques et spirituelles qui permettaient à Jengi d'exister. La déforestation détruit le monde perceptible. Le Yelli devient alors quelque chose de vertigineux. Tant que les femmes chantent, la forêt possède une voix, mais le camion introduit un bruit qui la rend inaudible.
J'aime beaucoup que le texte ne se conclut pas par une révélation du genre Jengi est mort. « Ou était-ce encore Jengi ? Ou le dernier écho d’un monde arraché et dissous dans la poussière rouge ? ». Voilà une hésitation plus nuancée, qui correspond il me semble davantage à la nature de Jengi telle quelle est évoquée au début.
Bravo pour cette nouvelle et merci.

   Djabba   
28/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Une fable mystique et écolo dans l’air du temps où l’on ne cesse de se lamenter sur les dégâts des hommes et la nature qui s’effondre. Avec toujours les mêmes recettes : l’esprit protecteur de la forêt, le peuple qui vit en harmonie dans ce milieu idyllique et les méchants bûcherons. Le sublime dessin animé « Princesse Mononoké » de Miyazaki sorti en 1997 avait déjà tout dit.
J’avoue être un peu las de ces textes jérémiades qui, d’une part, fantasment une forêt en réalité dure et cruelle pour le vivant, d’autre part critiquent un système dont consciemment ou non sommes parties prenantes. Faites un tour de votre mobilier intérieur et extérieur et vous trouverez certainement des essences exotiques.
Il reste une écriture de bonne qualité malgré son côté éthéré dû au sujet, qui gagnerait je pense à revenir sur terre. Plutôt que de pleurer sur ce pauvre Jengi et ces braves Aka — de la littérature — j’aurais préféré une dénonciation argumentée des processus financiers voraces à l’œuvre dans la destruction des écosystèmes de la planète. La poésie ne sauvera pas le monde hélas.


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