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Sentimental/Romanesque
hersen : Vue sur beau mec
 Publié le 03/08/19  -  24 commentaires  -  7695 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

En réponse au défi Handicap-é alors.


Vue sur beau mec


C'est qui ?


Ah ben tiens, ça ne m'étonne pas : je lui envoie un SMS pour lui dire « vue sur beau mec » et tout de suite la voilà qui s'inquiète. Dans trois minutes elle rapplique, c'est couru d'avance.


chaipa


C'est fou comme elle passe sa vie à flipper pour moi ! C'est elle qui m'a dit, viens, on va prendre un verre au « Trois-mâts », on a vue sur la mer. Puis un collègue l'a appelée du boulot. Tu m'attends, hein, j'en ai pas pour longtemps ! Alors je l'attends en m'occupant comme je peux.


J'arrive !


Qu'est-ce que je disais, elle est trop, quand même ! Tiens, la voilà qui déboule au pas de course. C'est pas possible, elle me croit aux prises avec un sadique ou quoi ? J'en suis sûre, elle va me poser mille questions avant de reprendre son souffle, scruter la terrasse du café puis me faire la leçon. Je sais tout ça par cœur. Elle va dire que je me fais du mal pour rien, qu'il ne s'agit pas d'entrevoir quelqu'un pour effacer une ombre. Une fois, elle m'a même suggéré de me remettre à l'aquarelle ; t'étais bonne, à l'aquarelle, tu faisais des trucs super ! Oui, ben les trucs super, ça a fait son temps et la peinture, c'est comme le reste : sans âme, ce n'est qu'un torchon. Je crois que c'est la seule fois où je ne l'ai pas aimée, elle m'a dit la vérité : je devrais me remettre à peindre.


Mais je n'ai pas envie. Peindre quoi ? Pourquoi ? Y a plus trop de nuances, dans ma vie, et je n'ai pas le courage de les réinventer. Le beau mec, je l'avais dans mes bras tous les soirs. Et tous les matins aussi. Et tous les midis si on voulait. Je jurerais au nom de n'importe quoi que c'était le plus beau mec du monde. Et puis tout ça, ça s'est arrêté d'un coup. C'est plombant comme un cercueil, la vie.


Lila, hou hou !


Dingue ! Elle me voit, je la vois, et il faut qu'elle m'appelle tout fort. Le temps d'adresser des petits sourires à la ronde, de nous faire copieusement remarquer et la voilà qui s'assoit à ma table. Tu bois quoi ? Un Perrier-citron, j'ai chaud d'avoir couru.


Tu m'étonnes !


Bon alors, c'est qui ? Il est comment ? Tu lui as parlé ?


Soudain, je n'ai plus trop envie de jouer, de la faire marcher ; plus trop envie non plus qu'elle me balance la réalité. Et pourtant, elle est la seule qui me connaisse à fond, la seule à qui je permets de me dire des vérités que j'encaisse mal. Alors je me résigne à lui montrer celui qui m'ignore superbement quand je le regarde assidûment. Et qui me regarde dès que je détourne les yeux. Ah ah ah, c'est top, on est en plein roman. C'est vrai, ça m'amuse, mais j'ai comme une boule au fond du ventre. Je fanfaronne, ça marche toujours bien, de fanfaronner, ça fait oublier. Et puis Marie est avec moi, alors de quoi je me plaindrais, hein, de quoi je me plaindrais de ma vie ?


Le mal rasé à la dernière table, avec un journal.


Je sens que Marie est sonnée.


Mais... mais... t'es dingue ou quoi ? Il est... il est...


Je le savais. C'est plus fort qu'elle. Jamais elle ne fera l'effort d'avoir mes yeux, jamais elle ne pourra envisager un autre angle. Il faut toujours qu'elle voie en premier ce qui cloche. C'est vrai que pour le coup, ça cloche pas mal.


Il est... il est...


... En fauteuil roulant, oui, j'ai remarqué moi aussi. Mais tu vois, je me dis que ça lui va bien, tu as vu comme il a une belle main, posée sur le bras de son fauteuil. Quand il a plié son journal, il l'a fait si élégamment, puis il a regardé les gens passer sur le trottoir, tous ces promeneurs en tongs et en short, déambulant sur le front de mer. Je ne sais pas comment te dire, mais tu vois, il a une présence...


Je n'ose pas tenter le mot « charme », je me sens déjà un peu borderline et il ne faut pas trop pousser le bouchon. Et puis Marie passant la soirée avec moi, il est de mon intérêt de minimiser la provoc.


Le Perrier-citron n'arrive pas ; elle décide d'aller houspiller le serveur. Je le plains par avance, elle est carrée, Marie. Quand elle revient, je m'apprête à partir. Quoi, tu vas où ? D'instinct, elle regarde vers la fameuse table, désormais vide. La boisson arrive enfin, mais il semble que tout, toujours, arrive trop tard pour elle. L'idée qui me frappe à ce moment est celle de quelqu'un de dévoué, qui en oublie sa propre vie. Qui a besoin d'une béquille humaine, quelqu'un à soutenir, à aider, pour vivre elle-même ; son gouffre démesuré se remarque à cet instant, moi voulant partir pour suivre cet homme. Elle n'en croit pas ses yeux, elle ne me pense pas capable, finalement, de la laisser tomber. Elle. Elle qui m'a ramassée quand j'étais plus bas que terre. Elle avec toute sa bonne volonté. Elle avec tout son amour, aussi, car d'une certaine façon, elle m'aime à l'aune de l'abysse que je comble dans sa vie. On a besoin des autres, tous autant qu'on est.


Non, tu ne vas pas le suivre ?


C'est ce que j'entends, mais avec un sous-entendu grinçant comme me laisser ?


C'est à ce moment-là que je comprends pourquoi la pitié est méprisable. Et je sais de quoi je parle. Je comprends précisément qu'elle ratatine celui qui l'éprouve bien plus sûrement que celui qui la subit quand je vois les yeux de Marie, cette chère Marie toujours présente, se teinter d'horreur en même temps que d'incrédulité. Elle est blessée. Et moi, je me sens minable. Car je ressens envers elle de la pitié d'être ainsi attachée à moi qui ne lui rends pas souvent l'affection qu'elle me porte, l'attention, son souci constant de mon confort. Elle m'offre à la fois son temps et sa vie privée et moi, je la laisse tomber, au milieu de la foule, pour un inconnu qui déjà a bien avancé. Il faut que je me magne, faut pas que je le rate, celui-là. Je veux soudain que l'envie de reprendre mes pinceaux resurgisse, j'ai envie des nuances, j'ai envie de retrouver mon âme perdue.


Marie, flippe pas, je vais juste lui dire un mot. C'est bon, on ne va pas se fâcher pour ça, si ?


Je vais avec toi, Lila, c'est mieux.


Non, c'est pas mieux. Tu bois ton eau. On se retrouve plus tard.


Je rassemble mon sac et mon téléphone, quitte la table et cherche des yeux le fauteuil roulant. Je ne le vois plus sur le front de mer. Bon sang, il n'a pas pu aller si vite, quand même ! Alors je me mets en route, en me dépêchant. Les gens s'écartent, interloqués, mais n'osent rien dire.


Je prends de justesse un passage piéton qui vient de virer au rouge. Les automobilistes attendent gentiment pour démarrer.


À force de me démener, je finis par le trouver. Il est au bout de la jetée. Je connais bien cet endroit, l'accès n'est pas évident car un peu étroit. Mais au pied du phare, c'est grandiose ; il y a l'océan à perte de vue, un horizon qui me fait tout oublier à chaque fois que j'y viens.


Là où ça se rétrécit, j'ai eu chaud, j'ai failli me rétamer. Je m'érafle juste un peu. Et quand, déterminée, je reprends mes efforts pour foncer, je vois qu'il me regarde. Il se marre et m'attend.


Je me demande bien pourquoi je me presse comme ça, il ne peut aller nulle part, c'est un cul-de-sac. À moins de se jeter à l'eau.


C'est quand nous sommes tout près l'un de l'autre, autant que l'appareillage le permet, que j'ouvre la bouche. Comme je n'ai rien à dire parce que dans ma précipitation, je n'ai pas eu une seconde pour anticiper, je lance la première chose idiote qui me vient à l'esprit.


À cause de quoi, le fauteuil ?


Je crois que ça lui plaît comme entrée en matière. Il répond simplement, comme s'il s'agissait de la conversation la plus habituelle du monde.


Accident de plongée. Et toi ?


Moto.


Puis on se cale comme il faut, bien assis face au large, pour regarder la mer. Putain ce qu'on est bien !


 
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   Luz   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour hersen,

Et voilà le commentaire sur ta nouvelle que j'avais écrit au moment du défi :

"C'est une nouvelle très réussie, qui a du style, beaucoup de dynamisme et de finesse. On ressent vraiment une séquence de vie, son anxiété et ses espoirs... Et puis j'aime bien la chute, vraiment inattendue (enfin pour moi).
J'avais perdu de vue le mot "rétamer", que j'adore ; merci de me l'avoir retrouvé..."

Donc, rien à ajouter, si ce n'est que cette nouvelle me plait de plus en plus.

Très bonne journée !

Luz

   Pouet   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

c'est bien foutu, me suis fait avoir. M'attendais pas à ce que la fille soit en fauteuil.

Bien sûr, après coup, le "suivre" en italique, le "Alors je me mets en route, en me dépêchant. Les gens s'écartent, interloqués, mais n'osent rien dire." puis "rétamer" et "érafler", eh oui, et aussi "Les automobilistes attendent gentiment pour démarrer." dont on ne voit pas bien l'utilité en première lecture prend plus sens.

L'écriture est simple et efficace.

Bien aimé les considérations sur l'empathie, le besoin d'exister à travers les souffrances de l'autre.

Bien aimé aussi les petites expressions "couru d'avance", "de la faire marcher"... Ben, oui, quoi.

Bien aimé aussi la peinture, les nuances de l'existence, tout ça...

Tendre et vivifiant.

Bref, bien aimé.

Vraiment.

Beaucoup, en fait.

Avec vue sur mer

En roue...

Libre.

Ouaip.

   Eclaircie   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Hersen,

J'ai adoré :
l'histoire,
la manière de la narrer
l'alternance des dialogues et des discours intérieurs
les portraits si bien réalisés de ces deux amies
leurs rapports forts et ambigus parfois
la chute qui ne prévient pas

Le titre
Les petits détails qui à la relecture font prendre toute la dimension de la chute.
Le flash sur "ce beau mec" au "détail qui cloche" (là on pense être au cœur du sujet, mais le rebondissement nous guette, sans qu'on le sache)
Le naturel des deux dernières répliques, leur authenticité.

Tout parfait pour moi !

Bravo
Éclaircie

   maria   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,
heureuse de te retrouver et de découvrir ce texte : une belle symbiose entre le rythme et le ton de la narration avec la situation des personnages.
C'est très agréable de lire une histoire qui finit bien, faisant triompher les sentiments les plus simples.

Merci pour le partage.

   troupi   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Hersen.

Très beau texte sur un sujet pas évident.

J'ai beaucoup aimé les dialogues très naturels et la chute que l'on n'attend pas est aussi très bien amenée.

je ne peux pas apporter grand-chose à l'auteur par mon com sinon lui dire que j'ai beaucoup apprécié l'écriture simple directe légère et pour un tel sujet c'était indispensable pour ne pas plomber l'ambiance.
Merci.

   Cristale   
3/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
À moi itou cette nouvelle m'a plu lors du défi.
Ce matin j'ai passé du temps pour t'offrir un com' digne de ce nom et paf ! J'ai appuyé je ne sais où mon com à disparu ! Alors, je viens te dire que....bref tu le sais :)

Je ne puis que réitérer mes mots en lecture du texte alors anonyme:

Une écriture vive et colorée qui emmène le lecteur jusqu'au bout de la jetée sans le laisser en plan...pas comme la bonne copine et je comprends la situation :
"- Je vais avec toi Lila, c'est mieux
- non c'est pas mieux bois ton eau. On se retrouve plus tard."

J'aime beaucoup les dialogues, le côté moderne du récit et : "quand nous sommes tout près l'un de l'autre...."

*****

La fin se passe de commentaire :


"Accident de plongée. Et toi ?

Moto.

Puis on se cale comme il faut, bien assis face au large, pour regarder la mer. Putain ce qu'on est bien !"



Putain c'que c'est beau hersen!

Cristale
qui s'en va regarder son océan...

   wancyrs   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Salut Hersen,

Émouvant ton récit, en plus narré de façon magnifique. Je me suis fait avoir moi aussi de découvrir la femme en fauteuil roulant, et c'est le comm de Pouet qui m'a mis la puce à l'oreille. Le personnage de Marie est bien rendu ; la co-dépendance, une forme subtile de dépendance affective où on se place en bienfaiteur-trice pour mieux tenir la personne de qui on est dépendant, est bien rendue ici. La fin est bien trouvée ; elle change du cliché-baiser que se donnent les amoureux à la fin d'une nouvelle d'amour, ou encore du "ils vécurent... et eurent..." des contes de fées. Bravo !
Mais comme j'aime bien chipoter ces jours-ci, je vais relever deux petites bricoles qui clochent dans le récit :

" J'en suis sûre, elle va me poser mille questions avant de reprendre son souffle, scruter la terrasse du café puis me faire la leçon. Je sais tout ça par cœur..." Je trouve le "J'en suis sûre" un peu de trop ; c'est un peu comme si finalement elle n'en n'était pas si sûre, pourtant elle dit plus loin "je sais tout ça par coeur".

Ensuite : "...elle est carré, Marie..." Vraiment !? Bon je l'avais deviné car se trouvant en filigrane dans les paragraphes précédent ; pas besoin non plus de : " L'idée qui me frappe à ce moment est celle de quelqu'un de dévoué, qui en oublie sa propre vie. Qui a besoin d'une béquille humaine, quelqu'un à soutenir, à aider, pour vivre elle-même ; son gouffre démesuré se remarque à cet instant, moi voulant partir pour suivre cet homme..." Trop d'explications qui ne laissent plus place à mon imagination, ou mon esprit de synthèse, et je me sens pris par la main comme un enfant. Voilà ! mais c'est quelques broutilles qui ne ternissent en aucun cas l'éclat du texte

Merci pour le partage

Wan

   Corto   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Sonné, à la fin du texte le lecteur s'écrit: 'Waouh !'
Il y a dans cette nouvelle une vivacité et une profondeur réjouissantes.

On y trouve tout, la voix intérieure de Lila qui se regarde et médite sur son vécu, sa relation complice et distanciée avec sa copine Marie.

Lila et Marie, Marie et Lila, le lecteur est mis en condition pour suivre ce duo.

En première lecture on peut être inattentif à ce passage qui éclaire et prépare la suite: "Et puis tout ça, ça s'est arrêté d'un coup. C'est plombant comme un cercueil, la vie."

La distance entre les deux copines se précise lorsque Marie s'écrie "Mais... mais... t'es dingue ou quoi ? Il est... il est..." Le suspense commence juste à s'éclairer en restant toutefois bien obscur.

Une autre phrase montre l'état d'esprit de Lila: "En fauteuil roulant, oui, j'ai remarqué moi aussi. Mais tu vois, je me dis que ça lui va bien". Ici l'intrigue s'approfondit et le lecteur reste perplexe.

Les trois lignes du final donnent la solution de l'énigme, brutalement, sans un mot superflu.

Cette mini tranche de vie est racontée de façon superbe, tonique, jouant du présent, du passé et un peu de l'avenir.

On assiste au déroulement des scènes comme devant un écran de cinéma. Et on en est captivé.

Du grand art Hersen. Grand bravo !

   papipoete   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Hersen
Le développement du sujet fait languir, on se demande bien ce qu'elle trouve à un handicapé en fauteuil, elle qui avait le plus beau mec dans sa vie et son lit...
Mais quand vient le dénouement, on est ébahi, et on sourit d'allégresse face à ces 2 fauteuils qui se rapprochent, comme 2 bouches pour s'embrasser...
C'est si original et en même temps tellement normal !
J'aime tous les genres ( sauf le gore ), la guerre, le policier, le marrant et le sentimental ( n'oublie jamais ) par exemple et ta " vue sur mer " me fait fondre !

   Tiramisu   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J’aime beaucoup l’économie de mots pour dire énormément.

L’écriture est fluide et efficace. J'aime les textes que l'on n'a pas besoin de relire pour comprendre où veut nous mener l'auteur. Ceci dit, j'ai relu car c'est un texte dense sous une apparence simple.

C’est un beau texte questionnant l’amitié. Le personnage de Marie est parfaitement peint, l’amie qui est la seule à dire la réalité avec laquelle on peut parler en vérité, c’est sans doute un des grands signes de l’amitié, mais l’amie aussi qui vit à travers l’autre, qui a besoin d’une « béquille humaine », la narratrice nous laisse nous interroger sans le dire (c’est une belle réussite ça !) sur la profondeur réelle de cette amitié. Est-on vraiment une amie lorsque l’on n’est qu’une béquille humaine ? C’est intéressant et fin aussi de montrer que Marie est désespérée de voir s’échapper cette « béquille humaine » qui soudain prend sa vie en main, et suit son objectif sans avoir besoin d’elle. Oui à la générosité dans l’amitié, mais parfois derrière une générosité apparente se cache un simple égoïsme ou un vide existentiel.

Il y a aussi des pépites dans cette nouvelle comme le passage sur la pitié qui ratatine. Très juste et joliment exprimé.
Sur la peinture, aussi, "il y a trop de nuances dans ma vie .. je n'ai pas le courage de les réinventer".

La fin m’a surprise, et dans ce sens, c’est toujours une réussite pour moi, mais aussi déçue, car l’attirance pour une personne handicapée lorsque l’on ne l’est pas soi même était inattendue et dans ce sens, bienvenue.

Merci pour cette lecture.

Bonne continuation

   jfmoods   
4/8/2019
La narration interne et le niveau de langue familier sont deux des éléments qui contribuent à donner un certain naturel à cette nouvelle qui présente deux centres d'intérêt principaux.

Le premier tient à l'incertitude dans laquelle se trouve le lecteur : quel est précisément le statut de Lila, la locutrice ? Ce doute premier, effacé au fil du texte par des indices ("Et puis tout ça, ça s'est arrêté d'un coup. C'est plombant comme un cercueil, la vie.", "C'est à ce moment-là que je comprends pourquoi la pitié est méprisable. Et je sais de quoi je parle.", "Accident de plongée. Et toi ? / Moto."), n'est pas sans charme.

Le second concerne, évidemment, la relation entre les deux femmes. Lila et Marie ont besoin l'une de l'autre pour se sentir exister ("tout de suite la voilà qui s'inquiète", "C'est fou comme elle passe sa vie à flipper pour moi", "J'en suis sûre, elle va me poser mille questions avant de reprendre son souffle, scruter la terrasse du café puis me faire la leçon." / "Je crois que c'est la seule fois où je ne l'ai pas aimée, elle m'a dit la vérité : je devrais me remettre à peindre.", "Et pourtant, elle est la seule qui me connaisse à fond, la seule à qui je permets de me dire des vérités que j'encaisse mal."), ce qui ne manque pas de susciter, chez la première, un malaise ("Car je ressens envers elle de la pitié d'être ainsi attachée à moi qui ne lui rends pas souvent l'affection qu'elle me porte, l'attention, son souci constant de mon confort."). Si Marie se cristallise sur Lila, c'est parce qu'elle vit par procuration, parce qu'elle ne trouve pas les ressources pour s'épanouir. La plus indépendante, la plus forte n'est pas celle que l'on croit.

Merci pour ce partage !

   Davide   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,

Lila ? Quel joli prénom, je trouve.

Le récit pourrait être banal, deux copines et leurs histoires de "cœur", le ton familier...
Mais, ce "beau mec" en fauteuil fait rapidement mousser l'intrigue, lui donne un relief, pas celui du Mont Blanc, non, mais un goût de sucré qui nous fait du bien sans pour autant réellement nous surprendre. Et puis, l'écriture est rafraîchissante !

La réussite de cette nouvelle réside dans cette chute, mais celle-ci ne fait pas mal, au contraire, elle nous élève plus haut, transcende tout le reste... et nous cloue au sol-eil, face à l'immensité de la mer.
Ce qui pour moi est admirable, c'est l'économie des mots, et Dieu sait combien je préfère la suggestion à la prolixité :
"À cause de quoi, le fauteuil ?
(...)
Accident de plongée. Et toi ?
Moto."

En quelques mots, le comique de situation ("Je prends de justesse un passage piéton qui vient de virer au rouge" etc.) se transforme en un cocon de tendresse. Comme c'est touchant !

A le relecture, pourtant, bien des détails auraient pu nous (me ?) mettre sur la voie, comme cette scène où les deux amies se font "copieusement remarquer" ou encore, celle, plus tardive, où les "automobilistes attendent gentiment pour démarrer."

Bref, juste pour dire que j'ai beaucoup aimé cette histoire.

Merci hersen. Et bravo !

Davide

PS : "Handicap-é alors", le thème du défi, aurait été un magnifique titre à cette nouvelle. N'est-ce pas ?

   hersen   
4/8/2019

   aldenor   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce texte répond parfaitement aux contraintes du défi. « C’est qui ? » est amené tout naturellement. Le handicap n’est pas tout de suite dévoilé, ce qui ménage le suspense. Et il y a une vraie chute et une conclusion radieuse.
Les informations sur les protagonistes et leurs relations sont introduites graduellement et se fondent dans l’action et les dialogues. De ce fait je retire l’impression d’une nouvelle fort bien construite.

   Donaldo75   
5/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,

Finalement, j'ai réussi à la lire cette nouvelle. J'ai bien fait. Elle est réussie, carrément. N'ayant pas suivi le concours, ses contraintes, son règlement et tout ça tout ça comme disait ma logeuse, je ne vais pas évaluer de son adéquation au thème. Elle est juste très bien racontée. C'est aussi simple que ça. La chute permet de mieux comprendre certains passages sur Marie mais comme ils sont déjà autoporteurs, ils apportent un réel plus à l'histoire.

Bravo !

Don le presque vacancier

   Lulu   
5/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Hersen,

Je reporte ici mon commentaire fait suite au défi sur le handicap. Il remonte au 10 juin 2019.

"Bravo à l'auteur(e) pour cette écriture impeccable.

J'ai vraiment aimé les mots, le style et l'esprit de cette nouvelle avec le point de vue narratif de Lila que j'ai trouvé beau et riche.

L'ensemble m'a paru dense, et à un moment de l'intrigue, j'ai souhaité que le récit se poursuive longtemps pour le plaisir de la lecture. Mais la chute est au top !

J'adore ce genre d'écriture qui, sans donner trop de détails descriptifs, nous donne à voir et à bien visualiser. La puissance d'évocation m'a semblée aussi forte qu'en poésie. Le point de vue interne y est sûrement pour beaucoup, mais c'est vraiment tout, dans cette nouvelle, qui m'a touchée. Du grand art ! Encore bravo."

Encore mes félicitations… Par le fait que j'aurais aimé que le récit se poursuive avant la chute, il faut entendre que j'ai tant aimé cette narration que j'aurais aimé qu'elle soit plus longue. Comme quoi, la brièveté - ou la longueur - d'une nouvelle est surtout appréciée pour sa qualité. Et/ou de l'effet recherché. Là, c'est clair, tu aurais pu m'embarquer dans un long fleuve, un roman sans problème.

Bravo pour avoir relevé ce défi qui nécessite de faire au mieux (selon l'inspiration du moment) au plus vite !

Au plaisir de te relire.

   Cairote   
5/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Tout m’a plu dans ce texte. Le style, j’allais dire « surtout » le style, simple et original à la fois, mais finalement tout autant le reste, la structure équilibrée du récit, son intérêt intrinsèque, la justesse des sentiments, exprimés sans dramatisation, et bien sûr la chute !
Bravo!

   STEPHANIE90   
6/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Vue sur beau mec.

Rien le titre et j'accoure... Lol, j'ai adoré cette nouvelle, elle était ma préférée. Tout m'a plu, l'histoire, la trame, les personnages, leurs profils. Bref, je l'ai déjà lu et relu avec toujours le même plaisir.

En plus, cela parle du handicap mais aussi d'amour, de la bonne copine, de l'ex, du peut-être futur. Une belle leçon d'humilité en plus ; alors un grand merci Hersen et bravo pour votre rapidité d'exécution pour ce qui était un défis, vous fûtes rapide comme l'éclair et dans la cible de la flèche de cupidon.

Stéphanie

   ours   
7/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Hersen

Il me semble que j'avais mis ta nouvelle en première position lors du défi, je reviens pour la relire, et bien que je connaisse la fin, je dois dire que c'est encore plus savoureux. J'ai aimé la psychologie de tes personnages que je trouve assez fouillée et pour le moins crédible, ces amitiés bancales dont on ne sait trop quoi faire, s'en passer, continuer, chacun y trouve son compte en même temps. Les dialogues sont réalistes et très actuels. Évidemment le scénario est rondement mené jusque la chute que je n'avais pas vu venir.

Finalement une nouvelle qui parle du handicap en l'ancrant dans une réalité, avec un happy end qui fait du bien au lecteur autant qu'aux protagonistes.

Au plaisir de te relire.

   FANTIN   
8/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hersen
Voilà une nouvelle qui sait ménager la surprise: la chute cueille le lecteur de façon inattendue. J'ai bien aimé la façon dont le récit est mené, les réflexions justes qui l'émaillent, la langue employée. C'est un texte bien d'aujourd'hui sans rien qui force la note.
A la réflexion, c'est le fait qu'il s'agisse de deux handicapés qui me chiffonne un peu; comme si une histoire d'amour ne pouvait s'envisager entre un valide et un invalide. Même si cela ne doit pas se produire souvent, je te l'accorde.
Une lecture prenante quoi qu'il en soit.

   Lomig   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo !

Sans rentrer dans l'étude de texte à outrance, j'ai beaucoup aimé cette nouvelle pour la simple et bonne raison que j'y ai cru.

Lila est vivante, parle simplement et laisse de la place au ressenti (qui parfois est étouffé de complexité).

Alors on se prend à lire en jouant chaque intonation, parce qu'il faut bien avouer que ce texte-là serait joli sur les planches. Tout est bien amené, la relation entre les amies, le mystère du gars qui est parti, et puis la chute.

Enfin bref c'est bon parce qu'on en sort pas indemne et pour ça, merci.

   Cat   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Tout me plaît dans cette nouvelle ! L'intrigue y est menée d'une main de maître, l'écriture enlevée est la complice parfaite des dialogues nerveux et vivants qui brossent entre les lignes deux portraits savoureux de nanas d'aujourd'hui.

Je ne parle même pas du happy end aux petits oignons comme je les aime (l'happy end et les petits oignons:))...

Du bel ouvrage, hersen, comme souvent, et aussi une histoire ficelée tip top qui m'a embarquée tant elle tient bien la route avec son zeste de suspens et sa chute surprise.

Merci et à te relire (je ne m'en lasse pas ! :)).


Cat

   Philo   
21/8/2019
C'est un texte qui mérite d'être lu plusieurs fois. Lina est séduite par les mains de l'inconnu, c'est poétique et original. De nombreuses trouvailles émaillent les lignes. Le ton y est de suite, le style est rapide. Voilà pour la forme.

Pour le fond, la présentation de la relation entre Marie et Lina, entre l'aidante et l'aidée est pour moi le véritable sujet. Je n'arrive pas à voir Marie comme une amie abusive ou intrusive, plutôt comme une mère de substitution, qui du moins s'est attribué ce rôle avec le consentement de Lina. J'ai l'impression d'assister à une escapade d'adolescente, sans conséquence réelle. Lina n'avait pas besoin d convoquer Marie, si ce n'est pour la provoquer. Jeux pervers ?

L'histoire est romantique à souhait, mais pour moi peu crédible. il y peu de chance que les deux handicapés ( on ne sait d'ailleurs pas la nature de leurs lésions : traumatisme crânien, paraplégie, amputation ?) puisse conclure, selon la nature de leurs déficiences.

   Zoe-Pivers   
22/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une belle sensibilité qui donne la chair de poule.
Je n'ai pas les compétences nécessaires pour donner un avis éclairé mais ce qui est clair pour moi, c'est que j'ai adoré ce moment de lecture émouvant.
Pas de faste, de pleurniche, c'est juste vivant et humain.
Merci et bravo Hersen


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