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Humour/Détente
hersen : Double casquette
 Publié le 02/06/15  -  16 commentaires  -  23005 caractères  -  155 lectures    Autres textes du même auteur

Dur pour Ricardo, 15 ans, de concilier vie scolaire et travail avec son père. Heureusement, celui-ci ne cherche pas à reporter sur son fils ses déboires de diplômé et fera en sorte que Ricardo ait toutes les chances de réussir dans la vie. Et comme ce père n'est pas un triste, on s'en amuse !


Double casquette


Les longues jambes bronzées remuèrent doucement et un pied aux ongles laqués de bleu irisé tenta, avec lenteur, d'attraper un coussin avec les orteils. Mais le coussin retomba sur le carrelage brillant de la piscine, rebondit et tomba mollement dans l'eau. Alors un corps lisse, admirable et nu se déplaça languissamment en roulant légèrement sur le côté. Une main longue et fine dont les ongles étaient aussi laqués de bleu attrapa un autre coussin qui disparut du champ de vision de Ricardo. Le corps alors retrouva son immobilité lascive offrant au jeune homme le spectacle d'une courbure dorsale harmonieuse. Tout naturellement, Ricardo, le souffle court, allongea le cou pour voir davantage, espérant que la femme se retourne en une gracieuse rotation. Toute son attention était portée vers cette beauté qui s'offrait à son regard. Mais quelque chose l'empêchait de voir plus avant, sa tête plaquée contre un grillage ne pouvait pas avancer davantage. Il essayait malgré tout désespérément, lorsqu'il sursauta, entendant soudain une sonnerie.


Mon esprit embrumé mit quelques instants avant de reconnaître la sonnerie. Une sonnerie stridente dont j'avais pourtant l'habitude... La fin du cours. Du cours de quoi, déjà ?

Comme en réponse à ma question, monsieur Lebreuil, professeur de mathématiques, me héla de sa voix forte et grave :


– Alors, monsieur Oliveira, bien dormi ? Je suppose que l'examen, qui aura lieu le mois prochain, et croyez bien que je ne cherche pas à vous indisposer en vous le rappelant, ne vous tracasse pas plus que ça ?

– Euh… oui… non… euh, oui, oui monsieur, je sais... fut tout ce que je pus bredouiller, rien d'autre ne me venant à l'esprit.


Dans la classe, des rires que le brouhaha du départ des élèves ne réussit pas à couvrir fusèrent.

Je me dépêchai de rassembler mes affaires et de déguerpir, je n'avais en effet aucune intention de subir plus avant les sarcasmes de mon prof. Mais monsieur Lebreuil fut plus rapide et se posta dans l'encadrement de la porte, m'empêchant ainsi de sortir. Ou alors il aurait fallu que je bouscule le professeur, ou plutôt lui écrase un peu la bedaine, ce que, même sans être encore bien réveillé, je n'osai faire.

Le professeur m'invita à me rapprocher du bureau. Il tira d'une pile de copies une feuille, pas tout à fait vierge il est vrai, mais pas beaucoup noircie d'encre non plus. M'agitant la copie sous le nez en petits gestes saccadés, il s'exprima en phrases hachées, comme pour être bien sûr de se faire comprendre :


– Ce-tra-vail-mon-sieur-ne-vaut-rien, en-co-re-moins-que-le-pré-cé-dent !


Puis il éclata :


– Enfin, Oliveira, vous n'allez quand même pas vous traîner comme ça jusqu'à la fin de l'année ! Qu’est-ce qui se passe ? En début d'année, vous étiez plutôt attentif, votre travail, sans être extraordinaire, méritait qu'on s'y arrête.


Puis, se radoucissant :


– Vous avez des problèmes chez vous, ou vous subissez des pressions de la part d'autres jeunes ?


Et fronçant soudain les sourcils :


– Vous ne vous droguez pas, au moins ? Vous savez que vous pouvez demander à parler à la psychologue de l'école, si vous le souhaitez.


Brave monsieur Lebreuil !

J'esquissai déjà un pas en arrière avec la ferme intention de clore ainsi la conversation mais le professeur entendait bien faire comprendre à son élève combien il était dommage de ne pas s'intéresser davantage à une matière qui lui ouvrirait des horizons insoupçonnés encore.


– Vous savez, quand on a des possibilités, on se doit de les mettre en valeur pour accomplir quelque chose d'intéressant dans la vie. Vous êtes jeune, vous ne vous rendez pas compte à quel point il serait dommage de gâcher ces années... J'aimerais bien parler à vos parents. Je le noterai dans le carnet de liaison. En attendant, je ne peux que vous conseiller de travailler d'arrache-pied d'ici à l'examen.


Je profitai de ce temps mort dans le discours de mon professeur pour me retirer rapidement, la voie étant libre. Une fois dans le couloir, j'entendis monsieur Lebreuil, un brin énervé, clamant :


– Vous verrez, vous me remercierez un jour !


La camionnette bleue était garée comme convenu au coin de la première rue à droite. Mon père, en guise de salut, me dit :


– Eh bien, tu en as mis du temps à sortir, je commençais à me demander si tu ne voulais pas dormir sur place.

– T'inquiète pas pour ça, c'est déjà fait, même que je commence à être repéré !


Mon père tapa joyeusement un coup sur le volant et déclara :


– Bon, c'est pas tout ça, mais on a du boulot.


Il m'expliqua la tournée. Aujourd'hui, c'était plutôt chargé. Je lui demandai même si nous allions avoir le temps de tout faire.


– Oui, on va être un peu juste, reconnut mon père, et on ne va pas finir de bonne heure. Tiens, prends le sac derrière le siège, ton repas tout chaud t'attend.


Ce n'était pas de refus ! J'avais toujours faim et comme en plus la nuit allait être longue...


– Au fait, Lebreuil a dit qu'il allait demander à te voir. Ça commence à être un peu chaud et je ne sais pas si tu pourras y couper encore longtemps.


J'avais parlé la bouche pleine mais mon père avait tout compris.


– Et merde, il va falloir jouer serré, dit-il.


Il continua d'un ton énergique :


– Mais on verra ça plus tard. Pour l'instant, on va dans le quartier sud. C'est le plus urgent, une fuite en sous-sol. On ne sera pas trop de deux car dans ce quartier, les maisons sont vieilles et côté canalisations, le plus gros de la réparation, c'est de ne pas aggraver le problème en restant bêtement avec un bout de tuyau pourri dans la main.


C'était comme ça presque tous les soirs. Mon père passait me prendre à l'école et on partait faire à deux les réparations qu'il n'avait pu faire seul dans la journée. On y passait souvent une partie de la nuit, c'est dingue le boulot que peut avoir un plombier ! Pour moi, le plus dur était de continuer à aller à l'école, mais j'étais encore en scolarité obligatoire, vu mon âge. Mais bientôt, je pourrai enfin décrocher et bosser plus avec mon père. C'est ce qu'il me dit depuis longtemps, si on est un manuel, il y aura toujours du travail, pour peu qu'on soit débrouillard. Et moi j'aime bien, je suis à l'aise dans ce genre de boulot. En plus, il faut voir ce qu'on se fait comme fric ! Les gens sont complètement paniqués à l'idée d'un tuyau qui pète ou qui se bouche, alors quand on arrive, on est reçus comme le Messie. En général, les clients payent sans broncher une fois qu'ils ont compris que ce qui coûte le plus cher dans la prestation, ce n'est pas la réparation en elle-même, mais la rapidité d'intervention. Vous voulez payer moins cher : appelez votre plombier habituel, celui qui finit sa journée à l'heure où nous commençons la nôtre. Enfin, on avait notre petit business et ça marchait bien.

C'est sûr, si Lebreuil commençait à nous chercher des poux dans la tête, ça ferait pas mal de vilain. Un enfant de moins de quinze ans qui part bosser la nuit avec son père au lieu d'aller dormir pour être en forme à l'école, c'est la DDASS tout de suite ! C'est pour ça que mon père sera obligé de répondre à cette convocation.

Je lui demande :


– Dis, qu'est-ce que tu veux dire par jouer serré ?

– Ne t'inquiète pas, on verra ça quand j'aurai la convocation, me dit-il, et c'est vrai que je n'ai jamais vu mon père pris de court par les événements.

– Enfile ta salopette, on arrive.



L'air était un peu brumeux et Ricardo distinguait mal les parois grises du mur. Il marchait précautionneusement car il sentait qu'il pouvait y avoir un piège. Mais il ne voulait pas perdre de vue cette lueur au loin, il savait qu'il devait aller là-bas et qu'alors, une fois arrivé, tout irait bien. Il souffla fort pour se donner du courage et se mit à courir. La lumière était maintenant tout près. Il vit une grille de jardin. Il s'approcha, le souffle court, quand soudain il se figea. Derrière la grille, il y avait une piscine. Tout était beau, lumineux. Au bord de la piscine, il vit des jambes longues et bronzées qui remuèrent doucement et l'un des pieds tenta, avec lenteur, d'attraper un coussin avec les orteils dont les ongles étaient laqués de bleu irisé...

Dans son rêve, Ricardo en était au moment crucial, celui où la femme allait se retourner. Déjà, elle se relevait légèrement en s'appuyant sur un coude et faisait doucement basculer sa hanche pour changer de position. Enfin, elle se retournait et Ricardo était là, suspendu à ce moment féerique qu'il attendait depuis si longtemps.

Mais soudain, ce corps magnifique tant convoité se mua en un monsieur Lebreuil rouge de colère, qui criait et gesticulait.


– Cette fois est une fois de trop. Je veux voir vos parents demain à quatre heures, à la fin des cours. Et je vous préviens, ils ont intérêt à être là !


Il a bien fallu que mon père vienne le lendemain. Nous nous étions donné rendez-vous dans le bureau du proviseur. Mon père m'avait dit de ne pas trop m'en faire et que tout irait bien, mais j'étais quand même assez nerveux. Je n'avais rien d'un élève rebelle, c'est juste que j'avais une vie dans laquelle l'école n'avait que difficilement sa place.

Quand j'arrivai chez le proviseur, mon père était déjà là, ainsi que monsieur Lebreuil. Je n'étais déjà pas très à l'aise en entrant, mais quand je vis mon père, je stoppai net.

Il se tenait debout devant le proviseur, lui-même étant assis derrière son bureau. Légèrement décalé et debout se tenait un monsieur Lebreuil qui ne trouvait rien à dire, sa surprise étant totale.

Car pour l'occasion mon père avait fait des efforts : il était métamorphosé en ouvrier portugais pauvre et ne parlant que difficilement le français. Il portait un pantalon de gros velours dont la couleur d'origine, probablement noire, avait viré au verdâtre. Comme ce pantalon était trop grand pour mon père d'au moins deux tailles, alors se formaient de nombreux plis qui donnaient à ce verdâtre d'infinies possibilités de nuances. Pour aller avec, il avait choisi (?) une veste coupée dans une sorte de tweed grossier et mou dont les irrégularités étaient à ce point exagérées qu'il ne pouvait en aucun cas se confondre avec un tweed écossais. De-ci, de-là, apparaissait un gros fil orange vif. Sur la couleur de fond, une sorte de brun foncé-gris, ces petites taches vives donnaient l'impression d'une invasion de coccinelles.

Je le vis d'abord de dos. Je ne pouvais donc qu'en avoir une idée globale. Mais quand je m'avançai dans le bureau et que je vis mon père de profil, je découvris avec surprise qu'il tenait devant lui une casquette de ses deux mains. Les mouvements qu'il faisait pour la triturer attiraient l'attention sur ladite casquette, immanquablement. Une casquette comme je n'en avais jamais vu, composée de quartiers de différentes couleurs, certains vifs, d'autres sombres, d'autres à carreaux et enfin, d'autres à pois. Ce mélange surprenant donnait à l'ensemble l'allure d'un tas de petits chiffons hétéroclites que mon père aurait rassemblés là, devant lui, dans un but incertain. Heureusement (c'est une façon de parler), la visière permettait d'identifier l'objet, une visière entièrement faite d'une matière plastique fumée. Par un sens du détail inopportun sur ce genre d'objet, cette visière était fixée à la casquette par deux assez gros rivets de part et d'autre du corps même du couvre-chef. Cependant, indubitablement, le clou de cette création, je n'ose pas dire « la cerise sur le gâteau », se concrétisait par un pompon. Mais un pompon effiloché et irrégulièrement aplati, d'un rouge intense qui avait su résister aux années, malheureusement.

Mais déjà le proviseur s'adressait à mon père.


– Monsieur Oliveira, je regrette de devoir en arriver là, mais vous devez savoir que les professeurs de Ricardo se plaignent beaucoup de lui, non pas qu'il trouble les cours, mais il passe son temps à dormir en classe. Monsieur Lebreuil ici présent s'en plaint encore plus que les autres.


Alors le coup d'envoi du discours du prof de maths semblait avoir été donné.


– Vous comprenez, monsieur Oliveira, votre fils a d'énormes possibilités, il est grand temps qu'il en fasse quelque chose. Vous savez bien que de nos jours, les diplômes sont importants pour avoir une bonne situation. Ce sont les connaissances, monsieur Oliveira, qui donnent de la valeur à nos vies !


Comme mon père ne réagissait pas, triturant toujours sa casquette, monsieur Lebreuil eut un doute.


– Vous comprenez, monsieur, ce que je dis ?


Alors mon père se tourna vers moi et se mit à me parler en portugais. Sauf que je ne parle pas portugais ! Je suis né ici, ma mère était française et mon père est arrivé en France à l'âge de huit ans et a bac+5.

Mais je connais mon père. Alors, timidement, j'insiste sur le mot connaissances.


– Ah, sim, les counissances !


Nos interlocuteurs sont passablement ébranlés, pas un instant ils n'avaient imaginé cet environnement familial.

La réunion fut de ce fait considérablement écourtée. Ils se donnèrent des poignées de mains, mon père répétant, l'air inspiré, « les counissances, les counissances ».


Quand nous nous retrouvâmes tous les deux dans le couloir, mon père me glissa à voix basse :


– Ne te marre pas maintenant.

– Je vais chercher mes affaires et je te retrouve en bas. Au fait, on fait un pari : tu mets ta casquette sur la tête pour sortir de l'école.

– Tenu. Qu'est-ce qu'on parie ?

– Des Converse.

– OK, ça roule.


J'allai chercher mon sac, après avoir vérifié que mon père avait bien la casquette sur la tête, quand mademoiselle Leroy, secrétaire à l'école, sortit de son bureau. Mon père fut pris au dépourvu et retira sa casquette. Par politesse pour saluer… ou pour cacher cette maudite casquette ? Je remarquai qu'il la fourrait précipitamment dans sa poche, seul ressortait le pompon. Je rêve ou ils se sont regardés dans les yeux, un peu longtemps ?


Une fois dans la camionnette, je ne pus m'empêcher de revendiquer mon dû.


– Pour les Converse, noires et pointure 42 !

– Oh, ça va, il fallait bien que je salue cette personne, non ?

– Noires et 42.

– OK, ça va.


Puis :


– Dis donc, je pensais à ce que disait le prof de maths, peut-être que tu pourrais voir les choses autrement, peut-être que tu aimerais étudier davantage ?

– Ah bon, tu as tout compris, alors ? Je rigole. Mais dis, qu'est-ce qui t'a pris de t'attifer de cette manière ?

– En fait, je me suis dit qu'en me présentant comme ça, on n'était pas près de me reconvoquer. Ils doivent même se dire que finalement, étant donné la famille dans laquelle tu vis, tu ne t'en sors pas si mal.


Là-dessus, je ne vais pas le contredire ! Je répondis :


– Faut savoir, Papa, tu m'as toujours dit que tes études ne t'ont pas servi à grand-chose. Si tu es plombier aujourd'hui, c'est parce que tu n'as pas trouvé de boulot malgré tes nombreux diplômes.

– Oui, c'est vrai, mais ce n'est pas pour autant que mes études ne m'ont servi à rien. Peut-être que ça m'aide aussi pour être plombier et gérer mon travail. Et puis, ça m'a beaucoup ouvert l'esprit. Si tu as envie d'étudier, alors il faut le faire, on pourra toujours continuer ensemble après.


Un temps mort.


– J'ai un peu peur de t'avoir influencé dans ton choix.


Je ne dis rien. Dans un sens, ce n'était pas faux. Par exemple les maths, j'aimais bien. Mais je me demandais aussi si maintenant ce n'était pas un peu tard. Finalement, à avoir si peu travaillé à l'école, j'avais peur de ne plus être au niveau. Mon père me rassura tout de suite :


– Ce n'est pas le problème, si je te fais travailler les maths, tu rattrapes ton retard sans problème.


Je le prévins :


– L'examen, c'est dans un mois.

– C'est jouable.


Cours de maths du lendemain. J'étais pleinement éveillé et je montrais une bonne volonté qui confondit Lebreuil. Il ne s'attendait visiblement pas à ça. À la fin du cours, il m'appela, ça ne me plut pas trop parce que le bla-bla, j'avais ma dose. Mais à ma surprise, il n'aborda pas du tout ma scolarité. Il me dit :


– Ricardo, j'ai un problème de plomberie dans mon sous-sol et je me demande si votre père ne pourrait pas me dépanner. C'est plutôt urgent car pour l'instant, je dois couper l'eau si je ne veux pas être inondé. Vous croyez que ce serait faisable ce soir ?


Je fus un peu pris au dépourvu. Je lui dis que ce sera sans doute possible, ce qui eut l'air de le soulager.

Mon père n'était pas tellement partant après le coup qu'il avait fait à l'école, mais bon, c'était difficile de refuser. Alors le soir même nous voilà chez mon professeur. C'est lui-même qui nous ouvrit la porte. Mon père était en combinaison de travail. Pas moi, je ne voulais pas donner l'impression que je travaillais avec mon père. J'étais là pour traduire.


– Ah, monsieur Oliveira, vous me sauvez. Traduisez, Ricardo, s'il vous plaît, je vous emmène au sous-sol.


Je n'ai rien traduit du tout, je me suis contenté de répéter lentement certains mots. Mon père identifia immédiatement le problème, une vanne défectueuse. Il se gratta la tête, l'air très embêté. Dans un français très approximatif, il expliqua qu'il fallait changer pas mal de matériel, notamment la vanne.

Il n'avait pas ce matériel avec lui. Monsieur Lebreuil eut l'air déconfit de comprendre que la réparation n'était pas faisable ce soir. Alors mon père sortit de sa sacoche un écheveau de filasse et une petite boîte de graisse. Maladroitement, il expliqua ce qu'il pouvait faire. Mon rôle consista à apporter des éclaircissements sur ce qui allait suivre à monsieur Lebreuil :


– Avec la filasse et la graisse, mon père peut faire des joints là où c'est nécessaire. C'est plus un bricolage qu'une réparation, mais vous pourrez de nouveau utiliser l'eau courante. C'est du provisoire qui peut durer.


Mon père déjà préparait la filasse, qu'il graissait avant de l'utiliser. Il travaillait de façon rapide et précise. Monsieur Lebreuil paraissait épaté.


– Et ça va tenir ? demanda-t-il.


Je répondis qu'il n'y avait pas de problème, même s'il devrait quand même faire effectuer la réparation plus tard, mais ce n'était plus si urgent.


Il était de plus en plus curieux.


– Mais d'où ça vient, cette technique ?

– Mon grand-père portugais a appris ça à mon père quand il était petit.


Le travail était maintenant terminé. Tout content, monsieur Lebreuil demanda combien il devait. Mon père annonça alors une note un peu salée. Son client encaissa le coup, en faisant remarquer tout de même :


– Dites, c'est pas un peu cher, quand même ?


Je lui expliquai alors que la base du travail de mon père, c'était de dépanner les clients en urgence, que ça demandait une grande flexibilité dans les horaires de travail. Et qu'il fallait savoir tout faire.

Et alors, mon père, ne pouvant s'empêcher d'appuyer là où ça fait mal, dit benoîtement :


– Les counissances, les counissances !


Monsieur Lebreuil resta interdit. Je ne pense pas me tromper en disant que la justesse des propos de mon père fit mouche.


L'éclair de malice que monsieur Lebreuil entrevit dans le regard de mon père l'amena en un instant à tout reconsidérer.


– Ne me dites pas que vous vous êtes foutu de nous à l'école, quand même ?

– Eh bien, on peut toujours en discuter...


La tête de monsieur Lebreuil !

Pendant quelques secondes, il resta ainsi immobile, la bouche ouverte. Mais à un moment donné, il fut bien obligé de respirer de nouveau et l'air qu'il exhala petit à petit se transforma en un rire grave, contenu. Je ne pouvais dire s'il se moquait de nous ou s'il essayait de rester poli, tout simplement. Mon père et moi étions suspendus à ce qui ressemblait à un hoquet quand un fou rire prit le professeur, il chercha un appui pour y pleurer de rire à l'aise. Il se trouva que ce soutien fut l'épaule de mon père qui, par contagion, fut aussi pris d'un rire incoercible.

Ils sont alors devenus les meilleurs copains du monde.


J'ai finalement décidé de poursuivre mes études et je réussis plutôt bien. J'aime beaucoup cette nouvelle vie, ça m'ouvre des horizons nouveaux.

Monsieur Lebreuil vient souvent à la maison. Avec mon père, il discute des sujets scientifiques qu'ils affectionnent, mais pas seulement. Ils passent beaucoup de temps à repenser l'école, même si ça ne changera pas grand-chose. Ils savent pourtant que ce « pas grand-chose » est important. Cette opposition « manuel-intellectuel » est souvent au cœur de leurs discussions. Ils sont convaincus tous les deux que le vrai rôle éducatif devrait être un mélange des deux, l'un ne pouvant aller sans l'autre.


Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mon père. J'ai choisi avec soin mon cadeau, comme l'an passé.

J'arrive à la maison en début de soirée. La table est mise. Quatre couverts ! Avant que j'aie pu demander qui étaient nos invités, j'entends un coup de sonnette.


– Laisse, j'y vais, me dit mon père.


Je suis surpris d'entendre une voix féminine. J'entends mon père dire : « Bonsoir Juliette ». C'est qui, ça Juliette ? Je vois alors mademoiselle Leroy, toute souriante, tenant un paquet dans la main.


– Bonsoir Ricardo, ça va ?

– Je ne vous présente pas, dit mon père, vous vous connaissez déjà.


Tout souriant, tout content.

Nous étions à peine installés dans le salon qu'un autre coup de sonnette retentit. Très joyeusement, mon père va ouvrir et je l'entends dire :


– Salut Lebreuil, tu as failli être en retard !

– Ne t'inquiète pas, Oliveira, je ne raterais ça pour rien au monde.


Lui aussi tient un petit paquet dans la main. Nous voici maintenant au complet, si j'en juge par le nombre de couverts, et tandis que mon père propose à la cantonade : « Pastis ou Martini ? » Juliette déclare :


– Attends, j'ai un cadeau pour toi.


Lebreuil, jamais en reste, annonce qu'il ne passera pas à table avant que mon père ait ouvert ses cadeaux.

La tuile ! Mon cadeau, depuis cette histoire de convocation à l'école, c'est toujours le même, mais l'originalité est que chaque modèle diffère. Et cette année, j'ai fait fort. Mais c'est une histoire entre moi et mon père, ça le fait rire chaque fois. Mais mon père, lui, est assez friand de mes cadeaux et me dit :


– Et le tien, je l'ouvre aussi ?

– Écoute, Papa, tu pourrais l'ouvrir demain ?

– Non, non, pas question, mon anniversaire, c'est aujourd'hui. J'ouvre le tien en premier.


Et mon père déballe alors une casquette désopilante, affreuse, ridicule.

Puis vient le cadeau de Juliette. Je m'attends à une écharpe ou un après-rasage de marque. Mon père défait le paquet et sort... une casquette affreuse, ridicule, désopilante.

Enfin vient le cadeau de Lebreuil… une casquette… ridicule, désopilante, affreuse.

Mon père commenta gaiement ses cadeaux.


– Moi, c'est ce que je dis toujours : dans la vie, il faut plusieurs casquettes !


Chacun à tour de rôle essaya les casquettes, j'allai même chercher les autres. Et surtout, LA casquette.


Ainsi coiffés, nous passâmes une très, très joyeuse soirée !



 
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   Neojamin   
9/5/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'hésite...difficile de me prononcer sur cette nouvelle. C'est enfantin, une intrigue un peu molle mais qui fonctionne, des personnages caricaturaux mais attachant...une histoire assez originale qui a piqué ma curiosité. Un style simple mais efficace, vu le ton de l'histoire, pas la peine d'en faire plus.
Dans l'ensemble, donc, c'est plutôt bien, la chute est encore plus molle que l'intrigue et l'humour sur les casquettes un peu gros...mais on s'y fait.
Pour améliorer la nouvelle, je pense que ça ne ferait pas de mal de sortir des clichés en essayant de brosser des portraits un peu moins superficiels, juste histoire de donner de la profondeur au texte et d'en faire ressortir l'humour.
Un bon moment en tout cas.

J'ai quand même grincé sur le père qui a des diplomes mystérieux...on en sait pas plus, et ce soudain revirement dans le comportement du fils...la réaction de Monsieur Lebreuil...On est à la limite du conte de fée... Niveau crédibilité, il ne faut pas chercher trop loin !
Principale critique : le manque de profondeur, on survole votre nouvelle.

Merci!

   Shepard   
3/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Hersen !

J'avais lu cette nouvelle en EL sans avoir le temps de commenter, donc je passe les rattrapages.

Cette histoire c'est un peu un conte de noël sans la neige.
Tous les personnages sont finalement des 'bonnes gens', même le professeur est très beau joueur.
J'ai trouvé un peu "étrange" qu'à la fin, les deux amis s'appellent par leur nom de famille plutôt que par leur prénom

"– Salut Lebreuil, tu as failli être en retard !
– Ne t'inquiète pas, Oliveira, je ne raterais ça pour rien au monde."

La blague finale est un peu tirée par les cheveux...

C'est un texte léger, ni trop court ni trop long, qui fait passer un petit moment de lecture sans rester dans les annales non plus. En toute honnêteté, j'ai du mal à critiquer/juger ce texte tant il est plein de bons sentiments !

Un peu plus de rebondissements, une histoire moins linéaire, auraient peut-être permis une chute moins attendue.

A votre prochaine écriture !

   Anonyme   
3/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Hersen,

votre nouvelle m'a fait rire !

C'est bon enfant et espiègle.

Le style est sobre et bien maitrisé, et sert bien votre sujet je trouve. Après le "tout est bien qui finit bien", eh bien, c'est bien qu'il y ait des histoires qui finissent comme cela.

A vous relire.

C.

   Automnale   
3/6/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un jeune homme - le narrateur - qui ne manque pas d'occupations ! Entre ses rêves récurrents, ses activités scolaires, son travail nocturne de plombier, il a de quoi faire ! Son diplômé de père est un original fort sympathique. Le professeur, quant à lui, veille au grain. Et mademoiselle Leroy, la secrétaire - mais pas seulement ! -, n'est jamais bien loin...

J'ai fort bien imaginé la sonnerie stridente annonçant la fin du cours. Mais "Du cours de quoi, déjà ?" Car l'élève Oliveira dort... J'ai fort bien imaginé, aussi, la copie s'agitant, sous le nez, en petits gestes saccadés... J'ai vu la casquette à pompon... J'ai ri à l'évocation des "counissances" !

"Les gens sont complètement paniqués à l'idée d'un tuyau qui pète ou qui se bouche, alors quand on arrive, on est reçus comme le Messie". C'est vrai ! "En général, les clients paient sans broncher une fois qu'ils ont compris que ce qui coûte le plus cher dans la prestation, ce n'est pas la réparation en elle-même, mais la rapidité d'intervention". C'est tellement vrai ! Et cela me fait beaucoup penser à mon plombier !

J'ai bien aimé cette histoire, qui semble vécue. L'écriture, sans fioriture, est très agréable. J'ai l'impression que l'auteur écrit comme elle parle... Ou parle comme elle écrit ! En fait, ce qui me plaît le plus c'est que, même s'il est question de casquette, rien n'est tiré par les cheveux... Tout sonne juste.

C'est avec plaisir, Hersen, que je lirai un autre de vos textes.

   Jano   
3/6/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai préféré de loin le style d'écriture à l'histoire qui elle... heu... m'a un peu ennuyé. Je me suis véritablement forcé pour finir tant j'ai trouvé l'intrigue naïve et longuette. Ce n'est qu'une question de goût, il me faut plus de passion, de sentiments forts et violents pour que j'accroche.
Par contre je reconnais à l'écriture beaucoup de qualité. C'est propre, fluide, rien ne dérange la lecture. Les passages oniriques sont particulièrement bien rédigés.
En vérité j'aimerais vous lire sur quelque chose de plus percutant.

   bigornette   
3/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour hersen,

Il y a de bons moments dans votre Double casquette. Les rêves sont croustillants, l'entourloupe du père est marrante, et la morale est sympathique... et par morale, je veux parler de l'élève qui se remet à travailler.

Par contre je tique à propos de deux choses :

A sa façon de parler, le professeur enseignait déjà pendant la troisième République. Je trouve dommage que l'élève ne pense pas comme il parle, c'est-à-dire comme un ado, certes intelligent, mais un peu endormi. Exemple : "Je me dépêchai de rassembler mes affaires et de déguerpir, je n'avais en effet aucune intention de subir plus avant les sarcasmes de mon prof." Se dépêcher, déguerpir, subir, sarcasmes sont d'un registre un peu décalé par rapport à prof, qui lui est très bien trouvé. En fait, l'élève raconte son histoire comme son professeur la raconterait. Est-ce qu'il ne serait pas plus cohérent d'écrire, soit un récit à la troisième personne, soit la même histoire, mais telle que la raconterait un adolescent ?

Deuxièmement, pour moi, la nouvelle se termine à "J'ai finalement décidé de poursuivre mes études et je réussis plutôt bien. J'aime beaucoup cette nouvelle vie, ça m'ouvre des horizons nouveaux." J'ai lu la suite, mais j'étais dans les choux. Je n'ai pas compris pourquoi l'histoire continuait. Au paragraphe que je viens de citer, la morale était dite, vous aviez ouvert le récit, fin. Est-ce parce que vous aviez cette bonne idée sur les casquettes que vous n'avez pu finir là où vous auriez dû finir ? Parfois, malheureusement, il faut trancher. Vous me direz ce que vous en pensez.

Sinon, c'est bien écrit, du coup ça se lit bien, malgré le nombre de caractères qui peut faire peur à des internautes frileux, dont je ne suis pas, croyez-le. En tout cas, bien joué. Merci.

   Alice   
5/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le début m'a fait bien peur. Un peu trop d'adjectifs et d'adverbes à mon goût, puis le cliché de l'élève inattentif. Mais la suite m'a semblé moins naïve, et le style s'est placé et s'est montré plus mûr que j'en avais l'impression.
Une histoire bien simplette, mais qui fait grandement sourire. Pas si originale, mais il fallait quand même y penser, quoi. Certaines phrases ressortent un peu mal : "Je rêve ou ils se sont regardés dans les yeux, un peu longtemps ?", notamment, fait très "histoire pour enfant écrite par un adulte désireux et obligé par son éditeur de laisser des indices clairs et nets" (les questions intérieures lancées dans le vide en narration à la première personne sont toujours retorses). La dernière phrase est selon moi également de cet acabit. Bref, je dirais de laisser un peu plus deviner, d'autant plus que le style semble largement plus développé que ces sentiers battus et rebattus.

Le rêve est intéressant, mais je me demande vaguement à quoi il sert. J'étais convaincue que la dame se montrerait à un moment ou à un autre, qu'elle aurait un quelconque effet sur l'histoire. Et la narration m'y plaît moins, le passage au "il" me semble peu naturel.

Vos personnages sont fort attachants. Le père a d'office reçu toute ma tendresse, il m'a rappelé mon grand-père, un manuel ayant sans doute moins fait d'études, mais tout aussi brillant et ouvert que j'ai aimé dans vos mots.
Merci pour ce bon moment,

Alice

   Pepito   
5/6/2015
Bonjour Hersen,

Forme : correcte, pour chipoter
"un pied aux ongles laqués de bleu irisé" curieux, je voyais plutôt les ongles au bout des doigts ;=)
"étaient aussi laqués de bleu" peut-être "laqué du même bleu"
"lorsqu'il sursauta, entendant soudain une sonnerie" peut-être "une sonnerie le fit sursauter"
Le narrateur rêve à la 3° personne mais s’éveille à la 1° personne ?!
"donnaient à ce verdâtre d'infinies possibilités de nuances." peut-être "une infinité de nuances"
...

Et bien sûr, la catégorie "humour" à fuir comme la peste afin d'éviter un éventuel "bide"

Fond : oups ! là par contre...

Pour la "fillasse graisseuse" utilisée avant que le ruban téflon ne la détrône, faudrait pas confondre avec un emplâtre (sur jambe de bois)... Il a pas oublié de couper l'eau et de démonter la vanne le plombier, par hasard ?!

"mon père... a bac+5."
- en quoi ? comme si +5 signifiait systématiquement chômage...
- fils d'ouvrier > sacrifice des grands-parents > que le père a oublié pour son propre fils ?! hmmm

L'opposition manuel/intellectuel est ici simplifié à outrance, avec une situation manquant (du moins je l'espère) de réalité.

Merci pour la lecture et bonne continuation.

Pepito

   Cat   
6/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Hersen,

J’ai bien aimé votre histoire, comme j’aime la vie avec ses douces bouffées d’optimisme. Cela fait du bien – dans ce monde de brutes et d’imbéciles - de croire quelques instants que les contes de fées existent.

Malgré certaines maladresses, déjà relevées par les autres commentateurs, votre nouvelle est bourrée de bons moments - j’aime beaucoup la complicité qui règne entre le père et le fils, ainsi que l’histoire d’amitié avec le prof, et celle qui se profile à l’horizon avec Juliette Leroy. Bourrée de bons moments, donc, mais aussi pétrie de bons sentiments.

Votre écriture est fluide et les personnages, en particulier celui du père, sont attachants, même s’il manque, à mon goût, un peu d’épaisseur qui mettrait en exergue l’humour de ces « bons vivants » (une critique que je ne devrais pas faire puisque je suis incapable de vous conseiller la bonne manière pour y parvenir).

L’introduction me donne l’impression, quant à elle, d’avoir été rajoutée après coup. Pour moi elle n’est pas dans le même style, elle ne cadre pas avec l’atmosphère de l’histoire. Et puis je m’attendais à ce que le personnage du rêve de l’adolescent entre en lice à un moment où à un autre, et rien, nada… il est juste là comme un cheveu sur la soupe même si je comprends le fil d’Ariane que vous avez voulu tisser pour étoffer la scène de son sommeil en classe. Je vous avoue avoir même pensé - à cause de ce genre de rêve typiquement masculin^^ - que vous étiez écrivain « homme ». Sans doute parce que vos interventions, ici où là, ont quelque chose de familier, comme si je vous avais déjà croisé(e) en ces lieux (?)…

En attendant d’en apprendre (peut-être) davantage, je vous remercie pour le partage.

J’aurai plaisir à vous relire.

Cat

   CharlesH   
1/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Lecture sympathique et l'histoire file sans effort, avec un sourire constant accroché aux lèvres aboutissant à un rire retentissant lorsque le père dit benoîtement : Les counissances, les counissances !

L'idée de remettre en question la scolarité, confrontée au métier de plombier est bonne: "Il faut voir ce qu'on se fait comme frics " et on se demande pourquoi il y a tant de décrochage. Le premier message est clair : les professeurs ont plus besoin de plombiers que l'inverse. Une fois ce message passé, la situation s'inverse et la morale normale revient s'installer, un choix de "happy ending" qui se tient, mais qui décale avec le début. J'ai bien aimé votre nouvelle pour l'atmosphère générale, un père attachant et un récit sans complication.

   carbona   
1/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je n'accroche pas aux petits paragraphes en italique, les rêves de Ricardo.

Je tique sur certaines constructions de phrases que je dois relire :

- "– Euh… oui… non… euh, oui, oui monsieur, je sais... fut tout ce que je pus bredouiller, rien d'autre ne me venant à l'esprit."

- "Je suppose que l'examen, qui aura lieu le mois prochain, et croyez bien que je ne cherche pas à vous indisposer en vous le rappelant, ne vous tracasse pas plus que ça ?"

- "Dans la classe, des rires que le brouhaha du départ des élèves ne réussit pas à couvrir fusèrent."

- "Ou alors il aurait fallu que je bouscule le professeur, ou plutôt lui écrase un peu la bedaine, ce que, même sans être encore bien réveillé, je n'osai faire."

- "En début d'année, vous étiez plutôt attentif, votre travail, sans être extraordinaire, méritait qu'on s'y arrête.

-"c'est juste que j'avais une vie dans laquelle l'école n'avait que difficilement sa place."

- "Les mouvements qu'il faisait pour la triturer attiraient l'attention sur ladite casquette, immanquablement."

- "mon père est arrivé en France à l'âge de huit ans et a bac+5".



La description de la casquette est un peu longue, le début très bien, très imagé mais la suite peu parlante < " Par un sens du détail inopportun sur ce genre d'objet, cette visière était fixée à la casquette par deux assez gros rivets de part et d'autre du corps même du couvre-chef. Cependant, indubitablement, le clou de cette création, je n'ose pas dire « la cerise sur le gâteau », se concrétisait par un pompon. Mais un pompon effiloché et irrégulièrement aplati, d'un rouge intense qui avait su résister aux années, malheureusement."

Je me suis bien laissée emportée par cette histoire jusqu'au basculement que je trouve un peu rapide : l'amitié entre le père et le prof arrive très vite;

A partir de là, j'ai moins aimé le côté "réflexion" de l'opposition manuel/intellectuel que je trouve abordée d'une manière qui manque de subtilité et la référence aux casquettes qui est "gentillette" mais qui ne me séduit pas.

La fin de votre récit est trop "happy-end" à mon goût, un petit peu à l'image d'un récit éducatif pour jeune public.

Merci pour cette lecture.

   Bidis   
17/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai trouvé cette nouvelle bien écrite, agréable à lire avec un début intrigant (j'ai regretté qu'il se soit s'agit d'un rêve). Les personnages sont bien campés, l'histoire est claire et amusante avec du fond quand même. Mais la chute, à mon avis, est un peu plate, inutile en fait. Il aurait fallu trouver autre chose ou s'abstenir.

   GLOEL   
19/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Belle ecriture avec un style vivant et enlevé comme un bon moment de jeunesse.

   singuriel   
22/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien
L'histoire est jolie. Le déroulement est bien pensé. Un beau conte qui illustre de manière plaisante la connivence entre père et fils.
Le fantasme d'adolescent - qui sert de pont temporel - est une belle trouvaille mais il aurait mérité d'être totalement inclus dans l'histoire; peut-être en lien avec Juliette ?
Je m'attendais à ce que le thème manuel/intellectuel soit développé et ne serve pas seulement de support à l'amitié naissante entre le père et Lebreuil.
Mai j'ai passé un bon moment dans cette ambiance d'inconscience légère.

   matcauth   
19/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

j'ai beaucoup aimé le fait que ce sujet là soit évoqué. C'est rare, quand même. Moi qui disait que tout avait été écrit, eh bien non !
Rien que pour ça, déjà, le texte est de qualité. Mais par contre, on me prend trop par la main pour me dire que l'enfant doit étudier à l'école. Je préfèrerais que cela se fasse sans en passer par ces conversations dans la camionnette entre le père et le fils. Les choses sont trop dites, dans ce texte. Tout est trop expliqué.

Le moment ou le professeur découvre la supercherie aurait dû être plus intense, plus... tragique, même si le mot est fort. ça aurait donné du relief. Je ne sais pas, le père qui panique et s'enfuie, quelque chose comme ça.

La fin est trop longue également. Comme s'il fallait une chute à tout prix (ça, c'est un problème que je rencontre tout le temps quand j'écris !!).

Voilà, un texte quand même sympa, marrant. Mais trop explicite, à cause de ces conversations entre le père et le fils.

   hersen   
19/11/2016


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