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Sentimental/Romanesque
gorgonzola : Chroniques de la pitié - Ou comment attirer sur soi la compassion d'autrui quand on a une vie de merde
 Publié le 30/03/08  -  10 commentaires  -  5302 caractères  -  36 lectures    Autres textes du même auteur

Bienvenue dans une vie que vous n'aimeriez pas être la vôtre, mais dans laquelle nous plongeons tous un jour ou l'autre... jusqu'à se noyer.


Chroniques de la pitié - Ou comment attirer sur soi la compassion d'autrui quand on a une vie de merde


----- I -----


J’étais destiné à devenir un grand écrivain, un grand poète ou un grand artiste.


En effet, le talent était au rendez-vous et paraissait bien prometteur ; l’ambition, elle, ne manquait pas ; les idées coulaient à profusion ; ma situation me permettait d’entretenir de vifs espoirs, car venant d’une famille 'modeste', je n’avais à me plaindre d’aucun manque.


Aujourd’hui, que suis-je ? Un écrivain, certes, mais la grandeur m’a fait faux-bond ; un poète, certainement, mais le talent n’était qu’un leurre ; un artiste… qu’est-ce donc que cela ?


Je suis un homme esseulé. Vidé. Jeté.


Des amis… ? Je connais, vaguement, le terme, mais n’arrive plus à m’en faire une idée bien claire.


Les femmes… ? Ces suceuses de cœurs ! Elles m’ont pris mon amour – le propre, entre autres. Elles m’ont pris un peu de mon argent aussi, mais cela n’a plus d’importance.


D’ailleurs, j’exagère ! Une seule m’a pris mon argent. Les autres ne m’ont pris qu’une maison, ou qu’une voiture… la dernière même, n’a eu droit qu’à un chien, qui d’ailleurs, n’a manifesté aucun regret à l’idée de me perdre après dix ans de bons et loyaux services ! Pff, meilleur ami de l’homme… n’importe quoi ! Pas même une larme, ce cabot !


Tous les matins, je me réveille quand mes yeux s’ouvrent. Je me prépare à manger parce que j’ai faim. Un croissant, un verre de lait et une tartine au beurre… Je déteste les croissants !


Je travaille comme brocanteur dans un local minable dans la banlieue, heu… quelle banlieue d’ailleurs ? Je ne sais plus, j’ai toujours été nul en géographie. Quoi qu’il en soit, je travaille dans un trou perdu dans Tunis. Ma journée se résume à renifler de la poussière, à parler avec Gorgo, mon singe en bois, et à regarder la blonde du magasin d’en face.


À midi… ou à une heure… quelques fois à deux heures, je pars manger un sandwich. Je déteste ce mot, « sandwich ». J’ai l’impression de parler d’une chaussette ou d’un chien. « Sandwich », « sandwich », « SAN-D’-WICH »; ah ! Je déteste ce mot !


Plus tard, je reprends le boulot. Quelquefois les débats s’enveniment avec Gorgo, mon singe en bois. Il est, de nature, têtu, raciste et zoophile. Il se moque de tout, ne respecte rien. Aussi, je m’énerve rapidement et il ne me faut pas plus d’une heure pour que je le mette dans le tiroir, que je ferme à clé.


La blonde d’en face, coiffeuse le matin, charcutière l’après-midi, ferme boutique à dix-huit heures. Elle me balance sa main frêle, de l’autre côté de la rue, tous les soirs, pour me dire au revoir. Son mari vient la chercher. Un gros loubard, certainement videur dans une boîte de nuit, l’attend au coin de la rue, tous les jours, à la même heure. Une fois, par curiosité, je suis sorti, longeant le trottoir opposé, pour le voir de plus près. Une casquette vert fluo sur la tête, style Teletubbies ; la moustache de Salvador Dali dissimule des joues flasques, une peau aussi douce que du crépi et un peu plus uniforme qu’une éponge. Nul ne lui envierait un cheveu !


Le soir, je rentre chez moi vers dix-neuf heures trente. Je fais réchauffer le dîner de la veille, qui est souvent – coïncidence – le même dîner de l’avant-veille. Quelquefois, la purée verdit un peu, mais ne perd jamais de son goût ni de son authenticité. Je regarde un peu la télé. Que de la merde ! Jamais rien d’intéressant, rien de cultivant, rien qui ne me tienne éveillé !


Bien souvent, en alternative, je m’adonne à des plaisirs solitaires… Pff, ce que vous avez l’esprit mal tourné ! Oui, bien souvent j’écris, je chante, je danse parfois même, cela sont mes plaisirs ! D’autres fois, je regarde, par ennui plus que par vice, la blonde d’en face. Ah oui, j’ai oublié de vous le dire (!) : la blonde d’en face au travail, est aussi la blonde d’en face à la maison. Elle habite à trente mètres de ma porte.


Hop, hop, hop ! Rappelez votre esprit perverti : sa salle de bain est de l’autre côté de la maison. Non, ce que j’aime regarder, c’est les disputes. Entendre, serait plus juste. Les cris, les pleurs, n’importe qui donnerait n’importe quoi pour avoir cela, sans payer son abonnement télé. Quelques fois, en bonus, il est possible d’avoir droit à une assiette cassée ou à un verre brisé. Une fois même, le quartier a eu droit à la police. Oui, la police ! « Tapage nocturne », ont-ils dit. La plainte ne venait pas de moi, c’est sûr.


C’est ahurissant de voir le plaisir que se procurent certains en se délectant des malheurs des autres ! Je parle pour moi, oui, mais pas seulement. Ne me dites pas que vous n’avez jamais fait cela !


D’autres fois, il ne se passe presque rien. La voisine de derrière crie pour faire fuir des chats qui chahutent en gangs près des ordures, le couple du bout de la rue organise un dîner, le jeune d’à côté met de la musique… rien de spécial. Ces jours-là, je m’endors, plus seul que jamais. Le poids du silence m’assomme. Je me saoule avec ma tristesse, que je bois à coup de grosses gorgées. L’isolement est mon seul compagnon. Même, Gorgo, mon singe en bois, n’est pas là. La blonde d’en face dort.


Mes yeux se ferment. Le néant succède au noir. Et au fond de mon cœur, qui s’assoupit doucement, les pires pensées s’éteignent et viennent fleurir le pré de ma rancœur…



A suivre


 
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   Arthurhidd   
30/3/2008
J'ai aimélamanière dont ton personnage prend consistance mêmesijel'imagineplusà Parisqu'àTunis

   gorgonzola   
30/3/2008
Merci.

Mais je ne comprends pas... en tout cas, je ne vois pas la différence.

   nico84   
31/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Moi j'aurais voulu avoir davantage de détail sur le caractére du héros, sur ses malheurs avec ces différentes femmes, avec son quotidien lourd et monotone. Et justement rajouter et rajouter un sentiment de poisse, de tristesse et malchance maladive.

J'aurais vraiment aimé que tu développes ton idée qui est vraiment pas mal (le titre m'a attiré).

Maintenant, j'ai apprecié ta nouvelle qui nous emméne nul part, enfin on se réjouit peut être nous aussi de son malheur mais la compassion est un sentiment qui se perd et qui demande trop d'effort.

Se réjouir de notre situation est bien plus facile. En tout cas, bravo à toi pour ce texte.

Edit : Aprés un complément d'information de la part de l'auteur, notament l'arrivée de suite(s), je nuance ma critique et j'attends avec impatience les parties suivantes.

   Souvarine   
30/3/2008
Le titre m'a attiré, mais je trouve qu'il n'est pas assez en adéquation avec ton histoire. Je suis d'accord avec nico84 sur le fait que tes idées sont intéressantes mais qu'elles ne sont pas assez développées et trop "soft" par rapport au titre. En tout cas bonne petite histoire quand même. Au plaisir de te lire.

   Anonyme   
1/4/2008
Commentaire effacé

   calouet   
31/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Moi j'aime bien... D'autant que le "I" initial me fait penser que d'autres développement arrivent... Pour faire concis, j'ai bien aimé ton style d'écriture, à la fois fluide, assez familier, mais surtout souvent border line niveau humour. Le titre me plaît bien aussi, me rappelle un peu le cultissime "comment réussir quand on est con et pleurnichard"... Et puis je trouve que ta façon de parler de Gorgo (excellente idée, ce personnage), de la blonde, des chats qui rôdent en gang même, bah ça nous en dit pas mal sur le narrateur. Je serai là pour la suite!

   Ariumette   
10/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Décidemment le caractère aigri de l'homme me plait ainsi que ta façon de raconter...sans rien raconter! Je trouve tes écrits très drôles! Je peux les lire dans l'ordre à présent ... La suite bientôt? J'espère!

   widjet   
13/5/2008
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Tunis ? En fait ça pourrait être n'importe où car rien n'est décrit sur la ville, du moins dans cette première partie.
Que dire ? Bah l'écriture est boiteuse, la mise en route poussive et guère d'humour pour attendrir ou prendre un peu de distance avec ce personnage "pitoyable" en effet. Seule petite originalité : l'auteur s'adresse parfois au lecteur. Maigre consolation.

Je lirai la suite néanmoins....

Widjet

   Menvussa   
22/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien
C'est pas mal du tout. Bien écrit; Le décor est planté, il n'y a plus qu'à lire la suite.

   carbona   
12/10/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Un début d'aventures qui sonne pas mal puisque visiblement il existe une suite. Le style est assez fluide et léger. La nonchalance est au rendez-vous et colle bien au récit. Un texte aéré et agréable qui pose les jalons d'une vie monotone.

En revanche, je n'aime pas trop les adresses au lecteur qui sont trop nombreuses et peuvent devenir lourdes et envahissantes. Elles desservent, je trouve, la crédibilité du narrateur.

La référence aux Teletubbies m'a également paru en trop et les allusions graveleuses sont limites. Encore une fois, la crédibilité du narrateur en prend un coup, il donne l'impression d'être un adolescent.

Merci pour votre texte.


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