Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
M-arjolaine : Ondivorce♡
 Publié le 20/08/26  -  3 commentaires  -  4949 caractères  -  4 lectures    Autres textes du même auteur

Hébergeur : ilnestjamaistroptardpouraccueillirDieudanssoncoeur.


Ondivorce♡


Seb et moi n’avions pas envie de dépenser des milliers d’euros pour divorcer. Nous avions la situation idéale pour que tout se déroule sans encombre : ni maison, ni patrimoine, une excellente entente parentale qui avait survécu aux écueils de notre amour… il fallait faire simple !


Seb avait trouvé lors de ses recherches la plateforme parfaite, Ondivorce♡ : pour à peine deux cents euros par personne, deux avocats nous accompagneraient dans nos démarches à l’amiable. Bien entendu, c’était à nous de rassembler l'essentiel des pièces justificatives, mais cela nous semblait être à notre portée.


En octobre, chacun chez soi, nous envoyions les premiers documents : cartes d’identité, fiches de paie, acte de mariage, acte de naissance de notre fille, avis d’imposition… cela nous prit moins d’une demi-heure, et très fiers, nous nous congratulions de cette excellente gestion. Mais début novembre, nous recevions un premier message : nous avions écrit ne plus avoir de bien commun, mais la vente de la maison avait été réalisée moins de trois mois plus tôt : nous aurions dû le mentionner. Cela changeait tout, car des notaires étaient mis sur le dossier : aussi avions-nous chacun cent euros de plus à payer.


— C’était écrit dans les petites lignes Seb ! Ils ont mis une capture d’écran !

— Il fallait cliquer sur la bulle pour le voir ! Tu sais bien que je ne clique JAMAIS sur la bulle !

— Mais alors c’est injuste que je paie une amende à cause de ton inattention !

— Tu n’avais qu’à faire la démarche en premier ! Non mais je rêve ! C’est facile de faire des reproches quand on n’a rien fait ! En plus, ce n’est même pas une amende : ce sont des frais qu’il aurait fallu payer de toute façon, si on avait rempli le dossier correctement au début !


Je me sentis embarrassée devant le bien-fondé de ses arguments ; j’étais bien contente qu’on se soit séparés.


Peu de temps avant Noël, nous reçûmes une déclaration de patrimoine à remplir, ainsi qu’une demande de scan du livret de famille. Nous nous y attelâmes, mais à nouveau, notre travail ne convenait pas : Seb n'avait pas envoyé les pages vides. Quant aux déclarations de patrimoine, puisque nous n’avions pas encore divorcé, nous n’avions pas de biens propres, aussi devions-nous recenser chacune de nos possessions dans la section « patrimoine commun ».


— Et la SCI ? Mes parents l’ont créée avant notre mariage. C’est dans mes biens propres non ?

— Comment veux-tu que je le sache ? Demande-leur !


J’envoyai un mail à la plateforme ; bien mal m’en avait pris ! J’avais désormais de nouveaux documents à fournir : le Kbis de la société, ses statuts et les titres de propriété. N’ayant rien de tout cela je dus contacter mes parents, ce qui n’était jamais une partie de plaisir. Il me fallut bien quelques semaines pour me préparer à l’épuisant appel :


— J’aurais besoin des documents de la SCI, c'est pour les papiers du divorce.

— Tu es vraiment sûre que tu veux divorcer ma chérie ? Ce Seb est un garçon très bien ! Tu sais ce que tu perds mais pas ce que tu trouves, pas vrai ?

— J’ai juste besoin des documents.

— Je ne vois pas pourquoi ils en auraient besoin, qu’est-ce qu’ils vont en faire ? Elle a été contractée avant ton mariage ! Tu aurais été si belle si tu avais été un peu plus mince…

— Ils me demandent juste les documents.

— Je demande à ton père. Il faut que tu le convainques d’aller voir un psychologue tu sais ? Il est complètement déprimé ! Pourtant j’essaie de le faire rire ! Tiens regarde : que dit une obèse quand…

— Est-ce que tu peux m’envoyer les documents ?


Je reçus par mail trois fichiers ZIP contenant une trentaine de scans chacun, qu’il me fallut un temps infini pour télécharger, et qu’il était impossible de poster sur Ondivorce♡ : le site était limité à 5 Mo par document, il fallait les compresser. Je finis par obtenir des PDF pixelisés, mais lisibles. Je les envoyai en l’état.


La réponse ne se fit pas attendre : le Kbis était trop vieux, la définition des statuts trop basse, et le titre de propriété n’était pas conforme. Quant au livret de famille, que Seb avait fini par scanner minutieusement, une page (vierge) était à l’envers, il fallait tout recommencer.


On me demandait aussi la carte grise de ma nouvelle voiture, puisqu’entre-temps nous étions déjà arrivés en juin, et que l'ancienne m’avait laissée tomber ; cela changeait la valeur de mon patrimoine et Seb et moi devions à nouveau nous réunir. Il sortit quelques bières :


— T’imagines si on ne s’entendait vraiment plus ?


Une fois le document terminé, nous trinquâmes à cette énième tentative, une fois, deux fois, avant de succomber à la tension sexuelle qui nous titillait depuis tous ces mois de réunions administratives dans son appartement.


Étendus sur le lit, couverts de sueur, la peau rougie par les caresses et les baisers, un léger doute survint… :


— Tu crois qu’ils essaient de nous décourager ?


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Myndie   
5/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J'ai passé un bon moment de lecture avec cette nouvelle drôle, dynamique et moderne.
Le récit est fluide, l'humour grinçant et tout à fait réaliste, les échanges avec la mère particulièrement savoureux et la chute finale, excellente, vient sublimer le tout.
Ah, la procédure qui ne prendra que 30 minutes mais qui se transforme en pétrin administratif au bout de plusieurs mois !
On sent bien la satire dans la description de ce parcours du combattant à travers les démarches en lignes mais quelle justesse ! Evidemment, ça parle à chacun de nous, c'est du vécu.
Et le fiel maternel enrobé de bienveillance et tellement culpabilisant !
« Tu es vraiment sûre que tu veux divorcer ma chérie ? Ce Seb est un garçon très bien ! Tu sais ce que tu perds mais pas ce que tu trouves, pas vrai ? »
«  Tu aurais été si belle si tu avais été un peu plus mince »
Un régal !
J'ai trouvé l'ensemble bien mené et réussi.
En fin de compte, ce divorce est une romance à l'envers !

   Passant75   
5/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai trouvé cette nouvelle originale et intéressante, elle réussit à transformer une simple procédure de divorce en une satire assez drôle de la société. Au fil du récit, les demandes de documents, les erreurs à corriger et les nouvelles exigences donnent l'impression d'une administration sans visage, étouffante, voire absurde, qui rappelle l'univers de Kafka. À cette différence près que cette bureaucratie est désormais numérique, elle passe par une plateforme, des formulaires en ligne et des algorithmes qui semblent dicter les règles sans tenir compte des personnes.

Par ailleurs, le contraste entre cette machine administrative froide et la réalité des sentiments humains est très réussi. Alors que tout semble réduire Seb et la narratrice à des dossiers et à des justificatifs, les nombreuses rencontres imposées par la procédure leur permettent de retrouver leur complicité et leur désir. La chute est à la fois drôle et troublante, les deux protagonistes en viennent à se demander si les algorithmes n'auraient pas, d'une certaine manière, volontairement favorisé ce rapprochement en multipliant les obstacles. D’ailleurs, le cœur associé à « ondivorce » dans le titre pourrait nourrir cette hypothèse. Cela étant, cette idée relève de l'ironie, mais la pensée qu’elle puisse être exacte et que les algorithmes aient prévu et organisé cela m’a tout de même fait froid dans le dos !

   Donaldo75   
13/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour,

J'ai trouvé cette nouvelle rafraichissante. Elle permet de passer un bon moment de lecture avec de l'humour et de la détente, comme l'indique la catégorie proposée mais qui n'est pas si facile que cela à réussir. C'est du kafkaïen à tendance Gotlib, avec une chute réussie. Les dialogues sont réalistes. Je crois que jamais le divorce à l'amiable n'a été aussi compliqué.

Bravo !


Oniris Copyright © 2007-2025