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Sentimental/Romanesque
hersen : Folie douce
 Publié le 17/07/20  -  18 commentaires  -  4902 caractères  -  88 lectures    Autres textes du même auteur


Folie douce


C’était un soir comme les autres. Je regardais les herbes se coucher sous le vent, j’écoutais le chant des oiseaux. Je me repaissais de la paix du lieu.


Un nuage de poussière a attiré mon attention, un nuage léger, un nuage de visite. Le soleil entreprenant déjà son coucher, j’ai mis ma main en visière pour n’être pas éblouie par son feu. Et c’est éclairée de ces tons orangés de fin de jour que j’ai vu une silhouette.

Sa silhouette.

Avait-elle changé ? Oui, sans doute, mais je l’aurais reconnue entre mille, malgré mille changements dont je n’ai rien voulu savoir à ce moment. La joie est égoïste. La joie est aveugle.


Le nuage s’est assoupi et nous avons été face à face au milieu du chemin. Il m’a dit, bonsoir, comment vas-tu ? Nous nous sommes étreints. Nous nous retrouvions en un instant.

J’ai dit, ça va, je suis toujours là, à vivre à ma manière. Il a souri, parce que son truc c’est ça, sourire. Quoi qu’on dise, quoi qu’il arrive, sourire, parce que la vie vaut de sourire et rien, pour lui, n’est si important qu’il faille s’en priver. Puis il a même ri un peu, tout doucement, il a ri des yeux et il a dit, oui, je sais, tu es toujours là, à vivre à ta manière. C’est pour ça que je t’aime. Que je viens.


Je lui ai donné la main, nos mains mêlées qui nous ont tant apporté, ces mains qui ont mêlé nos âmes depuis toujours, et nous sommes arrivés sur la terrasse. Il a posé son sac, un sac de voyage si léger, si usé. Et il en avait aussi un autre. Comme toujours quand il venait. Cette fois-ci, c'était un sac mouillé, plein de glace qu’il avait dû acheter à la station-service, pour maintenir le contenu au frais. Sans l’ouvrir, j’ai levé les yeux vers lui, interrogative.


Des gambas, a-t-il répondu à mon regard.


Des gambas ? C’était la première fois ! D’habitude, c’était des choses plus simples, qui ne demandent pas de préparation. Qu’il avait produites lui-même. On partait dans le champ d’à côté, on s’asseyait et on mangeait, de la viande séchée ou des cornichons avec un bout de fromage durci, c’était toujours signifiant, ces cadeaux partagés ; il m’offrait une part de son temps passé loin de moi. Aujourd’hui, des gambas ? J’ai eu un mauvais pressentiment. C’est trop cher pour lui, c’est trop compliqué à préparer. Alors j’ai pensé qu’il allait rester, cette fois, un peu plus longtemps. Qu’il était fatigué d’être sur les chemins.


Nous avons préparé les crustacés, il a été se promener dans le jardin cueillir des herbes, des tomates, des citrons. Toujours il souriait, et moi j’avais le cœur serré, plus il souriait plus mon cœur se serrait.

J’ai compris bien avant qu’il n’évoque.


Quand le plat fut prêt, je lui ai dit, attends, je suis sûre que j’ai une bouteille. Alors il a caressé le chat pendant que je farfouillais dans le désordre de la resserre qui m’était habituel. Il savait que je savais, et quand je suis revenue, brandissant une bouteille poussiéreuse, criant, je l’ai, j’étais sûre de la retrouver ! il ne m’a pas demandé si c’était un grand cru, il a bien compris que cette bouteille sans étiquette avait une valeur de don, de trace d’un passage, d’un ami ou d’un voisin.


Dans un panier, les gambas et la bouteille.


Nous nous sommes assis dans le champ, la nuit était maintenant illuminée d’étoiles. Nous avons mangé ces gambas de là-bas et nous avons bu ce vin d’ici. Il n’a pas beaucoup parlé. Moi si. J’ai parlé de tout, de rien, gaiement. Un ton aussi léger que ce vin d’ici. Parce que parler pour ne rien dire aide à occulter.


Puis il m’a interrompue, doucement, avec toute cette douceur du monde dont il avait le secret, il m’a dit, je suis désolé.


Dans la nuit si douce, mon ami m’a dit, le seul ami que j’aie jamais eu, celui qui venait du bout du chemin en levant un léger nuage de poussière, il m’a dit, cet ami, je suis désolé, parce que je ne reviendrai plus, j’arrive au bout de mon chemin.


En silence, nous avons mangé d’autres gambas et bu un peu plus de vin sous le regard lumineux des étoiles.


*


Le champ est si grand maintenant. Des hectares de vide m’entourent. Et pourtant, c’est au milieu de cette prairie semée de noir que j’aime venir m’asseoir, à la nuit tombée. Pour te retrouver. Je parle à la nuit, de tout et de rien, gaiement. Et les étoiles envoûtées se rassemblent, pour moi elles décomposent leurs constellations savantes et se pressent les unes contre les autres pour ne rien rater du spectacle, les petites devant et les grandes derrière. Elles allument leurs feux, les dirigent sur la scène où je suis debout, où je suis brave. On entend des chuuuut, ça va commencer, et je raconte, je raconte, je te raconte dans ce halo de poussière de lumière.


Quand le one soul show est fini, je m’écroule dans l’herbe rafraîchie par la nuit et j’attends en dormant que le bleu soleil éclate au bout du chemin, ce soleil familier qui coule mes jours.


 
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   plumette   
19/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
beaucoup de mélancolie dans cette rencontre ultime.

En voilà 2 qui communiquent avec quelques mots, certes, mais avec beaucoup plus que cela.

la narratrice devine avant que ce soit dit. Et qu'est-ce qui est dit exactement? " j'arrive au bout de mon chemin" phrase pudique pour dire que la fin de la vie est annoncée. C'est du moins ce que j'imagine. L'homme est malade, et il sait que cette maladie l'emportera.

Ce texte m'a émue. Il m'a fait rêver aussi. Une amitié pareille, ça existe dans la vraie vie? L'auteur nous permet d'y croire grâce à son écriture toute en délicatesse.

Mon unique réserve est pour le titre. De quelle folie douce est-il question? J'aimerai bien l'éclairage de l'auteur.

Plumette

   Donaldo75   
27/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a une belle tonalité dans ce texte. L’écriture retranscrit bien la tristesse de la situation. Les scènes sont amenées par petites touches, avec finesse. Il faut peu de mots pour développer l’émotion. Cette sobriété participe à la réussite du récit.

Bravo !

   IsaD   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Des mots simples qui racontent nos histoires simples. Un jour, on vient, puis on s'en va.

J'ai aimé cette longue rencontre que l'on devine derrière les mots, les moments d'intimité, et l'acceptation, sans autres formalités, de ce qui est.

Tout au long du récit, il y a l'accueil : l'accueil à l'autre, l'accueil à soi, l'accueil des choses qui se finissent, car ainsi va la vie.

Et puis, l'on sait dans ce texte que la fin n'est pas celle que l'on imagine bien souvent.

Votre narration, tout en retenue, laisse exhaler un parfum de sérénité.

Merci à vous.

   placebo   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé également. En peu de mots, les personnages, la relation, le lieu, et surtout l'atmosphère sont posés.
L'écriture fait très "naturelle", en lien avec le texte et la contemplation de la narratrice.

"Je me repaissais de la paix" : pas très convaincu.
"one soul show" : mot créé à partir de "one man show" ? Cette partie sur les étoiles m'a l'air un peu plus forcée, comme avec "les petites devant et les grandes derrière".

Bonne continuation,
placebo

   maria   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour hersen,

J'imagine qu'ils sont du genre à partager un dernier morceau de pain, mais quand ils s'agit des ennuis, c'est du chacun pour soi, et pas un pour rattraper l'autre !
Quelle élégance !

Très joliment écrit, merci hersen (sauf pour les mots anglais)

   Pouet   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

j'ai vraiment aimé l'écriture, c'est doux, très agréable.
Juste ce qu'il faut de dire et de suspension.
Juste la justesse.

J'ai visualisé (faut pas me demander pourquoi) un coin des USA, une grande maison en bois, un perron et quelques marches donnant sur un chemin de terre, un chemin infini chatouillant l'horizon. Au bout du bout du monde, au bout du bout de soi, au bout du bout de l'autre.

Franchement, j'ai beaucoup aimé.

   papipoete   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour hersen
Dans la poussière au loin, je l'ai reconnu cet ami ; mon seul véritable ami ! Il venait avant et revenait encore, et je riais, et nous riions ensemble. Mais c'est la dernière fois qu'il revient ; la vie va me le prendre...
NB d'abord bravo pour la réussite ; un poème et une nouvelle publiés de concert... faut le faire !
Ce récit est triste et gai à la fois, puisque l'homme qui s'en était allé loin de cette femme " vivant à sa manière ", revient mourir auprès d'elle pour ne plus jamais la quitter.
La fin du récit est très touchant quand " elle " parle à la nuit pour " te retrouver "

   ours   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Hersen

L'absence de dialogues, enfin si l'on excepte la réponse faite à un regard, donne une tonalité particulière, évanescente, comme un souvenir nébuleux que l'on évoque. On aimerait tant qu'ils se parlent 'vraiment' mais c'est inutile car ces deux là se connaissent très bien, et cette intimité est très bien rendue ici. Ce détail inhabituel annonciateur d'une terrible nouvelle est tellement bien vu ! On imagine qu'ils se connaissent bien au delà de ces visites impromptues.

J'avoue avoir été ému et transporté par ce récit court qui sait capter l'instant et l'émotion pour les partager.

Merci du partage

   Babefaon   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hersen,

Un joli texte empreint de douceur, de nostalgie et de poésie, avec des mots simples pour parler des rencontres qui ont compté, des chemins qui se sont croisés et qui se séparent à jamais.

On ne sait pas grand-chose de ces deux-là, sinon qu'ils ont été proches, très proches même, à nous d'imaginer le reste, puisqu'il n'y a pas de dialogues, pas d'explications. Peu importe.

De jolies images et un festin d'adieu à leur hauteur !

   sympa   
17/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Hersen,

Beaucoup d'émotion et de tristesse pour ces ultimes retrouvailles entre deux amis de longue date et me semblant très fusionnels.
Un menu inhabituel pour un ultime moment partagé , et ces mots: "je ne reviendrai pus, j'arrive au bout de mon chemin" qui confirment que ces retrouvailles seront les dernières.

C'est triste, émouvant et beau .
J'ai beaucoup aimé cette histoire touchante.

   Corto   
18/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Hersen,

La sobriété des mots et du ton crée ici une scène quasi cinématographique. Dès les premières lignes j'ai cru entendre en fond une musique d'Ennio Morricone accompagnant "Un nuage de poussière a attiré mon attention, un nuage léger, un nuage de visite".
En même temps on ressent l'isolement paisible de l’hôtesse et son émotion qui grandit puis la musique frappe une apothéose sur "Sa silhouette".

J'ai vu aussi le "sac mouillé, plein de glace" qui devait un peu couler, accessoire certes mais dont on découvrira plus loin l'importance.

Ainsi le style minutieux permet d'accéder aux éléments centraux jusqu'à bien sûr ce sommet "moi j’avais le cœur serré, plus il souriait plus mon cœur se serrait.
J’ai compris bien avant qu’il n’évoque."


Nous vivons ici un moment extrême, de cette amitié indéfectible, indispensable, dont il va hélas falloir faire le deuil.

Le "one soul show" est une belle trouvaille même s'il faut la relire plusieurs fois pour la saisir dans son symbole.
Le final me semble presque trop paisible après une si grande émotion. Mais tant mieux si on évite l'effondrement grâce au souvenir qui tente de consoler.

Grand bravo pour cette force d'évocation si bien menée.

PS: je reste pensif devant l'expression "Je me repaissais de la paix du lieu".

   Yannblev   
19/7/2020
Bonjour Hersen,

Un texte court comme je les aime car suffisant amplement pour transmettre les émotions qu’il voulait et décrire avec à la fois finesse et simplicité la magnificence quelquefois de choses qui nous entourent et qu’on ne remarque pas spécialement à première vue.

L’histoire des séparations définitives est courue mais ici, grâce à la fluidité et la qualité du récit, elle prend une dimension particulière et qui ne laisse pas indifférent.

Merci pour ce moment.

   Alfin   
20/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,
J’aime beaucoup la mélancolie douce présente dans tes textes. Tout est décrit avec beaucoup de poésie dans une description qui est parfois foisonnante, parfois lacunaire en fonction des ambiances et de ce qui doit être sous-entendu.
On comprend que la narratrice est indépendante et apprécie les visites à l’improviste de son ami. Leurs âmes mêlées n’ont pas besoin de se croiser pour se comprendre. Ils ne se verront plus, mais il continuera d’exister pour elle et son public lumineux, à travers les anecdotes dont elle se souvient.
Un style, comme toujours très visuel et palpable. Les personnages, même s’ils ne sont pas décrits, sont des êtres vivants que l’on aime côtoyer pour les quelques minutes que dure la lecture de tes nouvelles.
Merci beaucoup pour cette lecture

   solo974   
23/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,
Ta nouvelle m'a beaucoup émue.
J'en ai aimé la construction et le style, bien sûr.
Il est à la fois simple et tout en douceur - mot qui revient du reste à plusieurs reprises dans ton texte.
Les phrases sont courtes, parfois réduites à un simple groupe nominal, et j'ai trouvé que cela illustrait très bien la thématique même de la séparation.
Bien à toi et merci pour le partage !

   hersen   
25/7/2020

   Lulu   
26/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"ce soleil familier"... quels jolis derniers mots à la fin de cette nouvelle pour cette "Folie douce". Ce texte est effectivement très doux et poétique dans ses images et les représentations que l'on s'en fait. J'ai imaginé, à partir des mots de la narratrice, un beau désert de solitude où la couleur dominante était un désert réel tel qu'on peut souvent se l'imaginer... couleur sable où le ciel prend toute son ampleur pour raconter.

L'image d'un nuage apparaît comme une belle entame pour dire ce qui se crée dans l'imaginaire de cette "Folie douce", tranquille, ou la solitude est toute relative, comme un écho où le chemin est juste apparent.

Mais la douceur est au-delà des apparences, finalement. Je me demande si je ne la trouve pas surtout, dans ce texte, au travers de la brièveté de l'évocation et de celle du texte lui-même. Plus long, ce texte n'aurait peut-être pas eu la même densité, car après lecture, il demeure tout plein de pistes de lecture.

Merci du partage chère Hersen.

   Cat   
27/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est tout plein de jolies trouvailles, de celles qui donnent le ton à cette histoire où la mélancolie nimbe douloureusement la douceur, comme un pincement au cœur. Une douceur qui me parle de choses familières.
''Un nuage de visite'', ''le nuage s'est assoupi'', ''ces mains qui ont mêlé nos âmes depuis toujours''... pour ne citer que celles-là.

L'ambiance n'est pas sans me rappeler un autre de tes textes (pardon, je ne retrouve pas le titre!) où il est question d'un couple d'amis/amants qui se retrouve tôt le matin, à touiller le sucre dans un café en grignotant du bolo de arroz.

Comme dans cette nouvelle, on n'apprend rien de spécial sur les protagonistes, cependant, tout ce qui se laisse deviner sur eux à la grâce de ton écriture, fait tilter l'imagination du lecteur, qui n'a plus qu'à se laisser emporter par le climat éthéré et si lourd pourtant où baigne la scène.

En fait j'ai tout compris ;) ton mode opératoire c'est d'appâter le chaland qui s'est laissé apprivoiser devant les reflets de ta vitrine, pour l'emmener dans sa propre maison.
Bien joué ! ^^

A te relire, hersen. Et merci pour cette douce folie.


Cat

   troupi   
30/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime les nouvelles courtes, un peu comme une poésie qui ne dirait pas son nom.
Quand le texte n'en dit pas trop, juste assez pour laisser au lecteur sa part d'imaginaire, alors il me semble que c'est là que peut venir s'installer, en douce, la poésie de l'instant.
Texte émouvant, faut-il être fou pour accepter la mort avec autant de sagesse ?
Ou juste croire en une espèce d'ailleurs qui nous servirait de béquille pour se relever ou au moins s'apaiser?


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