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Humour/Détente
HicEtNunc : Der Komplex des Unvollendetes
 Publié le 23/01/10  -  17 commentaires  -  26568 caractères  -  100 lectures    Autres textes du même auteur

Le Complexe de l'Inachevé.


Der Komplex des Unvollendetes


De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Maître S. SAPIENSIS

60, rue de Metz

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Monsieur et cher Maître,


Je m’adresse à vous en ultime recours, confronté – vous en jugerez – à un cas peu banal. Toutefois, ce n’est point de son caractère curieux que je souhaite vous entretenir ; je me trouve placé aujourd’hui face à un délicat problème déontologique, auquel je ne vois, malheureusement, aucune issue. Aussi, me suis-je permis de solliciter vos lumières – qui sont grandes – et espère profiter de votre expérience – la meilleure de nous tous – pour me conseiller utilement dans la situation présente.


Voici l’affaire : il y a quelque temps de cela est venu se présenter à notre étude un homme d’environ soixante-dix ans, paraissant jouir de toutes ses facultés mentales. Il prétendait recourir à nos services pour faire établir son testament. Je le confiais à l’un de mes clercs, comme il est d’usage ici. Celui-ci revint bientôt, consterné, et me demanda d’être dessaisi de l’affaire. Je connais ce garçon depuis longtemps : il n’agit guère à la légère ; lorsque je lui demandais les raisons qui motivaient sa requête il ne voulut dire mot, mais l’expression que je vis sur son visage, je la reconnus : il avait peur. J’étais intrigué, certes, mais je n’avais pas le temps de traiter moi-même cette affaire : je la remis donc à l’un de mes associés. Quelque temps plus tard, lors de l’une de nos réunions hebdomadaires, je m’enquis banalement de l’évolution de ce dossier. Mon associé s’empourpra, bredouilla quelques mots, puis, devant mes questions, finit par s’emporter, déclarant qu’il ne souhaitait pas, lui non plus, s’occuper plus avant de cette affaire, qu’il avait perdu assez de temps comme cela et qu’il ne comprenait pas pourquoi je ne prenais pas la peine de traiter personnellement des tels cas…


Imaginez ma surprise : je ne m’attendais certes pas à pareille sortie ! Je l’assurai de mes regrets et, surtout, de ma profonde incompréhension ; mais il ne voulut pas en dire plus. Je pris donc rendez-vous avec l’homme et, auparavant, consultai les pièces rassemblées jusqu’à présent par mes collègues. À première vue, il n’y avait rien d’anormal dans ce que je trouvais : un honorable vieillard, sans descendance directe, nanti de quelques biens immeubles dans le quartier de Saint-Aubin. Ses premiers légataires sont situés en position assez lointaine, ainsi que vous pourrez le constater à la lecture des documents joints. Un point, cependant, me parut étrange : le texte précisant les dispositions testamentaires n’était point terminé ; il était arrêté au milieu d’une énumération d’objets ou d’œuvres assez hétéroclites. Les notes manuscrites de mes collègues me confirmèrent cela : l’inventaire n’était pas clôturé. Je me préparai donc à rencontrer l’homme pour boucler cette affaire qui n’avait que trop duré. Je fis alors la connaissance d’un bel homme au regard clair et brillant, la tête ornée d’une épaisse couronne de cheveux blancs, s’exprimant d’une voix basse, forte et assurée, sans notes ; nous nous mîmes tout aussitôt au travail. Mais je dois dire que je comprends, maintenant, les raisons du désarroi de mes collègues : nous n’arrivons pas à terminer cet inventaire… Comprenez bien : nous nous sommes rencontrés plus d’une vingtaine de fois – sans compter les réunions précédentes avec mon associé et mon clerc –, mais à chacun de nos entretiens, il y a quelque objet à retirer ou à rajouter, quelque manuscrit nouveau ou modifié, ou quelque thème de cette collection qui s’avère incomplet… Pourtant je pensais, à chaque fois, que nous n’étions guère éloignés de la fin – sans quoi, je ne me serais point acharné ainsi –, et puis – vous me connaissez – il m’aurait coûté qu’il puisse être dit sur la place publique que le cabinet Étienne, Tremblade et Cornille avait failli à une tâche aussi banale. Aussi ai-je fait une affaire personnelle de la bonne conclusion de ce dossier. Mais je dois avouer être arrivé, aujourd’hui, au bout de mes ressources… Enfin il y autre chose : ce trouble que je ressentis chez mes collègues, je le ressentis aussi, dès la fin de notre premier entretien : cet homme n’est pas normal ; une sorte de crainte sourde, croissante de semaine en semaine, m’envahit maintenant à la perspective de chaque nouvelle entrevue. J’en ai perdu le sommeil, mes autres dossiers en pâtissent et je crains que mes affaires ne périclitent : je sens confusément que cette histoire ne connaîtra jamais de fin.


Aussi est-ce en vous que je place mon dernier espoir ; si, dans votre grande sagesse, vous ne trouvez pas de solution, je me verrais contraint – à ma grande honte – de rejeter l’affaire et m’apprêterais à en supporter les conséquences, quelles qu’elles soient.


Votre respectueux…



**************************************************



De

Maître S. SAPIENSIS

60, rue de Metz

31000 Toulouse


À

Maître R. ÉTIENNE

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Maître,


J’ai pris connaissance avec intérêt du cas dont vous avez bien voulu m’entretenir. Je n’ai pas souvenir avoir jamais rencontré pareille situation au cours de ma carrière. Il est certes d’usage dans notre profession que toute affaire apportée et acceptée par nous soit traitée avec diligence, si le simple souci de satisfaire nos clients ne suffit pas à nous dicter pareille conduite ; toutefois, le code de notre déontologie précise clairement que nous ne pouvons être astreints qu’à une obligation de moyens et non de résultats. Le cas présent pose question puisque, précisément, face à l’ampleur apparente (et non soupçonnable d’emblée) de la tâche, la mise en œuvre des moyens habituels ne suffit pas à la conclusion de ce dossier. Je pense que la meilleure solution pour vous consiste à vous appuyer sur le caractère anormal de l’affaire (vous employez vous-même le mot) afin de pouvoir vous en dessaisir sans que l’honorabilité ou la compétence de votre étude puisse être mise en doute. En d’autres termes, mon conseil est le suivant : demandez à votre client de bien vouloir se soumettre à un examen psychiatrique, afin de garantir la régularité des dispositions en cours d’établissement (cela est possible, de votre propre initiative : cf. les conclusions de l’affaire FURET contre HENRI, jugée en appel à Bordeaux, le …, qui fait jurisprudence sur ce point). Si l’homme présente réellement quelque trouble mental (et à la lecture de votre lettre, je ne doute guère de cette issue), vous pourrez de bon droit clôturer le dossier et réclamer le paiement des honoraires dus.


Je vous prie de croire…



**************************************************



De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Maître S. SAPIENSIS

60, rue de Metz

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Monsieur et cher Maître,


Je vous remercie pour l’avis éclairé que vous avez bien voulu me communiquer au sujet de l’affaire citée en référence. J’ai suivi votre conseil et convaincu mon client de se rendre au cabinet du docteur Éric THOMAS-CASSANDRE, sis au 28 de la rue Riquet, muni d’une recommandation de ma part. En attendant, son dossier reste en suspens ; la situation n’est certes pas encore réglée, mais j’avoue volontiers que la perspective, du moins, de ne plus avoir à affronter de nouvel entretien avec cette personne, suffit, pour l’instant, à diminuer mon inquiétude. Je vous renouvelle donc mes remerciements et l’expression de ma gratitude admirative.


Votre respectueux…



**************************************************



De

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


À

Maître R. ÉTIENNE

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Maître,


Ce mot rapide pour vous informer de la situation concernant le cas de M. Emmanuel T. COQUECIGRUE que vous avez bien voulu m’adresser en consultation au motif d’expertise psychiatrique dans le but d’établir un certificat à joindre au dossier testamentaire que vous êtes en train de constituer.


Votre client s’est présenté à mon cabinet hier, à l’heure convenue entre nous. Toutefois, après cette première rencontre, il m’est difficile de juger dans un sens ou dans un autre. En effet, quelques points d’investigation supplémentaires réclament mon attention, avant de pouvoir statuer définitivement et rendre un avis circonstancié. Aussi ai-je fixé un nouveau rendez-vous à cette personne pour un entretien complémentaire. Je vous informerai, bien entendu, de la suite donnée à cette affaire, dès que je pourrai vous fournir les éléments d’information attendus.


Je vous prie d’agréer, Maître…



**************************************************



De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Docteur,


Il y a quelque temps de cela, je vous avais adressé en consultation un de mes clients, M. Emmanuel T. COQUECIGRUE, afin d’obtenir de votre part un avis autorisé concernant l’état de santé mentale de cette personne. Vous m’aviez répondu alors que l’établissement de votre jugement réclamait des investigations supplémentaires – selon votre propre expression.


Or cela fait maintenant plusieurs semaines que je suis sans nouvelles de votre part ; je comprends votre besoin d’établir votre analyse sur des faits précis, mais le dossier – fort volumineux – concernant cette personne reste toujours en suspens dans notre étude, aussi vous serais-je reconnaissant de bien vouloir m’indiquer quelles sont vos conclusions ou, à défaut, dans quel délai vous pensez pouvoir parvenir à établir un diagnostic.


Je vous prie de croire, Docteur…



**************************************************



De

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


À

Maître R. ÉTIENNE

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Maître,


Je comprends la situation dans laquelle vous vous trouvez (votre première note était déjà très explicite sur cette question), mais le sujet E.T. COQUECIGRUE présente des caractéristiques qui font de lui un cas rarissime et prodigieusement intéressant : de fait, unique et fondamental. Aussi, si cela ne vous dérange pas trop (je ne pense pas que vous soyez à quelques semaines près), je souhaiterais pouvoir poursuivre mon étude et, notamment, consulter d’éminents confrères avant de rendre mon verdict.


Je vous prie d’agréer, Maître…



**************************************************



De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Docteur,


Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à la personnalité de mon client : c’est là la marque d’une grande conscience professionnelle qui vous honore ; j’avais compris, pour ma part, que l’état psychologique de cette personne n’était pas des plus fermement établi, mais j’avais aussi l’espoir de trouver, en vous l’adressant, une solution rapide à l’affaire ouverte chez nous le concernant. En effet, son dossier n’est toujours pas clôturé. Je vous serais donc extrêmement obligé – si cela n’est pas abuser – de bien vouloir me retourner – puisque selon toute apparence, vous disposez de suffisamment d’informations pour porter un premier jugement sur son cas – le certificat d’aliénation que nous attendons avec la plus grande impatience…


Je vous prie de croire, Docteur…



**************************************************



De

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


À

Maître R. ÉTIENNE

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Maître,


Je dois dire que j’ai été assez surpris du contenu de votre dernière lettre concernant le cas de M. E.T. COQUECIGRUE. Ainsi vous attendriez de ma part la production d’un certificat d’aliénation ? Je ne peux comprendre cette demande insistante que par deux raisons : la première, que j’exposerai tout d’abord, vient de votre probable méconnaissance des ressorts intimes qui guident la conduite de cette personne. À ce stade, il me paraît indispensable de porter à votre connaissance les éléments de mon analyse pour éclairer votre opinion sur ce point. En outre, l’exposé de ces préliminaires fondamentaux est indispensable à l’explication de la seconde raison qui justifie, selon moi, votre attitude. Je terminerai donc par elle.


Au moment de débuter cette partie de ma lettre, sachez, Maître, si j’ose m’exprimer ainsi, que je frémis de plaisir et que je vous envie : vous êtes, en effet, le premier profane à qui j’expose le contenu des découvertes fondamentales que j’ai pu faire au cours de l’analyse de ce sujet. Il est juste cependant que vous en ayez la primeur : après tout, c’est par votre entremise que je fis sa connaissance. Venons-en directement au fait : M. E.T. COQUECIGRUE souffre d’un syndrome jusqu’à présent complètement négligé par les catégories psychiatriques classiques et que je qualifierai de névrose obsessionnelle de l’inachevé. J’irai plus loin : j’affirme que cette névrose est liée à un état complexe extrêmement commun, présent en chacun de nous, de fait, à l’instar du complexe de castration, qu’il accompagne et prolonge naturellement, dans un rapport dialectique que j’expliquerai plus tard, et que j’ai nommé (évidemment) : complexe de l’inachevé (der Komplex des Unvollendetes). Je prétends aujourd’hui que ce complexe permet de comprendre bon nombre d’attitudes psychologiques déviantes ou de névroses restées jusqu’à présent sans explications satisfaisantes dans la pratique usuelle. Voyez, Maître, que je n’y vais pas par quatre chemins : c’est tout simplement l’héritage traditionnel de la psychanalyse que je remets ainsi en cause ! Il serait sans doute fastidieux d’exposer ici le détail théorique qui soutient mes assertions ; je n’en ai d’ailleurs nul besoin pour le but qui me préoccupe pour l’instant ; je me contenterai de prendre quelques exemples, illustrant de manière saisissante, cet axiome fondamental, aujourd’hui enfin établi par moi : l’inachevé comme marque indélébile de la condition humaine et ressort princeps de notre fonctionnement psychique.


Il sera plus facile sans doute d’éclairer mon propos par une sorte de démonstration ad absurdum. Aussi vous inviterai-je à réfléchir un court instant à la vacuité du concept d’achèvement d’une tâche, quelle qu’elle soit – grande ou petite. Prenez, par exemple, l’œuvre d’un musicien célèbre… Allez, au hasard : Franz Schubert (vous connaissez, je présume) : il écrivit neuf ou dix symphonies (ce ne sont pas, parmi ses œuvres, mes préférées, mais c’est pour les besoins de ma démonstration) ; parmi celles-ci il en est une (la huitième) baptisée « Symphonie inachevée ». Prenez le temps de l’écouter et posez-vous la question : que croyez-vous donc qui la distingue de ses sœurs ? Son aptitude à être donnée et éditée ? Non. Sa moins grande beauté sur le plan musical ? Non plus : elle est saluée comme un chef-d'œuvre… Alors ? Rien. Il n’y a rien qui la distingue des autres œuvres du grand compositeur ; rien, si ce n’est une convention sociale, une comédie à laquelle se prête l’auteur lui-même, consentant à laisser croire, à lui-même en premier lieu, que le reste de son œuvre est terminé… Prenez n’importe quel autre compositeur, vous trouverez un exemple similaire. Prenez d’autres domaines, vous obtiendrez la même réponse : Stendhal, par exemple, remettant en chantier sa Chartreuse après une critique de Balzac ; comment croire que sa deuxième version est plus achevée que la première ou qu’une troisième à suivre ? Et même Einstein annotant a posteriori le manuscrit de son article exposant sa théorie de la relativité restreinte… Comment croire que l’œuvre humaine puisse un jour être finie ? Que survienne le moment où il n’y a plus rien à modifier, rien à ajouter, rien à retirer ? Simple convention…


La vérité est que le sentiment d’aboutissement qui surgit à nos yeux alors (je veux dire aux yeux de celui qui crée) au moment de déclarer l’achèvement de l’œuvre, n’est autre que le reflet de notre propre lassitude face à l’incomplétude insolvable de notre création et, finalement, de cette crainte d’aller trop loin qui nous saisit à ce moment-là. C’est ici que j’ajouterai : la marque de ce complexe en nous, celui de l’inachevé. Car l’inachevé est notre marque de fabrique, à nous autres, pauvres humains. Ce complexe naît très tôt en nous, au contact en fait de nos premières désillusions. Bébé, nous n’en connaissons pas la saveur. Pour nous, le monde est clos, parfait, complet : un besoin, sa satisfaction. Nous en attribuons la paternité à ceux-là qui nous ont fait naître et nous satisfont. Nous sommes une partie de ce tout parfait. Puis un jour vient la terrible découverte : nous ne sommes pas un mais plusieurs, nous changeons indépendamment les uns des autres et voici qu’aucun de nos besoins ne saurait être spontanément satisfait. Pire, la révolte qui naît alors en nous, apparaît vite sans issue, mettant en jeu notre propre existence ; il faut se rendre quotidiennement à cette terrible évidence : nous sommes définitivement un, seul, mortel et incomplet. La découverte, dans le même temps, de notre individualité, consubstantielle de notre mortalité, constitue la genèse du complexe de l’inachevé. Chacun de nous, selon la nature des relations qu’il entretient alors avec son entourage, va réagir de manière distincte pour la sublimation de cette frustration. Sur un plan pratique, c’est souvent sur le père (ou son image), par qui l’on est séparé du giron maternel, que se reportent les tensions ainsi générées.


Sur ce point, M. E.T. COQUECIGRUE constitue la preuve parfaite (presque trop) de cette théorie. Le sentiment d’incomplétude de sa propre existence l’habite à un point tel qu’il guide en fait chacun de ses actes. Entièrement soumis à son complexe, il ne se reconnaît que dans des tentatives sans espoir de fin, reflet négatif de la réussite éclatante de son propre père… Il n’est rien d’autre finalement que l’image paroxystique de cette pulsion qui nous habite tous, et qu’il nous faut bien trouver un moyen d’assumer. Car voyez-vous, fondamentalement, c’est bien de la conscience de notre propre mort dont il s’agit, preuve ultime de notre caractère inachevé : rien ne peut réellement être achevé, puisque nous devons finir, un jour… Ainsi condamnés à l’imperfection nous ne cessons, à travers nos pulsions créatrices de tenter d’outrepasser cette limite insupportable. Voyez nos constructions religieuses, exemples les plus parfaits de ce désir d’idéalité surhumaine : seuls les pensées et les actes d’un Dieu sont achevés, connaissant le début et la fin de toutes choses ; il crée le monde en six jours et se repose : plus rien à faire. Nous, nous sommes les créatures de l’instant, à jamais enfermées dans celui où notre destin nous fut révélé, les objets du présent, ce moment du temps toujours entrepris, toujours interrompu… Nous ne cessons de recommencer nos œuvres toujours imparfaites : voyez toutes nos autres tentatives de construction : artistique, sociale, politique, architecturale (allez parler à qui construit sa maison de l’achèvement de celle-ci…)… Tout cela n’est que des tentatives de dépassement du complexe de l’inachevé, tellement éclairant sur la réalité humaine que c’est à se demander comment il a pu jusqu’à présent passer inaperçu aux yeux de nos si brillants prédécesseurs ! Mais trop de lumière aveugle, parfois.


Me voici donc conduit à exposer maintenant l’analyse de la deuxième raison qui justifie, selon moi, votre demande ; mais, probablement, à la lecture de ce qui précède vous aurez de vous-même produit l’inférence nécessaire : vous êtes vous-même atteint (a contrario si je puis dire) de la même névrose obsessionnelle – probablement plus répandue d’ailleurs chez les personnes qui, comme vous, font profession de régler les affaires d’autrui (comme si cela avait un sens : régler les affaires de ce grand dérèglement que constitue l’existence humaine !) : les comptables, les inspecteurs du fisc, les notaires et les avocats, pour ne citer que ceux-là. Devant le doute fondamental qui nous assaille tous, voilà la réponse que vous avez trouvée ; mieux : vous en faites commerce, légitimant par la force de la Loi commune ce qui n’est que l’expression sublimée de votre frustration. Mais n’en doutez pas, cher ami : vous vous soignez et rien de plus – comme chacun de nous. Notre sujet, M. E.T. COQUECIGRUE collectionne les objets et les œuvres impossibles à inventorier ? Mais cela est parfaitement normal : c’est là la nature même de toute collection, résumé absolu de notre condition humaine. Comme lui, en lutte permanente contre cet état, cette évidence, cette marque indélébile de notre mortalité : l’inachevé, vous, vous classez, vous comptabilisez, vous répartissez – maladroites parodies d’achèvement… Chez vous, cette névrose apparaît sous une forme paradoxale (déguisée si vous préférez) que l’on pourrait qualifier d’inversée. Autant M. E.T. COQUECIGRUE se soumet à sa névrose, autant vous vous y refusez. C’est là votre mode de réaction au traumatisme ancien, apparu lorsque se révéla à vous cette évidence douloureuse contre laquelle vous vous battez encore. Un jour, probablement, vous découvrîtes, comme chacun, cette vérité amère, que le monde (comme vous-même) était en état perpétuel d’inachèvement et que rien n’avait réellement de sens ici-bas. Incapable de supporter plus avant cette pantalonnade, vous vous rebellâtes à votre manière, vous engageant dans cette profession si étrange et qui rebute le sens commun. Sans doute cela était-il plus facile que d’accepter la chute de l’image paternelle. Sublimant cette haine de lui-même, soudain si peu conforme à votre désir, vous soignâtes ainsi cette blessure mortelle… Mais la raison de votre demande répétitive à mon égard (un certificat d’aliénation), la cause de cette certitude plantée en vous (la prétendue folie de M. E.T. COQUECIGRUE) sont là ; interrogez-vous, Maître : aimiez-vous bien votre père et vous sentiez-vous assez aimé de lui ?


Nous pourrions discuter de cela ensemble : je pense que cela vous ferait le plus grand bien et vous aiderait à prendre un peu de recul avec votre problème si manifeste vis-à-vis des dossiers non clôturés.


Pour finir, vous comprendrez, après tout ceci, que le cas de M. E.T. COQUECIGRUE porte en lui le germe d’une véritable révolution copernicienne pour la cause de l’analyse psychiatrique. Et c’est à moi, Éric THOMAS-CASSANDRE, qu’il appartient de révéler cela. Je me suis résolu, suivant l’avis des plus éclairés de mes confrères, de poursuivre aussi loin que possible l’analyse détaillée de ces ressorts habituellement cachés de notre âme que la personnalité exceptionnelle de mon patient met à jour. Je sais que je m’engage sur un chemin long et difficile ; j’ai conscience que je vais être en butte à l’incrédulité généralisée, aux propos diffamatoires, voire à la vindicte de tous ceux qui craindront pour eux-mêmes… Un autre, à ma place, redouterait que le grand âge de mon patient ne permette pas d’aller assez loin pour jeter sans contestation possible les bases de cette science nouvelle. Sachez que ce doute ne m’effleure pas : le mouvement est en marche, la machine est lancée, rien ne saura l’arrêter désormais ; mieux : son inachèvement ne pourra être que la marque même de ma réussite !


Aussi considérez-vous heureux, Maître, de rester ainsi dans l’état révélé de l’incomplétude de votre tâche : rien n’est plus humain, rien n’est plus beau et rien n’est plus juste. Vous déclarer autre chose ne serait que vous enfoncer plus avant dans votre illusion et votre obsession. Ce serait là une attitude que notre déontologie réprouve : je m’y refuse tout net.


Je vous prie d’agréer, Maître…



**************************************************



De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Docteur,


Je vous suis extrêmement reconnaissant de votre longue lettre très détaillée et fort intéressante concernant l’analyse des mécanismes intimes de la pensée de mon client, M. E.T. COQUECIGRUE. Je suis, de même, particulièrement touché de l’honneur que vous voulez bien me faire à m’exposer de si belles théories. Je conçois aussi fort bien que l’étude d’une telle personnalité tellement riche et manifestement si attachante nécessite un temps assez long. Je participerai enfin avec beaucoup de plaisir à la si plaisante conversation à laquelle vous me faites l’honneur de me convier concernant mon père, si, hélas ! le soin que je dois porter à de trop nombreuses affaires urgentes ne requérait pas toute mon attention… Particulièrement, d’ailleurs, la nécessaire conclusion à apporter au dossier de cette personne. Aussi, indépendamment de la poursuite des travaux forts utiles que vous entreprendrez à votre gré pour le bien de l’humanité, je vous demanderai de bien vouloir me retourner instamment le certificat que nous attendons depuis si longtemps pour le bien de ma propre affaire.


Salutations.



**************************************************



De

ÉTUDE ÉTIENNE, TREMBLADE et CORNILLE

Notaires

19, rue de Thionville

31000 Toulouse


À

Docteur Éric THOMAS-CASSANDRE

Psychiatre - Homéopathe

Ex-Interne des Hôpitaux de Toulouse

Chargé de cours à la Faculté de Toulouse

28, rue Riquet

31000 Toulouse


Toulouse, le …


Docteur,


P… de b… de m… tu vas me le faire parvenir ce f… certificat de m…, oui ou non ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?


 
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   jaimme   
10/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai lu cette nouvelle avec intérêt, car le processus de pensée est bien construit. Sauf le lien de la frustration qui s'incarne dans la lutte contre le père ou son image. Là je trouve que le lien n'est pas assez établi au regard des causalités précédentes et du rôle important joué par ce lien dans le reste du récit.
L'humour est sans doute présent dans l'ensemble de la nouvelle, mais réellement éclatant seulement à la fin. Il reste quand même que l'ensemble est un échange épistolaire courtois et très protocolaire. Donc le style, très réaliste, est quand même ennuyeux. Je sais que cela est voulu par le professionnalisme du notaire et du médecin, mais c'est globalement pénible à lire. Pas difficile, non, c'est très bien écrit, mais dans une œuvre littéraire...
L'idée est très bonne et rejoint la procrastination (très à la mode depuis quelques temps sur Oniris). Effectivement tout cela se tient très bien et révèle que, pour que la société "fonctionne", il faut bien mettre un terme à l'incomplet, toujours dans un état de frustration plus ou moins grand. Avez-vous fait des recherches pour savoir si, en psychologie, psychanalyse ou en philosophie, cette idée n'a pas déjà été développée? Je pose juste la question, car si je n'ai pas le courage, maintenant, d'aller me renseigner, d'autres le feront, à coup sûr.
En résumé: une belle écriture, fluide, un beau sujet, mais dans le désir de faire de l'humour, l'objectif est atteint seulement à la fin, le reste ressort plutôt de la réflexion.
Pourquoi pas, mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment du plaisir de la lecture.
Merci pour cette lecture atypique , qui aurait gagné, à mon goût, à plonger très tôt dans un délire absurde et jubilatoire.

   florilange   
11/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Personnellement, ce sujet ne m'intéresse pas beaucoup. J'en ai poursuivi la lecture par respect pour l'auteur.
Les méandres de la psy me fatiguent vite, surtout dans ce cas précis, où ils ne servent pas à grand chose & à mon avis ne font rien avancer.
Le style notarial est correctement reproduit. Celui du psy également.
Bien que l'on comprenne son exaspération, la dernière phrase du notaire tombe comme un cheveu sur la soupe. À sa place, j'aurais plutôt répondu au psy que lui aussi souffrait du même complexe, puisqu'il voulait achever son étude...

   Anonyme   
17/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je n’ai pas souri ni même ri, simplement parce que le fond ne m’a pas portée vers cela.

J’ai eu du mal à entrer dans le vif du sujet, à comprendre le problème de ce Mr E.T Coquecigrue (les initiales me font penser bien sûr au petit personnage de Steven Spielberg et j’ai vérifié le sens du mot : oiseau imaginaire fabuleux/se faire des illusions, s’occuper de choses chimériques) supposant que les prénom et nom n’avaient pas été choisis par hasard et m’éclaireraient davantage.

J’ai ici le cas d’un collectionneur qui souffre de ce que ses collections ne seront jamais achevées d’où le problème psychologique de ce vieux monsieur au moment de léguer ses biens.

L’écriture est agréable, soignée, recherchée dans la forme mais ce que je regrette vraiment c’est qu’il n’y ait rien dans ce récit qui m’ait fait sourire.

Peut-être à cause de cela : une collection de quoi que ce soit est-elle jamais terminée ? Est-ce qu’un collectionneur, en démarrant sa collection n’en a pas déjà conscience ? Certains films retracent avec brio l’acharnement d’un collectionneur à vouloir absolument la « dernière » pièce et à tout mettre en œuvre pour l’obtenir. On n’est pas dans du tout dans ce cas, ici ; l’inventaire des biens n’avance pas, simplement parce que son contenu évolue tout le temps, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Le propriétaire en ajoute, en enlève, en attend d’autres peut-être, mais ce que je ne comprends pas c’est que soit il les a, soit il ne les a pas ! J’ai du mal à cerner le problème. Les notaires font l’inventaire, les pièces sont là et elles sont répertoriées, elles ne sont pas là, le problème est résolu.

Je me dis que je suis en fait devant quelque chose d’absurde, que j’ai tort de chercher à comprendre et que sans doute il ne faut pas aller plus loin que ça : considérer et sourire du cas de cet avocat qui parce qu’il veut clore une affaire est « névrosé » et de son client qui, parce qu’il est incapable de terminer quoi que ce soit l’est aussi.

Oui, mais en quoi un tel cas pourrait perturber grandement l’état mental d’un autre, appelé à pratiquer cet inventaire et faute d’y parvenir, a demander d’en être dispensé ? Pourquoi ce monsieur E.T.C est-il soupçonné de ne pas être normal ? Pourquoi demander une analyse psychiatrique ? Je n’arrive pas à voir en quoi ce collectionneur a un comportement si bizarre.

Si le sens de l’histoire me mène vers l’absurde, le texte manque d’humour et si ce texte se veut humoristique, il manque de légèreté. Il aborde trop sérieusement des sujets sérieux (l’analyse psychiatrique par exemple) et fait se poser au lecteur que je suis beaucoup trop de questions.

Je ne me suis pas vraiment ennuyée ; je suis seulement ennuyée de n’avoir rien trouvé qui me fasse rire ou même sourire mais il est vrai que l’absurde est aussi difficile à gérer que l’humour et que leurs effets dépendent pour beaucoup des récepteurs. D’autres apprécieront ce texte et sauront en extirper ce que je n’ai pas ressenti.

(Je pense également qu’il faudrait veiller à ce que les paragraphes soient plus aérés, car tels quels, sur écran, ils compliquent la lecture.)

Bonne continuation à l'auteur.

   Anonyme   
17/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Déçu, c'est le mot qui vient quand j'arrive à la fin de ce texte.
Le style est bon, le déroulement narratif aussi (les lettres sont crédibles), l'histoire démarre et se poursuit sans heurts.

Tout pour passer un bon moment de lecture donc et paf arrive la fin, sans crier gare!

Est ce pour travailler sur l'inachévement de l'oeuvre? Peut être, mais dans ce cas il aurait fallu poursuivre encore un peu. Est ce parce que l'auteur ne savait pas comment terminer? C'est dommage parce qu'il y a d'autres fins possibles.

Bref, je suis déçu, vraiment.

   Maëlle   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est agréable, un peu trop bien écrit pour du courrier (le jargon n'est présent qu'a quelques instant, le reste du temps il se fait discret), assez anodin comme anecdote.

La dernière lettre est tout simplement décevante. En toute logique, cette correspondance pourrait se poursuivre ad libitum.

   Anonyme   
23/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Mais c'est quoi cette lettre de fin ! C'est la première réaction qui me vient à l'esprit au terme de cette lecture. Une fin trop abrupte qui tombe un peu à plat. Je trouve.
Quant au reste. Une écriture travaillée, très agréable à suivre mais des échanges de lettres qui ne parviennent pas à m'intéresser vraiment. Ils manquent de véritable fantaisie à mon sens.

En résumé, un bel essai, porté par une écriture agréable mais qui demanderais à être plus approfondi.

Bonne continuation !

Electre

   Cortese   
23/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte bien écrit, qui manque un peu de poésie, et dont la lecture se révèle par moment un peu longuette.
J'ai bien aimé l'idée de la nouvelle épistolaire, et ça marche très bien durant la première partie (jusqu'à la grande explication du médecin) : on a envie d'en savoir d'avantage, on avance sans difficulté parce que chaque lettre est relativement courte, ce qui donne un bon rythme à l'ensemble.
Mais quand le médecin commence à donner son analyse, on décroche un peu trop. Pourtant, le texte est bien construit, on suit facilement la pensée. Mais je crois qu'on fatigue à cause de l'aspect très protocolaire du texte. Vu qu'on voit assez bien quel est le sujet (l'inachèvement comme essence de l'homme) j'imagine qu'on pourrait soit se satisfaire d'une démonstration moins détaillée, ou alors suivre une démonstration plus désinvolte, plus fleurie ou plus délirante. Bref, il me semble que cette partie est à reprendre, car l'idée est charmante, et l'écriture bien maîtrisée.
Quant au choix du genre, il n'est pas forcément facile, mais le problème avec humour/détente, c'est qu'on s'attend souvent à rire. Pourtant, ce n'est pas vraiment le cas avec ce texte, qui fait d'avantage sourire et réfléchir. Mais bon, c'est toujours le problème de la classification pour les "inclassables".
La fin du texte est un peu frustrante et pas très crédible : d'une part on a envie d'en savoir plus -est-ce que ce notaire va aller voir le psy ? - et d'autre part, la toute dernière arrive comme un cheveu sur la soupe, vu qu'elle marie curieusement le style protocolaire habituel avec une réaction sanguine assez improbable dans un courrier de type administratif. Pourquoi ne pas sortir de l'épistolaire à ce moment-là, pour donner vie aux personnages ? On pourrait voir le(s) notaire(s) craquer, et là, ce serait drôle !!!
Un dernier commentaire, purement personnel, à prendre avec humour : tu est toi aussi atteint de ce que j'appellerais "syndrome de la parenthèse", qui te conduit à mettre des assertions entre tirets ou entre parenthèse pour expliciter, donner du sens, ou "détendre" ton style. Vu que je souffre du même problème et que j'ai beaucoup de mal à voir comment m'en défaire, je ne me permets aucun jugement et n'ai aucun conseil à te donner, mais ça me fait assez plaisir de voir que je ne suis pas toute seule !
A bientôt pour d'autres lectures.
Cortèse

   Anonyme   
25/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Le domaine de l'absurde est cruel : Ça prend ou pas. Dans mon cas et pour cette nouvelle, je suis restée très en dehors et c'est dommage parce que l'idée est bonne mais plusieurs points m'ont gêné :
D'abord la peur évoquée pour le premier clerc, en fait il y a de quoi être déconcerté, gêné mais la peur je ne m'explique Ensuite, si un inventaire est recommandé pour établir une succession, ce n'ets pas non plus nécessaire.

J'ai bien aimé les lettres du début j'ai trouvé même une légère ironie
Par contre la lettre du psy est très intéressante, trop peut être : je pense que cela aurait sa place en réflexion, dissertation (juste un petit truc : Bébé, nous n’en connaissons pas la saveur. Pour nous, le monde est clos, parfait, complet : un besoin, sa satisfaction. Ca je ne pense pas que ce soit vrai (en fait je m'élèverais en faux contre qui oserait prétendre le contraire). Ceci étant on comprend vite où le psy veut en venir donc après la lettre devient longuette.

Bref cette théorie est intéressante mais finalement pas très drôle.
Et même cela ne justifierait en aucun cas d'établir un certificat d'aliénation

Et en fait c'est cela qui est le plus gênant les ressorts sur lequel s'appuie l'absurde sont faussés au départ donc on n'y entre pas du tout.

Sinon la dernière phrase est consternante

Néanmoins merci pour la théorie

Xrys

   Perle-Hingaud   
25/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je suis désolée, mais je n'ai à aucun moment accroché à cette nouvelle. Le fond est certes intéressant, et aurait eu sa place en réflexion/dissertation. Le style retenu ne m'a pas fait sourire: c'est bien écrit, mais sans le grain de folie indispensable pour virer dans l'absurde. Et à mon sens il manque une conclusion, une chute: l'effet de la dernière phrase tombe à plat, totalement hors de propos. Comme si l'auteur, conscient d'avoir été trop léger dans ses effets précédents, décidait brutalement de changer de registre. Peut être suffirait-il de rééquilibrer le tout ?
Bon courage, à une autre fois certainement.

   LEVENARD   
25/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour moi, un bon récit, et une fin en fanfare particulièrement libératrice.

Le ton employé dans les lettres ( déjà un point positif le style épistolaire) avec les tics de l'une et l'autre des professions m'a paru convaincant.

La dissertation sur le complexe de l'Inachèvement, bien que long comme un traité médical se supporte encore assez aisément. Le retournement de situation concernant le notaire fait bien plaisir à l'assujetti que je suis, et je suis bien heureux d'apprendre que tous les notaires de la terre ne sont que des paranoïaques.
Voir un notaire excédé sortir de ses gonds, ce n'est pas donné à tout le monde !

   MissGavroche   
26/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Assez déçu par la chute, parce que le non achèvement recherché (j'imagine) devient une fin précipité.
Sinon le reste de la nouvelle est fort bien réussie, l'analyse psychologique des personnage est très bien écrite, peut-être un peu longue par moment mais totalement crédible.
Dommage vraiment que la chute gâche un peu...

   Anonyme   
26/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Si il faut évaluer la performance c'est bien !
Car réussir à faire une nouvelle avec un echange de lettres d'experts notaire et psy et parvenir à y glisser de la drôlerie c'est un véritable défi !
L'écriture est claire, nette et précise (le jargon des deux experts est évité! ouf!) parfaite pour la situation...
La première lettre pose bien la situation. Le début commence bien ..
Il y a un certain suspense avec le cas du client.
L'incommunicabilité des deux experts chacun sur leur terrain est bien vue...
Tout est dans tout : de l'écrit (les lettres) dans l'écrit (la nouvelle), le thème de l'inachevé et ce texte qui n'en finit pas ...
Mais bon le principe des lettres, la longueur des paragraphes, les phrases des experts, cela devient ennuyeux au bout d'un moment.
Je trouve globalement que c'est trop long..Je comprends qu'il faille rentrer dans leur style ...mais c'est vrai que j'aurais préféré du plus court et que la chute qui exprime bien d'ailleurs mon ressenti arrive plus tôt !

   Anonyme   
30/1/2010
Une nouvelle qui s'incarne à travers un échange de lettres, c'est original mais déjà usité.

Le langage soutenu de la première m'a rebuté dès le début de la lecture. Heureusement les formules pompeuses usuelles disparaissent progressivement. En revanche, les phrases asphyxiantes (vraiment longues) prennent le relais, autre point qui ne m'a pas plus. Il est important pour le lecteur de marquer de courtes pauses au fil de la lecture.

L'analyse psychologique est en soi très instructive, l'humour qui en découle n'enraye en rien l'implacable lourdeur de paragraphes trop chargés. Le cheminement de la nouvelle incarne le parcours du combattant pour le lecteur lambda.

En bref, la forme respecte à merveille les correspondances entre notables, probablement pas contemporaines. Aussi l'écriture ressort riche de vocabulaire et de belles tournures, mais je n'y perçois nullement le style propre à l'auteur.

Je m'abstiendrai donc de noter ce texte.

   David   
5/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour HicetNunc,

J'ai bien aimé le ton du récit, le langage est à la fois soutenu et dâté, suffisamment pour me convaincre. Il y a une simplicité, une naiveté dans le gag, ou la morale, de l'histoire qui me plait bien aussi, faisant contraste justement avec l'écriture. Le psychiatre trouve son patient plus humain que le client qui lui adresse, et lui démontre avec conviction, présentant cela comme une découverte inouï. Je ne saurais pas retrouvé la philosophie sans doute antique qui posa ces concepts. Comme c'est dit à la limite du discours ampoulé, la comprehension est lente (pour moi) ou plutôt détournée, leurrée sans excès.

Pour les bons moments :

"Un jour, probablement, vous découvrîtes, comme chacun, cette vérité amère, que le monde (comme vous-même) était en état perpétuel d’inachèvement et que rien n’avait réellement de sens ici-bas. Incapable de supporter plus avant cette pantalonnade, vous vous rebellâtes à votre manière, vous engageant dans cette profession si étrange et qui rebute le sens commun."

Ça m'a bien fait rire, ce moment de basculement dans l'absurde illustré par la 3ème personne du pluriel du passé simple, si je ne m'abuse.

Je regrette peut-être un abus de parenthèses, de digressions, dans les premiers échanges épistolaires, qui mettent un peu la puce à l'oreille sur le côté comique du récit, trahissent la rigueur du ton.

PS : il y a un peu les Dupond et Dupont dans ce récit aussi avec le patient et le psychiatre, les deux ETC pour exetera, exetera ? (j'ai oublié l'orthographe de ce truc... )

PS2 : et le nom de l'office, encore exetera.

   Chene   
6/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Tout d'abord une impression d'ensemble sur cette nouvelle.

Je perçois dans l'intention de l'auteur d'embarquer le lecteur dans un écrit qui frôle l'absurde et a pour ambition de le faire rire ou sourire. Or, le résultat attendu n'est pas à la hauteur de cette espérance.

Je m'en explique. A mon avis cela tient à deux aspects :

- le premier est le choix délibéré de l'auteur d'asseoir son écrit sur l'échange épistolaire entre deux experts qui, chacun dans leur monde, ne se mettent pas à la portée des attentes de l'autre. Certes, les champs lexicaux de ses deux experts m'apparaissent bien maîtrisés, mais leur justesse est ce qui enferme par la même occasion l'auteur dans un espace réducteur.

- deuxième aspect, cet enfermement épistolaire exclue littéralement le septuagénaire client devenu patient de toute expression...

Or, il me semble que l'acteur principal par qui devrait venir le côté absurde est bien le septuagénaire, permettant ainsi de créer l'idée même de contagion, d'épidémie, de pandémie qui sous-tend bien le fond du concept d'inachèvement... et de ses conséquences contaminantes sur le notaire et le psy...

Vu sous l'angle du septuagénaire narrateur, l'impact eut été bien plus efficace. Il me semble que l'auteur a les capacités littéraires d'entrer dans cette voie.

La construction en aurait été toute autre et certainement plus vivante et plus susceptible d'engendrer le rire du lecteur (par des dialogues décalés portant sur l'inventaire toujours remis en question, par exemple, et pourquoi pas, faisant un parallèle entre l'absurde très actuel d'une certaine pandémie grippale...).

En conclusion, si je salue l'originalité du thème de cette nouvelle, je pense que l'auteur a manqué sa cible, me laissant au bord de la contagion sans m'apporter le vaccin. Je suggère donc à l'auteur de nous proposer une deuxième injection... susceptible de nous inoculer en intraveineuse le virus de l'absurde de ce complexe d'inachèvement.

Cordialement

Chene

   Anonyme   
7/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Alors moi, je dois dire que je suis tout de suite rentré dedans,
L'écriture est fluide et le tout très plaisant à lire. Le milieu du récit m'a captivé au point que la fin d'une lettre me donnait expressément l'envie de lire la suivante. Sûrement parce qu’à ce moment précis je sentais tout le potentiel d'évolution de cette histoire.
Malheureusement, la dernière intervention du psychiatre, démonstration peut être trop précise et un peu trop longue, m’a fait sortir du récit et de son mystère pesant qui m’avait conquis jusqu'à lors.
A l’instar de certains de mes confères lecteurs, je me suis donc retrouvé déçu par cette chute abrupte, pour une histoire qui à mon avis, aurait gagné a être sans fin, impliquant d’avantage le psy à cette contagion du syndrome de l’inachevé.
Dans tous les cas merci pour cette agréable et intéressante lecture.

   Anonyme   
8/3/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'éprouve ce sentiment d'inachevé vis à vis du fisc qui, année après année, s'obstine à me réclamer ce qu'il considère comme son dû. Cela ne finira donc jamais ! Comment soigner cette blessure sans arrêt infligée, non mortelle certes, mais revenant à intervalles réguliers ?

Plus sérieusement, la langue certes classique, m'a beaucoup plu. Elle s'imposait d'ailleurs avec les "tics" de langage attachés à ces professions. La chute également pour essayer d'en finir une fois pour toute... Mais peut-être n'avez-vous pas osé envisager une fin plus ultime ?

Ce glissement de l'analyse de Me Coquecigrue vers Maître Étienne (Ah ! ces titres aussi désuets que comiques) puis vers le Dr Thomas-Cassandre m'a beaucoup intéressé.

Au fond, ces balivernes psychanalytiques ne m'ont pas rendu pessimiste.

[modéré pour Hors-Sujet]

Pour conclure : Un style d'humour absurde mais plaisant. Plus j'avançai dans ce texte, plus je sentais naître en moi un éclat de rire notarial.


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