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Sentimental/Romanesque
hersen : Antichambre
 Publié le 05/11/20  -  15 commentaires  -  12250 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur


Antichambre


Fabien Delatour pestait. Il s'était mis en route de bonne heure ce matin justement pour se laisser une marge. Et celle-ci se rétrécissait à vue de kilomètres, tant la progression était lente. Des routes communales. Ne jamais prendre le plus court chemin.


Son rendez-vous impératif était à quatre heures.


Juste en arrivant à Orceaux, dixit une pancarte officielle à l'entrée d'un village, agrémentée de son panneau de limitation de vitesse réglementaire, il eut un éblouissement et sentit le besoin de s'arrêter un peu. Au jugé, Fabien Delatour accordait tout au plus trois cents habitants à ce ramassis de maisons. Assez jolies d'ailleurs, dut-il en convenir en y regardant mieux. À la fois rustiques, d'une architecture simple, sans recherche extravagante mais aux proportions équilibrées, elles respiraient le cossu bienheureux d'un beau bois, d'une belle pierre. De la belle ouvrage assurément. Il fut soudain moins pressé car ce village lui rappelait un peu son passé, les vacances chez ses grands-parents. Des souvenirs ressurgissaient. Il gara sa voiture sur la petite place qui, sans statue ni banc, sans autres véhicules non plus, invitait à la détente aux abords d'une fontaine chantante. Un soleil léger incitait à profiter de la paix de l'endroit. Au coin de la rue partant de la place, une épicerie signalée par deux planches en chevalet, peintes avec soin mais à l'aspect vieillot.


Épicerie

Coiffeur

Dépôt de pain

Bureau de poste

Bistro


À ce dernier mot était accolée une petite note « Ici on peut apporter son manger ». Cette formule démodée l’étonna, il la connaissait de son grand-père, qui avait tenu un petit café-restaurant. Cela l’amusa de s’en rappeler et finalement, cette précision lui donna faim. Il se dit qu'après tout, autant profiter d'une heure de tranquillité dans un village perdu au milieu de nulle part, posé sur une prairie verdoyante bordée d'une forêt. Finalement une aubaine, que cette route en lacets !


Le nouvel arrivant poussa donc la porte du magasin. En bois, entièrement vitrée de petits carreaux, il fallut la pousser fort pour qu'elle s'ouvre, ce qui agita joyeusement une clochette qui résonna dans le vide de la pièce.


Un comptoir, des étagères, quelques tables rondes entourées de leurs chaises, rien ne manquait de ce qui était promis sur la pancarte, pas même un grand miroir avec un fauteuil en vis-à-vis, sur lequel étaient posés un rasoir et une paire de ciseaux.


Le lieu, dans son abandon, avait quelque chose de solennel. Le visiteur se sentit poussé au recueillement tant il avait l'impression d'être au milieu de reliques.


Il sourit de sa méprise et dit adieu au petit repas sympathique qu'il imaginait dans ce café. La main posée sur le bec-de-cane, il s'apprêtait à tirer fort pour ouvrir la porte qu'il avait civilement refermée en entrant. Mais sa main resta posée sur l'ivoire. Il venait d'entendre du bruit. Un bruit sourd, suivi de cliquetis. La surprise l'avait figé et avant qu'il ne réagisse, des voix, fortes et rigolardes, montèrent de ce qui semblait être un sous-sol. Quelqu'un entonna un chant, qui fut repris par d'autres, un chant comme une chanson à boire, et on tapait dans les mains.


Une fête ?


À midi ?


Aussi pressé que fût monsieur Delatour, il se dirigea malgré lui vers les escaliers, faits de blocs taillés dans la pierre dont l'usure attestait de leur vie antérieure, s'enfonçant dans un gouffre noir d'où montaient les fameuses voix.


Il s'engagea et descendit prudemment quelques marches, prenant garde de faire trop de bruit. Après tout, rien dans cette situation n'inspirait raisonnablement la sécurité. Démarcheur en assurances, il avait exactement le profil d'un visiteur qui aurait dû partir sans demander son reste, trop rationnel.


Il pensait être très silencieux quand, au bout d'une dizaine de marches et à l'apparition d'une lueur, une voix réjouie lança, hé, on a de la visite, c'est le p'tit Fabien ! Celui-ci perdit cinq secondes, figé par la peur. Quand il réagit, il était déjà trop tard. On l'entourait, le touchait. Des bouches édentées lui souriaient, les yeux perdus dans des multitudes de rides. Un grand dégoût lui fit faire un pas en arrière, mais il buta sur un colosse, les cheveux ébouriffés grossièrement tenus par un chiffon sale. Des femmes se joignirent à la compagnie, en caraco et tablier. Elles touchaient cette chair fraîche, elles s'en repaissaient du regard, les yeux soudain brillants malgré l'odeur pestilentielle de vomi envahissant l'air.


Fabien bredouilla, non, vous faites erreur, je passais juste, ce qui fit rire tout le monde. Un homme sans âge, vêtu d'un pantalon large grisâtre, se tapa sur la cuisse. Ah, ah, ah, de passage, il est marrant, celui-là, c'est le bon Dieu qui nous l'envoie ! Cette répartie provoqua les rires de l'assemblée, des mains noueuses et desséchées poussèrent l'invité malgré lui dans la cave.


À ce stade, Fabien tremblait et n'arrivait plus à penser correctement. Seule l'horreur de la situation le frappait dans toute sa vérité. Il était au milieu d'un ramassis de gueux d'un autre siècle, de ceux qui torturent, de ceux qui volent et vous coupent la tête pour un rien, lui insinuait une petite voix intérieure.


Il se retrouva à table, une table énorme dans une cave troglodyte. Tout était gigantesque, un chaudron fumant posé au milieu, une cheminée dans laquelle brûlaient des bûches énormes, des lustres composés de roues massives accrochés au plafond par des cordes effilochées et des chaînes rouillées, entrelacées.


– Moi c'est Foulque, l'informa un homme de corpulence impressionnante. Tu vas manger avec nous.


Fabien aussitôt secoua négativement la tête et bafouilla qu'il n'avait pas le temps, qu'il devait reprendre la route. Mais on sut le dissuader de formuler un refus.


– Nous avons tout le temps, nous, et c'est pas souvent qu'on a un invité. Alors tu vas manger avec nous.


Et une grosse main pressa son épaule, doucement.


Des hommes, portant à quatre à hauteur d'épaule un brancard sur lequel gisait un cochon rôti, bien doré et dont la bonne odeur couvrait l'odeur de vomi, s'arrêtèrent à côté de l'invité maintenant assis. Une femme vint découper une large portion de viande. Fabien ne protestait plus. Il n'avait jamais connu de nourriture sentant aussi bon. D'autres femmes servaient les convives de l'immense tablée, portant d'autres brancards à cochons croustillants.


Quand tout le monde fut servi, le colosse donna le signal et tous se jetèrent sur la nourriture, mangeant avec les doigts. Ils déchiraient la viande de leurs canines, le jus leur dégoulinait le long de la barbe, tandis que les femmes offraient un menton luisant de graisse. Fabien ne trouva pas de couverts. Il regardait la tablée, entre écœurement et fascination. Soudain, Foulque s'arrêta de dévorer et l'apostropha, eh, toi, le nouveau, tu manges ! Il y avait une injonction dans sa voix. Aussi, sans tergiverser davantage, Fabien se saisit de son morceau de viande et tira un petit bout, poliment. Tous avaient suspendu leurs gestes pour l'observer. Il mâchouilla son morceau, s'arrêta en pleine mastication et se jeta alors sur le morceau qu'il tenait à pleines mains, un délice qu'il n'avait encore jamais connu à ce point, et il se goinfra de cochon. Des hourras retentirent, amplifiés par la roche de la caverne.


Le repas se termina dans un silence relatif, puisqu'on n'entendait plus que les mâchoires mastiquant et arrachant. De temps en temps, un rot s'échappait, ou bien un grognement de plaisir.


Fabien, les vêtements tachés, était repu. Au fond de son esprit, une voix lui disait de partir mais il restait collé au banc, tout à son bien-être.


Encore quelques rots par-ci par-là. La tablée attendait, assagie. Un moment solennel, avait l'impression Fabien.


Puis Foulque se leva et brandit une corne à l'aspect abject. Il la fit passer de main en main jusqu'à ce qu'elle arrivât dans celle de Fabien. Il voulut la passer à son voisin de table, qui refusa poliment.


Tenant gauchement la corne, il redoutait la suite et ne fut pas étonné que Foulque lui intimât de boire cul sec.


– C’est la lichette, un secret à nous.


Et tout le monde de rire et se taper le ventre et la table, du plat de la main.


La corne n'était pas pleine, aussi Fabien ne pouvait voir l'aspect du breuvage. Une odeur agréable s'en dégageait, il pensa à des herbes. Abîmé dans ses pensées, il ne voyait pas que le groupe montrait des signes d'impatience. Il fut tenté de décliner, mais la présence du colosse posté derrière lui l'en dissuada. Il avait l'estomac un peu lourd de tout ce cochon gras qu'il avait mangé et avait l'impression d'être archiplein. Malgré tout, il leva solennellement le bras, la corne montrée à tous. On scanda « de-bout de-bout de-bout ! » Alors il se redressa, et décida d'en finir. Il était soudain fatigué et pensa à son rendez-vous. Il but d'un trait. Puis le silence se fit, religieux. Fabien restait muet. Ils attendaient quelque chose, un signal. Quand l'invité claqua la langue, ce fut la liesse, chacun voulait l'embrasser et soudain, l'assureur en costume se transforma en compagnon se laissant congratuler par ses potes sales, graisseux, mais hilares.


Sans que rien ne soit dit, il se forma une haie humaine pour laisser passer Fabien. On le savait pressé, on avait à cœur de ne pas le retarder. Il quitta les lieux, lançant des adieux, des au revoir, des mercis et des bravos. Il remonta les marches une à une, se sentant bien lourd de devoir partir.


Quand il posa la main sur l'ivoire du bec-de-cane, il dut encore une fois tirer un peu fort pour que la porte s'ouvre. Il se retrouva sur la place, seul et désorienté. Il gagna sa voiture et s'installa au volant. Il remarqua alors combien il était sale, sa veste souillée par des vomissures. Il alla chercher dans son coffre un blouson qu'il laissait toujours là au cas où, et roula en boule le vêtement sale, le jeta dans le coffre.


Il fut à l'heure à son rendez-vous, un rendez-vous ennuyeux de sujets ennuyeux. Il se sentait très fatigué et détaché de tout ce jargon qui ne menait à rien de tangible ; des mots pour ne rien dire. En pleine discussion des différents points de la police d'assurance, il demanda soudain à son interlocuteur :


– Vous connaissez un village qui s'appelle Orceaux à une heure et demie de route ?


Non, son client ne connaissait pas.


Pour le retour, il entra le nom du village dans son GPS.


L'appareil ne put que proposer des destinations approchantes. Puis, sans que le conducteur n'entrât davantage de données, une direction fut proposée :


« au rond-point, prenez la première à droite »


Fabien Delatour enclencha la première et suivit le parcours. Il n'y avait pas de route à droite. Mais il la suivit néanmoins. Jusqu'à ce qu'il voie un petit village avec une petite place. À l'épicerie située au coin de la rue, un panneau :

Épicerie

Coiffeur

Dépôt de pain

Bureau de poste

Bistro


Il eut un éblouissement, s'arrêta et porta la main à sa poitrine. La porte du magasin était grande ouverte. Il entra. Ses compagnons de midi l’attendaient en haut des marches menant au sous-sol, silencieux et contrits.


 
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   socque   
4/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien
En toute franchise, je ne sais trop que penser de ce texte. D'un côté, l'inconséquence de Fabien me gêne : il est pressé et craint d'arriver en retard à un rendez-vous important, soudain il décide de s'arrêter, reprend immédiatement ses esprits à la sortie de l'"orgie" bonne enfant, fait ses affaires comme si de rien n'était, puis retourne à la fête ; pour moi, ce personnage manque de consistance, je ne vois pas du tout comment il fonctionne. Et puis j'ai rien compris à la fin. Mais rien. Notamment, pourquoi sont-ils
silencieux et contrits
les joyeux villageois ?

D'un autre côté, j'ai vraiment aimé cette idée d'une échappée inattendue et désinvolte au milieu d'une journée qui s'annonce morose, j'ai trouvé l'ambiance débridée bien rendue. Et puis ces deux phrases :
Il n'y avait pas de route à droite. Mais il la suivit néanmoins.
ont le pouvoir de me faire rêver, de m'évoquer l'évasion du Morne quotidien avec plus de force encore que toute la scène du village ! (Il est vrai que cette scène m'a préparée au décollage soudain déclenché par ces quelques mots sur la route qui n'est pas là et que l'on suit.)

Alors, de manière peut-être paradoxale, je me retrouve à souhaiter un délire plus construit, je crois qu'il en serait plus percutant sur moi.

   Corto   
8/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Du réel au cauchemar ?
Il est difficile à la fin de la lecture de clarifier ses idées. Ce n'est d'ailleurs pas pour déplaire pourvu qu'on se soit mis dans l'ambiance de cette aventure qui garde quelques mystères.

Le village semble bien être fantôme: né d'un rêve tumultueux ?
Le "ramassis de gueux d'un autre siècle" n'est guère expliqué et l'on peut l'imaginer sorti d'un enfer ou d'un imaginaire. La scène avec ses relents de vomi, son festin de "cochon" (?), son breuvage insolite garde aussi tous ses mystères.

Le plus étonnant est que Fabien puisse sortir de cette cave pour aller à son rendez-vous, et bien sûr qu'au soir il puisse retrouver ce village inexistant.
On attendrait volontiers une suite scabreuse pour mieux comprendre pourquoi ses compagnons de midi sont "silencieux et contrits". Qu'on nous serve donc encore à boire !

J'ai bien aimé l'ambiance, l'imagination, la trame nous plongeant dans l'inconnu. Le récit est correctement relaté.

   Donaldo75   
12/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

Je trouve ce texte sympa mais pas au point de me rouler par terre et de le relire cinquante fois de suite. L'histoire est intéressante, surtout l'idée originale, le récit bien raconté et l'écriture solide. Pourtant, malgré toutes ces qualités, je trouve cette nouvelle bien sage alors qu'il y avait de la place pour du plus délirant ou alors du plus rabelaisien ou encore meilleur un mélange des deux. En lisant la première fois, je me suis dit que l'inspiration de départ s'était étiolée, effilochée mais qu'il avait bien fallu finir, ne pas laisser le lecteur en plan. La fin tente bien d'apporter une forme de pirouette mais ça ne prend pas, du moins pas dans ma petite tête de lecteur exigeant qui attend d'être surpris mais aussi de l'impact. Trop sage, disais-je précédemment, trop sage.

   Quieto   
5/11/2020
C’est un aveu déplaisant, mais j’y suis contraint : je n’ai rien compris.

L’écriture est correcte et n’est pas en cause, bien que j’aie trouvé fort long tout ce qui précède l’arrivée dans la cave, alors que ce qui suit est évacué très rapidement (le rendez-vous avec le client).

Une clef de compréhension se trouve peut-être dans le fait que les villageois connaissent Fabien, ou du moins le connaissaient lorsqu’il était enfant. Fabien serait-il originaire de ce village et l’aurait-il, peut-être par honte, effacé de sa mémoire ? Puisqu’il désire y retourner après le rendez-vous avec son client, ressent-t-il un appel irrésistible vers ses racines ?

Comment un GPS peut-il proposer une destination approchant une autre inconnue ? Ajoutons à cela une route inexistante que l'on suit pourtant et ceci confère au texte un petit côté fantastique, ce qui n'est pas forcément déplaisant, mais qui ne m’aide guère à en résoudre le mystère.

Un dernier mystère clôt le texte : pourquoi les villageois sont-ils cette fois silencieux et contrits ?

Mon aveu initial ne peut pas être beaucoup modifié : je n’ai rien compris.
Qu'un texte ne dévoile pas tout et laisse au lecteur le loisir de compléter l'histoire à sa guise, d'une façon ou de plusieurs façons, n'est pas forcément une mauvaise chose, mais là, je me sens trop égaré pour trouver le début d'une route.

   Babefaon   
5/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je suis assez d'accord, avec la phrase de Jacques Salomé, qui dit : "Un livre a toujours deux auteurs : celui qui le lit et celui qui l'écrit."

Il n'est effectivement pas toujours évident pour le lecteur de comprendre ce qu'a voulu dire l'auteur, et libre à chacun d'interpréter ce qu'il ressent.

J'avoue qu'il m'a fallu plusieurs lectures pour en arriver à cette conclusion, en espérant ne pas m'être trompé : Fabien a un malaise en chemin et vit l'expérience d'une mort imminente qui le ramène dans le passé. Mais il semble un peu en avance sur l'heure, preuve en est avec cette phrase :"Il remonta les marches une à une, se sentant bien lourd de devoir partir." Et en l'occurrence de devoir quitter cette situation somme toute confortable : "Au fond de son esprit, une voix lui disait de partir mais il restait collé au banc, tout à son bien-être."

Il finira par retourner dans ce passé qui lui tendra de nouveau les bras, après être un temps revenu à la vie. De manière définitive, cette fois-ci, avec "ses compagnons de midi qui l'attendaient en haut des marches menant au sous-sol, contrits et silencieux".

J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce texte, sa fluidité et son univers poétique qui nous entraîne (qui m'a entraîné) dans une autre dimension. Une jolie façon d'évoquer ce sujet. Il ne reste plus qu'à espérer que Fabien soit heureux avec ses nouveaux compagnons de route. En même temps, il semblait s'ennuyer là où il était, alors...

   Eclaircie   
9/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Hersen,

J'ai regardé à deux fois la catégorie dans laquelle était présentée cette nouvelle.
C'est souvent une aide pour entrer dans un texte mais pas toujours.
Ainsi, là, pourquoi pas plutôt "fantastique, merveilleux".
Peu importe, en fait, les genres souvent se croisent et se chevauchent, se recoupent.
J'aime le style clair, simple mais pas simpliste, le souci du détail, le milieu humain et naturel où se déroule cette histoire.
Ah ! La première alerte de la crise cardiaque ! À partir de cet éblouissement, plus rien n'est rationnel, mais bien conté, logique.
Je me suis demandée pourquoi "Orceaux", tant les détails doivent bien s'enchainer les uns aux autres.
J'ai beaucoup aimé la description du repas, délicieux "...et il se goinfra de cochon" -> j'ai vu le groin. De même "...gisait un cochon rôti", le vocabulaire entre dans la magie de l'histoire.
Détails :
"Le nouvel arrivant poussa donc la porte du magasin", il me semble que "commerce" irait mieux.
"...et avait l'impression d'être archiplein" -> archiplein n'est pas très heureux.
Ensuite en sortant, je ne l'imagine pas "pousser" la porte péniblement, mais la "tirer" plutôt.
Enfin (de texte) deuxième alerte, fatale.
J'ai bien apprécié.
Merci du partage.
Éclaircie

   Bellini   
8/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’ai trouvé le texte écrit comme un premier jet, avec pas mal d’expressions convenues (justement pour se laisser une marge) et de répétitions (poussa la porte/il fallut la pousser).
Malgré tout, pour l’amateur d’intrigues que je suis, la curiosité forçait la lecture. J’ai joué le jeu, un peu à la manière d’un Whodunit dont la résolution de l’énigme est le facteur prédominant.

Alors de quoi s’agit-il ? J’ai compté pas loin d’un détail par phrase, qui selon l’analogie avec le Whodunit, devrait permettre en les additionnant tous, de résoudre l’énigme. Mais je crois que je vais devoir rendre ma plaque de détective ou me contenter des flagrants délits de surveillances matrimoniales.
Je ne vais pas énumérer toutes les questions que je me suis posées, juste en effleurer quelques-unes :

- Le titre : l’antichambre de quoi ? La réponse est censée donner la clé de l’énigme. Au boulot !

- Pourquoi la progression était-elle lente ? En principe ce n’est pas la caractéristique des routes communales. Un convoi de tracteurs ? De moutons ? Des Femen provoquant des accidents ?

- Pourquoi Orceaux ? Le nom renvoie au mysticisme des vases sacrés ou des bénitiers…

- Pourquoi Fabien a-t-il un « éblouissement » en arrivant ? Après lequel il ressent le besoin de s’arrêter un peu ? Est-ce un élément du décor ou est-ce une anomalie physique ou psychique ?

- « Ce village lui rappelait un peu son passé, les vacances chez ses grands-parents. Des souvenirs ressurgissaient… » et plus loin : « Ici on peut apporter son manger ». Cette formule démodée l’étonna, il la connaissait de son grand-père, qui avait tenu un petit café-restaurant. »
Pour moi, les choses ici deviennent claires :)), le commerce est celui qu’avait tenu son grand-père ! Intuition confirmée par le ramassis de gueux qui reconnaissent en lui Fabien.

- Pourquoi n’y a-t-il aucune voiture sur la place alors que le café est bourré de monde ? Ça commence à sentir le Diable.

- Pourquoi une clochette dans un commerce qui fait tant de choses, surtout bistro :)

- « c'est le bon Dieu qui nous l'envoie ! Cette répartie provoqua les rires de l'assemblée »
Bon, à partir de là je suis parti dans un délire de rite initiatique sataniste :)))
Le cochon est un des déguisements préférés du diable, symbole de dépravation, de saleté, d’agressivité, de tout ce qu’on voudra.

Après, j’avoue que je me suis un perdu quand j’ai pris la rue à droite qui n’existait pas. J’ai l’impression que Fabien a été « drogué » par la boisson contenue dans la corne (du diable ?) et qu’il retourne à la fin auprès de sa nouvelle famille.

- Pourquoi à la fin un nouvel éblouissement et une douleur à la poitrine. Je n’ai pas trouvé le phénomène capable de provoquer ça dans un contexte cohérent à la vue de tout ce qui venait de se passer.

- Pourquoi « contrits » à la fin ? Ils ont abusé sur la dose ? Ils ont esquinté le messie envoyé par Satan ? Fabien avait toujours les dents blanches ?

- Sentimental/Romanesque ?? Tout était donc à prendre au premier degré ?

Il me reste 982 questions et un mat en quatre coups à résoudre avant demain matin. J’abandonne.
Bellini

   maria   
7/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour hersen,

Bien étrange l'histoire de ce Fabien Delatour attiré mystérieusement dans un endroit où un secret semble l'attendre depuis longtemps
Hasard, fatalité, destin...comme si la vie allait malgré eux.

Le contraste entre le réalisme des scènes et les non-dits (sur le grand-père par exemple) m'a troublée. Comme si tu avais laissé tomber à l'entrée d'Orceaux la trame de son histoire.
Pour moi trop de place faite à l'imagination du lecteur.

Merci du partage car c'est toujours un plaisir de te lire.

   plumette   
7/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
une deuxième lecture, après une première en El, me laissant toujours perplexe, je suis allée lire les commentaires pour voir s'ils pourraient éclairer ma lanterne, car, il m'est difficile d'apprécier pleinement une histoire si je n'ai aucune lisibilité de l'intention narrative.

Qu'est-il arrivé à Fabien sur le chemin menant à son rendez-vous professionnel? Il avait un autre rendez-vous, ignoré de lui. L'étrangeté, c'est qu'il était, sinon attendu, du moins reconnu, ce qui oriente vers une expérience de "perte de connaissance" avec plongée dans un monde intermédiaire. Ce serait donc son cerveau qui fabrique toute cette aventure mais pourquoi tous ces convives sans identité et ce banquet à base de cochon gras et de lichette?

Rien dans le texte ne permet de relier cette scène du banquet à la vie de Fabien. Il y a certes une allusion à son enfance avant la descente à la cave avec la description du village et l'expression du grand-père mais c'est tout. ( ce que j'ai repéré en tous cas)

La description du banquet m'a donc parue un peu "rapportée" tout en ayant son intérêt intrinsèque parce qu'elle est très visuelle et écrite dans un bel esprit rabelaisien.

Mais finalement qui sait ce qui se passe dans le cerveau lors des états de conscience modifié ? Voilà une belle liberté pour l'auteur!
je peux juste dire que je ne suis pas sur la longueur d'onde que ton texte nous propose.

   Charivari   
7/11/2020
Salut Hersen et content de te lire depuis tout ce temps.
Désolé, je n'ai pas trop accroché à ton texte. Peut-être écrit trop rapidement? On a du mal à cerner les intentions de ce personnage principal, si pressé, mais qui cède pour se laisser entraîner à ce repas pantagruellique, mais sans non plus apprécier cette compagnie. Pourquoi ne fait-il pas demi-tour, tout simplement ? Ensuite, la fin est. pour moi, un peu trop convenue: le village qui n'existe pas sur le GPS, je l'ai déjà lu quelque part.
Enfin, il nous reste une certaine truculence au moment de la description de la grande bouffe. Le rendez-vous ennuyeux pour parler de choses ennuyeuses m'a amusé aussi, mais je crois qu'il y a plus à exploiter sur le thème, et aussi dans le style, un peu trop plat à mon goût.

   hersen   
8/11/2020

   Lulu   
11/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Hersen,

J'ai lu cette nouvelle avec beaucoup d'intérêt, bien que j'ai eu du mal à y entrer.

J'ai d'abord été arrêtée par la troisième phrase "Et celle-ci se rétrécissait à vue de kilomètres, tant la progression était lente". Si ça va grammaticalement, j'ai trouvé que c'était quand même bizarrement construit. C'est "celle-ci" qui m'a posé souci. Peut-être qu'une formulation plus simple, telle que "une marge qui se rétrécissait..." aurait été plus fluide en ce qui me concerne.

Ensuite, et encore au tout début de la nouvelle, je me suis demandé, puisque le personnage de Fabien Delatour s'est levé "de bonne heure ce matin" à quelle heure était son rendez-vous... "quatre heures", oui, mais à quel moment de la journée ? On se demande si c'est quatre heures du matin, donc au coeur de la nuit, ou plus tard, soit seize heures... Il faut attendre la quasi fin du troisième paragraphe pour s'y retrouver dans le temps avec l'hypothèse d'un rendez-vous pour l'après-midi avec cette phrase qui éclaire sur le moment de la journée : "Un soleil léger incitait à profiter de la paix de l'endroit".

Passé ce début complexe, j'ai trouvé, dès la description du village, plus claire, et mieux construite, un plus grand intérêt pour poursuivre l'ensemble de la nouvelle qui m'a paru fantastique.

Je n'ai pas cherché à creuser dans un premier temps, et ai lu cette nouvelle comme un récit fantastique où Fabien rencontre des fantômes d'un autre siècle... La description de la cave avec ces personnages édentés qui mangent de la viande m'a fait penser à des fantômes, effectivement, avec d'abord cette impression que Fabien découvrait des personnes d'un autre temps, partis, morts depuis longtemps avec cette marque de l'âge qui les caractérise dans la description, et revenus le temps d'un repas partagé avec Fabien, comme s'il avait toujours été là... Enfin, tout n'était pas clair, mais c'est le propre du fantastique de nous perdre un peu en tant que lecteur lorsque le personnage ou un des personnages l'est aussi.

En essayant de creuser un peu plus, j'essaie de faire le lien avec le titre "Antichambre" et là, je dois dire que je sèche un peu, pour ne pas dire tout à fait...

Cependant, si j'ai trouvé particulier et particulièrement réussi ces passages où Fabien est confronté à des choses dégoutantes, nous dégoutant nous-mêmes en tant que lecteurs, j'ai trouvé un certain intérêt à ce récit qui oppose le réel et l'imaginaire, le terre à terre et l'évasion fantastique. J'ai pensé à la cour des miracles à un moment.

La chute m'a semblé intéressante. Ces personnages "silencieux et contrits" paraissent s'en vouloir d'avoir détourné Fabien de sa route alors qu'il est jeune, encore... Peut-être ?

Je ne suis pas très fan de ce texte, mais il interroge...

   Cat   
12/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour hersen,

Dans ton antichambre, ce qui m'a manqué c'est justement elle, l'antichambre. Ou la tête, si tu préfères. Afin de savoir où je m'engageais avec Fabien.

J'ai lu, relu et tourné plusieurs fois le texte sur ma langue. Mais j'ai été obligée de prendre connaissance des commentaires et ensuite de ton forum pour comprendre de quoi parle ton histoire.

Un paragraphe d'entrée en matière n'aurait pas été superflu pour mettre sur la bonne voie la lectrice que je suis. Comment déguster pleinement la scène du sous-sol, sinon ? Et celles qui suivent.

Deux ou trois indices pour faire comprendre que Fabien Delatour est sur le point de capoter auraient été les bienvenus pour que j'apprécie cette fiction à taux plein. Dire ou laisser entendre qu'il va faire l'objet d'une EMI (expérience de mort imminente), ne peut que rajouter du sel à la scène d'en-bas, à mon sens... Enfin, si j'ai bien tout compris...

C'est vraiment cette tête qui m'a manqué pour mieux appréhender le fond. Un fond de belle inspiration, soit dit en passant... Il fallait y penser de nous faire vivre les aventures d'un ressuscité.

Je suis d'avis qu'il ne faut pas systématiquement prendre la main du lecteur, mais quand même il faut le diriger un minimum pour qu'il soit en mesure de se rassasier du spectacle dans son intégralité.

Je te livre ici mon ressenti car tu dis haut et fort que tous les avis t'aident à progresser dans cette belle aventure qu'est l'écriture. Sinon, je me garde le plus possible de titiller les egos sensibles, sauf s'ils sont eux-mêmes déjà abjects, bien entendu... :))


Cat

   SaulBerenson   
12/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Fabien et Jacquouille faisant bombance dans ce village à l'écart du temps, pourquoi pas ?
Comme la pitance est bonne il y retourne. J'aurais fait pareil à sa place, mais pourquoi ses nouveaux compagnons le reçoivent-ils silencieux et contrits ? A t-il oublié d'apporter l'apéro ?

   thierry   
30/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Comme les autres lecteurs, je n'ai pas compris la fin, donc la cohérence. Sur un style plat (que c'est long) où quelques imperfections montrent que la longueur de l'histoire est proportionnelle à la rapidité de son écriture, l'aventure est aussi sans relief.
Et pourtant, c'était bien parti ! On voit bien ce petit village où nous nous sommes tous arrêtés un jour. Bon, je n'espérais pas une soucoupe volante ni des envahisseurs aux croisées d'un chemin que David Vincent ne trouva jamais... J'étais content d'y trouver beaufs et pécores aux portes de l'enfer.
Je croyais le personnage mort, arrivé à la table de Saint Pierre et le jugement dernier appliqué à la qualité de la table où il était forcément convié, par exemple.
Mais non, rien, promesse non tenue.
J'en tire la leçon qu'il ne faut pas avoir peur d'aller au bout d'une idée.
Merci pour ce partage.


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