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Policier/Noir/Thriller
hugal : La raison des autres
 Publié le 07/06/10  -  10 commentaires  -  14407 caractères  -  103 lectures    Autres textes du même auteur

Le bonheur est un idéal de l'imagination et non de la raison. (Kant)


La raison des autres


Pour gagner trois sous je grattais ma guitare dans les rues piétonnes du centre-ville. Je connaissais par cœur le répertoire des Beatles, des Stones, des Red Hot, de Led Zep ou Radiohead. Ma voix était brisée comme une carrière qu’on dynamite, et j’avais le flot d’un torrent printanier, bref je ne m’en tirais pas trop mal. Le matin je jouais du Brassens surtout, sur le coup de midi je balançais de la pop ou du rock des morceaux bien connus et pêchus, il fallait se faire entendre au milieu de la foule. C’était l’heure où les gens sortaient du boulot, alors ils s’arrêtaient pour m’écouter en fumant une clope ou en mangeant un sandwich. Les après-midi, plus soft, du reggae, des morceaux moins populaires, underground en fait. Et en début de soirée, aléatoire suivant le public, et ses désirs. Puis il y avait Rémi. Rémi lui il dormait dans un foyer parce qu’il n’avait pas la chance comme moi d’avoir un petit studio avec l’aide au logement. Il avait un sourire plein de courants d’air, Rémi, des dents rongées par les acides, et une crête sur la tête tantôt rouge ou verte. C’était le roi du diabolo, il les connaissait toutes les figures, il leur clouait le bec aux passants. Ses mouvements étaient souples, félins, gracieux, comme si l’apesanteur n’avait pas d’effet sur lui ; c’était beau en somme ce qu’il faisait Rémi. On partageait toujours nos gains, conscients qu’à deux l’on rameutait plus de monde. Et quand je rentrais le soir les poches pleines, les pièces tintaient comme les cloches d’un troupeau en transhumance. L’un dans l’autre, je gagnais presque mille euros par mois simplement en jouant de la guitare. Et si je ne jouais pas dans la rue je jouais chez moi de toute façon, je n’avais que ça la musique et c’était bien ainsi.


La première fois que je la vis, je jouais avec Rémi devant le MacDo de la rue Saint-Ferréol, c’était le début de l’été, un petit vent marin soufflait, permettant à la chaleur d’être plus supportable. J’étais comme hypnotisé, je ne pouvais m’empêcher de la regarder malgré moi. Elle avait de grands yeux verts comme ceux des héroïnes de manga, sexy à souhait, « al dente » comme disait Rémi, avec une longue chevelure noire comme la nuit. Au moment où son regard croisa le mien elle réprima un sourire, comme une invitation au petit jeu du « je te fuis tu me suis », je crois que je l’aurais suivie n’importe où, des glaces du Groenland aux étuves équatoriales. J’étais comme un goujon que l’on attise un peu avant de le laisser mordre. Et j’ai mordu.


Les premières semaines que nous passâmes ensemble Marine et moi furent les plus belles de ma vie. Elle voulait toujours m’épater, me faire découvrir les endroits secrets de la ville, les petites criques cachées, les calanques, elle adorait la mer, elle avait le teint mat, c’était une fille du sud, une vraie. Elle travaillait dans un magasin de prêt-à-porter féminin, ça ne lui plaisait pas, mais elle trouvait le salaire attrayant. Tout allait pour le mieux jusqu’au jour où elle se mit en tête d’avoir une… voiture. Nous en étions tous deux dépourvus. Elle disait que ce serait chouette, qu’avec une voiture nous ne serions pas obligés d’attendre le bus, qui passe à l’heure tous les trente-six du mois, nul besoin non plus, de se morfondre sur les banquettes poisseuses du métro, à faire des concours d’apnée pour ne pas sentir le voisin qui vient de faire un marathon et ne s’est pas lavé depuis huit jours ! Bref elle avait raison en somme, il valait mieux les embouteillages.


Pour ce qui est des voitures, Marine s’y connaissait, à l’inverse de moi qui ne m’étais jamais penché sur l’histoire de l’automobile. La climatisation, la motorisation, l’électronique, tous ces barbarismes industriels n’avaient point de secret pour elle, tant et si bien que je lui conseillai en plaisantant d’aller vendre des voitures. Marine savait ce qu’elle voulait, un modèle bien précis avec l’air conditionné. Elle envisageait même la couleur blanche. Parce que c’est moins salissant disait-elle, et l’air conditionné aussi, parce qu’en été tu n’as pas besoin de four pour faire cuire ta pizza, il suffit de la poser sur la plage arrière de la voiture. Elle avait raison. Seul hic nous n’avions pas assez d’argent. Marine avait deux mille euros d’économies quant à moi le drapeau de mon compte en banque était en berne, à découvert pour ainsi dire. Elle la voulait tellement sa voiture que je me proposai de jouer dans les restaurants le soir pour gagner plus d’argent. Mais l’idée ne lui plaisait pas, tu comprends me disait-elle, si tu joues le soir quand est-ce que l’on se verra ? Avec moi qui finis à dix-neuf heures ? Et puis maintenant, il faut que tu te trouves un vrai travail…


Jamais personne auparavant n’avait réussi à me faire travailler c’était comme ça, je construisais ma vie à ma façon, depuis toujours. Mais Marine, elle, n’eut pas à forcer son talent, elle me regarda avec ses yeux grands comme des baies vitrées, ses yeux verts comme le fond des calanques, et le jour même j’épluchais les offres d’emploi à l’ANPE. C’est rapide de chercher quand l’on n’est pas diplômé, ça restreint le champ d’action. Le mien était déjà très limité, chauffeur-livreur : non pas le permis, maçon : non je ne sais pas faire, caissier non, vendeur non, plombier non… une annonce retint mon attention : « Société portuaire recherche docker. Urgent. Débutant accepté ». Et le lendemain, lors de l’entretien que j’avais obtenu par téléphone, après une simple entrevue, histoire de vérifier que j’avais bien deux bras et deux jambes, un homme d’une cinquantaine d’années, gras, essoufflé par la chaleur qui enveloppait la ville, me fit signer mon premier contrat de travail.


Nous étions le vendredi trente juin, début de l’activité le lundi trois juillet à sept heures précises. Dernier weekend de libre. Fallait que je prévienne Rémi. Marine, elle, avait le sourire, elle était fière de moi, fière de son homme qui avait trouvé du travail en un temps record. Mais Rémi lui fut déçu, et triste, il y avait comme un air de reproche dans sa voix, je l’ai bien senti, je le comprenais. Pour lui j’avais tourné ma veste, je disais merde à mes idéaux et aux siens par conséquent. Une sorte de trahison en fait.


La vie c’est comme de marcher sur un fil, on avance en faisant bien attention. L’amour c’est quand vous tombez du fil, plus rien n’existe autour de vous, tous ces mètres que vous avez parcourus sur le fil ne comptent plus, plus rien n’a d’importance. Du fil, l’on peut en tomber à tout moment, pourtant moi j’en ai parcouru des kilomètres de fil avant de tomber. Tellement que je croyais que je ne tomberais plus, que j’allais traverser tout le chapiteau, tout le cirque, pour finir de l’autre côté et crever seul avec mon chat. Maintenant que je le tenais l’amour, que mon âme brûlait enfin, attisée par ce nouveau sentiment qui me tordait les tripes, eh bien je n’allais pas le lâcher non, pour rien au monde.


Le weekend passa rapidement. Marine travaillait, je restai dans l’appartement avec le chat qui comme moi cherchait la fraîcheur. La ville suffoquait, pas d’air, pas la moindre petite brise, c’était l’été le plus chaud depuis la canicule de deux mille trois. Des massifs de fleurs et de verdure, bouffis d’orgueil au printemps, il ne restait que de la paille, tout jaunissait. Le goudron collait aux chaussures, le sable brûlait les pieds, il n’y avait rien d’autre à faire que de rester à la maison à regarder couler le mastic le long des vitres, et attendre que le va-et-vient du ventilateur nous rafraîchisse un peu.


J’avais mal dormi. À cause de la chaleur sûrement. Je transpirais à en tremper mes vêtements, le stress peut-être ? Ma peau était molle, gorgée de sueur, malodorante. Je ne compris que plus tard que c’étaient les premiers symptômes.


À l’entrée du hangar un type me donna une carte magnétique que je passai dans la pointeuse, il était six heures cinquante-huit. L’on m’affecta à un petit groupe d’ouvriers, des balaises pour la plupart. L’un d’entre eux sortait du lot, Patrick. C’était le chef de chantier. Il se démarquait par son charisme, il était grand, la quarantaine avec les yeux clairs. Il buvait un café, tout en commentant les articles du journal qu’il venait d’ouvrir. Patrick c’était le genre de gars qui sait tout sur tout. De la fission nucléaire à la littérature japonaise il avait son mot à dire. Je n’avais jamais entendu autant de conneries en un si bref laps de temps. Il faut dire qu’il s’entraînait le Patrick, et devant un oratoire tout acquis à sa cause, il était persuadé d’avoir raison. Les ouvriers autour de lui riaient de bon cœur, ils buvaient ses paroles comme des alcooliques verbaux, n’en perdant pas une goutte. Je sentis tout de suite que ça aurait du mal à passer avec lui, il symbolisait tout ce que je n’aimais pas. Le pauvre con dans toute sa splendeur, la quintessence de la connerie, l’huile essentielle de la bêtise.


Le travail était pénible, il consistait à déplacer de lourdes charges, à décharger et à stocker d’énormes conteneurs. Il fallut peu de temps à mes collègues pour se rendre compte que le turbin et moi ça faisait deux. J’avais beau me démener, essayer de bien faire, je n’avais pas les compétences de mes camarades. Dès lors je passai pour un tire-au-flan, un bon à rien. Patrick surtout se délectait de me refiler des tâches plus pénibles les unes que les autres, celles dont personne ne voulait. Les gars se foutaient de moi, ils m’appelaient l’homme flaque. À cause de ma transpiration qui ne faisait qu’empirer. Ils me fuyaient comme la peste, prétextant ma mauvaise odeur, et ils n’avaient pas tort, je puais, je puais la merde même. Je tenais au mental, en pensant à Marine mais à la vérité j’étais inquiet de ce qui m’arrivait. À ma transpiration incessante vinrent se rajouter des étourdissements que je mettais sur le compte de la chaleur. Je buvais cinq litres d’eau par jour, mes mains tremblaient et ma peau desquamait. Marine alla dormir chez sa mère. Elle ne supportait plus mon odeur, j’avais l’impression de la répugner. Un mois passa, vint ma première paye, que Marine s’empressa de mettre sur son compte pour l’achat de la voiture. Ça la rendait heureuse, ma princesse.


Je devenais peu à peu un zombi, mes journées s’enfilaient comme des perles sur le collier du temps, et la routine s’installa. Sur le chemin du boulot il y avait ces files interminables de voitures, le toit chargé de meubles, de machines à laver, de canapés même, qui attendaient là, ventre à terre dans la chaleur étouffante de l’été pour embarquer direction le Maghreb. Et quelque part je me disais que je serais bien parti avec eux.


Un matin les gars du boulot avaient chié dans mon casque de chantier et ça me fit vomir. Mon état empirait, je me sentais de plus en plus mal et Patrick prenait un malin plaisir à passer ses journées derrière mon dos. Marine ne me laissait plus l’approcher depuis déjà pas mal de temps, elle était restée chez sa mère qui était en vacances. Un soir quand même, je me décidai à aller voir un médecin, mais malgré toute une batterie de tests il ne trouva rien d’anormal. Toutefois il voulut bien m’arrêter pendant quinze jours, j’avais besoin de repos disait-il. Je pense aussi que cela m’aurait fait du bien de stopper un peu, mais Marine me le déconseilla. Elle m’expliqua au téléphone, que si j’arrêtais deux semaines, cela me ferait perdre plus d’un tiers de la paye. Pas question d’arrêter. Il fallait poursuivre, coûte que coûte. L’été n’en finissait pas, pas une goutte de pluie, pas un orage, rien ne vint altérer la chaleur qui écrasait la ville de son quarante-huit fillette. J’étais l’ombre de moi-même, mon corps n’était plus qu’un encombrant fardeau purulent. J’avais mal partout, mes dents se déchaussaient, je perdais mes cheveux, c’était comme si tout mon squelette était prêt à s’émietter, à partir en poussière, à éclater en l’air en millions de pixels.


Après le boulot j’avais pris l’habitude de noyer ma solitude dans les bars, j’éclusais pas mal il faut dire, un vrai sac à vin. Puis je déambulais de rue en rue, bronchant sur les trottoirs, me cognant aux fenêtres. Marine était toujours présente à mon esprit, elle me hantait. Son rire résonnait en moi comme un écho prisonnier de ma tête, alors, sentant que je tirais là mes dernières cartouches, je me décidai à lui rendre visite, il devait être une heure du matin. Devant l’entrée de l’immeuble, je vis sortir d’une poubelle deux rats gros comme des teckels, ceux-là ils avaient la belle vie, je les observai un moment, ils ne semblaient pas avoir peur, ils continuaient de fouiller les poubelles comme si je n’étais pas là. C’était eux les maîtres de la nuit. J’arrivais en haut du quatrième étage sans ascenseur où se trouvait Marine, complètement essoufflé. Tellement que je restai un moment devant sa porte pour reprendre mon souffle. C’est là que j’entendis des gémissements, des petits cris que je connaissais bien, les petits oui crescendo qui l’emmenaient à cogner sur le mur, à s’agripper aux rideaux… la porte était ouverte, je la poussai avec fureur, croyant bénéficier d’un effet de surprise. Mais c’est moi qui fus surpris, au milieu du salon, à cheval entre la table basse et le divan, Marine assise sur Patrick, se tortillait comme un ver, ondulait de plaisir, ils me regardaient fixement, me souriaient même. Je me sentis emporté d’un malaise puissant, ma vie n’était qu’une échelle dont les barreaux cédaient un à un. Je perdais l’équilibre, me rattrapant aux meubles, mes membres se disloquaient, je tins un moment appuyé sur le mur puis sur une porte qui finit par s’ouvrir, ils rigolaient maintenant, pendant que je m’effondrais dans la cuvette des toilettes. Terrifié, mes bras et mes jambes rejoignaient un à un le reste de mon corps qui tapissait déjà le fond des chiottes. Je n’étais plus qu’une gelée de merde, mon corps entier se liquéfiait coulant le long de la cuvette, mais je pouvais voir encore, bizarrement, et je la vis, pour la dernière fois, avec ses yeux grands comme des océans. Elle me fixait, plantée au-dessus des toilettes, nue, le sourire scotché au bord des lèvres. Le rire de Patrick résonnait plus loin. Puis elle tira la chasse d’eau, s’ensuivit une dégringolade à travers les tuyaux de plusieurs mètres. Et là coincé entre un résidu de diarrhée et un vieux tampon hygiénique gonflé comme un ballon dirigeable je me dis : Rémi avait raison.


 
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   Mistinguette   
14/5/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Quel style !
J’aime énormément l’écriture et le rythme de cette nouvelle. L’auteur est un virtuose de la description et il a aussi l’art de la formule. J’ai bien aimé : l’huile essentielle de la bêtise (entre autre).
J’ai été happée par cette histoire dés la première phrase et tout au long du récit.
Mais hélas, mille fois hélas, mon enthousiasme a fléchi net à la lecture des dernières lignes.
Je n’ai vraiment rien compris à cette fin et du coup pas compris non plus ce que j’avais pensé être des problèmes de santé du narrateur.
Peut-être que ça vient de moi et qu’une explication pourra m’éclairer ?
Pour l’instant je reste sur ma faim.
Cependant, je remercie l’auteur pour cette lecture malgré tout infiniment plaisante.

   florilange   
17/5/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Intéressante nouvelle, au déroulement logique, à la chute affreuse, inattendue. Parfait, donc, de la part d'une chute.
Sur le fond, bien sûr, ce que lui réservait sa princesse, il n'y avait que lui à ne pas le voir.
Il y aurait bien des choses à dire sur la forme mais il y a ici un style, une façon de raconter, un souffle qui ne laissent pas indifférent. L'auteur aime écrire, ça se sent et c'est agréable à lire.

   placebo   
7/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
hum catégorisation difficile je trouve pour ce texte.

l'histoire m'a plu, ça m'a rappelé de nombreuses nouvelles de Buzzati où les personnages se transforment sous le coup de leur vécu, même la femme est haïssable à la fin, une sorte de garce qui a manipulé le mec et dont elle se débarrasse (je me suis interrogé après la visite chez le médecin, elle avait l'air de l'utiliser)

pour le style, je l'ai trouvé bien dans l'ensemble, du familier parfois, mais il passe. le troisième paragraphe me semble vraiment inférieur cependant, j'ai craint que ça n'affecte toute l'histoire, mais non.

le tout est bien mené, depuis les descriptions, jusqu'à l'intrigue, la fin presque satanique (je l'ai vécue comme ça ^^) j'adhère à fond.

le coup du ''mille euros'' me semblait de trop (trop d'argent et hum, vulgaire peut être) mais il se justifie avec les considérations pécunières après.

merci, bonne continuation.

   Anonyme   
1/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Une très belle métaphore : « Il avait un sourire plein de courant d’air Rémi » et « les pièces tintaient comme les cloches d’un troupeau en transhumance. », « alcooliques verbaux », etc...

« je crois que je l’aurai suivi n’importe où, des glaces du Groenland aux étuves équatoriales. » : vous avez fondu pour elle si je comprends bien.

Ici, une virgule manque : « à me faire travailler c’était comme ça, ».

Une lecture plus attentive aurait permis d'éviter certaines fautes d'o.....e. Et le « pour un tir aux flans », « j’avais l’impression de la répugner ».

Conclusion : le travail est dommageable à la santé. Pas cette nouvelle.

   Maëlle   
2/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Entre réalisme et bad trip, c'est pas mal raconté. Un petit souci dans la ponctuation des phrases complexes (par exemple ici "e matin je jouais du Brassens surtout, sur le coup de midi je balançais de la pop ou du rock des morceaux bien connus et pêchus, il fallait se faire entendre au milieu de la foule." pour moi il manque une virgule), mais comme c'est à de trés rares endroit du texte je suppose que c'est volontaire.

   Selenim   
7/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Cette histoire plutôt étrange possède un rythme endiablé qui m'a plus essoufflé que transporté.

L'intrigue est des plus basiques, avec twist final fantastico-scatofilique. Le mélange des genres m'a assez déstabilisé, polar/humour/fantastique/drame ?

L'écriture parlée est assez peu imaginative et débite de la phrase au stère (sans jeu de mot). Malgré quelques trouvailles sympathiques, le style reste assez plat et se contente de faire avancer l"histoire, enchainant les actions et les réflexions éclairs.

Les personnages sont esquissés rapidos et n'arrivent pas à convaincre le lecteur. Je pense que l'auteur à vouloir trop bien faire s'est dispersé. Je suis persuadé que le texte cache de bonnes idées mais qu'elles ne sont pas exploitées car noyées dans la masse. Il faut faire des choix, une nouvelle n'est pas un patchwork de bonnes idées. Ou pour reprendre la métaphore de la blanquette de veau : sans le jaune d'œuf, tous les ingrédients, aussi succulents soient-ils, n'ont pas de liant.

Il manque un jaune d'œuf à ce récit.

Bon courage pour la suite.

Selenim

   Chiffon   
9/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai trouvé cette nouvelle d'un grande qualité pour plusieurs raison :
- Je n'ai pas décroché de cette narration romanesque des premières phrases à la fin : l'enchaînement des descriptions et des évènements est limpide.
- Il y a beaucoup de petites trouvailles délicieuses (certaines déjà citées par d'autres commentateur)
- Il y a un "style" qui donne envie de relire l'auteur ailleurs, pour retrouver cette manière de décrire.
- La fin est vraiment surprenante et nous laisse bouche bée, ouvre à une petite méditation dans laquelle tourbillonne le texte, c'est reussi.

Par contre quelques points pariculiers qui n'ont m'ont pas vraiment plût :
- "Les premières semaines que nous passâmes ensemble Marine et moi furent les plus belles de ma vie.", un peu trop naïf à mon goût venant de ce narrateur.
- "pour ne pas sentir le voisin qui vient de faire un marathon et ne s’est pas lavé depuis huit jours", la recherche humoristique transparaît, la façon dont est amenée cette phrase ne me paraît pas naturelle. (même remarque pour la pizza, quoique c'est moins dérangeant).
- " L’on m’affecta à un petit groupe d’ouvriers", pourquoi pas "On m'affecta" ?
- "Patrick c’était le genre de gars qui sait tout sur tout.", c'est bizarre venant du même narrateur sincère cette présentation qui commence par des qualités, et termine dans la haine, ça m'a semblé un peu trop "consrtuit" encore un fois.
- Quelques phrases trop longues et une ponctuation pas toujours adaptée.
En tout cas, merci pour cette très bonne lecture.

Chiffon

   caillouq   
10/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Le rythme est entraînant, mais j'ai vraiment du mal avec les changements de style qui alourdissent les passages sentimentaux. Il y aurait moyen d'éviter ce passé simple utilisé de manière empruntée, au regard du reste du texte (par exemple, des « Elle disait que ce serait chouette, ...» plus spontanés).
Au point de vue scénario, le fait que Marine trompe le narrateur précisément avec le chef de chantier Patrick, alors qu'on ne nous fournit aucune raison pour qu'elle le connaisse, est dérangeant. Peu crédible.
Du coup ça fait pencher l'exégèse vers le pur symbolisme, mais l'argument (= la transformation du narrateur en excrément, à cause du boulot et des collègues nazes) est peut-être insuffisant pour que la nouvelle joue uniquement sur ce registre dans le dernier tiers.
Au final, ça produit un résultat un peu maladroit, impression renforcée par la chute, originale dans la forme mais insuffisamment amenée à mon goût – la fin manque de progression.

Néanmoins, la violence larvée qui sourd de ce texte est intéressante, l'utilisation de déjections diverses est prometteuse et j'attends le prochain opus avec curiosité.

Pure forme:

Des phrases qui me semblent bancales sans césure: «Les premières semaines que nous passâmes ensemble Marine et moi furent les plus belles de ma vie. » « Seul hic nous n’avions pas assez d’argent » « Marine avait deux mille euros d’économies quant à moi le drapeau de mon compte en banque était en berne » « Jamais personne auparavant n’avait réussi à me faire travailler c’était comme ça »

Une virgule incongrue: « nul besoin non plus, de se morfondre »

   brabant   
11/6/2010
Bonjour Hugal,

Quad on connaît les Beatles, les Stones, les Red Hot, Let Zep et que l'on écoute Radiohead, que l'on connaît Brassens, le reggae, l'underground, on doit avoir quelque chose dans le cerveau tout de même, ou pour le moins l'avoir assez réactif.
Difficile pour un tel individu de devenir un Zombie.

L'Amour ! Ah ! L'amour de Marine ! L'amour peut faire que l'on devient raisonnable. Et Marine dans une crique (lol) ça peut expliquer bien des choses.

Rémi comme faire-valoir "réapparaît" judicieusement à la fin.

Patrick est un personnage totalement amoral qui n'est même pas puni. Hélas ! C'est ainsi que cela se passe dans la vie. Réalisme !

Vous avez évité le piège du dénouement théâtralo-tragique où le "héros" aurait tué les amants diaboliques.


Mais le narrateur est très vite apparu comme un anti-héros: aurait-il cédé ainsi au désintérêt sentimental de Marine alors qu'il ne vit que par sa présence ?
Se serait-il laissé duper par l'intérêt financier trop flagrant de cette dernière ?

Ce texte peut être amélioré sur bien des points.

"Pour gagner trois sous... je gagnais presque mille euros par mois simplement en jouant de la guitare"; le travail dégotté par la suite ne devait pas lui rapporter davantage.
Avec l'argent de Marine, se procurer une voiture ne devait pas être un si gros problème.

Je ne comprends pas très bien l'image du "fil": c'est sur le fil que l'artiste plane, est heureux; s'il tombe, il meurt, il est triste, banal. Pareil pour l'amour, il faut rester sur ce fil, dans les nuages. Je pense que ce passage est à revoir.

Pour le style: beaucoup de phrases assez lourdes. Elles ont été relevées par ailleurs.
+ "J'avais l'impression de la répugner": lui répugner.
"ma peau desquamait": se desquamait.
... j'arrête là, on peut mettre ces incorrections sur le dos du "héros". Mais... Mais... J'aime pas trop.

Ce qui fait la valeur du texte à mes yeux, c'est, comme l'a signalé Placebo, le fait que le personnage principal se transforme sous le coup de son vécu, on voit bien sa dégradation: joli coeur bretteur bateleur, ... il se liquéfie... il sue... il pue..., il se sent devenir merdique, jusqu'à l'apothéose finale où il devient effectivement de la merde: ... rejoignaient le reste de mon corps qui tapissait déjà le fond des chiottes. Je n'étais plus qu'une gelée de merde..."

Il n'y a plus qu'à tirer la chasse d'eau.

On peut penser dans le même ordre d'idées à "La Métamorphose" de Kafka où celui-ci se transforme en une sorte de cafard infect qui, lui-aussi est rejeté, et finit, inutile et repoussant, et effrayant, par se laisser mourir. ça, c'est très, très fort, très, très bon.
Cela transcende le récit pour lui donner une dimension existentialiste.
Oui, Monsieur !

Comme ce récit reste à mon avis très perfectible sur le plan formel et sur celui de plusieurs images, et de certaines contradictions, je choisis de ne pas noter.
Je préfère privilégier l'idée finale, mais il la faut mieux envelopper.

   Anonyme   
17/9/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très bonne lecture! J'ai été happée par l'histoire, du début à la fin si ce n'est que je n'ai pas tout compris : quelle était sa maladie ? Je suis restée sur ma faim, pourrait-on m'expliquer ?

Une petite incohérence : pourquoi se "crever" à un boulot pareil s'il touchait mille euros en jouant de sa musique dans la rue??? Et Marine aussi, avec son bon salaire, elle n'aurait dû avoir aucun mal à s'acheter une voiture...

J'ai vraiment bien aimé l'écriture dynamique et plein de détails sur les personnages et sur l'ambiance d'un été étouffant.


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